Hiver

483 pages de poncifs du polar. Nous avons tous les éléments d’un polar médiocre, sans imagination avec, m’a-t-il semblé, des copier/coller d’autres polars. Après une canicule torride à 30° dans un précédent roman, nous voilà avec l’hiver le plus froid que la Suède ait connu. Pas étonnant que la flicquette, Malin Fors, délire, entende des voix et fasse des rêves atroces et prémonitoires. À mon avis ses délires sont dus, surtout, à l’alcool auquel elle ne sait pas résister. Avec ce froid polaire, faut la comprendre. Et puis il y a la voix du tueur et celle du trucidé qui se confondent, se mêlent au récit. Plus, plein de personnages qui se greffent au fur et à mesure de l’inaction. Pauvres flics congelés qui pataugent dans la glace !
En résumé : un obèse (150 kg) est retrouvé pendu à un arbre. Non seulement il est tout nu, mais défiguré et son gras est largement découpé.
Passage obligé par : « Qui est-il ? » – « Pourquoi ? » – « Comment ? » – « Quel est le monstre qui a fait ça ? »
L’auteur nous égare sur quelques fausses pistes ; normal ! Finalement il n’y avait pas tant de personnages que ça puisque la famille est élargie aux demi-frères et demi-sœurs. En fait, une banale histoire de famille « tuyau de poêle » qui s’entretue… C’est encore la faute de la mère !
Le tout conté avec trémolos de bons sentiments et Lyrico Spinto.
Là, oui, l’auteur prend ses lecteurs pour des débiles. Il n’y a même pas le second degré pour pouvoir en rire.
La Martine très « moui, bof ! »
KALLENTOFT Mons
Serpent Noir, 2009 (2007), 483 p.

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Thérapie

Lawrence Passmore est scénariste d’un feuilleton à la BBC. Ses revenus dépassent largement la moyenne nationale. Pourtant, il se plaint de douleurs au genou. Toutes les thérapies se montrent inefficaces, des plus traditionnelles aux plus farfelues. Comble de malheur, sa femme le quitte. Il se lance dans une série d’aventures se terminant inévitablement par un flop. Il cherche à se consoler dans la lecture de Kierkegaard, au point de faire se dresser les cheveux sur la tête du lecteur. En fin de livre, il se mettra à la recherche de son amour de jeunesse, Maureen. Ce qui mènera à un étonnant pèlerinage à Compostelle.
Une belle description de la névrose, probablement en partie autobiographique.
Ce névrosé-ci est un emmerdeur, et on ne comprend que trop bien ceux qui l’envoient paître.
David Lodge est catholique et anglais, ce qui est déjà un bon terreau pour les comportements névrotiques.
Et le lecteur se marre, attitude fort peu catholique, vous en conviendrez.
Ce très bon roman date de 1995. Il n’a pas vieilli, contrairement à l’auteur.
David Lodge parle de ses misères dans un livre plus récent « La vie en sourdine » où il est dur de la feuille.
S’il continue dans la même veine, je crains pour la suite, qui pourrait se passer en maison de retraite.
Amitiés ite missa est,
Guy.
David Lodge – Rivages 498 p.

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Home

« Frank Money est Noir, brisé par la guerre de Corée, en proie à une rage folle. Il doit retrouver à Atlanta sa jeune sœur Cee, gravement malade, afin de la ramener dans la ville de leur enfance en Géorgie « le pire endroit du monde ». S’engage pour lui un périple dans l’Amérique ségrégationniste des années 1950 où dansent toutes sortes de démons. Avant de trouver, peut-être, l’apaisement. Parabole épurée, violemment poétique, Home conte avec une grâce authentique la mémoire marquée au fer d’un peuple et l’épiphanie d’un homme. »
Je n’ai rien trouvé de tout ça. Un livre de plus sur la ségrégation, mais la parabole est trop épurée par rapport à la « rage folle » de Frank qui nous raconte l’histoire, passant du passé au présent avec des petites notes pour le lecteur. La poésie, où est-elle ? Je n’en ai vu qu’au début et à la fin, mais tellement absurde que je l’ai survolée négligemment. Quant à la grâce authentique, ce n’est pas le terme que je donnerais au style plutôt surréaliste et elliptique du récit. Pas étonnant que Mme Morrison ait eu le Prix Pulitzer et Nobel. Son livre n’engage à rien. Ce n’est qu’une ébauche de la ségrégation et le retour des soldats de Corée. Des sujets trop tristes à développer, sûrement. Il paraît que c’est le style de la dame.
Bref ! Je n’ai pas aimé. Trop noir, trop triste, trop négatif, trop décousu surtout. Sur le sujet, j’ai préféré « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ». Je n’ai pas compris le but de ce livre ni ce que cherchait à nous dire l’auteur.
Il fallait sûrement lire entre les lignes et non en diagonale.
Je note la Rédemption finale. Enfin, si j’ai bien compris.
La Martine qui replonge dans un autre Inoué pour se remonter le moral.
MORRISON Toni 10/18, 2012, 142 p.

