On dirait le Sud

Il y a quelque temps, j’ai lu un article du Monde sur les villes de l’arnaque en Asie du Sud-est aux mains de la mafia chinoise où des jeunes africains (et souvent africaines), attirés par des offres d’emplois attrayantes leur proposant de leur prêter de l’argent pour les faire venir en Asie, sont en fait livrés en esclavage à des gangs, tenus d’arnaquer des Occidentaux jusqu’au remboursement de leur dette.

Je ne suis pas très regardant sur Facebook et j’ai tendance à accepter toutes les invitations, dès lors que les profils ne sont pas des invitations sexuellement explicites.

L’invitation de Herman ne faisait pas vraiment partie de cette catégorie, mais m’a tout de même semblé un peu douteuse. Dans un moment de faiblesse, et peut-être aussi par curiosité, je l’ai tout de même acceptée.

La réaction n’a pas tardé et j’ai reçu rapidement des messages, d’abord en anglais, puis en français m’invitant à faire plus ample connaissance avec une jeune femme originaire de Singapour vivant à Paris.

On sait très bien que ce qui se cache derrière n’a rien avoir avec la façade, mais il est difficile d’avoir des certitudes.

C’est là que commence le combat derrière les ordinateurs. Tout est fait pour flatter, rassurer, pour dissiper les doutes, pour que celui-ci grossisse peu à peu, jusqu’à inverser la tendance et que l’interlocuteur piégé finisse par être convaincu qu’il s’adresse à une jeune asiatique en détresse en chair et en os qu’il va pouvoir rencontrer et secourir. Bien entendu, ça ne marche pas avec tout le monde, mais les personnes disposées à échanger avec des créatures virtuelles sont souvent à la recherche de quelque chose. Et de fait, j’étais seul chez moi hier soir.

Bref, je ne savais pas trop quoi faire avec Herman que j’avais déjà retiré de mes « amis » avant-hier, mais qui m’a envoyé hier une photo d’elle prétendument prise dans un café parisien. La bloquer ?

« Et si c’était vrai ? », comme dirait l’autre. Et si Herman existait vraiment, qu’elle était vraiment perdue dans Paris et qu’elle était à la recherche d’un chevalier servant ? Même si c’était le cas, il ne fallait pas qu’elle compte sur moi, je ne suis pas disponible. Mais cette histoire de réalité m’a perturbé. J’avais envie d’en avoir le cœur net.

Alors j’ai eu une idée. J’ai un peu réfléchi en mangeant ma polenta pour trouver comment j’allais m’y prendre et puis, après le dîner, je me suis lancé.

« Dimanche, je suis allé voir l’expo zombi au quai Branly, c’était super, ça m’a fait penser à cet article Petite philosophie du zombie – Azimut ».

Herman m’a parlé de « petit jeu », peut-être a-t-elle été surprise par la tournure soudainement joyeuse de mes propos. J’ai donc rajouté un peu de sauce pour tenter de la rassurer, mais il n’en a pas fallu beaucoup pour qu’elle tombe dans le panneau et finisse par aller voir l’article.

Je me suis alors rendu sur mon profil wordpress. Quelqu’un avait effectivement regardé « petite philosophie du zombie » et l’origine géographique de la consultation était sans surprise :

Thaïlande

Et voilà, il n’y avait plus aucun doute. Le rideau était tombé et j’ai alors pensé à un énorme openspace où des centaines de jeunes africaines tentaient de briser les cœurs d’Occidentaux plus ou moins fortunés avec l’espoir de rentrer un jour chez elles.

Je n’aiderai pas la personne qui se cache derrière Herman à rentrer à Nairobi ou je ne sais où. Elle trouvera un autre pigeon, mais cette vérité me laisse un goût amer. Presque envie de lui souhaiter bon courage.

