Où va l’humain ?

Qui sont ces gens qui manifestent tous les samedis contre des mesures gouvernementales qui m’ont toujours semblé être le fruit du bon sens, seules à même d’assurer la sécurité sanitaire du pays ? Les mesures prises par Emmanuel Macron ne sont d’ailleurs pas très différentes de celles prises de par le monde par ses homologues pour lutter contre la pandémie.

La négation de la pandémie, la dictature, big pharma, l’innocuité du vaccin…cette foule n’est-elle donc qu’un ramassis d’imbéciles narcissiques atteints par une paranoïa collective ? Je l’ai longtemps cru, sachant qu’une poignée d’entre eux défendaient aussi des convictions religieuses et politiques beaucoup plus concrètes.

La bêtise et la brutalité apparente des « anti » avec lesquels j’ai pu échanger sur Facebook me renforçaient dans mes convictions. Et puis, ce matin, les remarques de l’un d’entre eux m’ont fait réfléchir.

Il s’agissait d’une discussion terminologique autour de la notion « d’eugénisme ». Pour moi, il confondait « eugénisme » et « transhumanisme », deux courants de pensée que j’imaginais opposés. L’eugénisme pratiqué en particulier par les nazis visait à éliminer les plus faibles. Le transhumanisme prétend pour sa part, avec l’aide des nanotechnologies, de la biologie, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives (NTIC), faire évoluer l’homme vers un état post-humain. Si les moyens utilisés par ces deux théories sont différents, elles concourent toutes deux à encourager l’avènement d’un surhomme. Il est vrai aussi que les nazis avaient une passion particulière pour la biologie, la génétique, l’endocrinologie et que les trois autres briques des NTIC n’existaient pas à l’époque.

Le coronavirus semble avoir balayé la dichotomie gauche/droite traditionnelle qui tournait autour de la nécessité de l’intervention étatique dans la société. Il est évident qu’une crise comme celle-là ne peut être gérée uniquement par le secteur privé. Le nouveau débat qui se profile concernerait donc plutôt les moyens de gérer cette crise.

Il est vrai que la vitesse de production des vaccins a été incroyable. Vrai aussi que l’ARN messager, connu depuis des décennies, est pour la première fois utilisé pour un vaccin commercialisé est que nous n’avons effectivement aucun recul sur l’utilisation de ces derniers. Vrai enfin qu’on tâtonne et qu’il y aura sans doute d’autres vaccins plus adaptés si l’on constate que la protection  des vaccins actuels est insuffisante.

La majorité de la population, dont je fais partie, fait confiance aux pouvoirs publics. Y a-t-il vraiment une alternative ? Mais les doutes et les inquiétudes que peuvent avoir certains ne sont pas non plus infondés. Dès lors, on entrevoit un nouveau paysage politique qui opposerait les « bio conservateurs », souhaitant limiter au maximum l’intervention de la science sur le corps humain des « transhumanistes », plus ouverts aux innovations scientifiques. Personne n’est objectif et pour ma part, sans me sentir vraiment « transhumaniste », je ne me sens clairement pas « bio conservateur ». Je pense que les avancées de la science sont inéluctables et pourront avoir des effets positifs tout en étant conscient qu’il faudra mettre des garde-fous pour éviter les dérives.

Dans cette perspective on comprend mieux le sens donné au mot « dictature » qui ne serait pas qu’un abus de langage, mais l’expression d’une partie de la population « contrainte » à la vaccination. Plutôt une menace fantôme en fait, pas un régime dictatorial classique de type Corée du Nord ou Afghanistan.

Bref, si je n’accepte pas qu’on puisse discuter le principe des mesures sanitaires qui me semblent être l’expression du bon sens, je comprends qu’on puisse s’interroger sur la nature des vaccins dans un contexte scientifique mondial amenant à se poser des questions éthiques.

