Les tribulations d’un lapin en Laponie

Un hommage appuyé à Arto Paasilinna, compatriote de l’auteur finlandais. Lisez plutôt le lièvre de Vatanen du précité Paasilinna.

Le dénommé Vatanescu quitte sa Roumanie natale pour devenir mendiant professionnel à Helsinki.
Exploité par la mafia russe, il se révolte et se trouve isolé en Laponie, en compagnie de son lapin fétiche. On sourit par moments, mais la grâce n’y est pas.

Passez donc votre chemin, et restez dans nos contrées plus tempérées.

Amitiés en terrasse,

Guy

Tuomas Kyrö

Folio

359 p.

Helsinki

Dans la mesure où il n’existe pas de guide Hachette dans la collection « un grand week-end à », je me suis rabattu sur le « petit futé » dont je ne suis pas entièrement satisfait. À ce titre, je remercie l’internaute d’avoir précisé sur le Web qu’il fallait prendre le T3 pour se rendre au « Sibelius monument ». Il faut aller tout au bout de la ligne et marcher un peu après. C’est à gauche, à droite, enfin, je visualise plus très bien… le mieux est de rentrer dans GoogleMaps l’adresse donnée par le guide. C’est incroyable comme cette application révolutionne le concept du tourisme. En lieu et place d’un être humain qui va essayer de se rendre indispensable, on a maintenant avec nous une sorte de cyborg qui nous donne la direction à prendre.

Et on peut même lui parler! J’ai d’abord pensé qu’il se foutait de ma gueule en me disant que j’étais à l’emplacement de l’église du Temppeliaukio alors même que je ne voyais sous mes pieds qu’un champ de lave en plein milieu de la ville. J’ai fini par penser que je devais être sur le toit d’une sorte de bunker. En descendant, j’ai un peu hésité à entrer dans ce qui me semblait être l’accès à un parking. La découverte de ce temple luthérien creusé dans la roche aura été en grand moment.

Il faut dire que les Finlandais n’en mettent pas des couches pour identifier les lieux touristiques. Protestantisme oblige, l’austérité est la règle. Cette recherche de l’épure, du minimalisme, se retrouve bien entendu aussi dans le design finlandais. À Stockholm, je l’avais plutôt vu comme un art de vivre domestique permettant de faire face à un climat pour le moins hostile. Ici, le design semble plus répondre à une quête intérieure visant à s’extraire du réel. Pas étonnant que le jeu vidéo fleurisse dans ce pays et qu’ « Angry Birds » y ait vu le jour. Cette recherche de l’épure fait un peu penser au zen, comme ces coussins en forme de galets amoncelés dans la chapelle du silence, sorte de mug en bois gigantesque construit en 2012. D’ailleurs, les Moumines, personnages à l’allure d’hippopotames des neiges qui semblent tout droit sortis d’un dessin animé de Miyasaki font un malheur au Japon.

Cette discrétion institutionnalisée n’est sans doute pas sans lien avec la situation géopolitique  de ce pays, pris en tenaille entre les deux grandes puissances que sont la Russie et la Suède, comme le rappellent la cathédrale orthodoxe Uspenski et la cathédrale luthérienne Tuomiokirkko qui semblent se regarder en chiens de faïence.

La Finlande, comme bon nombre de pays européens coincés entre plusieurs empires, a dû construire son identité à la force du poignet. Le finnois en constitue bien entendu un élément majeur ainsi que le Kalevala, recueil de mythes et légendes locales publié en 1835. Son indépendance ne date que de 1917 et son appartenance à l’Union européenne est bien entendu aussi un gage de stabilité. Malheureusement, les empires sont aujourd’hui moins géographiques  qu’économiques et industriels, en témoigne les difficultés du « miracle  finlandais » Nokia  mis en péril par Microsoft et Androïde qui menacent aujourd’hui 600 emplois en France (affaire à suivre le 2 octobre).

Édouard

Millénium 5 – La fille qui rendait coup pour coup

La série continue. Le 6e est en voie d’édition, il existe un projet pour un 7e volume.

Pour rappel, Stieg Larsson avait créé les personnages de Millénium au début des années 2000.
Il est mort avant d’assister au succès mondial des trois premiers épisodes.

J’avais été épaté par le travail de David Lagercranz dans le volume 4.
Son travail de fourmi continue.

Lisbeth Salander est emprisonnée dans le quartier de haute sécurité de la Prison Flodberga à Stockholm. Elle purge une peine de prison suite à son comportement peu conformiste dans le volume 4. Elle y prend la défense de Faria Kasi, originaire du Bangladesh, torturée régulièrement par la vicieuse. Benito (comme Mussolini) Andersson.
À peine libérée, elle rend une visite musclée à la famille musulmane de Faria Kazi.
Entretemps, elle va résoudre, avec l’aide du journaliste Mikaël Blomkvist, une énigme vieille de 25 ans, impliquant deux jumeaux, Leo et Dan, victimes d’expérimentations très peu scientifiques.