Et puis j’ai pensé au « Sud global » dont les médias parlent tous les jours et dont on ne parlait pas il y a 10 ans. J’ai pensé à ces horreurs qui fleurissent malheureusement aussi en occident, mais qui poussent mieux dans des zones géographiques où les États et le droit sont des choses incertaines. Bref, ce « Sud global » m’est apparu bien sinistre. Peut-être serait-il caricatural de dire que le « sud-global » est un empire du crime organisé. Pas plus caricatural que l’« occident décadent » rongé par le wokisme de Poutine et Trump en tout cas.

Le monde d’aujourd’hui serait-il en quête de sens ? Quoi qu’il en soit, j’ai finalement décidé de bloquer Herman.

Edouard

Quelle « grandeur » pour les « Etats-Unis » ?

Dans l’acronyme MAGA, il y a le mot « great » qui renvoie à une idée de grandeur et le mot « again » qui semble renvoyer à une grandeur perdue qu’il faut retrouver.

Pour moi, la grandeur des Etats-Unis, ce serait l’après-guerre, dans les années 60 en particulier, alors même qu’ils étaient un phare pour l’occident. Je vois sa puissance culminer au début des années 90 avec la chute de l’URSS et son déclin commencer après le 11 septembre 2001.

La puissance américaine n’est plus au XXIe siècle sur l’échiquier géopolitique, celle qu’elle était dans la deuxième moitié du siècle précédent. Les États-Unis doivent maintenant composer avec d’autres acteurs comme l’Union européenne et surtout la Chine. Par ailleurs, le « Sud global » n’est plus le tiers monde, un groupement de pays sous-développés ou en voie de développement dont le seul horizon serait de parvenir à s’approprier le modèle politico-économique occidental.

 Le « Sud global » est au contraire aujourd’hui constitué d’États qui proposent des schémas de développement alternatifs au duo « démocratie/libéralisme » érigé en dogme depuis la chute du mur de Berlin.

Toutefois, le comportement de Donald Trump ne semble pas indiquer que l’acronyme MAGA renvoie à la grandeur américaine des décennies 1945-1990, mais à une période bien antérieure.

Je vois deux signes en particulier :

– Tout d’abord les droits de Douane hallucinants qui renvoient clairement à une politique isolationniste mise en place à la fin du XIXe siècle ;

– Ensuite la volonté colonialiste (Canada, Groenland…) qui renvoie à la conquête de l’Ouest en laissant supposer l’existence de territoires vierges que les États-Unis auraient le droit de s’approprier. Il y a tout de même une certaine lucidité derrière les choix géographiques. Trump a bien compris qu’avec le réchauffement climatique, l’arctique pourrait bien devenir prochainement le nouveau point d’équilibre du Monde.

Donc, le « great » renverrait plutôt aux États-Unis de l’après-guerre de sécession, aux États-Unis du Wild West Show de Buffalo Bill mis en place en 1870, à un temps où le Ku Klux Klan faisait trembler les Afro-Américains à peine libérés de l’esclavage. Ces États-Unis, c’est aussi ceux décrits dans « naissance d’une nation » en 1915, le premier long métrage de l’histoire du cinéma.

Bref, loin de renvoyer à une puissance géopolitique, le mot « great » semble plutôt renvoyer au bien-être d’un âge d’or perdu et largement fantasmé.

Pour moi, la réélection de Trump a été la réaction un peu désespérée d’une super puissance qui se sent déclassée dans un Monde dans lequel elle ne trouve plus sa place. Donald fait rêver sa base, mais le réveil risque d’être douloureux.

Espérons que l’Amérique de demain redeviendra le gardien des valeurs qui ont fait sa grandeur. On pourrait déjà rappeler aux électeurs de Trump que la statue de la Liberté est arrivée dans le port de New York en 1886.

Edouard

La chute de l’empire Le Pen

La diffusion par l’extrême droite, de l’adresse personnelle de Bénédicte de Perthuis, la juge qui a prononcé la condamnation de Marine Le Pen est pour le moins inquiétante.

Elle a détourné des fonds publics, elle qui pourfendait l’État corrompu. Bon ben voilà, elle ne méritait pas autre chose. Marine est avocate, on ne va pas lui apprendre que si elle n’est pas d’accord avec le jugement, elle pourra faire appel et même aller en cassation.