Mais pour moi, l’urgence est de sortir de la pandémie, ne nous trompons pas de combat. Notre seul choix possible est de faire confiance. On verra après…

Édouard

La dictature en danger


Au commencement était la souffrance. Une souffrance bien réelle, mais dont les causes n’étaient pas toujours bien claires : chômage, difficultés professionnelles, familiales, psychologiques… Et puis il y avait cette société de consommation arrogante, demandant de répondre à un standard de vie dont ils se sentaient toujours plus exclus, générant des frustrations qui devenaient de moins en moins supportables. L’arrivée au pouvoir d’un jeune président de la République auquel tout semblait réussir attisa haine et jalousies et acheva de mettre le feu aux poudres.
Ceux qui décidèrent de faire face à cette souffrance entrèrent en « résistance ». C’est un mot qui est très chargé dans notre beau pays renvoyant à l’héroïsme de la Seconde Guerre mondiale et s’inscrivant dans sa tradition révolutionnaire. Et qui dit « résistance » dit « dictature ». L’ennemi était tout trouvé : l’État. La souffrance initiale avait maintenant un sens et était plus facile à supporter.
Les gilets jaunes parlaient déjà de « dictature ». La pandémie donna un nouveau souffle au concept. Les privations de liberté étaient une preuve éclatante que le pays était bel et bien en dictature. Bien entendu, cela supposait un escamotage des raisons réelles ayant motivé ces mesures, à savoir : la situation sanitaire mondiale qu’il convenait à moins de minimiser et au mieux d’ignorer en faisant référence à un complot mondial ayant ourdi cette vaste supercherie.
L’armature de la dictature commençait à avoir des bases solides. Tout était bon pour rendre son existence toujours plus éclatante : couvre-feu, fermeture des commerces, port du masque…
Et puis arrivèrent les vaccins et avec eux, l’espoir de mettre fin à la pandémie. Se faire vacciner, c’était non seulement se protéger et protéger ses semblables, mais aussi limiter la diffusion du virus et contribuer à l’émergence d’une immunité collective. Dès lors, la vaccination se mit en marche avec un certain succès et les vaccinés se mirent à espérer une fin rapide de la pandémie.
À l’inverse, les « résistants » y ont vu une privation supplémentaire de liberté, nouvelle preuve de l’autoritarisme du pouvoir dictatorial en place. Ils furent toutefois surpris de devoir faire face aux réprobations du reste de la société voyant leurs comportements comme des freins à l’émergence de l’immunité collective devant aboutir à la fin de la pandémie et à la levée totale des restrictions.
On peut se demander si les « résistants » souhaitent vraiment la fin de leur « dictature ». Finalement, c’est elle qui donne un sens à leur action. Reconnaître que la « dictature » n’a jamais existé, c’est aussi prendre le risque d’être renvoyé à leurs souffrances irrationnelles.
Heureusement, beaucoup pourront prétexter que les nouvelles contraintes de la dictature gouvernementales ne leur permettent pas d’avoir d’autre choix que la vaccination.
La « dictature » survivra-t-elle à la fin de la pandémie ? Une affaire à suivre.
 
Édouard

La familia grande

Camille Kouchner, fille de Bernard Kouchner et nièce de Marie-France Pisier, évoque sa culpabilité d’avoir gardé le secret familial concernant l’inceste dont son frère jumeau à été victime et d’avoir par là même protégé son beau-père, Olivier Duhamel.

Je n’aurais probablement jamais lu ce livre si on ne me l’avait mis entre les mains. Je ne regrette pas du tout la lecture, d’autant plus que l’ouvrage ne comporte que 140 pages et que l’écriture est fluide et agréable.

En fait, le buzz médiatique autour du bouquin m’a un peu énervé et je m’attendais à une de ces sempiternelles dénonciations familiales d’enfant de people comme l’a fait Alexandre Jardin il y a quelques années. Quant aux abus sexuels, on en a quand même beaucoup mangé depuis Me Too et Balance ton porc. Y a-t-il vraiment encore quelque chose à dire là-dessus ? Eh bien oui, peut-être qu’on atteint les limites de l’exercice avec la « familia grande ».

La première partie est très people et semble surgie d’un vieux Gala qu’on aurait oublié dans une maison de vacances au bord de la mer. Bernard Kouchner, Christine Ockrent…comme ça semble loin. Et que dire de Marie France Pisier ? En tant que fan de François Truffaut, j’ai tout de suite pensé à la jeune actrice de l’« amour à 20 ans » : 1962, la nuit des temps. C’est un peu du easy reading, mais ça se lit vite et bien. Tout semble harmonieux et la structure familiale semble incassable, même si elle est entachée par le double suicide des grands-parents.

Ensuite vient l’inceste. Victor, le frère jumeau de Camille fera le choix de l’oubli. Peut-être est-ce la meilleure solution. Camille sait. Est-ce la seule ? Elle le pense en tout cas. Elle se tait pour préserver la structure familiale, cette harmonie qu’elle veut immuable. Mais le temps passe et la structure s’use fatalement. En 2011, Marie France Pisier est retrouvée morte, coincée dans une chaise au fond de sa piscine. Comme pour ses grands-parents, Camille ne semble pas chercher les causes profondes du suicide et fait partager sa douleur. Les murs tremblent.

