Corruption

Qui fait la loi à Manhattan North? Les dealers et trafiquants de tout poil, et, au-dessus d’eux, La Force, dirigée par le sergent Malone aidé par ses amis Russo et Monty. La méthode de La Force: se faire respecter par tous les moyens, comme dans les westerns. Si vous aimez les bons policiers, procurez-vous cette bombe.On le savait: New York est une jungle. Quand les flics font mieux (ou pire) que la pègre, on atteint la stratosphère.

L’histoire ne finit pas bien, on n’est pas dans la bibliothèque rose. Sous le macadam, on perçoit une critique à peine voilée des méthodes de Mister President Trump. Et on plonge dans, n’ayons pas peur des mots, la tragédie antique.

Don Winslow, un auteur qui ne fait pas dans la dentelle.

J’avais lu La Griffe du Chien, du même auteur, il y a un an ou deux. Avec la même impression de plonger dans un monde où les pires sont les bons, ou les meilleurs les mauvais, au choix. Là, on se promenait au Mexique parmi les trafiquants de drogue. À ses risques et périls.

Vous voilà avertis, chers amis.

Amitiés tourneboulées,

Guy Don Winslow – 548 p

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Les Impliqués

Le procureur Teodore Szaki tente de découvrir les causes de la mort d’un homme retrouvé mort, une broche à rôtir enfoncée dans l’œil.
Je continue tranquillement mon tour d’Europe du polar avec cette fois-ci la Pologne, un pays au sujet duquel je ne connais presque rien. Ayant acquis ma connaissance du monde dans les années 80, j’ai du mal à concevoir l’est du Danube comme autre chose qu’un bloc monolithique passablement ennuyeux.
J’aurai pourtant raté beaucoup de choses en passant à côté de cette merveille qui donne incontestablement un nouveau souffle au genre.
Tout d’abord, l’idée de faire mener l’enquête par un procureur est particulièrement bonne. Dans le cas d’un détective ou d’un commissaire de police, l’histoire s’arrête généralement à la découverte du criminel. Là, on entre dans la complexité du travail de qualification juridique des faits qui incombe au procureur. En effet, le tout n’est pas de trouver le coupable, mais de traduire juridiquement son action, ce qui nous permet d’entrevoir le véritable visage de la justice pénale qui doit non seulement sanctionner une faute commise par un individu, mais préserver aussi la paix sociale aboutissant à des solutions souvent acrobatiques.
Le deuxième grand intérêt du roman est de nous plonger dans l’univers professionnel d’un procureur. Effectivement, beaucoup de romans policiers contemporains se concentrent sur une enquête particulière et laissent de côté la réalité bureaucratique dans laquelle l’intrigue s’insère.
Troisième point, c’est l’humour palpable à chaque page. C’est très drôle, on rit en le voyant se morfondre en subissant le discours interminable d’un documentaliste passionné par son travail. On rit en l’écoutant parler de ses fantasmes. On rit en le voyant galérer pour conclure avec une improbable maîtresse. On rit enfin en le voyant échanger avec un mafieux sorti d’un épisode de James Bond, dinosaure de la guerre froide.
L’intrigue est par contre un peu tirée par les cheveux et la place donnée à la psychanalyse apparaît passablement fumeuse.
Le final est inattendu. La vérité, toute relative, n’a en définitive pas beaucoup de sens et la solution sera un compromis entre la vérité qui préserve l’équilibre de la société, la réalité des faits et la réalité qui arrange le procureur. L’affaire finira dans un classeur qui se noiera aux milliers d’autres. La vie doit continuer.
Édouard
Zygmunt Miloszewski
Pocket
2015

L’homme inquiet

La dernière enquête du commissaire Kurt Wallander, parue en 2009.
L’homme inquiet, c’est le commissaire âgé de 60 ans, et c’est l’auteur qui à l’époque se savait atteint d’un cancer. Il est mort en 2015.
Les derniers livres de Mankell sont beaucoup teintés par l’angoisse de l’âge et de la maladie, comme Les chaussures italiennes et Les bottes suédoises.

