Yahvé, Dieu et Allah

J’aime bien écrire sur la religion. Il est vrai cependant que quand je parle de religions, je parle surtout des trois monothéismes. Bien entendu, loin de moi l’idée de minorer les autres religions mais, compte tenu de ma subjectivité culturelle, elles sont plus difficiles d’accès pour moi. Et puis, sur un blog dédié aux livres et à l’écriture, il est normal que je m’intéresse tout particulièrement à un livre dont l’effet en occident aura été pour le moins spectaculaire.
Mes articles qui évoquent la religion sont aussi les plus lus, les plus likés et les plus commentés. .
La première partie introductive regroupe des posts qui s’attachent au phénomène religieux pris dans sa globalité. J’ai ensuite décidé de classer les religions selon un ordre chronologique en fonction de leur apparition historique avec donc le judaïsme en premier, le christianisme en second et l’islam en troisième.
Comme vous le verrez si vous vous aventurez dans la lecture de ces textes, ils concernent bien souvent plus d’une religion et parfois même les trois. Dans ce cas, j’ai pris l’initiative de classer l’article dans la partie concernant la religion la plus ancienne. Par exemple « le chat du Rabbin » qui parle des communautés juives d’Afrique du Nord évoque souvent la communauté musulmane et, dans une moindre mesure, la communauté chrétienne. Comme la religion juive est la plus ancienne des trois, j’ai mis « le chat du rabbin » dans « judaïsme ». A l’intérieur de chaque partie, les articles apparaissent selon leur ordre chronologique de publication, du plus récent au plus ancien.
Les habitués du blog le savent, j’ai pris l’habitude depuis quelques années de visiter différentes villes occidentales à la recherche d’une identité culturelle européenne. Le phénomène religieux est une constante et on ne peut comprendre l’Europe qu’en étant convaincu de la relativité du phénomène religieux. Il n’y a pas de religion qui oppresse plus qu’une autre. La religion qui oppresse est toujours celle du pouvoir dominant et ce qui est vrai à Dublin ne l’est plus à Prague. À part à Séville, je n’ai pas trouvé beaucoup de traces de l’islam alors qu’elles auraient pu être présentes à Athènes et Budapest.
Ne nous leurrons pas, le sarrasin n’était pas considéré par les Occidentaux comme un grand copain et l’islamophobie est fixée dans l’ADN des Européens, même si cela ne se manifeste pas forcément. Heureusement, aujourd’hui, tout le monde sait qu’à plus ou moins brève échéance, il ne sera plus impossible de modifier un génome.
C’est notre challenge à tous de construire aujourd’hui une France laïque dans une société  qui n’est plus celle de 1905, exclusivement chrétienne. Depuis les années 60, la France est postcoloniale. Les indigènes sont devenus des immigrés et les enfants de leurs enfants peinent parfois aujourd’hui à trouver leur place. À eux de le dire pacifiquement sans être fermés au dialogue. Ils seront écoutés et ils trouveront leur place.
Édouard

La femme de l’ombre

1943, à Reykjavik, les cadavres d’un noyé et d’un homme sauvagement exécuté sont retrouvés par la police alors même que de jeunes femmes disparaissent.
Deuxième volet de la saga des ombres, plus « roman noir » que le premier, la notion de justice est plus nuancée. Quand l’histoire et la politique s’en mêlent apparaissent des condamnés qui auraient mérité de ne pas l’être et des salopards qui passent entre les mailles. On retrouve les deux enquêteurs, le militaire Thorson et le flic Flovent. Il est toujours questions des frictions entre islandais et américain, mais cela atteint des proportions plus dramatiques que dans le premier volume. Mêmes histoires d’Islandaises « dans la situation », c’est-à-dire en couple avec des soldats anglais et américains.
Pas beaucoup de référence à l’évolution du conflit mondial et en particulier à la bataille de Stalingrad de 1942 qui sera pourtant un tournant majeur. On sent que le conflit est loin et que l’Islande est surtout alors une base avancée pour les Américains et une base arrière pour les Anglais. On parle des Allemands comme une menace fantôme. L’idéologie nazie est présente, mais presque effacée, à travers l’évocation, comme dans le premier volume de la société Thulé. Je n’en avais jamais entendu parler et j’invite vivement les lecteurs de cette critique à aller lire l’article de Wikipédia. Cette société, créée en 1918, soutenait un certain nombre de thèses sur les Aryens, l’antisémitisme et la supériorité de la race nordique qui seront reprises par les nazis. Toutefois, l’approche de Thulé était beaucoup plus occultiste et ésotérique. Le lien entre Thulé et le nazisme divise encore aujourd’hui les historiens, mais à souvent était utilisée par les romanciers et cinéastes pour donner un visage démoniaque au nazisme, en particulier dans la BD Hellboy et dans son adaptation cinématographique réalisée par Guillermo Del Toro. Alors que la société Thulé faisait encore rêver quelques vétérans islandais, désireux de voir leur peuple comme le dernier vestige de la race aryenne ancestrale, leurs enfants et petits enfants adhéreront plutôt aux thèses nazies.
Encore une fois, l’idéologie nazie apparaît plus comme la cristallisation des peurs et des croyances de l’époque que comme l’invention d’un génie du mal hypnotisant les foules comme le docteur Mabuse de Fritz Lang.
Encore un portrait de femme bien travaillé, celui d’une femme ordinaire, prise dans la tourmente de la passion et de l’histoire, le genre de personnage pour tragédies grecques. Évocation aussi de l’homosexualité, vivement réprimée à l’époque et contrainte à la clandestinité.
Bref, l’ordre de lecture des deux premiers volumes n’a aucune importance, il s’agit de variantes autour de thématiques semblables. J’attends bien entendu le troisième et dernier volet « passage des ombres » que je devrais pouvoir me procurer le 3 mai (cf. site de la FNAC).
À SUIVRE…

