Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède

Nils Holgersson, un jeune garçon suédois transformé en lutin à cause de sa cruauté envers les animaux, décide de suivre un troupeau d’oies sauvages, juché sur le dos du jars de ses parents.

La génération récréA2 peut sortir son mouchoir, le revoilà. Pour ma part je n’ai jamais accroché. Les histoires me semblaient confuses, sans personnages auxquels je voulais m’identifier, comme Actarus, le capitaine Flamme ou Esteban.

Le fait que le prix Nobel 1909 de littérature n’ait été traduit dans la langue de Molière et dans son intégralité qu’en 1990 n’est peut-être pas étranger au manque d’intérêt qu’il pouvait susciter chez un écolier français au début des années 80. Si le dessin animé avait été mieux construit, peut être aurais je été émerveillé comme le furent des générations de petits Suédois, car c’est tout d’abord pour eux que l’histoire a été écrite.

Passionnée par l’éducation des enfants, Selma Lagerlöf a réalisé un ouvrage aussi mythique en Suède que le fût « le tour de France par deux enfants » dans notre pays, jusque dans les années 50. La géographie de la Suède y tient une place déterminante, toute situation géographique étant explicitée par un conte mettant en scène des personnages fabuleux : ah, si on m’avait fait avaler le plateau de Langres et le mont Gerbier-de-Jonc comme ça, la pilule aurait certainement été moins amère! Beaucoup de propos moralisateurs, lénifiants, un peu niais, même, parfois…bon, il faut bien éduquer les enfants. Une culture du bien-être aussi, du bien-vivre qui m’a frappé cet été à Stockholm et que j’ai encore du mal à décrire. Une recherche du bonheur dans une vie simple, notamment par le biais des travaux manuels: elle aurait certainement été heureuse de voir son pays conquérir le monde avec les meubles Ikea.

Mais le merveilleux voyage de Nils Holgersson est plus qu’un manuel scolaire. Tout d’abord, ce livre présente un incontestable intérêt historique : une tranche de l’histoire de l’occident du début du XXe siècle qui n’a rien à voir avec les alliances et contre alliances des grandes puissances européennes qui déboucheront sur la Première Guerre mondiale. L’histoire que nous conte Selma Lagerlöf est celle de paysans pauvres confrontés à un milieu hostile allant chercher fortune toujours plus loin, celle d’hommes et de femmes imprégnés de culture protestante, croyant à la rédemption, à la providence, à la possibilité de toujours s’en sortir et d’atteindre les sommets en partant de rien. Nombre de ces paysans prendront la décision d’aller tenter leur chance de l’autre côté de l’Atlantique, emportant avec eux leur culture et contribueront à forger l’identité de ce qui deviendra la première puissance mondiale.

Mais ce qui rendra immortel « le voyage de Nils Holgerson » réside dans son message écologiste. Ce n’est pas seulement une ode à la beauté de la nature, mais aussi une réflexion sur sa fragilité et sur la nécessité de maintenir son équilibre. On y voit poindre les concepts de parc national, d’écosystème et de développement durable qui semblent aujourd’hui une évidence pour tous et qui, en France, jusque dans les années 90, n’étaient souvent perçus que comme des lubies de quelques babas cool illuminés.
Selma Lagerlöf
Actes SUD
1990

Edouard

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Gemma Bovery

Martin (Fabrice Luchini) a repris la boulangerie de son père en Normandie après avoir côtoyé les milieux littéraires parisiens pendant un certain nombre d’années. Il mène depuis 7 ans une petite vie paisible avec sa femme et son fils, un ado mal dégrossi, lorsque débarque un jeune couple d’Anglais : Charles et Gemma Bovery.

Quatre ans après Tamara Drewe, Gemma Aterton revient dans une variation autour de la littérature. Alors qu’elle campait il y a quatre ans, une bombe sexuelle venant taquiner les hormones d’un troupeau de vieux écrivains retirés dans la campagne anglaise pour y trouver l’inspiration, la voilà dans la peau d’une Anglaise un peu moins sexy, mais toujours aussi belle, venue titiller non seulement les hormones, mais aussi l’imagination d’un vieux bobo parisien exilé au fin fond de la campagne normande et qui ne s’est jamais vraiment fait à sa nouvelle vie (on le voit écouter France Culture en pétrissant la pâte à pain).

Certes, Martin est beaucoup plus vieux que Gemma et de plus, parle très mal anglais, mais il reste tout de même un homme. Alors, il lui parle du pays, de leurs chiens, lui montre comment on fabrique le pain…en espérant plus ou moins consciemment que son pouvoir de séduction puisse produire quelques effets sur sa jeune voisine. Sa femme, qui voit son manège et qui n’a aucun doute concernant ses capacités à parvenir à ses fins, s’en amuse et le taquine.

Mais Martin est aussi un passionné de littérature pour qui la vague homophonie entre le nom de la jeune femme et celui de la célèbre héroïne de Flaubert ne peut pas être un hasard. C’est aussi pour lui un moyen inespéré de retrouver son monde avec une Emma en chair et en os.
Ayant lu « madame Bovary » beaucoup trop jeune, sans avoir la maturité qui m’aurait permis d’en comprendre toute la profondeur, il ne m’en reste qu’un souvenir imprécis et il est probable que quelques allusions au roman m’aient échappé.

Quel rapport entre Gemma et Emma ? Gemma est une belle jeune femme, aux mœurs un peu légères et visiblement pas toujours très bien dans sa tête. Est-ce suffisant pour en faire une Bovary ? Je ne sais pas, si un médium pouvait faire revenir Flaubert, ce serait intéressant de lui poser la question. Quoi qu’il en soit, Martin reste persuadé que, de par son nom et de par son mode de vie, la jeune femme est nécessairement engagée dans un déterminisme implacable qui la mènera à la fin tragique d’Emma Bovary. En preux chevalier, il se donne pour mission de remettre la jeune femme dans le droit chemin afin de conjurer le sort. Il commence par lui offrir le roman qu’elle accepte avec un sourire poli et qu’elle lit ou essaie de lire, un peu intriguée par son homophonie avec l’héroïne. Elle dira « il ne se passe rien, mais on a quand même envie de continuer ». Martin surveille ensuite les faits et gestes de la jeune femme qui a un amant, un jeune fils de famille qui ne se prénomme pas Rodolphe, mais Hervé. Qu’à cela ne tienne, ce détail ne décourage pas Martin qui continue à suivre sa protégée. De toute façon, aujourd’hui, plus grand monde s’appelle Rodolphe.

Je ne vous raconterai bien entendu pas la fin, mais elle est plutôt bien ficelée. Bref, un bon moment de cinéma avec des acteurs qui semblent tous bien s’amuser. Rafraîchissant.

Edouard

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