Et puis, les petits-enfants apparaissent et en même temps, les craintes de Camille qu’ils ne suivent le même sort que son frère. La panique l’emporte alors sur le besoin de préserver la « familia grande » qui n’est d’ailleurs plus que l’ombre d’elle-même. Camille évite son beau-père et sa mère par la même occasion. Elle prévient aussi sa belle-sœur, la femme de Victor, et tout finit par se savoir.

La réaction de sa mère est étrange. Elle semble plus en vouloir à sa fille qu’à son époux. Rattrapée elle aussi par le temps, elle meurt d’un cancer en 2017. Alors, la « familia grande » n’existe plus et il n’est plus nécessaire de préserver le secret pour protéger ses fondations. Et donc, Camille se lâche. Les faits sont prescrits juridiquement, mais d’un point de vue médiatique, ils restent imprescriptibles, le lynchage d’Olivier Duhamel peut commencer. Je ne vois pas trop à quoi va servir cette dénonciation sinon à libérer Camille du poids de son secret. J’espère que ce n’est pas juste pour se faire de l’argent facile et/ou pour détruire Olivier Duhamel. Mais elle écrit bien et j’espère qu’elle écrira d’autres romans…pour parler d’autre chose.

Édouard

La disparition du paysage

Il y a ceux qui ont besoin de 500 pages ou plus pour marteler leur message.
Il y a les rares écrivains qui possèdent le talent rare de la concision.
Le narrateur vit – si l’on peut dire – depuis plusieurs mois dans un appartement à Ostende.
De sa fenêtre, il jouit d’une vue imprenable sur le toit du casino.
Sa mémoire l’a quitté, il ne se rappelle pas dans quelles circonstances.
Peut-être a-t-il été blessé dans un attentat. L’explication est donnée à la page 29.
Sa vie végétative change lorsque des travaux sont entamés sur le toit.
C’est court, intense, aussi minimaliste que prenant.
Si vous ne connaissez pas Jean-Philippe Toussaint, je ne peux que vous conseiller
de le découvrir.

Amitiés – hé oui – maritimes.

Guy

Jean-Philippe Toussaint – La Disparition du paysage – Éd. de Minuit – 47 pages.

Spilliaert

L’un des innombrables effets pervers du coronavirus a été l’annulation de l’exposition
Spilliaert programmée en 2020 au Musée d’Orsay à Paris.
C’est bien regrettable parce que ce peintre qui a passé une bonne partielle sa vie à Ostende
est peu connu en dehors de la Belgique.
Eva Bester remédie un peu à cette annulation en rendant un hommage appuyé à celui qu’elle
appelle son frère de  noir. Elle écrit: ‘ce qui nous différencie, c’est qu’il a du talent, une oeuvre
et une moustache’. Les images de ce petit bijou sont bien choisies, la présentation soignée,
et le prix fort modeste. James Ensor et Constant Permeke sont deux autres représentants
de la peinture ostendaise. Spilliaert reste mon préféré.

Guy

Léon Spilliaert, Œuvre au noir – Eva Bester – Éd. Autrement – 109 pages.

L’empathie

Une nouvelle voix dans le monde du roman noir (ou policier) français.

Au départ, j’ai été attiré par le titre dont voici la définition:
‘Capacité de se mettre intuitivement à la place de son prochain, de ressentir la même chose que lui, de s’identifier à lui.’

Cette capacité est impérative pour tous ceux qui s’occupent de leur prochain.

Anthony et Marion sont officiers dans la ‘brigade du viol’ de la police judiciaire.
Ils auront à contrer celui qui se définit comme Alpha, un psychopathe pur jus.
Encore un, vous exclamez-vous…
Celui-ci a quelque chose de plus dans le raffinement.
Mais surtout, les deux flics seront confrontés à leur passé occulté par leur métier.
Les personnages sont solides (!), l’action laisse le lecteur sonné.
J’ai surtout aimé la description de l’affrontement entre le très pervers et les deux
policiers. Et l’explication scientifique du traitement de la délinquance sexuelle par
castration chimique, que l’on soit d’accord ou pas
Pour ne pas déflorer le sujet, je ne vous en dis pas plus.
Ne lisez pas ce livre dans votre lit et la fenêtre ouverte.
Ce conseil s’applique à l’été prochain, évidemment.