Les plus tous jeunes comme moi se souviendront du serpent de mer électoral à suspens que constituait la question des 500 signatures de Jean-Marie Le Pen. A chaque élection présidentielle, c’était pareil : « Jean-Marie va-t-il avoir les 500 signatures qui lui sont nécessaires pour se présenter à l’élection ? ». Ce suspens, très émoussé à la longue, permettait au tribun de hurler au complot contre l’extrême droite. Cela permettait aussi à tout un tas de spécialistes de débattre autour de la question de savoir si, dans une démocratie, on pouvait empêcher l’extrême droite de se présenter aux élections présidentielles. Les plateaux télé étaient bien nourris.

Ce cirque aura duré au moins 20 ans. A l’époque, personne ne pensait que l’extrême droite pouvait être représentée par quelqu’un d’autre. Jean-Marie était le maître absolu de l’extrême droite française sur laquelle il régnait sans partage. On se souviendra de tentatives de rébellion et de Bruno Mégret en particulier, mais l’empire tenait bon.

Et puis, le patriarche et mort. Marine avait pris le relais, mais sa légitimité dépendait largement de son statut de « fille du patriarche ». Y a-t-il un dogme successoral dans la fachosphère ?

Il y aura des volontaires à l’extrême droite pour remplacer Marine, je ne suis pas inquiet. Bardella, Zemmour, Wauquiez qui rêve déjà de retrouver la base perdue des LR…ou d’autres.

En attendant, Marine essaie de reprendre les ficelles de son père et crie à son tour au complot, à la dictature des juges. Tout ça permet aussi de faire un peu de buzz. Les médias en profitent. La différence avec les « 500 signatures » est toutefois qu’il n’y a aucun jugement contre le RN, mais seulement contre sa présidente ou plutôt, contre l’usage qu’elle a pu faire de financements publics. Doit-on considérer qu’une atteinte à la présidente est une atteinte au parti, pris dans son ensemble ? La réaction de Marine Le Pen est surtout révélatrice du positionnement qu’elle a ou qu’elle pense avoir ou qu’elle souhaite avoir, au sein du parti.

Il faut dire que le contexte international est favorable au « juge bashing » avec des personnages comme Trump, Poutine, Erdogan, Netanyahou ou Orban qui ne semblent pas nourrir un grand respect pour l’État de droit.

Pas certain que cela soit suffisant. L’ère Le Pen est à mon avis terminée. L’extrême droite devra trouver autre chose. D’ailleurs, la voir se faire démolir au second tour de la présidentielle commençait à devenir un plaisir malsain. Il était temps que ça s’arrête.

Pas certain non plus que l’effet Trump dure vraiment. Le présentateur TV a fait rire, a donné des espoirs, a fait peur, mais le décalage entre les annonces et la réalité va vite lasser. On commence déjà à parler du départ de Musk. Bientôt, les Américains changeront de chaîne.

Les habits neufs de la fachosphère sont peut-être encore à inventer.

Edouard

Un Monde sans tous ses États

Un milliardaire fou ayant développé des algorithmes surpuissants, parvient à manipuler les électeurs américains en les noyant dans les fake-news. Il fait ainsi entrer à la Maison-Blanche un président fantoche qui n’est rien d’autre que sa marionnette.

Souvenez-vous des scénarios des James Bond. Sur fond de guerre froide, un milliardaire fou rêvait de devenir maître du monde. Heureusement, l’agent 007 était là pour l’empêcher de nuire. Depuis « mourir peut attendre » en 2021, James Bond est mort et on pouvait se demander si, derrière la mort du personnage, ne se cachait pas en fait la mort d’un concept scénaristique devenu obsolète.

Je ne sais pas si c’est parce que 007 est mort, mais force est de constater que le monde est aujourd’hui dominé par un milliardaire fou, Elon Musk, talonné par deux autres, Jeff Bezos et Marc Zuckerberg. Finalement, ce qui fait peur n’est pas tant Donald Trump que ses soutiens.

