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Prix Goncourt du premier roman (2010)
L’attentat contre Reinhardt Heydrich le 27 mai 1942 à Prague.
Les deux auteurs: des parachutistes, un Tchèque et un Slovaque, entraînés en Angleterre.
Heynrich: la bête blonde, le boucher de Prague, un des concepteurs de la ‘Solution finale’ avec Eichmann.
Le titre du livre: Himmlers Hirn heisst Heydrich (le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich).
Du très beau monde, comme on peut le constater.
L’histoire est vraie (tous les protagonistes y ont laissé leur peau, des centaines d’otages tchèques également), mais le livre est présenté comme un roman. À de nombreuses reprises, l’auteur se laisse emporter par son sujet.
J’ai eu par moments de la peine à rester dans l’histoire. L’auteur emploie la technique du ‘slow motion’ de façon trop appuyée. Le livre doit être pris comme un hommage à des hommes jeunes opposés à une machine inhumaine.
Personne à l’époque ne connaissait l’issue de cette guerre démoniaque.
Merci à ceux qui ont contribué à la mener à bon terme.
Allez voir sur Google des photos de Reinhardt Heydrich: édifiant.
Amitiés opprimées,
Guy
Laurent Binet – Grasset – 441 p.

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Le vent se lève

L’histoire de Jiro Horikoshi, l’inventeur du « 0 », l’avion qui viendra s’écraser sur la flotte américaine à Pearl-Harbour.

« Le vent se lève, il faut tenter de vivre ». C’est sur cette phrase de Paul Valéry que s’ouvre la dernière œuvre du maître de l’animation japonaise, Hayao Miyasaki, qui, à l’âge de 73 ans, a décidé de tirer sa révérence. « Le vent se lève » ne sera pas celui que j’ai préféré et mon coup de cœur restera pour « le voyage de Chihiro ».

La filiation avec « le château dans le ciel » dont on entend la petite musique caractéristique à plusieurs reprises, est évidente. Dans les deux dessins animés, il y est question de machines volantes et de culture occidentale. Toutefois, si les influences du « château » étaient palpables sans être vraiment dévoilées (Jules Verne, Paul Grimault ?), celles du « vent se lève » ne laissent aucun doute. Ces dernières ne renvoient pas à la France, comme la phrase de Paul Valéry, prononcée plusieurs fois dans la langue de Molière, aurait pu le laisser supposer. C’est indiscutablement l’Allemagne qui est la source d’inspiration du maître.

Jiro, qui, en sa qualité d’ingénieur, est amené à séjourner en Allemagne dans les années 30, est subjugué par la supériorité technologique du pays. Occasion pour Miyasaki d’insister sur le retard abyssal du Japon de l’époque, se traduisant par un profond complexe d’infériorité. On comprend qu’au pays du soleil levant, la sortie de « Le vent se lève » ait été très controversée.

La seconde source d’inspiration est Thomas Mann : l’histoire d’amour entre Jiro et Nahoko s’inspirant très largement de « la Montagne magique ». L’œuvre est citée ainsi que son auteur. Un ressortissant allemand du nom de Castorp (héros de « la Montagne »), apparaît sous les traits de l’écrivain qui annonce l’imminence de la guerre et évoque la folie hitlérienne. Comme dans le roman-fleuve, il est question de tuberculose et d’un sanatorium en pleine montagne. La phrase de Paul Valéry renverrait à cette marche à la guerre rampante que décrit le livre de Mann (la Première Guerre mondiale en l’occurrence) et qui gagne le Japon des années 30.

Jiro n’a rien d’un guerrier. C’est un brillant ingénieur qui réalise ses rêves d’enfant. Pour cause d’ancrage historique, le fantastique n’est présent qu’à travers l’activité onirique du héros : des songes qui l’amèneront vers son destin et qui lui feront aussi percevoir l’usage potentiellement dévastateur de ses machines. Le film se clos sur l’entrée en guerre du Japon et sur un dernier rêve de Jiro qui lui permet d’oublier les morts à venir et la maladie de Nahoko qui progresse.

Ainsi s’achèverait la carrière d’Hayao Miyasaki qui, après plus de 30 ans de bons et loyaux services dans l’animation, nous confie « le rêve » comme clef de l’existence. Et il pense qu’on va accepter sans broncher son départ en retraite ? Reviens Hayao, le monde a besoin de toi !

Edouard

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Le vieux canard et la mer

La sortie au cinéma d’un dessin animé hollywoodien mettant en scène un mérou à pois, espèce endémique vivant au large d’un petit îlot africain oublié de tous, provoque une réaction en chaîne au niveau international. Canardo, flanqué de son neveu Marcel, est missionné par l’accorte duchesse du Belgembourg pour dénouer l’écheveau.

Le barbu aux bottes noires avait oublié cette BD dans ma liste. J’ai donc pris la résolution d’en faire moi-même l’acquisition.