Édouard

Arnaldur Indridason

2017
Métailié

Les djihadistes sont-ils musulmans ?

Moi aussi j’y ai cru à la diaspora des soldats de l’État islamique. Alors que celui-ci est moribond et condamné à la disparition à plus ou moins brève échéance, les « soldats » continuent à agir avec des moyens rudimentaires il est vrai, mais d’une efficacité médiatique incontestable.
Ces meurtriers s’intéressent-ils réellement à l’islam ? Ont-ils lu le coran ? Savent-ils lire et interpréter les sourates ? Je doute que cela les intéresse vraiment et que pour beaucoup d’entre eux, être musulman se limite à hurler « Allahu akbar » avec un couteau dans la main.
En ce début d’année, lassé de ne pouvoir m’immiscer dans les discussions de mes collègues, n’ayant jamais vu un seul épisode de « Game of thrones », j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et je me suis enfilé les sept saisons. Comme beaucoup, je me suis laissé séduire. Ce que j’aime, c’est le dosage très fin que la série fait du surnaturel qui monte peu à peu en puissance, cet usage de la magie qui ne marche pas toujours. Par contre, j’ai été frappé par la représentation ultraviolente et grotesque du pouvoir : on destitue, on égorge, on décapite, on émascule de manière impulsive pour un oui ou pour un non. Je pense que cet absolutisme dans l’ultra violence a largement fait le succès de la série qui nous permet de libérer nos instincts sadiques.
Heureusement, la plupart des gens, une fois la série terminée, redeviennent des citoyens normaux. Il existe cependant aujourd’hui un réseau international permettant à ceux qui le veulent de donner libre cours à leur haine de la société, à leur goût pour l’ultra violence. Une organisation qui permet à chacun d’accéder à une reconnaissance, quels que soient l’origine sociale et le niveau d’étude, permettant à tout un chacun de devenir un Lannister ou un Targaryen : Daesh. J’avais beaucoup ironisé quand l’EI avait revendiqué la fusillade de Las Vegas, mais ce que je n’avais pas alors compris, c’est que l’acte violent, sans doute bien plus que le message islamiste, justifie la revendication.
Je ne suis pas en train de démontrer que le djihadisme n’a rien à voir avec l’islam. Je sais bien qu’il y a en France des imams qui endoctrinent les jeunes. Je sais aussi que le succès de Daesh en France est largement dû au fait que les populations fragilisées qui pourront fournir des djihadistes en herbe sont bien souvent d’origines musulmanes. Je comprends aussi l’Histoire et la rancœur vis-à-vis de l’occident qu’elle a pu faire naître dans le monde musulman.
Les zonards évoqués par Starmania et les punks de Mad Max des années 80 ont fini par disparaître. Toute époque connaît ses groupuscules violents. Daesh est plus la créature de la mondialisation et d’internet que du Coran et, de ce fait, il est bien plus impressionnant que des groupuscules isolés. Que pouvons-nous faire ? Je pense qu’il y a un travail sur eux-mêmes que doivent poursuivre les musulmans, un travail de lutte contre l’exclusion que doit poursuivre la société, mais qu’il restera toujours une part d’impuissance que seul le temps saura résoudre. Dans quelques années, le djihadisme sera devenu « has been ». Peut-être l’est-il déjà. La société créera peut-être autre chose de plus violent, de plus fédérateur. On verra bien…ou pas si on à la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.
Le chien aboie, la caravane passe.
Édouard