Les générations futures retiendront peut-être que le personnage de James Bond était en fait le gardien d’un Monde interétatique. C’était un Monde dans lequel il était évident que certaines prérogatives, comme la conquête spatiale, ne pouvaient relever que de la sphère étatique. Ce n’est plus le cas pour la conquête spatiale dans laquelle Elon Musk et Jeff Bezos font aujourd’hui la course en tête, loin devant des États déboussolés.

Lundi, ce scénario sera une réalité. Mardi, aux dires de Donald Trump, la guerre en Ukraine devrait se terminer. Personne n’y croit vraiment, mais tout le monde attend de voir ce qui va se passer.

On peut reprocher beaucoup de choses à Poutine, mais pas de vouloir faire sortir le monde du Schéma interétatique. On le sent plutôt sur un schéma impérial « à l’ancienne ». Il n’y aura donc pas d’affrontement classique État/État.

Je ne suis pas devin, mais il est fort probable que Donald Trump agisse dans l’intérêt d’Elon Musk et celui-ci n’abandonnera l’Ukraine que s’il y trouve son intérêt. Dans ce nouvel ordre mondial, le concept de « diplomatie » n’aura plus de sens puisque seul comptera l’intérêt du puissant, le Ubu d’Alfred Jarry.

Il est donc possible que le Schéma qui se profile ne serve pas les intérêts des Russes, ni ceux des Ukrainiens, ni ceux des Européens, ni peut-être même ceux des Américains. Ce qui est certain, par contre, c’est qu’il servira les intérêts d’Elon Musk.

Donc, ce qui se profile n’est pas une guerre des États, mais une guerre des puissants. Un concours planétaire d’ego surdimensionné auquel l’Union européenne ne participera pas, faute de pouvoir proposer un candidat.

Il va y avoir du spectacle et je ne parierai pas sur Poutine. Généralement, dans les films, ça finit mal pour le méchant . Mais comme 007 n’est plus…

Edouard

Basic Instinct

Nick Curran (Mickaël Douglas) enquête sur le meurtre d’un homme, tué à coup de pic à glace. Il croise, au cours de l’enquête, la route de l’écrivaine à succès Catherine Tramel (Sharon Stone).

ARTE vient de mettre en accès libre sur son site le célébrissime film de Paul Verhoeven.

1992, c’est loin. On en avait beaucoup parlé à l’époque. Ma mère ne voulait pas que j’y aille alors que mes copains du collège l’avaient tous vu. Bref, je l’ai vu plus tard, mais je réalise aujourd’hui que j’étais encore trop jeune pour apprécier pleinement sa qualité.

Je suis en effet content d’avoir vieilli pour y voir autre chose qu’un hymne à la beauté du corps de Sharon Stone et ce serait une erreur de réduire ce film à la scène de l’interrogatoire qui est aujourd’hui devenue un classique de la pop culture.

On pourrait y voir un hymne au plaisir sexuel dans un monde qui, quelques années après la chute du mur de Berlin, cherchait à tourner la page sombre des années SIDA.

Mais il n’y a pas que Sharon Stone qui est belle dans ce film. Tout est beau, l’esthétique est partout et l’intrigue est rythmée comme du papier musique, comme dans les films d’Hitchcock.

Ce film ultra peaufiné pourrait d’ailleurs être vu comme un hymne au maître, un film qu’Alfred n’aurait pas pu produire en son temps pour cause de censure. François Truffaut disait qu’Hitchcock tournait les scènes d’amour comme des scènes de meurtre et les scènes de meurtre comme des scènes d’amour. Sous cet angle, le film de Verhoeven est encore plus hitchcockien que les films d’Hitchcock.

Le charme des années 50 a été remplacé par celui du début des années 90. La guerre froide était terminée, Francis Fukuyama avait décrété la fin de l’histoire la même année et on avait envie d’y croire.  Ceux de ma génération et les plus anciens y retrouveront aussi le charme désuet d’un monde sans téléphone portable, sans internet et une technologie informatique qui fait un peu sourire. Bref c’est un film qui vieillit bien.