Prenant le contre-pied du huis clos forestier de l’année dernière, Sokal nous plonge cette année dans les mécanismes kafkaïens de la mondialisation. Magnifique scénario, c’est du cousu main, un travail d’horlogerie.

Tout semble aujourd’hui pouvoir provoquer une réaction en chaîne aux conséquences aussi imprévisibles que spectaculaires. Notre monde est comme ces bulles géantes que font naître les acrobates sur les places de nos villes en été. Elles font leur petit effet avant de disparaître pour laisser place à une autre. Plus personne ne se souviendra de la bulle précédente. Un clou chasse l’autre. Hier Dieudonné, aujourd’hui Julie Gayet, et demain ? « Puisque rien ne dure vraiment » disait Michel Berger en 83, en pleine guerre froide, à une époque sans téléphone portable, sans internet, sans Facebook, sans interconnexion permanente de tous au Tout. Qu’est ce qu’il dirait aujourd’hui ? Qu’est ce qu’il dirait de ce monde qui n’est plus qu’une succession d’instantanéités, du règne de l’éphémère mondialisé ?

Je vieillis, c’est certain, tout comme Canardo et comme Sokal qui fêtera ses 60 ans cette année. J’ai mis un certain temps à comprendre le rapport entre le titre le scénario. Il faut dire que je ne me souvenais plus très bien du roman d’Hemingway, mais la couverture et Wikipédia étaient là pour me rappeler cette histoire de décalage entre la vision du monde d’un vieil homme, en l’occurrence Canardo, les yeux fatigués, encore plus las que d’habitude et celle d’un petit jeune qui pète le feu, en l’occurrence : Marcel. Alors que Canardo se fatigue à essayer de se repositionner maladroitement dans un univers en perpétuel mouvement, Marcel y gambade sans vraiment comprendre les gesticulations de son oncle. Comme Obélix, il est tombé dans la potion magique dès sa naissance et il voit un boulevard là où son oncle voit une forêt vierge. Marcel est l’incarnation même de ce monde, il n’a pas besoin d’essayer de le comprendre.

« Le vieux canard et la mer » pourrait être le pendant de « L’Amerzone », publié il y a 15 ans. Dans ce volume, Canardo avait le rôle du jeune et Valembois, enfermé dans ses souvenirs, celui du vieux. Comme le lieutenant Drogo du « désert des Tartares », c’est maintenant à Canardo de passer le relais.

Espérons que ces réflexions sur la vieillesse ne cachent pas de pensées plus sombres de l’auteur. L’un des privilèges de notre monde, c’est qu’on est vieux de plus en plus tard et 60 ans, c’est jeune ! Longue vie à Canardo ! Longue vie à Sokal (pensons à lui le 28 juin) !

Edouard

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Oui, mais quelle est la question?

 

L’ami Bernard s’est un peu fourvoyé dans cette pseudo-autobiographie.
Il a ingurgité des milliers de livres, il a posé des dizaines de milliers de questions.
Ici, il raconte sa maladie qu’il appelle ‘questionnite’.

Sous le pseudonyme de Adam Hitch, il évoque son enfance, ses études, ses débuts dans le journalisme, ses succès à la télévision (l’émission Apartés), ses amours multiples, ses défaites, son vieillissement.

J’ai trouvé plutôt agaçante sa manière de taper sur le clou, surtout avec ses nombreuses conquêtes féminines.
D’accord, il ‘agit d’un roman. Dans un roman, on peut raconter ses fantasmes. Mais pour la profondeur psychologique, le lecteur reste sur sa faim.
Comme tel autre académicien (un immortel aux yeux bleus), Bernard Pivot semble mal vieillir.
Il nous doit une revanche.

Amitiés radoteuses,

Guy

Bernard Pivot – Pocket – 249 p.

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Premier de cordée

Jean Servettaz a été foudroyé aux Drus. Son fils, Pierre, part le chercher, se casse la figure et le crâne, survit, mais ne pourra jamais refaire de l’alpinisme, car il a des vertiges. Il sombre d’abord dans la mauvaise humeur et l’alcoolisme, fini par se confier à ses amis qui le requinquent (à coup de blanc) et avec un autre (celui qui avait ramené le client du père lors de l’orage) qui est estropié des pieds réussi à vaincre sa peur, son vertige et « la Verte par la face nord ». Entre temps, le corps du père avait été ramené par une autre cordée de sauveteurs. Une belle histoire de courage qui se finit bien. Mais que de drames avant d’arriver à la fin !
Ce livre m’avait enthousiasmée… il y a 50 ans. J’ai dû mal vieillir, car cette fois j’ai vu toutes les ficelles des bons sentiments, la morale castratrice et les décors plus enluminés que nécessaire. Tous les sommets nous sont cités un par un avec leur nom et leurs caractéristiques. Un vrai dépliant touristique ! Tout le matériel, toutes les escarmouches et autres pièges des ascensions, aussi. Quelle corrida !
Comme tous les passionnés par son sujet, M. Frison Roche nous saoule de mots et ne sait pas se mettre à la portée du lecteur commun. Il est vrai, aussi, que son livre est devenu une lecture pour la jeunesse.
J’ai bien aimé (quand même…) la transhumance des petites vaches de montagne qui m’a rappelé les petites vaches catalanes, nerveuses et au mauvais caractère, tenant plus du taurillon que de la pisseuse de lait confortable. Elles aussi s’élisent une « miss » pour les guider après un combat épique que j’ai suivi sans sauter une ligne et où j’ai souffert à chaque coup de corne. Dur, dur d’être la Reine du troupeau !
Pas étonnant que je refuse d’être le « chef de la meute ». J’ai horreur des efforts inutiles et de la neige.
La Martine essoufflée
FRISON ROCHE Roger
Arthaud, 1963, 319 p.

