La fille de Vercingétorix

Le célèbre petit village gaulois qui résiste toujours et encore…est chargé d’assurer la protection de la très insaisissable fille du célèbre chef gaulois, Adrénaline.

Excellent cru pour le dernier opus des aventures d’Astérix. Conrad et Ferri auraient-ils trouvé le secret de la potion magique ? On est tenté de le croire. C’est album réussit l’exploit de rester fidèle à l’esprit des origines tout en adaptant le récit à notre époque.

Pas de voyage cette fois-ci. On reste en Armorique. Le petit village gaulois apparaît  cette fois moins comme une ultime poche échappant à la domination romaine que comme un symbole universel de résistance. Adrénaline, à laquelle les auteurs ont donné les traits de Greta Thunberg le dit à l’ensemble du village : « vous êtes les dignes successeurs de Vercingétorix ».

Cela reste très drôle, j’ai d’ailleurs pris conscience que je n’étais plus tout jeune et qu’un certain nombre de références m’échappaient. Sans casser les codes, de nombreuses innovations apparaissent. J’ai particulièrement apprécié à ce titre le pirate alcoolique auquel les auteurs ont donné les traits d’Aznavour et qui glisse par ci par la des échantillons du répertoire du chanteur qui nous quitté l’année dernière. Que les puristes se rassurent cependant. Baba de la vigie ne prononce toujours pas les « R ». C’est moins un gag aujourd’hui qu’un clin d’œil aux anciens. Les auteurs ont aussi l’intelligence de ne pas lui faire oublier trop de « R ». C’est vraiment marrant quand il parle de son poste.

Bien sûr, plusieurs allusions sont faites à la protection de la nature comme la chasse intensive de sangliers qui menace la présence de l’espèce dans la forêt, mais ce qui est intéressant, c’est que ces critiques proviennent d’Adrenaline et de la bande d’ados du village. Comme dans les discours de Greta Thunberg, c’est la jeune génération qui fait le procès des aînés. Est-ce que les traditionnelles bagarres des villageois ont du sens ? À quoi rime finalement la sempiternelle rivalité entre le forgeron et le poissonnier ? Comme la génération Y, Adrénaline et ses copains remettent tout à plat pour bâtir un Nouveau Monde qui ne se limitera en aucun cas à une reproduction de celui des anciens.

Mais l’innovation majeure, pour moi, est une émotion, une tendresse qui irradie tout l’album. Cela est fait intelligemment, sans casser les codes, mais à mon souvenir n’avait jamais été aussi fort. Certes, il y avait « le grand fossé », mais c’était une parodie de Roméo et Juliette. Il y avait aussi Falbala que l’on retrouve en particulier dans « Astérix légionnaire ». Cependant, alors que l’émotion ne transperçait jusque là que par le biais d’intrigues amoureuses, elle est ici beaucoup plus diffuse. Est ainsi abordée discrètement la question de l’homoparentalité, mais aussi les préoccupations adolescentes et plus généralement la question de la liberté individuelle.

Bref, un vent favorable s’est levé sur ce dernier album. Une mue nécessaire s’est opérée. Les aventures du petit gaulois ne seront sans doute plus jamais comme avant. Un slogan de 1968 disait « le bleu restera gris tant que nous ne l’aurons pas réinventé ». La réinvention a bien eu lieu, espérons que les auteurs sauront garder le cap.

Texte Jean Yves Ferri/ Dessin Didier Conrad

Editions Albert René

Édouard

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