Thornytorinx

Camille de Peretti raconte son anorexie.

On m’a dit que j’avais été trop dur avec Camille de Peretti dans ma critique de « la Casati » et de lui donner une nouvelle chance avec « thornytorinx ». Peut être que je suis un peu jaloux qu’une femme jeune et jolie arrive à ce niveau d’écriture et que ça m’a influencé dans ma critique. Et puis, j’ai pris beaucoup de plaisir à échanger avec elle sur Proust lorsque je l’ai rencontré alors, je me suis sans doute fait une idée un peu fantasmée de l’auteur dont je n’avais encore rien lu. Ce n’est pas tout les jours que je rencontre des gens avec lesquels je peux parler de Proust. La dernière fois c’était avec une prof de français cambodgienne qui lisait « à l’ombre des jeunes filles en fleurs » dans le RER, mais maintenant, je prends plus le RER.

Ah oui, là c’est pas mal, c’est intéressant. C’est quand même très autobiographique, elle ne donne pas le sentiment d’avoir inventé grand-chose, à part les prénoms de ses mecs, je suppose. Mais bon, c’est bien écrit, c’est agréable à lire. C’est un témoignage que devraient lire toutes les filles qui ont « des problèmes avec la nourriture », comme elle dit. Je m’étais jamais vraiment penché sur la question de l’anorexie, n’ayant pas de personnes concernées dans mon entourage et personnellement, quand je décide de manger quelque chose, ce n’est pas pour le rendre après.

On retrouve l’univers très « girly » de la Cassati et le mythe de la princesse, mais ce qui est intéressant, c’est que ces thèmes sont ici croisés avec la maladie. Il y a la description de la maladie, le fait qu’elle ne se rend pas compte qu’elle est malade, qu’elle finit par s’en rendre compte, mais décide de ne pas guérir complètement, ayant jugé que la maladie faisait partie d’elle-même, de sa manière d’être. J’ai bien aimé le passage au Japon, elle précise bien qu’elle n’a pas lu « stupeur et tremblement », je ne sais pas pourquoi, tant physiquement que stylistiquement, on ne la confondrait pas avec Amélie Nothomb. D’ailleurs, ce n’est pas du tout la même histoire.

Je me suis dit très vite qu’elle avait une relation étrange avec sa mère, mais je n’avais pas fait le lien avec la maladie. L’explication de la pathologie est très psychanalytique : la petite fille sur laquelle sa maman se repose beaucoup et qui refuse de laisser son corps de femme s’épanouir en refusant toute nourriture, de peur de devoir se séparer de sa génitrice. Si Sigmund le dit… Il y a une autre explication souvent avancée qui est celle du modèle social de la maigreur auquel les jeunes filles essaient de répondre à tout prix. Elle n’en parle, elle ne parle d’ailleurs presque pas de son environnement quand il n’est pas purement affectif. N’est-ce pas aussi la société qui lui dit d’être une princesse ? Elle devrait creuser de ce côté-là.

Camille de Peretti
Belfond
2005

Edouard

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L’Arche avant Noé

Point de situation sur les sources babyloniennes ayant incontestablement influencé l’histoire du célèbre héros biblique et de sa ménagerie flottante.

