Edimbourg

Cela fera huit ans cette année que j’ai commencé mon tour d’Europe. Beaucoup de choses ont changé et en particulier l’arrivée du smartphone qui a révolutionné le concept du voyage. Me concernant, compte tenu du fait que j’ai toujours un train de retard sur les avancées technologiques, cela ne m’est apparu qu’en 2017. Toute la vie du touriste est aujourd’hui dans son smartphone : la réservation de l’avion, de l’hôtel, les transports en commun et le plan de la ville. Je me demande comment j’aurai fait sans Google Map. L’urbanisme de la ville est compliqué, les noms sont très rarement indiqués au coin des rues et la multitude des variantes du mot « street » pour les désigner achève la confusion. Les monuments intéressants sont eux aussi généralement indiqués dans Google Map, ce qui relativise un peu l’intérêt du guide et surtout du plan papier. J’en avais tout de même un, le Lonely Planet que j’ai trouvé moyen. Il nous allèche par exemple avec la Rosslyn Chapel rendue célèbre par Da Vinci Code sans donner aucune indication pour s’y rendre. Bon, c’est vrai, il y a internet…les guides aussi s’adaptent. Avec WhatsApp, c’est aussi la planète qui rétrécit et la fièvre du 31 qui commençait à couver en moi dès le 15 décembre il y a 20 ans est devenue très relative. J’ai fait trois 31 dans la journée avec des proches situés sur différents fuseaux horaires.

 L’introduction était longue et je n’ai toujours pas dit ce que je venais faire à Édimbourg autour du Nouvel An. Y trouver des fantômes bien entendu : What else… ?

J’ai cherché quelque temps sans succès des formes enveloppées d’un drap blanc. Les spectres du cimetière de Calton Hill semblaient apaisés, on ne trouve pas d’âmes tourmentées dans ces lieux.  

Ce n’est vraiment qu’en arrivant tôt le matin au port de Leith, enveloppé dans le drap gris du brouillard que j’ai commencé à comprendre. Sur le quai, j’ai eu le premier sentiment d’une présence en la personne d’un harpon à baleine, dernier vestige de l’époque où la chasse du cétacé était un élément clef de l’économie écossaise.

Je les ai aussi cherchés dans les entrailles du Mary King’s Close aboutissant sur une ruelle étroite du XVIIe siècle et aux abords du château d’Édimbourg, mais il n’est pas certain qu’ils apprécient la compagnie des touristes.

Édimbourg fourmille de ses vestiges d’un passé qui ne passe pas. Ils apparaissent le plus souvent dans des lieux insolites. Qui donc est ce vieil homme portant un kilt au National Museum of Scotland ? Qu’est-ce qui justifie la présence d’une cabine téléphonique fermée sur Queen Street à l’intérieur de laquelle est installée une bibliothèque, une tasse à café et une pipe posée sur un livre ouvert ? Et cet étrange bric-à-brac visible au musée d’art moderne, n’est-il pas celui d’un sculpteur maudit d’un autre temps, n’ayant pu trouver la paix du repos éternel pour de mystérieux motifs ?

Le meilleur moyen de trouver des âmes en quête de libération est peut-être de trouver en endroit paisible. J’en ai peut-être croisé du côté de Dean village, sur un pont traversant le Watter of Leith ou non loin des murs d’une vieille masure. Quoi qu’il en soit, c’est là que j’ai senti la libération dont j’avais besoin pour poursuivre ma route.

Édouard