Le complexe de Thomas

Petit rappel. Après la crucifixion, Jésus apparaît aux apôtres en l’absence de Thomas. Lorsqu’on raconte l’événement à ce dernier, il reste sceptique et précise qu’il n’y croira pas tant qu’il n’aura pas vu Jésus de ses propres yeux. Un peu plus tard, Jésus apparaît à nouveau aux douze et prend Thomas à parti « heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

À mesure que le déconfinement progresse, de nombreuses voix s’élèvent pour remettre en cause la réalité de la pandémie. Les personnes les plus réceptives à cette théorie seraient bien entendu des personnes non infectées, n’appartenant pas au corps médical, n’ayant pas eu de proches infectés ou ayant eu à côtoyer des individus infectés. Cela fait beaucoup de monde, mais moins que ce que les « Saints Thomas » de Facebook avancent.

Ces derniers, lorsqu’ils s’efforcent de donner un chiffre relativement sérieux, s’accordent pour dire que l’épidémie n’a fait que 300 000 morts (on a dépassé les 370 000). Personne n’a pourtant jamais dit que cette maladie était essentiellement mortelle. Il faut donc se référer tout d’abord aux 6 000 000 de personnes infectées dans le monde, chiffre auquel il faut ajouter les proches et les personnels soignants.

Bon, cela fait un peu plus, mais n’exclut toujours pas qu’une écrasante majorité de la population mondiale n’a pas été concernée, directement ou indirectement par le coronavirus et n’a eu connaissance de l’existence de la pandémie que par les médias.

Il est alors tentant, surtout quand on est un peu complotiste sur les bords, de dire que tout cela n’est qu’une vaste supercherie ourdie par des gouvernements soumis à Bill Gates dans le but de parer tout individu d’une puce électronique qui sera injectée par un pseudo-vaccin. La circulation des délires collectifs n’est pas en perte de vitesse ces derniers temps.

J’y vois cependant, autre chose : l’expression d’une angoisse refoulée pendant plusieurs semaines, la peur d’attraper le virus et le décalage entre les mesures imposées par les pouvoirs publics et l’effet, relativement « modeste » du coronavirus. Bien entendu, on pourra dire que la modestie des effets est le fruit du confinement, sans doute à juste titre, mais on ne pourra pas le vérifier même si les situations suédoise et brésilienne permettent de douter du bienfait de l’absence de confinement.

Les médias en ont-ils trop fait ? Difficile à dire. Eux même y croyaient sans doute et puis il y a la perception individuelle du danger qui, bien entendu, ne peut être généralisée.

Enfin, il y a peut-être aussi une sorte de déception. Ce grand cataclysme attendu qui allait changer la face du monde, qui allait permettre la naissance d’un modèle alternatif à l’économie de marché n’aurait donc été qu’un pétard mouillé ? On sent que le changement tant attendu ne se fera pas. On rejoint Thomas qui devait voir en Jésus une sorte de Magicien/chef de guerre qui allait débarrasser la Palestine de la présence romaine.

En définitive, la pandémie du coronavirus a bien eu lieu, mais elle n’a peut-être pas été à la hauteur des peurs et des attentes. Faudra-t-il une prochaine vague plus meurtrière pour que le monde change vraiment ou saurons-nous tirer profit de cet avertissement ?

Nous allons être rapidement fixés. Mais peut être aussi que cela n’a été qu’un commencement…

Édouard   

De l’irrationalité scientifique en France


Je me garderai bien de dire ce que sera demain. Le plus probable est qu’il sera différent de tout ce qu’on peut imaginer aujourd’hui. Ce qui m’intéresse c’est le choc provoqué par le coronavirus et son impact sur notre système de représentation. Pour le meilleur et pour le pire, l’humanité est condamnée à vouloir donner un sens à un monde qui n’en a pas.

Ce qui m’intéresse ici est l’impact que cet événement aura pu avoir sur la vision du monde de notre beau pays. Jusqu’en janvier 2020, les choses étaient assez simples en France. Fiers de leur loi de 1905 et de leur athéisme, brandi comme une sorte d’acquis social, les Français pensaient définitivement avoir terrassé toutes formes de croyances irrationnelles colportées par les religions.

 Et puis, le coronavirus s’est abattu sur le monde et sur la France en particulier. Une épidémie de telle ampleur semblait venir d’un autre âge, justement d’un âge d’avant la science, où seule la religion était capable de satisfaire des hommes en mal d’explications.