Il enquête ici sur la disparition du beau-père de sa fille Linda, un ancien officier de la marine suédoise, avec qui Wallander avait échangé quelques souvenirs
de la guerre froide. L’enquête se corse quand la femme de l’officier est retrouvée morte…
La qualité du livre ne tient pas tant à l’intrigue qu’à la justesse des rapports de Wallander avec sa fille, son beau-fils, son chien (hé oui), ses collègues.
La rencontre avec son ex-épouse Mona, la visite d’une ancienne fiancée-amie atteinte d’une maladie incurable, tout cela n’est guère réjouissant, mais cela
sonne juste. L’homme inquiet lui-même est menacé par le diabète et la démence.
L’histoire se passe en été, les orages se multiplient dans et autour du commissaire.
Un très beau livre-testament.

Amitiés anxieuses,

Guy.

Henning Mankell
Seuil Policier
551 p.

La trilogie écossaise

Pour les besoins d’une enquête, l’inspecteur Fin Macléod revient après 17 ans d’absence sur l’île où il a passé son enfance et son adolescence.
Au XXIe siècle, le polar est devenu un véhicule incontournable de diffusion d’une identité nationale sous le prétexte d’un « who done it ? » universellement compris. L’important n’est pas tant de découvrir le meurtrier, que le contexte dans lequel l’enquête se déroule, permettant de dévoiler l’histoire, les mœurs et les coutumes d’un pays. Tout comme Indridason le fait pour l’Islande et Xiaolong pour la Chine, Peter May nous raconte l’Écosse.
Je ne savais rien de la culture écossaise et n’avait que le vague souvenir d’un voyage de classe au collège dont je ne garde que les images du mur d’Hadrien et de la gigantesque épée de William Wallace. C’est vrai, il y a les kilts et les cornemuses, le whisky, le monstre du Loch Ness, highlander et braveheart, mais tout ça me renvoyait à un folklore aussi sympathique que poussiéreux. Peter May nous plonge dans l’Écosse contemporaine et dans le combat identitaire qui persiste notamment par le biais de l’usage de la langue gaélique.
Les deux premiers volumes : « l’île des chasseurs d’oiseaux » et « l’homme de Lewis » répondent parfaitement aux canons du Polar contemporain. Ma préférence va pour le second opus qui m’a complètement scotché. Je n’avais pas ressenti une telle addiction littéraire depuis ma découverte de Millenium il y a une dizaine d’années.
« Le braconnier du lac perdu » est d’une autre nature. L’opus commence comme il se doit par la découverte d’un corps, mais l’enquête qui s’en suit m’a semblé pour le moins laborieuse, jusqu’à ce que je comprenne que je n’étais plus du tout dans un roman policier. Cette prise de conscience m’a obligé à revoir sous un autre angle les deux premiers volumes et m’a conduit à conclure que cette trilogie est en fait une mini « recherche du temps perdu ».
Les angoisses existentielles de Fin dans les deux premiers volumes s’effaçaient clairement derrière l’intrigue principale. Elles deviennent omniprésentes dans le dernier volet qui s’articule autour d’un personnage qui a détruit sa vie pour préserver coûte que coûte la saveur de sa jeunesse. Fin est en pleine crise de la quarantaine et les nombreux tableaux de jeunesse du « braconnier du lac perdu », s’ils ne permettent pas particulièrement d’avancer dans l’enquête, sont essentiels pour permettre à Fin de se retrouver. On n’échappe pas à son passé construit par les circonstances, par des choix qui laisseront un goût amer et par d’autres qui auront des conséquences décisives.
Les vieux amis de Fin n’échappent pas à cette loi intangible de la nature humaine avec des conséquences souvent tragiques. Fin commence à sortir du trou lorsqu’il rejette les avances très appuyées d’une amie d’enfance, prenant conscience que la jouissance immédiate ne pèserait pas grand-chose, comparée aux conséquences désastreuses qu’elles pourraient produire à moyen et long terme. Lorsque Fin comprendra que ses actes passés et ceux de son entourage conditionneront largement son avenir, il sera sauvé. Artair, Donald et Whistler n’auront pas eu cette chance.
Édouard
2009-2012
Actes Sud