Le bonheur Analytics

Internet nous rend-il heureux ? Je ne veux pas parler ici du grand bonheur, des rencontres extraordinaires sur Meetic qui vont changer la vie des internautes, mais de ce que Philippe Delerm aurait qualifié de plaisir minuscule. Souvenez-vous, « la première gorgée de bière », 1997, il n’était pas question alors d’internet puisqu’internet n’avait pas encore été mis à la portée du grand public. Mais les « like » de posts sur Facebook, les demandes d’amitié même si je sais bien que sur le lot, il y aura toujours quelques putes, une poignée de fachos et trois vendeurs de dentifrice, ça fait plaisir.
Avec internet, nous sommes en interconnexion permanente les uns avec les autres. Avant, pour les athées, il n’y avait peut-être que dans les manifs qui permettaient cette communion. Aujourd’hui, pourquoi manifester puisqu’il y a Facebook et Twitter ?
Savoir que les posts de mon blog sont lus, c’est aussi du plaisir minuscule. Et le véhicule qui me permet de connaître l’activité de mon blog, c’est « Google analytics ». Donc « Google analytics » contribue à me faire plaisir.
Lors des précédents posts concernant la vie du blog, j’avais fait part de mon souhait de le voir devenir un petit îlot culturel sur lequel le visiteur pourrait passer du temps. Je voyais ça à l’époque comme une utopie, mais ce n’en est plus vraiment une.
Il y a le « taux de sortie » qui permet de savoir que des utilisateurs ont visité plusieurs pages, à ne pas confondre avec le « taux de rebonds » dont on dit que c’est mieux quand il est bas, mais ça me choque pas si un internaute tombe sur un de mes posts via Google et s’en va immédiatement après l’avoir lu. Je préfère que 100 utilisateurs lisent le post sans aller ailleurs plutôt qu’un seul utilisateur qui va surfer sur 100 articles sans y prêter attention (un sacré psychopathe, celui-là).
Pour le reste, ce n’est pas encore la « grande librairie », mais il y a comme un frémissement (statistiques depuis le 12 août 2017) :
– 24 visites dans les pages « Blog à part », « mes films » et « du côté de chez Georges » ;
– 18 visites dans les rubriques livres. Ça c’est une belle satisfaction, j’ai bien fait de me casser le cul pour rendre cette micro bibliothèque plus lisible ;
– 16 utilisations du moteur de recherche ;
– 15 recherches dans les archives, surtout pour les années 2017-2018 et aussi 2010 (probablement la trace des fans de la première heure) ;
– Bon, seulement 4 passages pour les rubriques « raconter l’humain, l’espace et le temps ». Ça, c’était mon grand dada, mais peut être que je ne suis finalement que le seul à comprendre.
Bref, comme disaient déjà nos ancêtres du paléolithique, « y a pas encore de flammes, mais ça fume un peu ».
Que la fête continue.
Edou@rd