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Prague

L’instant que je retiendrai est quand, dans Obecní dům (la maison municipale), j’ai commencé à comprendre comment j’allais écrire cette chronique.
J’étais venu voir le Golem, le fameux protoFrankenstein israélite, créé au XVIe siècle par rabbi Loew, sous le règne de l’empereur Rodolphe II. Dans la fraîcheur matinale de janvier, on sent bien sa présence dans le vieux cimetière juif. On se dit qu’il doit être caché quelque part, entre toutes ces pierres tombales hirsutes et rongées par le temps, mais je ne l’ai pas vu. Heureusement, pour la somme modique de 160 korunas (environ 7€), j’ai pu acheter un Golem miniature. Il n’a pas l’air très facile à manier et en plus, je crois qu’il ne comprend que l’hébreu.
Mais heureusement, j’ai trouvé autre chose. En premier lieu, la suite de l’histoire du Saint-Empire romain germanique que j’avais commencé à découvrir l’été dernier. J’ai été soufflé par la puissance de la Bohème médiévale. Contrairement à la Hongrie, elle n’avait pas à se soucier des assauts ottomans, ces derniers n’étant jamais remontés aussi haut. Rome aussi était loin et ce n’est peut-être pas un hasard si les hussites y virent le jour. Ces derniers seront à l’origine du protestantisme qui s’étendra comme une traînée de poudre sur l’Europe au XVIe siècle. Était-ce uniquement par souci de protéger la foi catholique ou était-ce un prétexte pour soumettre ce voisin aussi prospère qu’indomptable que Vienne y procéda à la contre-réforme ? Toujours est-il que les églises baroques construites un peu partout dans la ville, fleurons du catholicisme triomphant, sont souvent impressionnantes. A l’époque, pas facile de séparer art, religion et politique.
Et puis, le temps à fait son œuvre…et l’art a survécu pour donner à la ville son charme si particulier. Chaque nouvelle strate architecturale trouvant sa place dans le paysage urbain sans pour autant chasser la précédente.
A la fin du XIXe, l’art nouveau marque à son tour la ville de son empreinte. Mucha, que nous connaissons surtout en France pour ses affiches, peint les vitraux de la cathédrale saint Guy, située juste derrière le château cher à Kafka. L’art nouveau envahit la ville, mais aussi l’intérieur des maisons : meubles, tapisseries, bibelots et finit aussi par laisser sa trace dans les vêtements et même les sous-vêtements : magnifique exposition à la maison municipale jusqu’en 2015. L’art prend alors une autre dimension et s’affranchit du religieux et du politique, il devient insaisissable, imprévisible et ne cessera de grandir. Ce sera les maisons cubistes, ce sera Tančící dům, la maison qui danse, ce monstre de verre et de béton qui semble se déhancher sur un air endiablé..
L’art : ce géant qui envahit tout, qui ne s’inquiète ni des fleuves, ni des montagnes, ni des frontières, ni des forteresses, ni des langues, ni des religions, ni du pouvoir. Lui qui est seul capable de transporter et d’unir tout un continent dans un même élan d’émotion. Lui, ce Golem, dont personne n’arrêtera jamais la course. Prague a un indiscutable talent pour mettre en valeur ses différents visages.

Edouard

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Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle

On lit à la page 61 ‘Où l’on vient enfin à la première des scènes pour lesquelles tu as acheté ce livre, cher et hypocrite lecteur’. Il déclarait à la première page ‘Je n’ai rien contre les catholiques. Au contraire’.
Il présente son opuscule (non, ce n’est pas un gros mot) comme une réaction contre une pensée totalitaire qui asservit les humains. En foi de quoi il séduit tout ce qui porte une jupe et/ou une petite culotte.

Son pèlerinage tient du marathon sexuel.
C’est totalement et volontairement amoral et irrespectueux et par moments hilarant.
Ces dames et demoiselles en ont, si j’ose dire, sous la pédale.
J’ai une affection particulière pour Muriel, abandonnée par son vétérinaire de mari, qui retrouve Étienne à Bazas.
Elle arrive à lui faire promettre de faire le pèlerinage ‘pour de vrai’. Nom de dieu, c’est lui qui l’écrit.
Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. Quoi que…

Amitiés fricoteuses,
Guy.
Etiennne Liebig – La Musardine – 224 p.

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