Plus personne ne croit en une punition divine aujourd’hui et tout le monde comprend le principe de l’épidémie, ce qui n’était pas le cas jusqu’au début du XIXe siècle. Il n’en demeure pas moins que la quête de sens s’est fait rapidement sentir. La théorie du complot est doublement séduisante. D’abord, elle apporte une réponse simple à la réalité perçue et permet de soulager l’angoisse née du doute. D’autre part, elle permet de se complaire dans une irresponsabilité permanente puisque ce sont des puissances occultes qui dirigent notre vie. Ainsi, nous n’aurions d’autre choix que de nous laisser porter par le courant. Avec le complot, le libre arbitre ne serait qu’une illusion.

La noblesse de la démarche scientifique réside dans le doute permanent dont elle est indissociable. Autrement, elle ne vaut pas mieux qu’une croyance religieuse dogmatique.

Cet épisode aura permis aux Français de voir le vrai visage de la science et de comprendre que la médecine s’inscrit elle aussi dans un cadre précis, tâtonne, fait des erreurs, a ses dogmes, ses mystères et ses gourous…

Je ne me permettrai pas de porter un jugement définitif sur les effets bénéfiques de la chloroquine, mais je n’ai pas plus de raison d’y croire qu’en l’authenticité du Saint Suaire de Turin, cela relève de la croyance. En tant que croyant et défenseur de la science, je suis aussi choqué par l’opprobre jeté aujourd’hui sur la vaccination, innovation scientifique qui plus que toute autre, aura permis à la science de prouver toute sa puissance au XIXe, rejetant dans l’oubli les croyances fantaisistes.

Enfin, je ne jetterai par la pierre à Didier Raoult, mais je regrette qu’il ait tenu le devant de la scène scientifique pendant deux mois, éclipsant le travail de milliers de chercheurs qui œuvrent de par le monde pour trouver une solution à la pandémie et qui auraient eu certainement aussi des choses à dire.

Mon souhait pour demain est que les Français retiennent une seule chose de cet épisode : il n’y a qu’un ennemi dans le monde de la pensée… la certitude.

Édouard

1er mai 2020

Le 1er mai a-t-il encore un sens ? Cette année, on pourrait en douter. En tout cas, le concept de jour férié bat fortement de l’aile pour toutes les personnes confinées alors que le déconfinement commence à peine à être esquissé.

Pourtant, nous aurions peut-être tort de laisser passer ce jour sans lui prêter attention, de ne le voir que comme un vague cousin du 25 décembre, du 1er janvier ou du lundi de Pâques.

Tout d’abord, c’est une occasion de penser plus profondément à tous ceux et toutes celles qui ont tenu la société à bout de bras pendant ces semaines : le personnel hospitalier dans son ensemble, mais aussi les boulangers, les épiciers, les éboueurs… Ce serait beau que le 1er mai 2020 soit et reste à l’avenir le jour de tous ces métiers de l’ombre qui deviennent notre seule lueur lorsque l’économie s’éteint et sans lesquels nous ne pouvons vivre.

Le coronavirus aura été un happening mondial que chacun a pu vivre dans son intimité. Pour ma part, je n’avais jamais vécu un tel événement, peut être nos anciens y trouveraient-ils un rapprochement avec la dernière guerre mondiale. Le combat n’est de loin pas terminé, mais on a tout de même le sentiment d’avoir passé Stalingrad.

Dans 10 jours, l’économie va doucement se réveiller et la population active va reprendre le chemin du travail. Le 1er mai de cette année peut aussi être une occasion de nous demander quelle est la place du travail dans notre vie au-delà de son aspect purement rémunérateur.

Le temps des grandes luttes sociales semble être un peu passé et les ouvriers ont aujourd’hui été dissous dans une énorme « classe moyenne » aux contours indéfinissables. Il est peut-être temps de voir autrement le travail à la lueur de ce que nous avons pu vivre ces dernières semaines et d’y voir autre chose qu’un tripalium, instrument de torture destiné à punir les esclaves dont le mot « travail » est étymologiquement issu.

Pour paraphraser Johnny, on pourrait dire « pour que j’aime le travail donnez-moi le confinement ». Sans doute prendrons-nous mieux conscience à partir du 11 mai des réponses à nos besoins de réalisation personnelle et d’interactions sociales que nous apporte le travail.