L’auteur est âgé de 40 ans. Il est scénariste et réalisateur.

Amitiés frissonnantes,

Guy  

Antoine Renand                                                                                                                  Pocket – 496 p.

Enseigner l’arabe

Le meilleur hommage à rendre à Samuel Paty et sans doute l’unique moyen de donner un sens au meurtre ignoble dont il a été la victime serait il me semble de faire du débat qu’il voulait engager avec ses élèves un débat national.

Peut-on rire de tout ? Oui, bien entendu. Si comme la plupart des Français, j’ai été indigné par les crimes islamistes commis au cours des dernières années, je dois dire que je ne suis pas particulièrement friand de la vulgarité gratuite des caricatures de Charlie Hebdo. S’il y en a que cela fait rire… pourquoi pas. Il est indéniable aussi que ces caricatures peuvent aussi blesser. Pas seulement les musulmans mais les autres religions aussi. Il est vrai que les catholiques sont un peu vaccinés. Les caricatures associées à cette religion ne sont plus très à la mode et n’effarouchent plus grand monde. L’islam semble un terrain beaucoup plus prometteur et  d’un point de vue marketing, Mahomet est certainement beaucoup plus rentable que Jésus.

Je pense qu’il ne faut pas donner à ces caricatures plus d’importance qu’elles n’en ont. Le but de leur auteur n’est sans doute pas de faire rire les musulmans, mais sans doute pas non plus de les choquer ou de les blesser. Le but est de faire rire les lecteurs de Charlie Hebdo…

Depuis le XVIIIe siècle en France, on caricature une religion qui avait un poids institutionnel écrasant dans la société française et dans son histoire. C’était une autocritique saine, une rébellion qui avait un sens politique précis. Qu’en est-il pour l’islam ? La communauté musulmane est bien présente en France, mais son poids dans la société n’a aucun rapport avec celui qu’a pu avoir le catholicisme. Alors, quel sens ? Le seul que je vois est une caricature d’une religion, uniquement parce qu’il s’agit d’une religion. Une démarche athée ? Sans doute. Cela correspondrait à l’esprit de Charlie hebdo.

Mais il ne faut pas confondre athéisme et laïcité. La laïcité réside dans le respect mutuel et on ne peut pas dire que ces caricatures soient très respectueuses. La laïcité nécessite une prise de recul par rapport à ses croyances, tout autant qu’une acceptation de celles des autres.

De quels moyens disposent aujourd’hui les jeunes d’origine arabophone pour prendre une distance avec l’islam quand l’arabe n’est pas enseigné à l’école et que son apprentissage n’est possible que par un enseignement coranique ? Comment comprendre les subtilités de la langue ? Comment comprendre la culture dans laquelle elle s’inscrit ? Comment discuter de l’interprétation d’une sourate ?

Il en résulte que l’identité de cette génération ne réside plus que dans des caricatures moquant des racines auxquelles ils n’ont pas accès. Il est temps d’offrir aux jeunes d’origines géographiques arabophones une autre voie que l’athéisme ou le salafisme.

Édouard

Le cheval qui méditait

Miguel de Cervantes (1547-1616) a mené une vie haute en couleur aussi aventureuse que celle de son héros Don Quichotte
de la Manche, le chevalier errant.
Fils d’un barbier-chirurgien, ou d’un chirurgien-barbier, il mène d’abord une vie aventureuse de soldat et participe à la bataille de Lépante
en 1571, où il perd l’usage de la main gauche. Cette main paralysée lui vaut le surnom de « Manchot de Lépante ». Le 26 septembre 1575, à son retour vers l’Espagne, il est capturé par les Barbaresques avec son frère, Rodrigo, et, malgré quatre tentatives d’évasion, il reste captif à Alger. En 1580, il est racheté en même temps que d’autres prisonniers espagnols et regagne son pays. Il se lance alors dans l’écriture.

Tout cela est raconté par son cheval, nommé Rossinante tout comme le destrier de Don Quichotte.
Mais ce Rossinante-ci est un cheval noble, un Cartujano (chartreux) qui possède le talent unique de comprendre le langage
des humains. Ce qui lui vaudra de recueillir les confidences de son maître. Et par après les confidences d’Amada, l’amour
secret de Miguel.

Pas vraiment un roman de cape et d’épée, ce livre bondissant fait revivre une époque florissante de l’Espagne.
L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte est considéré comme le premier roman moderne.
Une replongée dans ce grand classique fera d’autant plus apprécier les méditations du cheval.

