Les Impliqués

Le procureur Teodore Szaki tente de découvrir les causes de la mort d’un homme retrouvé mort, une broche à rôtir enfoncée dans l’œil.
Je continue tranquillement mon tour d’Europe du polar avec cette fois-ci la Pologne, un pays au sujet duquel je ne connais presque rien. Ayant acquis ma connaissance du monde dans les années 80, j’ai du mal à concevoir l’est du Danube comme autre chose qu’un bloc monolithique passablement ennuyeux.
J’aurai pourtant raté beaucoup de choses en passant à côté de cette merveille qui donne incontestablement un nouveau souffle au genre.
Tout d’abord, l’idée de faire mener l’enquête par un procureur est particulièrement bonne. Dans le cas d’un détective ou d’un commissaire de police, l’histoire s’arrête généralement à la découverte du criminel. Là, on entre dans la complexité du travail de qualification juridique des faits qui incombe au procureur. En effet, le tout n’est pas de trouver le coupable, mais de traduire juridiquement son action, ce qui nous permet d’entrevoir le véritable visage de la justice pénale qui doit non seulement sanctionner une faute commise par un individu, mais préserver aussi la paix sociale aboutissant à des solutions souvent acrobatiques.
Le deuxième grand intérêt du roman est de nous plonger dans l’univers professionnel d’un procureur. Effectivement, beaucoup de romans policiers contemporains se concentrent sur une enquête particulière et laissent de côté la réalité bureaucratique dans laquelle l’intrigue s’insère.
Troisième point, c’est l’humour palpable à chaque page. C’est très drôle, on rit en le voyant se morfondre en subissant le discours interminable d’un documentaliste passionné par son travail. On rit en l’écoutant parler de ses fantasmes. On rit en le voyant galérer pour conclure avec une improbable maîtresse. On rit enfin en le voyant échanger avec un mafieux sorti d’un épisode de James Bond, dinosaure de la guerre froide.
L’intrigue est par contre un peu tirée par les cheveux et la place donnée à la psychanalyse apparaît passablement fumeuse.
Le final est inattendu. La vérité, toute relative, n’a en définitive pas beaucoup de sens et la solution sera un compromis entre la vérité qui préserve l’équilibre de la société, la réalité des faits et la réalité qui arrange le procureur. L’affaire finira dans un classeur qui se noiera aux milliers d’autres. La vie doit continuer.
Édouard
Zygmunt Miloszewski
Pocket
2015

Le Lambeau

Le 7 janvier 2015, les frères K., armés de Kalachnikov font irruption dans les bureaux du journal
satirique Charlie Hebdo, et ils assassinent une dizaine de personnes.
Philippe Lançon fait partie des très rares rescapés.
Il a la mâchoire arrachée. Imaginez une vie sans mâchoire: pas de nourriture, pas de boisson, pas
de parole possible, la respiration compromise, le bain de salive permanent.

J’ai hésité pendant plusieurs mois avant de me lancer dans cette lecture.
Bien m’en a pris: pour ma dernière lecture de l’an 2018, j’ai appris ce que signifie la rage de vivre.

Depuis sa prise en charge à l’hôpital de La Salpêtrière, il a subi une trentaine d’interventions chirurgicales,
couronnées par une greffe du péroné (en lieu et place de sa mâchoire) et une rééducation de six mois.

Vous me direz que voici une lecture peu réjouissante.
Nous vivons malheureusement dans une société hyperviolente.
Le livre se termine d’ailleurs sur une note encore plus pessimiste: l’annonce du massacre du Bataclan,
alors que l’auteur se trouve à New York.

Philippe Lançon a du style, il fait montre d’une très (trop?) grande culture.
Il ne cache rien de ses hésitations, de ses découragements, de ses petites joies.
Un tout grand coup de chapeau à sa chirurgienne Chloé qui arrive à le maintenir à flot contre vent et marée.

Un livre majeur à mon sens, qui fera date dans la littérature.

Prix Fémina 2018.

Amitiés gardons confiance, et bonne année 2019,

Guy
Philippe Lançon – nrf Gallimard – 510 p.

Halteaufake

« Qu’est-ce que la vérité ? » disait Pilate. Il y a 2000 ans, on se posait déjà la question, mais que dire maintenant avec Facebook ?
À la base, il y a une méfiance et un rejet pour tout ce qui est officiel, on a ses informations personnelles qui satisfont nos fantasmes, mais au final, on ne sait plus très bien ou on en est.
Pour ma part, j’ai confiance dans la presse écrite traditionnelle : Le Monde, Libération, le Figaro, La Croix, l’express, Le nouvel Obs…tout simplement parce qu’ils ne peuvent se le permettre, la concurrence attendant le moindre faux pas de l’autre pour pouvoir le dénoncer et lui voler des parts de marché. Ces médias possèdent bien entendu des sites et sont heureusement diffusés sur Facebook.
À côté, une multitude de news plus ou moins douteuse pullulent sur Facebook. Les Russes sont souvent montrés du doigt, il faut dire que le pays des « protocoles des sages de sion » à l’origine du complot juif mondial a du métier en matière de Fake.
À côté des sites dont tout le monde sait qu’ils sont faux, mais qui prétendent détenir de vraies informations (les moutons rebelles, nouvel ordre mondial, Spoutnik…), on trouve des sites satiriques qui revendiquent l’absence de vérité des informations qu’ils diffusent ( Le Gorafi, Nordpresse…).
Face à cette multitude d’informations, les comportements sont divers. Alors que certains, perdus, ne pensent pas à regarder l’origine des posts, d’autres privilégient les posts qui correspondent à ce qu’ils ont envie de penser en se gardant bien d’insister sur l’origine de la source.
Et puis, on trouve enfin les bricoleurs de fakes car en définitive, tout le monde tente d’influencer tout le monde sur Facebook. La semaine dernière, au sujet de la controverse sur la couverture du magazine M du monde, une personne indignée avait cru bon de diffuser un montage faisant apparaître Hitler à côté de Macron, laissant à penser que Le Monde assimilait Macron à Hitler, ce qui est heureusement faux même si on peut soupçonner le magazine d’avoir été un poil racoleur sur ce coup-là. Parmi les mille et une façons de bricoler un fake, il y a aussi la possibilité de diffuser une info tout ce qu’il y a de plus vraie, mais qui date de plusieurs mois, apparaissant ainsi comme un scoop.
Cette histoire de fake et la relativité du phénomène m’intéressent beaucoup. Aussi, pour celles et ceux qui se sentiraient perdus, j’ai créé un groupe Facebook « Halteaufake » permettant de les aider à dissocier le vrai du faux.
Quelques principes de base :
– Regarder la source en bas à gauche pour savoir s’il s’agit d’un média connu ;
– Cliquer pour voir si c’est un vrai lien ;
– Regarder la date du poste.
À très vite
Edouard