Passage des ombres

1944, le corps d’une jeune femme est retrouvé derrière le théâtre national. 70 ans plus tard, un vieil homme est retrouvé mort dans son appartement.
Troisième et dernier volet de la trilogie des ombres. Indridason a beau être aujourd’hui un écrivain internationalement reconnu, il n’en reste pas moins que le fait de connaître un peu mieux le pays et la ville me permet de voir les choses autrement.
Je comprends mieux maintenant cette obsession d’Indridason pour la seconde guerre mondiale. C’est en 1944 que l’Islande se détache du Danemark pour devenir indépendante. Les occupations anglaises puis américaines aux conséquences parfois houleuses auront permis au peuple islandais de se confronter à l’altérité et de faire son introspection. Le positionnement géographique de l’île n’est effectivement pas propice au brassage culturel 1944 est donc la naissance d’une république qui s’accompagne d’une renaissance identitaire. Au sens de la mythologie scandinave, c’est un Ragnarök, la fin d’une ère et le début d’une nouvelle. Plus rien ne sera jamais comme avant prophétisent les enquêteurs.
Si le conflit mondial est plus présent que dans les deux premiers volumes et si Thorson, le représentant de la police militaire, se prépare à partir en Angleterre suite à l’annonce d’un débarquement prochain en France, la présence militaire est cette fois-ci presque occultée.
Indridason se plonge cette fois au cœur de la société islandaise et à ses démons. Pour la première fois chez l’auteur (en tout cas pour ce qui concerne les ouvrages traduits en Français), il s’intéresse au folklore islandais, aux superstitions et aux manifestations surnaturelles en laissant planer un certain doute. Il est beaucoup question d’elfes. Le surnaturel est toutefois toujours affaire de subjectivité : que doit penser cet homme atteint de la maladie d’Alzheimer en voyant deux hommes venu lui rappeler 70 ans après des faits qu’il aura tenté d’oublier toute sa vie, sinon une avant-garde du jugement à venir dans l’au-delà ? Les derniers soubresauts de l’ancien monde, du monde d’avant le Ragnarök, produisent leurs derniers effets.
J’avais été étonné par le fait que la collection « Points » présente Indridason comme un auteur pour passionnés d’histoire et de romans policiers, tant l’aspect historique de ses romans m’avait jusque-là semblé secondaire. Toutefois, l’immense popularité d’Indridason dans les librairies de Reykjavic (éditions anglaises), me font comprendre qu’il est aujourd’hui devenu un ambassadeur culturel de son pays et il est vrai qu’un certain effort de vulgarisation historique semble être fait dans ce dernier volume.
La noirceur et le côté fin du monde de l’ouvrage m’ont tout de même un peu inquiété et j’ai googlisé Indridason pour essayer d’en savoir un peu plus. Visiblement, tout va bien et il va avoir 57 ans en 2018. Puisse-t-il encore très longtemps nous raconter l’Islande.
Édouard

