Giotto

 

– Allo, je vais voir l’expo Giotto au Louvre, ça te branche ?

– Giotto ? Euh…OK.

Je ne l’avais pas vu depuis un certain temps et si ç’avait été une rétrospective Annie Cordy, je pense que j’y serai allé aussi.
Dans la ligne 12, il y avait un SDF qui avait l’air vraiment désespéré. Tout en le regardant, j’essayais de me souvenir qui était Giotto : un peintre italien de la renaissance ou un peu avant, mais impossible de mettre un tableau sur ce nom.

Bon, il est à cheval entre le XIVe et le XVe siècle, je n’étais pas très loin au regard de la renaissance italienne.

La pièce était plutôt petite et contenait une vingtaine d’œuvres religieuses pour la plupart. Giotto est surtout connu pour ses tableaux de la vie de Saint François : « Ah oui d’accord, c’est lui Giotto ». Je ne suis pas particulièrement sensible à ce genre de peinture, je ne connais pas non plus très bien l’Italie ni l’époque. Quand je vois saint François qui donne à manger aux canards, je pense « C’est saint François qui donne à manger aux canards » et j’ai du mal à m’émerveiller. Au bout d’un quart d’heure, j’en ai eu marre et je l’ai laissé seul : il semblait vraiment très absorbé.

En l’attendant à l’extérieur, je regardais les gens qui faisaient la queue, je me demandais combien d’entre eux allaient voir l’expo par pur snobisme, histoire de ce la péter un peu en société « je suis allé voir Giotto au Louvre, c’était fooormiiidaaaable ! », diraient ils en tenant une coupe de champagne et en levant un petit doigt. Il y avait aussi dans la queue un prêtre en col romain « ah oui, là, d’accord. Lui, il doit certainement ressentir quelque chose ».

Finalement, je sortais de cette expo avec un sentiment de frustration ; jaloux de tous ces gens qui éprouvaient peut-être des sensations que j’étais moi-même incapable d’éprouver.
Lorsqu’il sortit enfin, le regard pleinement satisfait, il m’expliqua qu’il connaissait très bien l’Italie. Sans doute aussi est-il un peu plus mystique que moi.

Bref, si vous aimez Giotto, allez voir Giotto. Sinon, vous risquez de vous emmerder. Mais peut-être que l’expo vous réservera une bonne surprise. Peut-être aurez-vous une révélation, comme Saint Paul sur le chemin de Damas, comme Claudel à Notre Dame. En tout cas, moi je n’ai rien ressenti. Je suis peut-être trop cartésien.

Edouard

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Bande de menteurs

 

Conseillée par Jim Harrison dans ses mémoires, cette autobiographie d’une petite fille au Texas dans les années 60 tient ses promesses.
Une mère artiste ratée, un père ouvrier et bagarreur, une grand-mère égocentrique et une soeur aînée mythomane construisent un cadre plutôt animé autour de la petite Mary.
Elle s’en sortira grâce à la littérature.
Cette Amérique-là, j’en reprendrais bien encore une louche.

Amitiés yankees,

Guy.

Mary Karr – Pocket – 447 p.

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La vieille dame de la librairie

« L’Aventure et l’humour ont leur part dans cette merveilleuse histoire d’amour-amitié que vont vivre deux êtres que l’âge sépare, mais que l’esprit unit ; et, peu à peu, grâce à cette exquise nonagénaire, l’homme jeune va se reconstruire. »
Pierre, 36 ans, a perdu sa fiancée dans un attentat à Beyrouth. Depuis il n’a plus goût à la vie. La vieille dame, 90 ans, aveugle, a raconté dans un livre sa guerre de 14. Pierre fait sa connaissance dans une librairie. La libraire le retrouve et lui fait lire le livre. À partir de là, ces deux êtres, « bousculés » par la vie, vont se rencontrer, discuter, se confier, se lier d’amitié et Pierre va raccrocher à la vie.
Un très beau livre sur l’amitié, l’amour, le respect et la Guerre de 14. Je n’ai rien appris de plus sur ce sujet, mais le livre est tellement bien écrit que j’ai eu beaucoup de mal à l’abandonner et un grand bonheur à le lire.
Rien d’étonnant avec Jean Piat qui a été un comédien présent et discret, qui a su se faire respecter.
Ce livre est une relecture. Je l’avais lu il y a 10 ans. J’en avais gardé une impression de bonheur, mais je ne me rappelais pas pourquoi. Il n’a pas mal vieilli et j’ai tout retrouvé avec un immense plaisir.
Un petit bémol à la clé : l’omniprésence de Dieu et de la prière que j’ai quand même lue malgré ma diagonale intempestive.
La Martine sous le charme de l’amour.
PIAT Jean R
Flammarion, 1991, 333 p.

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L’art de la joie

 

L’histoire de l’Italie – plutôt de la Sicile – depuis le début du 20e siècle.
La petite Modesta fera tout pour sortir de sa condition de petite fille pauvre, mais elle démontrera des qualités fort éloignées de celles d’une pauvre petite fille…
Recueillie dans un couvent, elle en sortira comme servante chez une authentique princesse. Un par un, elle gravit les échelons, et elle finit par prendre la place de sa patronne. Intelligente et farouchement indépendante, elle assume ses choix sexuels et politiques. La montée du fascisme lui donnera l’occasion de s’affirmer comme une trrès déterminée partisane de la liberté.
Fille de Maria Giudice, une militante communiste, l’auteure semble avoir beaucoup mis d’elle-même dans ce livre volumineux.
C’est long par moments (surtout dans les développements politiques), mais l’ouvrage brille par son engagement, et par son style inspiré.
Amitiés antifascistes,
Guy.
Goliarda Sapienza

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Le ciel tout autour

 

Trois femmes, trois destins différents qui se rejoignent.