Et au final, c’est aussi un film sur les relations entre deux femmes dont Nick Curran n’est que le jouet. On pourrait y voir une version inversée de « Vertigo », mais ce serait peut-être un peu too much.

Le thème des relations femme-femme est un grand classique du cinéma qu’on retrouvera en 2001 avec Mullholand Drive de David Lynch, l’année de l’attaque du World Trade Center, l’année où l’on comprendra que, contrairement à ce que nous avait dit Fukuyama, l’« histoire » n’était pas finie. Quelques années plus tard, on retrouvera ce thème avec Black Swan (2010) et, d’une certaine manière, on le retrouve une fois de plus cette année dans « la chambre d’à côté » d’Almodovar. Bref, un thème intemporel dont je ne me lasse pas.

Edouard

Mort d’une extrême droite

Jean-Marie Le Pen était un personnage incontournable de la vie politique française des années 80 et 90. On le haïssait pour ses idées autant qu’on admirait son charisme. On ne ratait pas un débat télévisé avec Le Pen parce qu’on savait que ça allait être un spectacle. C’était un tribun, un show-man on dirait aujourd’hui.

S’il y a un point commun entre Jean-Marie Le Pen est Donald Trump, il est bien là, dans le charisme.

Pour le reste, Jean-Marie Le Pen s’inscrivait dans les idées d’une frange de la population française défigurée par la collaboration et la guerre d’Algérie. C’est un passé nauséabond qu’ont connu mes parents et qui était encore dans toutes les têtes en France au cours des décennies 80 et 90, mais dont la mémoire disparaît peu à peu. D’une certaine manière, même s’il n’est mort qu’en début de semaine, Jean-Marie Le Pen avait déjà fait son temps depuis un moment.

L’extrême droite aujourd’hui est toute autre, plus jeune avec des personnages comme Jordan Bardella et plus mondialisée avec des figures comme Donald Trump et Elon Musk.

Le racisme et l’antisémitisme n’ont malheureusement pas disparu, mais ils semblent moins affirmés, contrairement à l’islamophobie et les discours anti LGBT.

Il faudrait que les jeunes d’aujourd’hui visionnent les sketches des comiques des années 80 pour comprendre : il y avait un racisme et une homophobie ordinaires dont on n’avait pas vraiment conscience. Quant aux autres minorités sexuelles, on n’y pensait même pas.

Beaucoup de racisme aussi sur la couleur de peau dans les années 80. Aujourd’hui, peut-être l’effet Obama, sans doute aussi avec la mémoire du colonialisme qui s’éloigne, ça me semble très atténué.

Le vrai tabou, c’était l’antisémitisme, car la mémoire de la Shoah était profondément incrustée dans l’inconscient collectif. C’est sur ce terrain que Jean-Marie Le Pen a pu indigner la France entière avec « le détail » et « Durafour crématoire ». Les contours de l’antisémitisme sont plus flous aujourd’hui, largement brouillés par le conflit israélo-arabe. On ne risque plus un procès en antisémitisme en critiquant la politique de Netanyahou.  

Reste le débat autour des minorités sexuelles et du genre. C’est toute la question du wokisme, un mot très présent dans le discours de l’extrême droite. D’une certaine manière, c’est un progrès, cela veut dire qu’aujourd’hui, contrairement aux années 80, ces minorités sont reconnues et acceptées par une majorité de la population.

Et enfin, ce qui est nouveau, c’est le complotisme. Ça, c’est l’effet internet et celui des réseaux sociaux. Enfin, ce n’est pas complètement nouveau, le « protocole des sages de Sion » date de la fin du 19e siècle, mais internet permet de donner à ses croyances une ampleur inégalée.

Bref, les extrêmes droites passent et se ressemblent malheureusement un peu.