Des thèmes très actuels saupoudrent le livre: l’islamisme, les réfugiés, la bioéthique, les fluctuations
de la Bourse. L’auteur ne recule pas devant un certain pédantisme, mais on sent qu’il est bien documenté.

Un très bon moment de lecture, malgré une traduction un peu faiblarde.

Suite au prochain numéro. Mon petit doigt me signale qu’il y sera encore question de gémellité.
Rappelez-vous: Lisbeth a une sœur jumelle.

Amitiés impatientes,

Guy

David Lagercranz

Actes Sud

Lecture et cinéma

Cela aurait pu être aujourd’hui le nom du blog. En 2010, lors de sa création, j’avais des préoccupations volumétriques. La question n’était pas « quel sens je vais pouvoir lui donner ? », mais plutôt « qu’est ce que je vais bien pouvoir mettre dedans ? ». Les critiques de livres et de cinéma m’avaient alors semblées des posts entrant dans mes cordes. Aujourd’hui, l’écriture et la lecture ont largement pris le dessus.

Je me souviens avoir écouté enfant des « grandes personnes » qui débattaient des valeurs respectives de la lecture et du cinéma. Pour ma part, je n’ai jamais hiérarchisé ces deux modes d’expression artistiques. Il y a des chefs d’œuvre dans les deux camps et des livres qui ne méritaient pas d’être lus tout comme des films qui ne méritaient pas d’être vus.

Aujourd’hui, de nombreux films sont des adaptations de romans et l’on pourrait se demander si le cinéma n’est pas en fait un prolongement du livre. Je ne le pense pas, car tous les films ne sont pas extraits de romans et aussi parce que je pense que, d’une certaine manière, le cinéma influence aussi la littérature.

Je me souviens avoir eu un éclair il y a peut-être 20 ans, peut-être un peu moins, à l’occasion d’une exposition sur Georges Méliès. J’avais alors été frappé par le fait que son art avait été très peu influencé par la littérature et beaucoup plus par le cirque, le cabaret et la prestidigitation. Plus récemment, en lisant les mémoires de Raoul Walsh , j’ai compris combien le Wild West Show de Buffalo Bill avait pu compter dans la genèse du cinéma américain.

Tout ça pour introduire les évolutions de la rubrique cinéma sur le blog. J’ai enfin réussi à virer le fameux menu déroulant au physique si peu sexy dans lequel personne ne s’aventurait jamais. Les critiques de films ont été raccrochées aux catégories de livres lorsqu’elles en étaient l’adaptation directe et au nuage d’étiquettes pour les autres.

Le devenir des « critiques de cinéma » sur ce blog, est similaire à celui des histoires de « Georges » : un fort rayonnement puis une extinction pour laisser place à autre chose. Pourquoi ? Je ne sais pas, c’est le sens de l’Histoire, une sorte de e-darwinisme.

Ceci dit, je suis le genre de mec qui a du mal à couper complètement les ponts. J’ai hésité, j’étais disposé à faire disparaître toute référence à une rubrique cinéma quand je suis tombé sur les westerns. J’adore les westerns et ne plus savoir où sont les critiques, ne plus pouvoir les retrouver quand j’aurai oublié leur nom…vraiment, ce n’était pas possible. Donc, à l’instar de ce que j’avais fait pour « Georges », j’ai créé une page « mes films » avec les critiques de films que les habitués pourront retrouver dans le pavé de droite juste au-dessus de ma photo. Le classement est toujours inspiré de celui d’Allociné.

Je pense beaucoup au visiteur qui va passer ses journées sur mon blog. Google Analytics a achevé de me convaincre qu’il n’existait pas, mais plus les preuves de son inexistence s’accumulent, plus je pense à lui.

Edou@rd

Jacques, frère de Jésus

 

Qui était donc ce mystérieux personnage appelé à plusieurs reprises « frère du seigneur » dans le Nouveau Testament ?

La découverte en 2002 d’un ossuaire portant l’inscription « Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus » fit son petit effet, même si les experts purent être rapidement assurés du caractère douteux de l’authenticité de l’inscription.

Antoine Bernheim soutient que Jacques était bien le fils de Marie et Joseph, s’opposant à la thèse de l’Église, fidèle à la démonstration de Saint Jérôme qui en faisait un cousin du Christ. Ce qui est en cause, on l’aura compris, c’est le dogme de la virginité perpétuelle de Marie. Heureusement pour le lecteur, l’ouvrage ne se limite pas à des débats généalogiques. Jacques méritait mieux, son histoire est passionnante.

Tout comme les épisodes IV, V, VI et I, II, III de la saga Star Wars, les textes canoniques qui décrivent les premiers temps de la chrétienté (Actes des apôtres, épîtres de Paul…) ont été écrits avant les évangiles contant la vie du christ. Alors même que la présence de Jacques est très forte dans l’histoire des premières communautés, au moins égale à celle de Pierre, il n’apparaît qu’allusivement dans les évangiles, pas même en tant qu’individu, mais seulement comme membre de la famille de Jésus. À cet effet, les évangiles insistent bien sur la distance prise par le Christ avec sa famille.