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Lyon

Des visiteurs de ce blog, en voyant une rubrique Paris et une rubrique Europe, pourraient se demander où je situe la France ou en conclure qu’en bon parisien, je ne considère que tout ce qui est français et hors Paris n’est pas digne d’intérêt. Il n’en est rien, si j’habite Paris depuis plus de 10 ans et si j’aime beaucoup la capitale, il m’arrive aussi de me rendre dans d’autres villes de l’hexagone. L’objet de ce billet est donc de rectifier le tir et d’inaugurer la rubrique « France ».

De mon premier passage à Lyon il y a une quinzaine d’années, je n’ai plus qu’un très vague souvenir : la devanture d’une boutique de tatouage non loin du métro Croix-Paquet, dans le quartier de la Croix-Rousse, le long d’une montée immortalisée par Tardi dans son adaptation du polar de Leo Malet « 120 rue de la gare ».

De mon second passage à Lyon il y a environ 8 ans, je me souviens des vélos, des traboules et des ponts enjambant alternativement la Saône et le Rhône. J’ai aussi gardé de ce second passage une impression de richesse et d’opulence, quelque chose de très bourgeois, un sentiment vaguement chabrolien.

Ce sentiment m’a poursuivi jusqu’à mon dernier passage qui a été l’occasion d’y voir un peu plus clair. J’ai un peu lu sur Lyon : Sainte-Blandine, les canuts, les sociétés secrètes, les frères Lumière…histoire de ne pas arriver la tête vide.

Ce qui m’aura marqué, cette fois-ci, c’est la basilique Notre-Dame de Fourvière et l’institut Lumière. Quel rapport entre les créateurs du cinématographe et cet énorme édifice néo-byzantin qui surplombe la ville comme une excroissance graisseuse et que certains comparent à un éléphant allongé sur le dos ? L’époque bien sûre, une même époque qui a changé la face de la société : la révolution industrielle.

Érigée entre 1872 et 1896, en plein délire germanophobe, la construction témoigne de la prospérité de la ville à l’époque. A noter aussi que la gigantesque statue de la place des Terreaux, commandée initialement par Bordeaux a finalement été achetée par Lyon en 1892, les bordelais n’ayant pas réussi à réunir les fonds nécessaires à son acquisition.

La révolution industrielle, c’est aussi la révolution des esprits. Avec la photographie, la représentation visuelle n’est plus l’apanage des artistes et se popularise. Sur l’emplacement de l’institut lumière, fleurissaient alors les usines Lumière qui produisaient des plaques photographiques vierges à usage domestique. Ne subsiste que la grande maison très art nouveau dans laquelle vivaient les patrons et où est né le cinématographe, inspiré du kinétoscope d’Edison et du théâtre optique de Reynaud.

Le XIXe à Lyon, ce sera enfin les révoltes des canuts et la naissance d’une identité ouvrière qui inspirera les premiers penseurs du communisme. Je n’ai pas eu le temps…la prochaine fois, je retournerai à la Croix-Rousse pour pister les canuts.

Edouard

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Kôsaku

Ce livre est la suite de « Shirobamba ». Kôsaku a maintenant 11 ans. Il vit toujours dans le village de sa famille à Yu-ga-Shima, chez sa grand-mère, Onui. En fait, ce n’est pas sa vraie grand-mère, mais la concubine de son arrière-grand-père. Kôsaku lui a été « prêté » pour quelques années afin qu’elle ne soit pas seule et puisse se maintenir au rang de la famille. Trop gâté par Onui qui lui passe tout, vivant à la campagne, il est évident que lorsque Kôsaku va voir ses parents en ville, il se fait rabrouer. Donc il préfère sa grand-mère. C’est un enfant mal dégrossi, vivant sans souci, jouant dehors avec ses camarades et qui, petit à petit, apprend à vivre. Grâce à une petite fille, il ressent ses premiers émois amoureux sans même savoir ce que c’est, il comprend que certains de leurs jeux sont un peu cruels, il prend conscience des adultes à qui il doit le respect et la politesse, voire la gentillesse d’une parole aimable. Bref, Kôsaku fait l’apprentissage de la vie. Il est dit que ce livre est autobiographique. Cette jeunesse qui fut nous est racontée avec les sentiments de l’enfance non sans un certain humour.
C’est mon 4e « Inoué », un auteur que j’adore pour sa simplicité, ses descriptions réalistes, ses analyses justes des personnages décrits avec affection et humour.
Je me suis sentie proche des 3 femmes du « Fusil de chasse ». J’ai aimé les enfantillages de Kôsaku qui le rende si délicieux. Grâce à Inoué, j’ai même aimé ce barbare sanguinaire de Gengis Khan ! (Le loup bleu).
Je ne comprends pas cet envoûtement. Le fait qu’il soit japonais n’y est pour rien. C’est sa façon d’écrire qui me plaît : jamais de longueurs, de mots en trop, de violence. Son écriture est « un long fleuve tranquille ».
La Martine enchantée.
INOUÉ Yasushi
Folio 2011 (1960), 222 p.
Traduction par Geneviève Momber-Sieffert