Edouard

Zelensky et la voie du nord

Comme tout le monde, j’ai été surpris par la percée par l’Ukraine d’un nouveau front au nord et son avancée en Russie. Un peu embêté aussi parce que cet événement renvoyait aux archives mon dernier post dans lequel je misais sur une guerre longue au cours de laquelle il ne se passerait pas grand-chose.

Force est de constater que depuis la semaine dernière, il se passe quelque chose. Aucun des militaires russes en âge de combattre n’a connu une telle situation. Sans doute ont-ils entendu parler des déroutes de Napoléon et d’Hitler, des tentatives d’invasion malheureuses qui confirmaient la règle de l’inviolabilité de la Russie.

Pour reprendre l’image de Poutine en joueur compulsif décrit dans mon précédent post, c’est comme si celui-ci rentrant chez lui en taisant, comme d’habitude, son activité à sa femme et ses enfants, se faisait suivre par le bandit manchot envahissant son domicile en défonçant la porte. Ça devient complètement surréaliste, un scénario à la Tex Avery.

Le premier effet de cette intrusion est qu’elle révèle aux proches du joueur compulsif en quoi consiste la réelle activité du chef de famille. À l’échelle de la Russie, difficile de savoir quelles conséquences cela aura, mais le message est passé. Pas besoin d’être un Napoléon ou un Hitler pour violer les frontières de la Russie, un Zelensky suffit. On comprend que le débat ne se limite plus à la question de la frontière orientale de l’Ukraine, mais soulève la question de la posture impérialiste de la Russie vis-à-vis des différentes républiques composant la Fédération de Russie, de Saint-Pétersbourg à Vladivostok. Poutine restera-t-il dans les mémoires comme l’homme ayant enterré le régime tsariste dont l’URSS avait hérité ?

Difficile de savoir ce qu’il adviendra sur un plan stratégique. Cette course se finira-t-elle en pétard mouillé comme celle de Wagner ? Plus les jours passent, plus cette hypothèse s’efface. Y a-t-il une suite de prévue ? Ce qui est certain, c’est que les Ukrainiens et les Occidentaux vont faire très attention aux mouvements des troupes russes qui vont dégarnir le front pour repousser les Ukrainiens.

Quoi qu’il en soit, les Ukrainiens et leurs alliés ont peut-être trouvé le talon d’Achille de l’armée russe.

Celui-ci n’était certainement pas à rechercher dans sa puissance de feu. Le schéma de type « première guerre mondiale » ne semblait pouvoir aboutir que sur un conflit long, extrêmement coûteux et à l’issue incertaine.

La fragilité de l’armée russe est sans doute plutôt à rechercher dans son gigantisme, dans le poids de son organisation interne, tentaculaire et ultra rigide qui limite la réactivité dont elle aurait besoin pour faire face à une situation imprévisible. Et je ne parle pas des recherches de responsabilités au sein de l’armée ayant permis cette situation. Quand on sait que les Ukrainiens, massés de l’autre côté de la frontière, ont attendu que les Russes déminent des champs qu’ils avaient eux-mêmes minés pour pouvoir la traverser, ça laisse un peu songeur.

Les Russes doivent se demander maintenant comment ils vont pouvoir s’organiser pour repousser les Ukrainiens tout en se rejetant les uns sur les autres la responsabilité de l’invasion. Ça risque de prendre du temps et pendant ce temps…

Édouard

Chacun cherche son woke

Je n’ai jamais très bien compris ce qu’était le wokisme. Une recherche outrancière de l’égalitarisme ? Peut-être. Demander aux enfants de choisir leur sexe, rebaptiser « dix petits nègres ». Je voyais bien de quoi il s’agissait, mais de là à définir un concept global…

Est-on forcément wokiste quand on se préoccupe du bien-être des minorités ou à partir d’un certain stade, seulement ? A ce moment, je suis peut-être wokiste pour certaines personnes et anti wokiste pour d’autres.