Arnaldur Indridason
2018
Métailié

NÁTT

Dans le nord de l’Islande, un homme est retrouvé battu à mort. Ari Thór de la police de Siglufjördur enquête.
Il n’existe pas, le commerçant qui a réussi à me vendre une brosse à dents ou un paquet de lessive contre ma volonté. Par contre, je suis plus vulnérable pour ce qui concerne les livres. C’est comme ça que j’ai fait l’acquisition il y a quelque temps de trois bouquins de Ragnar Jónasson, auteur islandais de romans policiers, en attendant la sortie du dernier Indridason.
« C’est un genre d’Agatha Christie » avait précisé l’e vendeur juste après mon passage à la caisse. Ces propos ne m’avaient pas beaucoup enthousiasmé. Il y a environ 30 ans que je n’ai plus lu de roman d’Agatha Christie. J’avais à l’époque fait une overdose qui m’a laissé le souvenir d’intrigues par trop policées et toujours construites selon le même procédé. L’éditeur précise en effet dans chaque ouvrage que l’auteur a traduit plusieurs romans d’Agatha Christie en islandais.
Snjór, le premier opus fut clairement une déception : Style lourd et répétitions auxquels il faut ajouter de probables erreurs de traduction. On y voit Ari Thór, fraîchement diplômé de l’école de police de Reykjavik, être nommé à Siglufjördur où il s’installe en dépit de la désapprobation de Kristin, sa petite amie. Les activités étant visiblement réduites à Siglufjördur, Ari Thór trompe Kristin avec Ugla, une prof de piano. On retrouve effectivement le côté huis clos cachant une réalité plus obscure dont le lecteur n’aura connaissance qu’à la dernière minute propre à Agatha Christie
Mörk, le second volume est nettement mieux et l’écriture beaucoup plus maîtrisée. La recette de tante Agatha commence à se roder. Ari Thór et Kristin se sont visiblement réconciliés, vivent à Siglufjördur et viennent d’avoir un petit garçon.
Le vendeur m’avait averti avec une lueur un peu étrange dans l’œil que Nátt n’existait pas en livre de poche, précision qui ne m’avait pas particulièrement intéressée sur le moment. Toutefois, cette particularité éditoriale est peut-être liée au fait qu’il est très différent sur la forme des deux premiers opus. « Nátt » veut dire « nuit » en islandais. Si j’avais pris la peine de lire le quatrième de couverture, cela m’aurait permis de comprendre. On retrouve Ari Thór et Kristin, mais il n’est pas question une seconde de leur fils. Le troisième opus semble donc plus la suite du premier que du second.
Le quatrième de couverture précise aussi que ce volume a été écrit à l’occasion de l’irruption du volcan Eyjafjallajökull (non, ce n’est pas le code de ma Freebox) dont on a beaucoup parlé en 2010. Le principal personnage du roman serait donc le volcan lui-même et ses effets révélant les faces les plus sombres des différents personnages. C’est ce qu’ils disent dans le quatrième de couverture, mais la présence volcanique ne m’a pas sauté aux yeux. En tout cas, pour la noirceur et la galerie de portraits, c’est réussi. Ragnar Jónasson a peut-être une autre vocation que de devenir l’Agatha Christie Islandais. C’est tout ce que je lui souhaite.
Édouard
Éditions de la Martinière
2018

La veille de presque tout

L’Espagnol Victor Del Arbol aura 50 ans en 2018.
Il a déjà plusieurs romans noirs à son actif. D’après les connaisseurs, celui-ci ne serait pas son meilleur.
Qualifié de roman choral, il est en tout cas déroutant pour le lecteur non initié.

L’inspecteur Ibarra a tué un assassin d’enfant. Il ne s’en remet pas.
Il est appelé à l’hôpital où une jeune femme gravement blessée demande son intervention.
Cette jeune femme prétend s’appeler Paola.

Peu à peu se met en place un chassé-croisé entre différentes régions d’Espagne. De nombreux personnages
blessés par la vie vont se rencontrer. Pendant la première partie du livre, le lecteur que je suis a eu de la peine
à s’y retrouver dans une chronologie chahutée.

De Málaga à Punta Caliente en passant par Buenos Aires, de l’Espagne franquiste à la dictature argentine, l’auteur
creuse peu à peu dans le passé et dévoile petit à petit les actes de chacun des protagonistes.
L’ambiance, à la fois mélancolique et pesante, accentue toutes ces souffrances et donne vie à ces morts si présents.
Un roman dense, fouillé, émouvant et d’une profonde noirceur dans lequel l’auteur aborde différents thèmes tels que
l’amour, le remords, la filiation, la vengeance, la vie et la mort, mais aussi le poids du passé que chacun porte en soi.
Même l’autisme d’un personnage donnera à la fin de l’ouvrage une clef de lecture supplémentaire.

Amitiés déroutées,

Guy

Victor Del Arbol – Actes Sud – 320 p.