La découverte au lycée de « la naissance de Dieu » de Jean Bottero aura été un véritable coup de foudre littéraire. C’est dans cet ouvrage que je fis la connaissance de l’épopée de Gilgamesh et du personnage d’Utnaphisti, survivant du déluge ayant construit une arche dans laquelle il fit entrer tous les animaux de la création. Les influences mésopotamiennes sur le récit biblique sont connues depuis la fin du XIXe siècle. J’étais donc très méfiant en lisant la critique de cet ouvrage publié il y a quelque temps dans Lemonde, me demandant si elle allait vraiment m’apporter quelque chose que je ne savais déjà : je n’ai pas été déçu de mon acquisition.
L’épopée de Gilgamesh s’articule autour des conséquences de la mort d’Enkidu et du chagrin que cet événement produit chez le héros mésopotamien. C’est dans ce contexte que Gilgamesh rencontre le survivant du déluge auquel les dieux ont donné l’immortalité. L’entrevue avec Utnaphisti ne constitue qu’une petite partie de l’épopée. Finkel nous présente ici d’autres versions babyloniennes du mythe, écrites antérieurement à l’épopée, en particulier l’histoire d’Atrahasis, d’ascendance royale cette fois-ci, qui a la charge, comme Utnaphisti et plus tard Noé, de sauver l’humanité et le monde animal en construisant une embarcation susceptible de le protéger du déluge.
La grande nouveauté apportée par Irving Finkel est une tablette contemporaine du récit d’Atrahasis, se concentrant cette fois-ci sur les modalités techniques de la construction de l’arche qui s’avère être ronde et correspondre à un type d’embarcation bien connu en Irak : le coracle. Si les dimensions globales de l’arche n’évoluent guère d’un récit à l’autre, il n’en est pas de même de sa forme, très dépendante du contexte géopolitique et culturel de l’époque au cours de laquelle le récit est raconté, ainsi que de l’importance que l’auteur a voulu lui accorder dans l’intrigue. À titre d’exemple, la référence à une arche carrée dans l’épopée de Gilgamesh, dont les capacités de flottaison sont plus que douteuses, met bien en évidence le fait que la physionomie du navire était le cadet des soucis des auteurs.
Ainsi, le plus passionnant ne réside pas dans l’événement relaté, ni dans sa potentielle réalité historique, mais dans les différents récits qui en ont été donnés. C’est donc un prétexte pour voyager dans l’histoire de l’écriture cunéiforme depuis le commencement (le récit existait probablement bien avant) jusqu’à son abandon au début de notre ère. Une grande partie de « L’Arche avant Noé » s’intéresse à la transmission du récit cunéiforme vers sa forme hébraïque. Il est incontestable que l’exil à Babylone est un événement clef de l’histoire de l’écriture de la Bible. Les auteurs du livre saint, s’étant attachés à dénoncer les coutumes des habitants de la ville où ils avaient été déportés, se sont bien gardés de dire combien cette cohabitation avait été importante pour eux et encore moins ce qu’ils devaient à la culture babylonienne. Finkel rassemble patiemment les indices mettant en évidence cette influence…une affaire à suivre.

Edouard

Irving Finkel
JC Lattès
2015

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Les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus

Un petit bijou d’impertinence.
Or donc, Pomponius, philosophe et voyageur romain (au début de ce qui deviendra notre ère), recherche les eaux miraculeuses, ce qui n’est pas exempt d’influence sur sa santé: Flatus fait allusion à flatulence, vieux terme médical désignant certain dérangement intestinal bruyant et malodorant. Ses pas le conduisent à Nazareth, et notre ami se retrouve chargé par le jeune Jésus (oui, celui qui deviendra plus tard qui vous sa vez) de prouver l’innocence de Joseph, son père. Le brave homme est accusé de meurtre. L’enquête permettra de passer à la moulinette (dans le désordre) les Arabes, les juifs, les romains, les grecs, les barbares… Pomponius, ce libre penseur avant la lettre ne croit ni aux dieux ni au diable. Certains passages sont désopilants. Et la fable, bien sûr, n’est pas anodine.
Hors Jésus, Marie, Joseph, certains personnages qui plus tard connaîtront la célébrité, entrent en scène, au grand plaisir du lecteur: Judas, Matthieu, Barabbas, Hérode,
Jean-Baptiste et ses vieux parents. Une façon fort originale de revisiter le Nouveau Testament, pour lecteurs avertis 😉
Amitiés apocryphes,
Guy
Eduardo Mendoza
Points – 218 p.