Armand Herscovici s’est bien amusé. Je le soupçonne d’avoir fait des emprunts à quelques dictionnaires de gros mots:
Foutrebleu, crévindieu, jarnibleu, mouscouillousse, corbleu, mordiable, ventre-dieu…
Ah la puterelle, la bagasse, la gore pissoue, la géménée de godinette, niquedouille.

Notre sapristi semble bien pâlot tout d’un coup.

Extrait (c’est Rossinante qui raconte):

« Je me souviens de ces agréables journées champêtres où il se montrait babillard à l’extrême. Je prenais le plaisir habituel à l’écouter. Pourtant, une fois, je fus vite troublé par le côté extravagant
de ses propos. À présent, je connaissais l’homme, j’étais accoutumé à ses digressions parfois fantasques. J’avais appris à n’en retenir que la partie raisonnable. Mais là ,il franchissait les bornes.
À en juger d’après son discours cafouilleux, ses intentions me paraissaient aussi tarabiscotées qu’ahurissantes. Me fallait-il vraiment avaler tant de calembredaines? Faisait-il le faraud, me prenait-il
pour un bardot, ou envisageait-il sérieusement de mener à terme les fantaisies qu’il me décrivait? »

Pas mal, pour un cheval, même pur-sang.

Amitiés hippiques,

Guy.

Armand Herscovici

Aher (mai 2019)

De l’irresponsabilité collective en France

« Rendons à César ce qui est à César… ». Notre beau pays laïque et néanmoins pétri de culture chrétienne l’a bien compris : les affaires publiques relèvent de la sphère publique.

Doit-on en conclure que le citoyen français, par son comportement, n’est pas aussi responsable de l’état de la société dans laquelle il vit ?

Plusieurs interprétations de la parole de l’évangile sont bien entendu possibles, mais la passion pour l’État en France est telle que l’action des pouvoirs publics est objet de passion autant que de haine. Quant au devoir du citoyen vis-à-vis de la société, il n’existe pas. Son seul devoir étant la recherche du plaisir individuel. Le citoyen français n’agit ainsi pas parce qu’une chose est bonne ou mauvaise pour la société, mais parce qu’elle est autorisée ou non par les pouvoirs publics,étant entendu que toute action gouvernementale est systématiquement remise en question. Il résulte de cet état un lien malsain et infantile du citoyen français vis-à-vis des pouvoirs publics. Mais le temps passe et les jeunes générations prennent leurs distances avec cette relation de dépendance au pouvoir, incrustée dans les gènes de leurs aînés.

Le débat actuel sur le port du masque est à ce titre éloquent. Les anti masques se plaisent à le voir comme une contrainte imposée par les pouvoirs publics, un acte liberticide par nature. Le masque est tout autrement vu par une grande majorité de la population, un acte permettant de limiter la diffusion du virus, un acte solidaire visant en particulier à protéger les plus faibles, personnes âgées ou immunodéprimées qui ne survivraient pas à « l’immunité collective » dont rêvent les anti masques.

Oui, mais diront certains anti masques, ex anti confinement, ex gilets jaunes…mettre un masque, ce serait obéir au gouvernement et ça, c’est inacceptable.

Je leur répondrai que mettre un masque n’est pas un acte d’obéissance. Il est important que ceux qui les portent comprennent pourquoi et ne le portent pas uniquement pour éviter une amende de 135€. S’il est contraignant, le port obéit à une logique de protection sanitaire. Mettre un masque, c’est en effet un acte solidaire visant à permettre une sûreté collective dont tout un chacun est responsable.

De même, si l’appel au non-port du masque n’est pas sanctionné pénalement pour le moment, je le considère comme hautement répréhensible, encourageant les individus à mettre leur propre vie et celle des autres en danger. Même si la plupart des anti-masques n’en ont pas conscience, leur comportement eugéniste vise à obtenir l’élimination de tous les individus qui n’auront pas les défenses naturelles suffisantes pour atteindre l’immunité collective.

La santé publique est trop importante pour être dénaturée par des intérêts politiques. Les Français, je l’espère, arrêteront un jour de se voir comme les éternelles victimes d’un pouvoir autoritaire pour entrer enfin dans un monde dont ils seront les acteurs responsables.

Édouard

Isabelle, l’après-midi

Edouard le 06/09/2020

Au milieu des années 70, Samuel, un jeune américain de passage à Paris rencontre Isabelle. Elle est mariée et a 16 ans de plus que lui et ils vont vivre une passion singulière…jusqu’à ce que la mort les sépare.