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Gustave Doré : l’imaginaire au pouvoir

Gustave Doré ? Ah oui, celui qui illustrait le gros livre des fables de La Fontaine que je lisais avec mon grand-père quand j’étais petit. Pas mal, mais…un peu académique peut être, un peu premier degré.

Ce n’est qu’en me rendant à la magnifique exposition qui se tient au musée d’Orsay jusqu’au 11 mai que j’ai réalisé que 200 ans séparaient l’auteur des fables de l’illustrateur.

Caricaturiste à ses débuts, Doré a été aussi un artiste engagé qui a dépeint l’Europe de son temps, la misère londonienne, une Espagne un peu fantasmée, les déchirures de la France suite à la défaite de 1870, mais il est resté dans nos mémoires pour ces illustrations des grandes œuvres littéraires qui ont forgé la culture occidentale, à commencer par la bible.

Dante, Rabelais, Cervantès, Shakespeare, Tennyson, Milton, La Fontaine, Perrault…

Doré a créé des ponts visuels entre tous ces auteurs et a été un bâtisseur de la standardisation culturelle européenne.

Il se sentait rejeté par les cercles artistiques de son temps, ça ne m’étonne pas. Son trait été certes beau, mais très académique aussi, très imprégné de romantisme. Plus qu’un grand artiste qui bouleverse par sa vision du monde, je dirais qu’il a été un génial créateur de liant culturel, un grand bâtisseur de background représentatif, un grand unificateur de l’identité occidentale.

L’expo fait à juste titre le lien entre l’artiste et l’imaginaire cinématographique. Après Doré, Moïse à eu la même tête pour tout le monde…jusqu’à Cecil B. De Mille. Aujourd’hui, chacun sait que Moïse avait exactement la même tête que Charlton Heston. J’ai aussi pas mal pensé au seigneur des anneaux devant une illustration de la divine comédie montrant Dante et Virgile marchant sur un terrain marécageux au milieu de corps noyés et grimaçants.

Je dirais que, d’une certaine façon, Doré était un proto pop-artiste. Il a été aux années 1860 ce que sera Roy Lichtenstein aux 60’s.

L’œuvre est-elle là pour parler de l’artiste ou le créateur doit-il s’effacer derrière sa création ? De Proust à Truffaut, la question n’a cessé d’être débattue tout au long du XXe siècle et, il me semble, n’a pas trouvé de réponse définitive.

Quoi qu’il en soit, j’ai été très touché par les paysages qu’il peignait à la fin de sa vie, des paysages qui s’inscrivaient dans une autre veine artistique, très présente à l’époque chez les artistes allemands, et en particulier visible dans l’œuvre de Caspar David Friedrich (celui-ci est d’ailleurs cité dans l’un des panneaux). Comme si, au crépuscule de sa vie, Doré cherchait autre chose, une autre réalité, une certaine forme d’ «humanité » dans la nature. Une réalité qui aurait toujours été présente dans ses œuvres, qui n’avait jusque là qu’occupé le second plan et qu’il parvenait enfin à saisir : l’essentiel.

Edouard

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La Dame au petit chien et autres nouvelles

Le Docteur Tchékhov (1860-1904) n’était pas heureux en amour.
Marié avec Olga Knipper en 1901, il n’a que peu habité avec elle, avant de mourir dans une station thermale allemande.
Sa vision des femmes est pessimiste
Dans ces très belles nouvelles, le lecteur rencontre une couturière, la femme d’un pharmacien de province, une mondaine, quelques garces, une femme-chef d’entreprise…
Toutes ont en commun leur mal de vivre.
Les hommes ne sont pas épargnés. Chacun à sa façon souffre du manque de communication.
Même là où l’amour semble patent, la petite faille apparaît.
Les choses ont-elles tellement changé?
Amitiés secouées,
Guy.
Anton Tchékhov – Folio classique – 375 p.

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