Les premières communautés chrétiennes, essentiellement composées de juifs, eurent très rapidement à trancher la question de leur ouverture aux gentils (non juifs). Alors que les partisans de Jacques, les judéo-chrétiens, plaidaient pour la fidélité à la loi juive tout en tolérant la présence des gentils, ceux de Paul, les pagano-chrétiens, défendaient au contraire une position se distinguant très nettement de la religion originelle.

On le sait, l’histoire du christianisme a très largement favorisé les pagano-chrétiens et le choix des évangiles canoniques, dû sans doute à leur valeur historique et théologique, fut certainement aussi motivé par le fait qu’ils servaient l’approche pagano-chrétienne.

La mort de Jacques et la chute de Jérusalem en 70 portèrent un coup fatal aux judéo-chrétiens. Ils devinrent rapidement minoritaires sans disparaître totalement puisqu’on retrouve ici et là leurs traces au cours des premiers siècles de notre ère. Rejetées d’une part par les juifs et d’autre part par les pagano-chrétiens, ces communautés étaient condamnées à l’extinction. L’histoire leur donnera cependant une postérité inattendue 600 ans plus tard. Leur influence sur le Coran semble en effet aujourd’hui évidente pour les exégètes.

Édouard

Pierre-Antoine Bernheim

Albin Michel

1996/2003

Dictionnaire amoureux des Écrivains et de la Littérature

Voilà de quoi piocher pendant des années.
Comment l’écrit l’auteur: « Rien ne vaut l’écriture d’un tel dictionnaire pour se faire de nouveaux ennemis ».
Journaliste, romancier, biographe, blogueur, membre de l’ Académie Goncourt, il sait de quoi il parle.

Forcément subjectif et incomplet, ce tour d’horizon donne une seule envie: lire, et encore lire.

Deux de mes lectures récentes m’ont été inspirées par ce livre: Danube de Claudio Magris, et la Marche de Radetzky de Joseph Roth. Il y en aura d’autres.

Pierre Assouline a des admirations tenaces (Proust, que je n’aime pas, en fait partie).
Il a aussi des idiosyncrasies persistantes (aucun exemple ici, afin de lui garder votre amitié).

La grande littérature côtoie l’anecdote, et j’aime ça (comme dans la chanson)

Allez, pour vous encourager, celle-ci:

Un jour, George Bernard Shaw envoie à Winston Churchill deux places pour le théâtre accompagnées
d’un mot: « C’est pour la première de ma nouvelle pièce. Venez avec un ami, si vous en avez un ».
À quoi l’intéressé répondit en renvoyant les places accompagnées de ce mot: « Merci, mais malheureusement je suis pris ce soir-là. Cela dit, je viendrai volontiers à la deuxième, si toutefois il y en a une ».

À la prochaine fois,

Guy

Pierre Assouline

Plon

882 p.

Attends-moi au ciel (Muerto el perro)

La très belle et très pieuse Piedad approche de la cinquantaine. Un malheur ne venant jamais seul, elle perd son mari Benito dans un accident de voiture. Benito, qui n’était pas un enfant de chœur, s’apprêtait à fuir avec sa jeune maîtresse russe. Pire, il avait détourné de grosses sommes d’argent.
Plutôt que de se confesser au père César, elle décide de prendre sa vie en mains. Et la voilà partie dans une série de crimes: elle écrase le chien des voisins avec sa voiture, elle assassine un tueur à gages avec un crucifix, elle s’envoie en l’air avec un jeune flic (pas un crime au sens strict), elle fréquente les bas-fonds madrilènes, où elle rencontre un Argentin, danseur  de tango évidemment, et elle n’affrontera rien de moins que la mafia russe sévissant sous une couverture fort peu chrétienne.
Ceci n’est qu’une petite partie du cocktail déjanté et loufoque concocté par l’Argentin madrilène
Carlos Salem, qui commence à se faire une sérieuse réputation chez les amateurs de livres noirs foutraques. C’est fort drôle, parfois too much (demasiado me signale google), peu destiné aux natures sensibles ou bigotes, mais totalement jubilatoire.

Est-il exact que les Argentins parlent l’espagnol avec un accent fort reconnaissable,
et n’arrivent pas à prononcer trois phrases sans dire Che! ?
Les amateurs de futebol seront comblés: Madrid étant la ville de deux clubs rivaux, on participe
par policier interposé à une interprétation pour le moins osée des lois civiles.

Sans bouder Agatha Christie ou Simenon, j’aime bien de temps en temps m’encanailler
pour rire. C’est moins dangereux que de conduire une voiture à tombeau ouvert.

Amitiés saintes nitouches,

Guy

Carlos Salem

Actes Noirs

325 p.