Karen, 29 ans, atteinte du sida, en prison depuis 5 ans, dans le couloir de la mort de Mountain View (Texas) avec 4 autres détenues. Putain d’autoroute de son état, elle a tué plusieurs de ses clients qui la brutalisaient et deux témoins gênants parmi lesquels Henry.

Franny, médecin à New York, complètement déstabilisée. Une jeune patiente vient de mourir du cancer, son couple bat de l’aile. Elle profite de la mort de son oncle qui l’avait élevé pour partir pour Gatestown (Texas). Là, elle rompt ses fiançailles et reprend la place de son oncle, docteur à la prison de Mountain View.

Célia, bibliothécaire, veuve d’Henry, ne parvient pas à se remettre de la mort de son mari. Elle ne pardonne pas, mais décide d’écrire à Karen pour lui dire tout ce qu’elle a perdu. Elle habite Austin, pas très loin de la prison.

Trois destins entremêlés, trois portraits de femmes très bien décrits.

Un livre très poignant sur les conditions de vie dans l’univers carcéral féminin. Un milieu très dur, inhumain, où les codétenues vivent dans la promiscuité, se déchirent ou s’entraident comme elles peuvent.

Au bout, il y a la mort.

La Martine toute retournée.

WARD Amanda
J’ai lu, 2009 (2003), 253 p.

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La grande évasion

Dans un oflag, pendant la Seconde Guerre mondiale, des prisonniers mettent en place une évasion d’envergure. Sur les 54 qui réussissent à s’échapper du camp, un seul ne sera pas rattrapé, 52 seront fusillés et 1 sera ramené au bercail avec seulement quelques égratignures (mais si vous vous souvenez, Steve McQueen pris dans les barbelés).

J’avais vu ce monument du cinéma mondial il y a très longtemps et je me souvenais de quelques passages : la moto de Steve McQueen et l’Américain qui se fait pincer en répondant « thank you » à un Allemand qui lui dit « good luck ». Cependant, il me manquait une clef essentielle pour comprendre ce film qui ne m’a été donnée qu’il y a peu de temps par un militaire.

Pour un prisonnier de droit commun, l’ « évasion » est une pensée légitime. C’est aussi une source inépuisable d’inspiration pour les réalisateurs puisque nous avons tous soif d’évasion et d’ailleurs, si nous allons au cinéma, c’est bien pour nous évader.
Je n’ai jamais vu abordée au cinéma la question pourtant bien réelle des prisonniers qui angoissent à l’idée de devoir sortir, ni du besoin d’évasion qui n’est pas tant de sortir des murs que d’échapper à une promiscuité qui rend la solitude impossible. Cette réalité est certainement moins jouissive que l’image de Papillon s’engouffrant dans la jungle guyanaise et est évidemment moins bankable. Peut-être en parlera-t-on un jour.

La condition d’un militaire, prisonnier de guerre est toute autre : l’ « évasion » n’est pas une pensée légitime, une certaine façon de refuser la fatalité. Pour lui, l’évasion est un devoir. Cette question est d’ailleurs abordée au tout début du film par un officier anglais et l’ officier allemand, responsable du camp. L’Allemand sait que les prisonniers vont essayer de s’évader et l’accepte, puisque c’est leur devoir de militaire. Son devoir est de les empêcher de sortir, mais pas de les empêcher d’avoir des projets d’évasion. Cette clef donne toute la dimension dramatique du film. C’est une autre guerre dont nous parle « la grande évasion », une guerre dans laquelle l’inégalité entre les combattants est flagrante. Pour les prisonniers, l’atteinte de la cible est presque impossible. S’ils arrivent à sortir du camp, encore faut-il ne pas être repris. En territoire ennemi, entouré d’une population civile qui n’a aucun intérêt à lui venir en aide, les chances d’un prisonnier sont aussi minces que celles d’un hérisson qui décide de traverser l’autoroute le 15 août. Et pourtant, le devoir, l’obligation morale reste.

« La grande évasion » rend donc hommage à tous les prisonniers de guerre. C’est un film dont j’aurais aimé parler avec mon grand-père paternel qui, lui aussi, a passé la guerre dans un oflag. J’étais malheureusement trop jeune quand il est mort.
Pour ceux que le sujet intéresse, lisez « StalagIIB », le dernier opus de Tardi dans lequel la question de l’évasion est aussi évoquée.

Edouard

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Sept histoires qui reviennent de loin

L’auteur a ramené de son passé de médecin, d’humanitaire, de diplomate, ces petites histoires parfois drôles, parfois tragiques, émouvantes toujours. De façon étonnante, en feuilletant le livre quelques semaines après la lecture, les destins des personnages reviennent facilement en mémoire, comme de bons moments de fraternité.
Amitiés partagées,
Guy
J.C. Rufin –
Folio – 184 p.

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