Très intrigué par la critique de Guy, je me suis procuré l’ouvrage. Moi aussi il m’arrive de lire de temps en temps des bouquins de Douglas Kennedy. J’avais bien aimé « la femme du Vème » et j’en avais lu un autre avant dont j’ai oublié le titre. Ce n’est pas un très grand écrivain. Ou alors, il est mal traduit. Peut-être les deux. Les femmes y sont souvent folles et effrayantes. L’écrivain aime beaucoup Paris, mais je trouve que le Paris de carte postale pour Américains qu’il décrit, fait très « cliché ». Enfin, ça se laisse lire.

Il y est question d’un temps qu’il n’est possible de comprendre qu’avec l’âge. Bien plus qu’un ouvrage sur la relation entre Sam et Isabelle, « Isabelle l’après- midi » conte l’histoire d’une vie amoureuse, celle de Sam en l’occurrence et accessoirement celle d’Isabelle.

Si la vie amoureuse de certains est linéaire (« rencontre- mariage- enfants- éducation des enfants- mariage des enfants- petits-enfants… ») comme dans la chanson « quatre murs et un toit » de Benabar, elle l’est beaucoup moins pour Samuel.

Comme toujours, le hasard et les circonstances tiennent une part prédominante et tissent l’univers affectif de Samuel. Tous ses liens immatériels qui se créent on ne sait comment s’accumulent au cours des années pour former un patchwork hétéroclite. On a l’impression qu’il n’a aucun libre arbitre et qu’il se laisse passivement mener par les événements, ce qui rend son personnage très insipide.

Les choses sont différentes pour Isabelle. La vie linéaire, elle là, mais elle ne la satisfait pas. Toutefois, par lâcheté comme elle l’avouera, elle ne se résoudra jamais à abandonner la situation sociale et le confort que lui apporte son mariage. C’est peut-être là qu’ils se rencontrent, dans la frustration qui accompagne nécessairement toute relation amoureuse. Lui rêve de la vie linéaire qu’elle ne supporte plus.

Leur relation restera dans l’ombre jusqu’au bout et Samuel gardera le statut de l’amant dans le placard. Il n’en reste pas moins que le lien les unissant ne cessera de se renforcer. Une liaison aussi difficile à qualifier d’amoureuse qu’amicale. Quelque chose de particulier, d’indéfinissable, d’inclassable, comme le sont en définitive toutes les relations amoureuses.

Guy le 20/08/2020

Depuis une vingtaine d’années, je lis de loin en loin un livre de Douglas Kennedy.
Le premier (la poursuite du bonheur) m’avait emballé.
D’autres un peu moins.

Isabelle fait désormais partie de mon trio de tête.
Sans doute qu’à l’approche de mes 80 ans je reste un indécrottable romantique.

Sam, 20 ans, réalise son rêve: séjourner à Paris avant de commencer ses études de droit à Harvard.
Nous sommes au début des années 70.
Pas encore de tablettes, pas d’Internet, pas de smartphones, pas d’ordinateurs.
Il rencontre Isabelle, qui a 16 ans de plus que lui.
Pour lui, c’est l’amour total. Pour elle, c’est au départ une récréation.
Elle est mariée, avec un homme fortuné qui la trompe sans vergogne.
Avec Sam, la règle est claire pour elle: deux fois par semaine 2 heures de passion commune.
Rapidement, Sam n’en peut plus, et il retourne aux États-Unis.
Il va y parcourir le cursus classique: études, mariage, paternité.
Mais…

Comme dans ses autres livres, l’ami Douglas mène son lecteur par le bout du nez.
Sur un scénario somme toute classique, tel le petit Poucet il sème les coups de théâtre.
Oui, par moments, je me suis exclamé: mais ce n’est pas possible.

Une histoire drôlement bien ficelée, qui change un peu du climat de violence de nombreux livres actuels. Bien sûr, ce n’est pas le chef d’oeuvre du siècle.

Mais il fait passer un bon moment avec ce qu’il faut d’érotisme, d’émotions, et de questions existentielles.

Dernières phrases du livre:

« L’espoir, inépuisable. Était-ce possible? Pourrions-nous trouver le moyen de nous rendre heureux?

Et nous prouver , par la même occasion, que nous ne sommes pas seuls dans les ténèbres…?
C’est ce que nous cherchons tous.
N’est-ce pas? »

A vous de deviner si Isabelle fait partie de ce scénario.

Amitiés intercontinentales,

Douglas Kennedy – Belfond