Les Chevaliers teutoniques

C’est en lisant « l’homme qui savait la langue des serpents » que j’en suis venu à m’intéresser aux chevaliers teutoniques. Les Estoniens du roman étaient en effet confrontés à des « hommes de fer » historiquement nommés « chevaliers Porte-glaives », un ordre qui sera in fine absorbé par les chevaliers teutoniques. Nous y voilà.

Les chevaliers teutoniques participèrent aux croisades, mais ce n’est pas là qu’ils prirent toute leur puissance. Dans les Etats chrétiens d’orient, ils restèrent effectivement dans l’ombre des templiers et des hospitaliers (qui devinrent les chevaliers de Maltes). Qu’à cela ne tienne … ce qui est fascinant chez les teutoniques, c’est leur capacité à traverser les siècles en se transformant en permanence sans perdre leur identité. On a vraiment l’impression de lire l’histoire d’une grande entreprise, plus que celle d’individus en armure pourfendant les infidèles.

Premier point de chute, l’Europe de l’Est. Un territoire qui correspond au nord de la Pologne et aux pays baltes. Bien entendu, le corridor de Dantzig et l’enclave de Kaliningrad me rappelaient quelques souvenirs scolaires, le genre de détails historiques que le prof évacue en deux temps trois mouvements et que l’élève moyen classera dans la catégorie « pas important » et de fait, il ne sera jamais interrogé sur ce point. J’étais donc très loin de m’imaginer que tout cela était lié au grand royaume construit par les chevaliers teutoniques chargés au moyen-âge de convertir ces populations très largement païennes.

Le premier coup porté aux chevaliers intervint au moment de la réussite de leur entreprise. En effet, à partir du moment où il n’y eut plus personne à christianiser, les puissances locales s’interrogèrent fortement sur la raison d’être de leurs privilèges qui s’émiettèrent peu à peu. Avec l’arrivée du protestantisme, nouveau coup d’estoc qui divise l’ordre de l’intérieur. Mais alors qu’il agonise, l’arrivée des Turcs Ottoman qui menacent le Saint-Empire lui permettra de retrouver  un peu de vigueur. Certes, ce ne sera plus jamais la puissance du XIIIe siècle, mais au moins ont-ils matière à guerroyer. Les lumières et en particulier les francs-maçons semèrent le trouble dans l’ordre, de même que la Révolution française. Napoléon, qui démantèlera le Saint-Empire le met à terre. Heureusement, Waterloo leur permettra d’échapper à l’extermination, mais il ne restera vraiment plus grand-chose au XIXe.

On pense au chevalier noir de sacré Graal qui continue à vouloir se battre alors qu’on lui a coupé les bras et les jambes. Ils finissent ensuite par comprendre que le chevalier en armure est un peu passé de mode  et se reconvertissent dans l’assistance aux blessés et là, PAF, voilà t’y pas que c’est au tour des chevaliers de Malte de leur tomber dessus. Ils perdront quelques plumes dans la bataille, mais arriveront à survivre une fois de plus. L’ordre des chevaliers teutoniques existera jusqu’en 1929, date à laquelle il sera rebaptisé « frères de l’ordre allemand de Sainte Marie de Jérusalem » qui, à son tour, survivra à la déportation nazie et au détournement historique des Chevaliers teutoniques effectué par Himmler pour anoblir l’action du IIIe Reich. Bref, après 800 ans, ils sont toujours là. Sacrés chevaliers teutoniques ! Dumas n’aurait pas fait mieux.

Edouard

Les chevaliers teutoniques

Henry Bogdan

Tempus

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Cendrillon

Du même auteur, j’avais lu l’an dernier L’amour et les forêts, qui m’avait épaté.

On y trouve déjà le brillant styliste et les connaissances encyclopédiques de ce jeune cinquantenaire.

Ce roman foisonnant ne se raconte pas.
Les personnages masculins sont des avatars de l’auteur, qui se met également en scène.
Il y parle de littérature (bien sûr), de poésie, d’amour, de danse classique, de décadence, d’économie de marché
(sa description de jeunes traders comme Jérome Kerviel est prémonitoire).
Et Cendrillon? C’est lui et sa femme Margot qu’il idolâtre encore après 20 ans de mariage.

Reinhardt est à l’aise partout, il n’a pas encore écrit son dernier mot…

Guy

Eric Reinhardt – 2007- Poche – 632 p.

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La griffe du chien

Si vous n’aimez pas les polars sanglants, ne lisez surtout pas ce livre. Il raconte ni plus ni moins que le combat des Anges contre les Démons. Seulement, une fois tournée la dernière page, on ne sait plus très bien qui est ange et qui est démon.