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Amours

En 1908, dans le Cher, au centre de la France, une maison bourgeoise. Anselme de Boisvaillant, notaire, est marié depuis quelques années avec Victoire. Un mariage de pure convenance laissant les époux insatisfaits. La toute jeune Céleste, petite bonne de 17 ans, se retrouve enceinte des œuvres du notaire. Qu’à cela ne tienne, sans lui demander son avis, on décide que l’enfant prénommé Adrien deviendra celui des patrons.
C’est compter sans la détermination de Céleste, qui fera exploser les conventions.
Je suspecte la ravissante Léonor de Récondo, vu son patronyme, d’avoir été élevée dans le landernau. Et je ne suis pas sûr que bon-papa et bonne-maman auraient apprécié cette critique sociale au vitriol. Violoniste classique de formation, elle fait une pause carrière en écrivant des romans.
C’est trop injuste, certains ont tout reçu au berceau ;-(
Et ceci n’est pas de la littérature, c’est du Scarlatti 😉
Amitiés envoûtées,
Guy.
Léonor de Récondo
Sabine Wespieser
276 p

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Sodome et Gomorrhe

Après avoir eu une révélation concernant l’homosexualité du baron de Charlus, le narrateur s’interroge longuement sur les mœurs d’Albertine, avant de se décider à l’épouser.

Tout le monde connaît le récit biblique et la décision divine de détruire les deux villes du fait des mœurs peu conventionnelles de leurs habitants. Ici, il est bien en effet question de la destruction d’un monde, celui que s’était construit le narrateur dans les trois premiers volumes et qui commençait déjà a s’effriter à la fin du côté de Guermantes. Le titre de l’ouvrage aurait pu être « illusions perdues » s’il n’avait déjà été pris (le livre de Balzac est d’ailleurs largement évoqué).

Une passionnée de Proust avec laquelle je partageais mes impressions il y a quelque temps me soutenait que les volumes de la recherche n’avaient pas forcément à être lus dans l’ordre habituel de leur présentation. Cela m’avait laissé perplexe dans la mesure où il me semblait tout de même voir dans leur succession une progression dans l’intrigue. La lecture de« Sodome et Gomorrhe » m’incite à reconnaître la pertinence de l’affirmation de mon interlocutrice, ce quatrième volume de la recherche semblant en effet former le sommet d’un édifice dont les trois premiers volumes seraient les piliers. Je suis maintenant curieux de savoir comment les trois derniers volumes s’agenceront dans l’édifice. Peut-être formeront-ils une pyramide inversée, donnant ainsi à la représentation géométrique de l’œuvre, une ressemblance frappante avec celle habituellement faite de la divine comédie.

Combray, Balbec et les Guermantes se rejoignent. On retrouve madame Verdurin toujours assoiffée d’ascension sociale et qui qualifie toujours d’ « ennuyeux », les habitants des sphères mondaines auxquelles elle n’a pas accès. Le vent tourne cependant et contre toute attente, le baron de Charlus intègre le petit cercle…pour les beaux yeux du violoniste Morel, tout comme Swann l’avait intégré pour séduire Odette de Crécy. Il est très peu question de Swann qui avait annoncé sa maladie à la fin du côté de Guermantes. Les personnages l’évoquent au passé comme s’il était mort, mais aucune allusion n’est faite à son agonie ou à son enterrement. Quoi qu’il en soit, il est hors circuit.

C’est donc la sexualité, tout comme dans le récit biblique, qui vient bouleverser l’ordre établi et qui brouille les frontières autrefois bien tracées entre les côtés de Swann et de Guermantes.

C’est aussi la sexualité qui apparaît comme une nouvelle dimension à laquelle le narrateur n’avait jusque là pas accès et qui l’oblige à regarder autrement les innocentes oies blanches d’ « à l’ombre des jeunes filles en fleur ». Il s’interroge beaucoup sur les mœurs d’Albertine, mais ne parle pas des siennes. Peut-être que ça ne se faisait pas à l’époque. Les experts de Proust se disputeront encore longtemps sur cette question, tout comme sur celle de savoir si Albertine n’était pas en fait un Albert masqué. Ce débat ne sera sans doute jamais tranché et s’arrêtera le jour de l’acceptation par la société qu’ une vision binaire de la sexualité n’existe pas. Si Proust avait vécu aujourd’hui, il aurait peut-être réalisé « Marcel et les garçons à table ».
Marcel Proust
Bouquins

Edouard

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