Enfin, en ce 1er mai, on pourrait je pense avoir une pensée particulière pour tous les exclus du travail et en particulier à toutes ces autres « victimes » sociales du coronavirus et qui vont devoir traverser la crise économique qui s’annonce. Dans notre monde numérisé ou tout devient réalisable sans intervention humaine, pouvoir travailler devient un luxe.

Le 1er mai 2020 existe donc bien. Il est juste plus chargé que les autres années. Profitons tous de ce jour férié.

Édouard

Le déluge

Il est d’usage que des textes de la genèse soient lus dans l’Église catholique à l’occasion de la vigile pascale à commencer par le récit de la création du monde.

Mouais, à part quelques fous furieux du Middle West, plus personne n’imagine aujourd’hui que le monde a été créé en sept jours et s’agissant de l’idée divine de rendre l’homme maître de la nature, était-ce vraiment une bonne idée ?

De leur côté, les juifs sont en pleine Pessah commémorant le passage de la mer rouge par les Hébreux poursuivis par l’armée de pharaon.

Tout comme le récit de l’exode, le déluge évoque le passage d’un monde à un autre qui ne sera plus jamais comme avant, mais les aventures de Noé sont beaucoup plus proches de nous dans la mesure où il s’agit d’une destruction de l’humanité.

Certes, il y aura beaucoup plus de survivants que dans le récit biblique et les animaux ne sont pas concernés, mais ce qui est frappant, c’est la volonté destructrice de Dieu.

Dans le récit babylonien, c’était le vacarme des hommes qui importunait les dieux. Dans la genèse qui s’en est inspirée, c’est leurs pêchés qui provoquent la colère de YHVH.

Rares sont ceux qui oseraient avancer que le coronavirus est un châtiment divin. Pourtant, on sait que la pandémie balaye un monde fou mû par le souci du profit et ignorant la mort.

Le monde d’hier devra-t-il seulement panser ses blessures pour reprendre de plus belle ou un Nouveau Monde devra-t-il naître ? Il n’a fallu que quelques semaines au coronavirus pour arrêter un libéralisme sans tête alors même que tout le monde croyait que c’était impossible.

Si ce nouveau déluge n’est pas un châtiment divin, sans doute devrait-on le prendre comme un signe.

L’orage semble s’être un peu calmé en Europe même si la décrue est encore faible. Le virus ravage désormais les États-Unis qui, ironiquement, avaient fait le choix de mépriser la nature. Ceux-là mêmes qui avaient fini par nous convaincre, à force d’effets spéciaux, qu’ils assureraient toujours notre protection ne semblent même pas capables de se protéger eux-mêmes. Le colosse aux pieds d’argile dont parlait Renaud en 2001 s’est définitivement effondré.

Dans quelques mois, tout cela sera terminé. Il nous reste encore un peu de temps pour imaginer le monde de demain, pour qu’il ne soit pas qu’une résurrection à peine éraflée du monde d’hier, repartant de plus belle jusqu’à la prochaine catastrophe qui sera peut-être encore plus meurtrière que celle-ci.

Si nous ne faisons rien, les vendeurs de paradis artificiels reviendront inexorablement pour nous faire acheter ce dont nous n’avons pas besoin.

Cessons de nous lamenter du confinement, le temps presse. L’avenir sera ce qu’on en fera, ne le gâchons pas, ce serait trop bête.

Édouard

Le complexe d’Adam

En ce début de XXIe siècle, le concept de Dieu était fortement mis à mal en occident. Il n’empêche que nos schémas culturels issus des récits bibliques avaient la dent dure. C’est en particulier le cas de la promesse faite par Dieu dans la genèse : la vocation de l’homme à maîtriser la nature.

Nous étions arrivés à atteindre des sommets dans le genre. Il y a ceux qui ne cessaient de crier cette destruction et ceux qui fermaient les yeux tout en essayant de ne pas entendre ce qu’on leur disait. Les enjeux économiques étaient bien trop importants. Il fallait être fou pour réduire la cadence, beaucoup trop risqué. Bien entendu, les hérauts du libéralisme, Trump, Johnson et cie menaient la danse de l’autruche. Et puis, le coronavirus est venu arrêter la sono. Les États-Unis comme le Royaume-Uni sont maintenant atteints de plein fouet et Boris Johnson se bat personnellement contre le virus.

