Envoyée spéciale

Extrait:

« Cela fait, Tausk quitte son bureau, ouvre une fenêtre du salon par laquelle entre une mouche massive au thorax bleu scintillant qui effectue d’abord quelques tours circonspects, doit trouver l’appartement à son goût car y volète pièce par pièce en s’attardant tel un huissier sur chaque meuble, chaque œuvre accrochée aux murs sans paraître envisager de sortir, passant à la bibliothèque dont, volume par volume, elle inventorie en vrombissant le contenu jusqu’au moment où Tausk allume la télévision : série américaine, actrice blonde et bustée en plan moyen dans un appartement californien, pourquoi pas. Distraite par ce nouveau spectacle, la mouche vient se poser sur le sein gauche de l’actrice et Tausk, d’une passe magnétique, fait évacuer le diptère.
L’actrice est en train d’expliquer que c’est toi, Burt, qui as fait empoisonner Shirley par Bob dans le but de détourner l’héritage de Malcolm en évinçant Howard avec l’aide de Nancy, tout ça pour épouser Barbara. Que tu n’aimes pas. Et Walter ? As-tu pensé à l’avenir de Walter ? (Cette réplique étant longue et l’actrice ayant besoin de relire le script en plateau pour se la rappeler, sa tirade est interrompue par deux plans de coupe sur Burt qui, de fait, n’a pas l’air d’en mener large.) Tu es un monstre, Burt, diagnostique l’actrice, tu n’auras que ce que tu mérites. Et à l’instant où elle extrait un Smith & Wesson trapu de son sac Prada, voici qu’on sonne à la porte de l’appartement – pas le californien, le nôtre. Que d’action, bon sang, que d’action. »

On dirait du Proust…
Précision: la mouche finira mal.

Si vous aimez cet extrait, vous aimerez le livre.

On y rencontre, en plus du dénommé Tausk, sa femme Constance la mal nommée, un général d’opérette, des agents secrets peu discrets, l’une ou l’autre perceuse (cet engin qui fait des petits trous), un avocat véreux et ses assistantes. On voyage beaucoup en métro, on visite la Creuse, et on fait du tourisme en Corée du Nord.

Jean Echenoz prend son lecteur ravi par la main, et lui fait croire qu’il n’est pas responsable des broutilles par moment sanglantes arrivant à ses personnages.

Un très bon moment.

Amitiés tordantes,

Guy

Jean Echenoz – Ed. Minuit – 313 p.

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