L’anti wokisme se focalise beaucoup sur les minorités sexuelles. Il semblerait dès lors qu’un wokiste, c’est une personne qui remet en question la norme sexuelle. Le wokisme bousculerait ainsi le rôle de l’homme blanc hétérosexuel et en bonne santé comme pivot naturel des sociétés humaines.

Et nous revoilà sur Vladimir torse nu sur son cheval, héraut de l’anti wokisme, pourfendant un occident dégénéré. Le wokisme serait donc associé à l’idée d’un ordre naturel menacé.

Je ne sais pas si la cérémonie d’ouverture des JO était woke, mais force est de constater qu’elle a fait peu de cas de l’homme blanc hétérosexuel en bonne santé. Chacun jugera, selon ces propres critères, si elle entre ou non dans la catégorie woke.

Passé la cérémonie d’ouverture, une nouvelle polémique aura permis aux anti wokistes de se faire à nouveau entendre. Je veux parler des interrogations concernant la participation de l’Algérienne Imane Khelif, aujourd’hui en finale, et de la Taïwanaise Liu Yu-Ting aux épreuves de boxe féminine.

La trace des Russes est une fois de plus perceptible dans cette histoire puisque l’International Boxing Association (IBA), qui avait initialement rejeté les candidatures de ces boxeuses, a été écarté à son tour par le Comité international olympique (CIO) du fait de sa proximité avec le géant russe Gazprom.

Les autorisations du CIO ont finalement permis à ces boxeuses de participer au JO, mais pas d’éteindre la polémique, comme on a pu le voir avec la réaction de la boxeuse italienne devant combattre Imane Khelif et déclarant forfait au bout de 45 secondes en refusant de lui serrer la main, soutenue par la présidente italienne d’extrême droite Giorgia Meloni, Elon Musk et J.K Rowling.

En l’occurrence, il n’y avait pourtant pas de dopage ou d’opération chirurgicale faisant de ces femmes des transgenres. Elles avaient toujours été des femmes, mais dotées d’un système hormonal naturel hors norme.

On en revient à la question de savoir si la société doit ou non accepter une nature hors norme. Et si l’objet du wokisme était seulement de remettre en question l’existence d’une norme naturelle ?

Edouard

Les impossibles victoires russes

Les mois se suivent et se ressemblent : la prise d’un village par les Russes, la destruction d’un centre d’hydrocarbure par les Ukrainiens et des morts, des morts, toujours des morts. On voit bien que quelque chose bouge, mais rien de décisif. On finit par se lasser aussi de ce paysage monotone. Il y a bien l’arrivée des F16, mais personne ne semble imaginer que cela puisse changer quoi que ce soit.

Et puis, il y a l’été et la plage, les barbecues entre amis, les JO, le feuilleton de la vie politique française qui reprendra le lendemain des JO. Alors l’Ukraine… c’est toujours pas terminé ?

Il n’y a en définitive qu’une façon de battre les Russes : l’épuisement pour que le pays s’écroule de lui-même, comme en 1990. Comme un joueur de jackpot accro à la guerre, Poutine dépense toujours plus : il sent que le vent va tourner, il a presque gagné, c’est tout comme s’il avait gagné… et quand il sera à poil, les négociations pourront commencer.

Cela peut prendre du temps. Il ne faut pas que l’Ukraine s’épuise la première, d’où une aide homéopathique des alliés occidentaux pour que les Ukrainiens tiennent, mais aussi pour que la Russie ne perde pas espoir de l’emporter et qu’elle continue à dépenser encore et toujours… c’est presque bon, on va y arriver !! L’aide des Occidentaux ne peut cependant qu’être homéopathique parce qu’ils savent que plus la Russie se sentira acculée, moins elle sera contrôlable avec un risque d’utilisation de l’arme nucléaire.    

Pris par son élan, Poutine n’a peut-être plus conscience que sa course est autodestructrice et quand bien même, il ne peut plus s’arrêter. L’économie russe ne tient plus que par la guerre, elle s’effondrera après, il le sait.