Non, nous ne maîtrisons pas la nature, elle n’a pas besoin de nous et se porte mieux sans nous. Tout le monde évoque les bienfaits du confinement pour l’environnement. Ce que je trouve saisissant, c’est notre incapacité à réagir, notre extrême fragilité.

Peut-être arrêterons-nous enfin quand tout cela sera terminé de nous imaginer comme les protecteurs de la nature. C’est uniquement de notre propre survie qu’il s’agit. Quand la nature en aura marre de nous, elle nous fera disparaître. Nous voyons maintenant à quel point cela est simple alors même qu’il y a encore deux mois, c’était impensable.

Non, il ne faut pas protéger la nature pour préserver sa beauté, par charité chrétienne ou par idéalisme néo baba cool. Il faut la protéger uniquement pour assurer notre propre survie.

Peut-être, auraient pu avancer les plus cyniques il y a encore deux mois, les pauvres morfleront, mais les riches s’en sortiront toujours. Rien n’est moins sûr, le coronavirus est égalitaire même si les personnes les plus aisées semblent avoir de meilleurs moyens de protection… pour combien de temps ? Ce qui arrive est titanesque, tant en référence à l’ampleur du phénomène qu’au naufrage du Titanic il y a 108 ans.

Alors, une dernière fois, arrêtons de croire qu’il faut protéger la faune parce qu’elle fait jolie dans le paysage. Il faut protéger la faune, car l’intensification des trafics se foutant du respect de toutes normes sanitaires élémentaires et la destruction des écosystèmes favorisent l’émergence de catastrophes comme celle que nous vivons actuellement. Prenons cela comme un avertissement, il y en aura d’autres et si nous restons dans l’incapacité de tirer des leçons de tout ça, nous disparaîtrons.

Dieu nous aurait donc menti ? Nous ne serions pas les maîtres absolus de la nature ?

Il est fort probable que les hommes qui ont écrit la genèse en étaient persuadés. Le néolithique était bien installé et rien ne semblait pouvoir freiner cette volonté de maîtrise. Le climat du croissant fertile avait de quoi rendre optimiste. Nul doute que les hommes qui, à la même époque, essayaient de vivre comme ils pouvaient en Europe du Nord auraient vu les choses autrement.

Je ne sais pas si nous sommes les parasites de la terre. Tâchons au moins de ne pas nous comporter comme tels, nous pourrions le payer cher.

Édouard

L’effroi

Aucune situation ne m’avait autant marqué depuis le 11 septembre 2001. Il pourrait sembler surprenant de faire un parallèle entre le coronavirus et le 11 septembre. Comment comparer en effet une attaque terroriste à une épidémie, sauf à cautionner les théories complotistes qui fleurissent ici et là ? Bien entendu les causes et les effets n’ont rien de semblable, mais j’y vois tout de même des similitudes.

La principale tient au caractère spectaculaire des événements qui semblent tous deux une incarnation de films catastrophes hollywoodiens. Les avions qui s’encastrent, les tours vacillantes et fumantes, les individus préférant sauter du haut de la tour plutôt que d’être brûlés vifs (les virgules noires comme ils avaient alors été appelés dans un article du monde), c’était tout de même impressionnant. L’ennemi a tout de même fini par être identifié malgré la pitoyable et inutile deuxième guerre du golf. On était tout de même dans un registre connu, celui du film de guerre avec des acteurs bien dessinés même si Al-Qaïda était plus flou et plus imprévisible qu’un belligérant traditionnel. La guerre des civilisations n’aura pas eu lieu même s’il a illustré la haine de l’impérialisme américain : je me souviens d’avoir vu beaucoup de jeunes porter des t-shirts Ben Laden en 2005 à Bamako.

Les États-Unis ont vacillé après le 11 septembre, mais l’empire ne s’est pas effondré. L’Europe s’est renforcée et surtout, le Monde a vu grossir un nouvel empire qui, c’était une question de décennies, voire d’année, supplanterait les États-Unis : la Chine.

Et c’est justement de cette nouvelle super puissance qu’est sorti le drame que nous sommes en train de vivre. Nous sommes toujours dans le registre du film-catastrophe, mais dans la vaine du thriller, l’incarnation en fait du scénario du film « Alerte » réalisé en 1995 par Wolfgang Peterson dans lequel une petite ville américaine était contaminée par un virus venu d’Afrique.