Dans L’ombre

Au début de la Seconde Guerre mondiale, à Reykjavik, un cadavre est retrouvé dans un appartement avec une croix gammée sculptée sur le front.
Cet ouvrage est la première partie d’une trilogie. La seconde partie est sortie fin 2017. Bon, je l’avais ratée, mais je pense qu’il doit être possible de lire le n°2 après le n°1. D’ailleurs, en lisant le quatrième de couverture de « la femme de l’ombre », je me suis demandé s’il y avait un réel fil conducteur entre les volets en dehors de la Deuxième Guerre mondiale.
Dans la collection « Points », une publicité est faite pour les autres romans d’Indridason « fan d’histoire et de polar ? Retrouvez aussi en poche ». Heuuu… je ne sais pas si la vocation première de l’auteur est initialement le polar historique. La Deuxième Guerre mondiale s’est en effet imposée très progressivement dans les intrigues de son personnage favori « Erlendur », à côté de la tempête de neige au milieu de laquelle, enfant, l’enquêteur avait perdu son frère. C’est bien de parler du deuxième conflit mondial vu de l’Islande, de comprendre l’hostilité réciproque des Islandais et des « occupants » (Anglais et Américains), de voir ses jeunes islandaises qui voyaient en se donnant aux soldats, une chance d’échapper à leur condition sociale et à l’austérité de leur île. Il y avait une expression pour ça, on disait que celles qui avaient réussi à se trouver un petit ami anglais ou américain étaient « dans la situation ». Le phénomène devait être assez important pour qu’on y consacre une expression particulière. Ne connaissant rien à l’Islande, je salue l’initiative de vulgarisation historique engagée par Arnaldur Indridason, mais j’aimerais bien qu’il nous parle aussi d’autres périodes de l’histoire.
Cela dit, c’est toujours aussi agréable à lire Indridason est doué pour aller en profondeur dans la psychologie des personnages et en particulier dans celle des femmes. « Bettý », lu il y a quelques années, était un très beau portrait de femme fatale. Là, c’est Vera, pas vraiment femme fatale qui est pour moi mi-ange, mi-démon. Véra semble essentiellement démoniaque, plutôt une manipulatrice, une charmeuse, une ensorceleuse, bref, une sorcière. Une femme qui n’utilise les hommes que pour parvenir à ses fins en leur accordant des faveurs sexuelles. Vera m’a fait penser au personnage campé par Bernadette Lafont dans « une belle fille comme moi » de Truffaut. Ça m’a intrigué ce personnage, à l’heure du Me Too où la femme est présentée comme une éternelle victime des prédateurs masculins. Les Parisiens auront certainement remarqué ses affiches de prévention contre le harcèlement sexuel où l’homme est représenté sous la forme d’un ours, d’un requin, d’un loup. Bon, je comprends bien qu’il faut faire de la prévention contre le harcèlement sexuel, mais que c’est tout de même un peu stigmatisant. C’est vrai, le sexe de l’ours, du requin et du loup ne sont pas clairement identifiés et que ça peut être aussi des femmes. Je reconnais aussi qu’avec un poney, un lapin et une biche, cela aurait été plus difficile de faire passer le message.
Quoi qu’il en soit, je me procurerai les autres volets de la trilogie, mais après, Arnaldur, j’aimerais bien que tu nous parles d’autre chose que de la Seconde Guerre mondiale.

Édouard

Arnaldur Indridason
2018
Points

Histoire du juif errant

À Venise, un couple rencontre un étrange personnage qui semble avoir eu une existence hors du commun.
Je n’avais jamais rien lu de Jean d’Ormesson et n’avait entendu que vaguement parler du mythe du juif errant. J’ai donc commencé à lire sans aucune base solide, l’histoire d’un homme qui avait tout vu, connu tous les grands de ce monde à travers l’histoire et couché avec toutes les plus belles femmes de l’ère chrétienne. Ça faisait penser à « le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » avec une dimension spatio-temporelle extensive. Par moment, ça ressemblait pas mal aussi à Baudolino, Eco et d’Ormesson affectionnaient visiblement des périodes identiques de l’histoire. Je trouve tout de même qu’Eco est supérieur en tant que romancier. D’Ormesson n’est pas mauvais, mais ça reste un écrivain moyen, peut-être un peu paresseux.
Au bout d’un moment, j’ai tout de même joué du Google pour en savoir un peu plus sur ce mythe et faire la part des choses entre l’imagination de l’ex-académicien aux yeux bleus et la réalité mythologique et il m’est apparu que d’Ormesson s’était efforcé de rester fidèle à la tradition. Pour avoir refuser de porter assistance à Jésus sur le chemin du Golgotha, Ahasvérus, cordonnier et/ou portier de Ponce Pilate (selon les versions) est condamné à errer à travers le monde jusqu’au retour du christ. D’Ormesson en profite pour lui faire visiter toutes les périodes de l’histoire qu’il affectionne, en premier lieu l’Empire romain et le XIXe siècle. L’ancien régime est quasi absent ainsi que l’Afrique noire. Pour l’Amérique le juif errant accompagne Christophe Colomb, mais bien avant, il accompagne les vikings au Vinland sous le nom de… Ragnar Lodbrok, ce qui permettra au lecteur du XXIe siècle, fan de la série « Viking », de donner à notre héros les traits de l’acteur australien Travis Fimmel qui serait parfait pour le rôle.
Né au moyen âge, on pourrait dire que le juif errant est l’enfant terrible du judaïsme et du christianisme. Pour les chrétiens, il a bien entendu symbolisé le peuple déicide, concept qui n’a plus trop le vent en poupe aujourd’hui. Pour les juifs, il symbolisait la diaspora, concept indispensable à l’identité juive en supposant son unicité ethnique et géographique originelle.
Il est très peu question de judéité. J’ai pensé d’abord que, politiquement correcte oblige, d’Ormesson s’était bien gardé de s’attarder sur la religiosité du personnage pour ne pas être accusé d’antisémitisme, mais, comme il le suggère à la fin, le mythe dépasse aujourd’hui largement la sphère religieuse et l’on a plus besoin d’être juif pour être un juif errant.
Pour ceux qui n’auraient ni le temps ni le courage de lire les 621 pages de l’ouvrage pour savoir ce qu’est devenu aujourd’hui le juif errant, il suffit de réécouter la chanson d’un beau spécimen de « juif errant » mort en 2013 et réellement juif pour le coup. En 1969, avec sa gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec et ses cheveux aux quatre vents, Moustaki avait parfaitement cerné le mythe de l’homme sans attache, assoiffé d’aventure et de liberté.