Certains experts en géopolitique savent peut-être comment tout ça va se terminer. J’en doute. En tout cas, les JO montrent que la vie planétaire peut très bien continuer sans la Russie. Ils sont tous là, on les a vus dans leurs bateaux sur la Seine, lors de cette interminable litanie étatique à l’occasion de l’ouverture des JO.

Les copains de Vladimir sont là aussi et en particulier la Chine et la Corée du Nord. Ils auraient pu dire, « si Vladimir n’est pas invité, on vient pas », mais ils ne l’ont pas fait. On sent que c’est plutôt « désolé mon pote, on te racontera ».

Tout le monde aura remarqué le coude à coude entre la Chine et les États-Unis en tête du tableau des médailles. La Russie n’est pas visible, normale, la guerre froide est terminée et la Chine doit se consoler de l’absence de cet ex-grand frère. On ne parle plus non plus des athlètes russes et biélorusses qui devaient participer aux JO sous bannière neutre.

Et pendant ce temps, Vladimir mise encore et toujours, espérant en vain que les trois Zelenski s’afficheront sur le bandit manchot.

En définitive, personne ne semble s’apercevoir de l’absence des Russes aux JO et c’est sans doute un coup énorme porté à Poutine, condamné à l’indifférence mondiale, enlisé dans une guerre hors d’âge. Les soldats russes vont-ils enfin se demander pour qui ils se battent et pour qui ils se font tuer ? Qui sait ?

La prestation de Philippe Katherine lors de la cérémonie d’ouverture était volontairement ridicule. On aime ou on n’aime pas, mais en tout cas, tout le monde l’a remarqué (en particulier en Chine et au Japon). Il a peut-être fait des envieux à Moscou.

Édouard

Les illusions du NFP

Que penser du rejet par Macron de la candidature de Lucie Castets ? Le NFP est-il légitime à imposer un premier ministre ?

L’équation est simple et peut se résumer par deux principes prévus par la Constitution :

– Le président de la république nomme le premier ministre ;

– Le premier ministre peut être destitué par l’assemblée nationale, après un vote de la majorité absolue des députés.

Donc, Macron doit nommer un premier ministre qui ne risque pas d’être destitué par l’assemblée nationale pour éviter une instabilité gouvernementale qui pourrait être dommageable à tout le monde, y compris à lui-même.

S’il avait une majorité absolue à l’assemblée, ce serait simple, il nommerait qui il veut.

Si un groupe d’opposition avait lui aussi la majorité absolue, pas trop compliqué non plus. Il imposerait qui il veut à Macron.

Nous ne sommes dans aucune de ces situations aujourd’hui et si le NFP est le premier groupe à l’assemblée, il n’a pas la majorité absolue et donc, son candidat peut très bien être renversé.

On pourrait donc lire la constitution ainsi : le président nomme un premier ministre soutenu par une majorité absolue des députés.

Le consensus sur le nom d’un premier ministre ne se trouvera pas au sein du NFP mais au sein de l’assemblée nationale prise dans son ensemble. Le NFP ne semble pas prêt aujourd’hui à accepter cette réalité pour au moins deux raisons :

– Elle l’obligerait à reconnaître que le fait d’être le premier groupe à l’assemblée n’est qu’une victoire très relative sans majorité absolue ;

– Elle menacerait la structure du groupe NFP. On peut imaginer que le PS pourrait accepter de rejoindre une coalition alors qu’il n’en est pas question pour LFI.

Ce phénomène n’est pas spécifique au NFP et tous les groupes sentent que cette histoire de nomination d’un premier ministre risque de les fragiliser. Que penser du RN aussi qui souhaite entretenir aux yeux de son électorat, l’idée du vol de sa victoire du premier tour.

Désigner un premier ministre demandera à tous les groupes parlementaires d’adopter une attitude responsable qu’aucun d’eux ne souhaite. C’est aussi dépasser une vie politique traditionnellement axée sur le mensonge et la manipulation des électeurs.

Les JO arrivent à point et restent un prétexte idéal pour procrastiner. Comme disent nos voisins de l’autre côté des Pyrénées, mañana.

Edouard