L’ennemi aujourd’hui est totalement invisible et personne ne sait exactement où et comment il frappe. « Restez chez vous » est le seul mot d’ordre clair. L’ignorance et la peur dominent alors même que notre monde ultra rationnel semblait avoir tout expliqué. Est-on si loin que ça de la grande peur que suscitait la peste en Europe au Moyen-âge et sous l’ancien régime ?

Clin d’œil de l’histoire, c’est en 1894, il y a 126 ans qu’Alexandre Yercin réussit à isoler le bacille de la peste, s’étant rendu sur le théâtre d’une épidémie en Chine (encore elle) alors administrée par les Européens. La peste est toutes les superstitions plus on moins religieuses qui y étaient attachées furent balayées, le temps de la science est de la toute-puissance occidentale semblait devoir régner sur le monde jusqu’à la fin des temps. Le coronavirus n’est pas la peste, mais guère préférable et l’ancien colonisateur est atteint au cœur. Certes le monde est aujourd’hui mieux armé scientifiquement pour y faire face, mais son rationalisme absolu sans borne lui a peut-être aussi fait oublier la notion d’espoir, l’acceptation de l’irrationnel, de la non-maîtrise.

On ne prie plus aujourd’hui alors, pour appréhender l’avenir incertain, on écoute les médias qui ne sont qu’une forme modernisée des prêtres d’autrefois.

Le monde a-t-il vraiment changé ?

Édouard

Aux urnes!

Je vote toujours, mais s’agissant des municipales, je reconnais que c’est un peu par automatisme. Le maire était déjà là quand je suis arrivé dans mon arrondissement il y a 15 ans et visiblement, il n’y a pas raison que ça change. Je n’ai jamais très bien compris quelle était sa couleur politique et ça ne m’intéresse pas vraiment. Sinon, tout le monde sait qu’Hidalgo va être réélue alors… Mais cette année, j’y suis surtout allé par curiosité, pour la controverse.

Je ne sais pas si c’était une bonne idée de les maintenir, mais c’est un fait, elles ont été maintenues.

C’est donc décidé et quelque peu naïf que je suis rentré dans le bureau de vote de l’école maternelle.

– Pas plus de 6 électeurs en même temps dans le bureau de vote. Veuillez faire la queue.

– Ah, d’accord.

La queue, c’est les deux tiers de la cour de récréation. Les enfants jouent au milieu, il fait beau, les gens attendent patiemment leur tour en tripotant leurs portables. Franchement, c’est sympa de prendre l’air.

C’est un symbole fort de démocratie cette queue, celle qui tient contre vents et marées. Edouard Philippe a annoncé hier soir la fermeture de tous les lieux « non indispensables ». Bon, il fait un temps à déjeuner à la terrasse d’une brasserie, mais ce n’est effectivement peut-être pas indispensable.

En revanche, c’est fort de dire qu’un bureau de vote est un « lieu indispensable ». Aller voter aujourd’hui, c’est lutter contre la psychose ambiante. Voter, c’est faire confiance aux pouvoirs publics, ne pas jouer le jeu des crétins qui dévalisent en PQ et en pâtes les supermarchés.

Quand j’entre enfin dans le bureau de vote 20 minutes plus tard, je réalise que j’ai certainement moins de chances d’attraper le coronavirus dans ce lieu quasi désert qu’en allant acheter du pain à la boulangerie. Et quand bien même on l’attraperait, si on a moins de 60 ans et pas de problèmes pulmonaires, on est moins concerné. Je connais d’ailleurs des personnes de plus de 80 ans qui y sont allé (je ne donnerai pas de noms) et je salue leur civisme.

Autre symbole démocratique touchant, l’équipe qui tient le bureau. Pandémie oblige, ils sont dotés de gants en latex, mais semblent apaisés et déterminés dans leur posture démocratique. C’est eux la base démocratique, il ne faudrait pas qu’elle vacille.

Bref, n’allez pas voter aujourd’hui pour élire un maire ou pour soutenir un parti politique, mais pour rester solidaire, pour dire que pas plus que le fascisme, le coronavirus n’aura la peau de la démocratie. Allez-y si vous pensez que la responsabilité collective doit l’emporter sur la psychose et sur le repli sur soi visant à se bunkériser avec des pâtes et du PQ.

Et dépêchez-vous, vous n’avez plus que quelques heures !