Édouard
Jean d’Ormesson
1990
Folio

Un con en hiver

La duchesse du Belgambourg part, avec Canardo, à la recherche de son père pris en otage par un groupuscule djihadiste dans les Ardennes françaises.
Le titre m’a laissé perplexe. Était-ce un clin d’œil à « un cœur en hiver », superbe film de Claude Sautet avec Daniel Auteil et Emmanuelle Béart ? Non, clairement pas. Était-ce alors une référence à « un singe en hiver », immortalisé à l’écran par Gabin et Belmondo ? Je n’ai jamais réussi à terminer le livre d’Antoine Blondin, jamais accroché avec le film d’Henri Verneuil et je suis donc allé me renseigner sur Wikipédia. Là encore, pas de correspondance claire avec le dernier opus de Sokal. Ne voyant donc pas de référence, je me suis résigné à accepter ce qui est probablement la triste vérité : il n’y a aucune référence littéraire ou cinématographique dans le titre. Il ne faut donc pas chercher trop loin. Le père de la duchesse est bien en « hiver » à plus d’un titre, mais pourquoi « con » ? Cela reste un mystère.
« Un con en hiver » s’inscrit dans la suite des deux précédents albums et, une fois de plus, donne une part prépondérante au Belgambourg. On a même droit à une carte qui nous apprend que ce petit duché, sorte de Monaco version plat pays, est situé au nord du Luxembourg.
On sent bien que la série prend un nouveau tournant et qu’on n’est plus dans des petits albums délivrant des messages poético- anarcho- philosophico- écologistes comme dans « l’Amerzone ». Les choses bougent au Belgambourg. Certains personnages récurrents disparaissent, d’autres prennent du poids. Le scénario, tout comme le titre, ne semble plus délivrer de message précis, mais l’action y est peut-être plus présente et fatalement, on va attendre la suite pour savoir comment évolue la situation politique au Belgambourg.
Je vais pas faire mon vieux con et dire que Canardo, c’était mieux avant, mais force est de constater que ce n’est plus pareil. Cette nouvelle orientation est elle une expression d’Hugo, le fils du père de Canardo (et donc son demi-frère), le fruit d’exigences de Casterman soucieux de mieux fidéliser le lectorat ou est-ce la volonté de Benoît Sokal de passer à autre chose ? Je ne sais pas, elle me déroute un petit peu.
Peut-être aussi qu’elle vise un nouveau public, plus réceptif à des références qui m’échappent. Quand la Duchesse et Canardo sortent de Belgique, ils passent devant un panneau « France » rutilant et quand ils le dépassent, on voit qu’il y a de l’autre côté un panneau « Belgique » crasseux et à l’abandon. Cela veut-il dire qu’il y a chez les Belges une fascination pour la France, pays par lequel ils se sentent dédaignés ? Il y a une autre référence qui m’intrigue. L’album se passe en grande partie dans les Ardennes françaises et l’un des protagonistes dit que la police parisienne se désintéresse totalement de cette portion du territoire qu’elle considère comme une zone de non-droit. Je ne sais pas si c’est vrai, mais j’ai pas trop aimé cette remarque. Les autres aventures se déroulaient généralement dans des lieux indéterminés et délivraient des messages universels. Là, on a l’impression que la série vire vers un certain régionalisme et peut être un repli identitaire. J’espère bien que ce n’est qu’une impression.
Édouard
Pascal Regnault, Benoît et Hugo Sokal
Casterman
2018