Nous sommes en 1975. A ma droite, Art Keller, ancien du Vietnam, et toute la clique des redresseurs de torts mise en place par l’administration américaine. A ma gauche, les narcotrafiquants mexicains, menés par les frères Barrera.

On passe allègrement les frontières, on se promène au Mexique, au Honduras, en Colombie, au Guatemala, avec une pointe à Hong-kong. Avec à chaque passage, des montagnes de cadavres équitablement répartis entre les deux camps. Les fidèles sont trucidés, les traîtres aussi.
Il y a un archevêque, une ravissante courtisane, des mafieux italiens et irlandais. Coups fourrés toutes les dix pages, tortures les plus raffinées les unes que les autres.

Vous me direz: quel est le plaisir as-tu de lire de telles horreurs?
Et vous avez raison.

Mais :
Ce livre est drôlement bien écrit. La documentation est bétonnée. Il se termine par un point d’interrogation en 1998.
Où sont les bons, où sont les mauvais? Quelques rares invraisemblances.

L’actualité récente démontre que rien n’a été résolu dans cette partie du monde.
Les tueries continuent au Mexique. On vient d’arrêter le fugitif ‘el Chapo’ , un baron de la drogue avec une tête de bon-papa. Sera-t-il extradé aux États-Unis?

A suivre.

Amitiés sombrero,

Guy.

La griffe du chien (The power of the dog) – Don Winslow – Polar Points
Culte – 827 p.

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Le lagon noir

1979, le corps d’un homme est retrouvé dans un champ de lave. Le policier Marion Briem s’oriente rapidement vers une base militaire américaine située à proximité, aidé dans ses démarches par Caroline, une jeune militaire noire américaine. Parallèlement, Erlendur enquête sur la disparition non élucidée d’une jeune femme dans les années 50.

Cela fait un certain nombre d’années que je m’intéresse à Erlendur, mais je n’avais jamais eu vraiment envie de faire de critique. C’était du « Easy reading », du « fast book ». Il n’y a aucune réserve concernant Indridason dans ce constat, c’est incontestablement un bon écrivain qui a su le montrer en particulier avec « Betty ». Ce que je veux dire, c’est qu’un roman policier, ça reste un plaisir simple, comme un feuilleton, on s’enfonce dans notre fauteuil, on se retrouve avec un univers familier, des personnages avec leurs petites histoires et leurs petites manies. On est bien, le meurtrier est là pour ébranler cet univers bien codifié, mais heureusement, l’enquêteur va remettre de l’ordre dans tout ça. On pourra s’endormir tranquille.

Il y a eu un budget publicitaire impressionnant pour « le lagon noir » : des affiches dans le métro et de la pub au cinéma, c’était la première fois que je voyais ça. Je me suis demandé si l’investissement était bien justifié avant d’acheter le roman. C’était justifié.

Erlendur est obsédé par un douloureux souvenir d’enfance : la perte dans une tempête de neige, de son frère dont on ne retrouvera pas le corps. Ce fil qui liait toutes les enquêtes du policier semblait avoir trouvé une issue avec « étranges rivages ». Depuis,  Indridason revient aux débuts d’Erlendur, dans les années 70.

L’autre intérêt des enquêtes d’Erlendur, c’est l’Islande, ce pays dont on ne parle que lorsque ses volcans viennent perturber le trafic aérien. En dehors de quelques passionnés de mythologie scandinave qui évoqueront avec emphase les sagas de Snorri Sturluson, personne en France ne pourra rien vous dire sur l’Islande (heureusement qu’il y a Bjork tout de même).

Or, vous le saviez peut être, en tout cas pas moi, l’Islande, base avancée des Américains pendant la guerre froide, y a joué un rôle stratégique capital. Indridason nous plonge dans cette cohabitation entre le peuple islandais et une Amérique impérialiste à peine sortie de la ségrégation et souvent plus que dédaigneuse pour ce petit peuple pauvre, rustique, dont le développement était encore en devenir et peut être un peu complexé aussi. Malheureusement, le racisme est bien plus qu’une affaire de couleur de peau. Ce sentiment insidieux et indéfinissable scelle ici l’amitié entre Caroline et Marion.

Quant à Erlendur, on commence a se demander si son obsession n’est pas aussi liée à un événement qui viendrait s’ajouter à la disparition de son frère (Arnaldur, si tu tombes sur cette critique, cette phrase est pour toi).

Edouard

Le lagon noir

Arnaldur Indridason

Metaillié noir

2016

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