Édouard

La religion des gilets jaunes

On a beaucoup glosé depuis trois mois sur l’origine du mouvement. Il est vrai que dans les premières semaines, il était un peu difficile d’y voir clair, mais aujourd’hui, certaines constantes révèlent sa nature.
Quelqu’un disait sur Facebook que les gilets jaunes ne sont pas un mouvement social et je pense que cette personne a raison, c’est un mouvement « asocial », au sens d’ « apolitique » en retenant la signification première du mot renvoyant à la vie dans la cité.
Le mouvement ne veut pas mettre en place une autre société, ni même détruire notre société actuelle qui le mériterait bien pourtant. C’est en fait le principe de société en général qu’ils rejettent. Ils nient que sans structures, sans organisation et sans représentation, la vie en société est impossible… sauf sur Facebook.
On a cherché en vain de les rapprocher d’autres mouvements sociaux (jacqueries, sans-culottes, communards, soixante-huitards…) pour conclure qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce totalement inédite. C’est peut-être le cas ou alors, on a pas cherché où il fallait.
En cherchant dans les archives de l’inquisition, on aurait peut-être trouvé la trace d’un mouvement hérétique rejetant la société dans ses fondements les plus élémentaires.
Parler de secte est très péjoratif en France et je n’ai pas connaissance de dérive sectaire chez les gilets jaunes même si on sent une certaine calcification idéologique. Parler d’hérésie au XXIe siècle est passé de mode. C’est pourquoi, faute de mieux, je parlerai de « religion ».
Pas besoin de dieux pour faire une religion. Trois éléments suffisent :
– Tout d’abord, des adeptes pourvus de signes leur permettant de se reconnaître. Le « gilet jaune » tient une place centrale dans ce mouvement qui se désigne par ce signe distinctif, comme si les chrétiens s’auto désignaient « les croix » ou les musulmans, « les croissants ».
– Ensuite, des dogmes : des croyances, des divinités, du surnaturel…. Il s’agit de règles qui s’écartent significativement des normes sociales. Ces règles forgent l’identité du mouvement et, pour cette raison, sont farouchement défendues par les adeptes. On a beaucoup parlé de l’importance du complotisme chez les gilets jaunes, mais sans aller jusque-là, il s’avère que le rejet de toute forme de structure, d’organisation et de représentation défie les lois les plus élémentaires de la sociologie et de l’ethnologie.
– Troisième et dernier élément, les rituels. Ces rituels sont indispensables pour permettre aux adeptes de se retrouver et d’entretenir ensemble le dogme. Dans les premiers temps du mouvement, il y avait deux rituels très différents qui semblaient d’ailleurs répondre à deux philosophies différentes : les ronds-points et les manifestations. Les manifestations semblent aujourd’hui constituer le principal rituel.
Les religions permettaient aux pauvres de supporter le quotidien, leur donnaient l’espoir sans lequel il leur était impossible de vivre. Dans une France totalement sécularisée, les gilets jaunes font peut-être renaître l’essence de la religion.

Édouard

Du gilet à l’étoile

La symbolique du « gilet jaune » était incontestablement une trouvaille. Un symbole qui renvoyait à cet outil de travail des employés affectés à des tâches souvent peu reluisantes et peu rémunératrices. Le symbole était fort et a permis d’unir toutes les victimes de la mondialisation et de l’ultralibéralisme rampant. La longévité du mouvement, qui a maintenant trois mois, doit certainement beaucoup à cette symbolique. Le gilet jaune a ainsi permis de mettre en garde Emmanuel Macron contre des dérives possibles de ses élans réformistes, car, c’est bien connu, les Français adorent autant la révolution que la préservation de leurs acquis.
Cependant, au bout de trois mois, le vêtement tend à s’effacer derrière la couleur. À tout bien regarder, la symbolique de la couleur jaune n’est pas bien reluisante en occident. Le jaune, c’est la couleur du soufre et c’était au moyen âge celle du diable. Il est vrai que ce triste personnage est un peu passé de mode dans les sociétés sécularisées du XXIe siècle. Il n’en reste pas moins que la couleur reste peu valorisée et passe loin derrière le rouge, le bleu ou le vert.
Le jaune est aussi la couleur de l’or, celle recherchée par les conquistadors, celle qui rend fou, celle qui justifie toutes les atrocités. La place de l’argent est centrale dans les revendications des gilets jaunes. Quid de l’idéal de pauvreté de saint François au moyen âge ? Quid de la proposition d’une alternative à la société de consommation dont l’essoufflement est évident ? Non, les gilets jaunes veulent pouvoir consommer toujours plus, errent comme des zombies à la recherche d’une poignée d’euros, détruisant au passage quelques distributeurs automatiques.
La soif de l’or aboutit fatalement à la haine de ceux qui en disposent ou sont censés en disposer. Depuis le moyen âge, le juif occupe cette place dans l’imaginaire populaire occidental. Plus personne ne s’intéresse à la notion de peuple déicide aujourd’hui. L’antisémitisme a pris d’autres visages, mais est toujours bien présent. Les gilets jaunes ne semblent pas avoir encore réalisé que la matrice dont ils sont issus, Facebook, est l’œuvre d’un juif, Marc Zuckerberg, successeur de rabbi Loew qui, selon la légende, créa le Golem au XVIe siècle, géant destructeur et incontrôlable.
Au moyen âge, le jaune était aussi la couleur qu’on faisait porter aux juifs. C’est celle que les nazis leur firent porter dans les étoiles qui les suivirent dans les camps de la mort.
L’antisémitisme chrétien s’efface aujourd’hui tandis que l’antisémitisme économique se porte mieux que jamais. Il se double de l’antisémitisme sioniste. Pour ma part, je me refuse à associer la critique de la politique d’Israël a de l’antisémitisme. Israël doit pouvoir être critiqué, comme tout État, sans haine et sans amalgames religieux.
Le silence des « leaders » des gilets jaunes est assourdissant. L’antisémitisme exacerbé est une suite logique du mouvement, mais nous ne sommes plus dans les années 30 et nous savons bien comment les nazis ont conquis le cœur du peuple. Initialement légitime, ce mouvement est devenu intolérable.

Édouard

Halteaufake

« Qu’est-ce que la vérité ? » disait Pilate. Il y a 2000 ans, on se posait déjà la question, mais que dire maintenant avec Facebook ?
À la base, il y a une méfiance et un rejet pour tout ce qui est officiel, on a ses informations personnelles qui satisfont nos fantasmes, mais au final, on ne sait plus très bien ou on en est.
Pour ma part, j’ai confiance dans la presse écrite traditionnelle : Le Monde, Libération, le Figaro, La Croix, l’express, Le nouvel Obs…tout simplement parce qu’ils ne peuvent se le permettre, la concurrence attendant le moindre faux pas de l’autre pour pouvoir le dénoncer et lui voler des parts de marché. Ces médias possèdent bien entendu des sites et sont heureusement diffusés sur Facebook.
À côté, une multitude de news plus ou moins douteuse pullulent sur Facebook. Les Russes sont souvent montrés du doigt, il faut dire que le pays des « protocoles des sages de sion » à l’origine du complot juif mondial a du métier en matière de Fake.
À côté des sites dont tout le monde sait qu’ils sont faux, mais qui prétendent détenir de vraies informations (les moutons rebelles, nouvel ordre mondial, Spoutnik…), on trouve des sites satiriques qui revendiquent l’absence de vérité des informations qu’ils diffusent ( Le Gorafi, Nordpresse…).
Face à cette multitude d’informations, les comportements sont divers. Alors que certains, perdus, ne pensent pas à regarder l’origine des posts, d’autres privilégient les posts qui correspondent à ce qu’ils ont envie de penser en se gardant bien d’insister sur l’origine de la source.
Et puis, on trouve enfin les bricoleurs de fakes car en définitive, tout le monde tente d’influencer tout le monde sur Facebook. La semaine dernière, au sujet de la controverse sur la couverture du magazine M du monde, une personne indignée avait cru bon de diffuser un montage faisant apparaître Hitler à côté de Macron, laissant à penser que Le Monde assimilait Macron à Hitler, ce qui est heureusement faux même si on peut soupçonner le magazine d’avoir été un poil racoleur sur ce coup-là. Parmi les mille et une façons de bricoler un fake, il y a aussi la possibilité de diffuser une info tout ce qu’il y a de plus vraie, mais qui date de plusieurs mois, apparaissant ainsi comme un scoop.
Cette histoire de fake et la relativité du phénomène m’intéressent beaucoup. Aussi, pour celles et ceux qui se sentiraient perdus, j’ai créé un groupe Facebook « Halteaufake » permettant de les aider à dissocier le vrai du faux.
Quelques principes de base :
– Regarder la source en bas à gauche pour savoir s’il s’agit d’un média connu ;
– Cliquer pour voir si c’est un vrai lien ;
– Regarder la date du poste.
À très vite
Edouard