Bettý

 

Nom: Bettý. Profession: femme fatale.

Il y avait un film de Chabrol qui s’appelait Betty, d’après le roman de Simenon avec Marie Trintignant dont je ne me souviens plus très bien, mais j’avais bien aimé. Cette Bettý n’a rien à voir, elle est Islandaise (d’où le « ý » que j’ai eu un peu de mal à trouver sur Word) et sort de l’imagination d’Arnaldur Indridason.

J’avais voulu voir ce qu’il était capable de faire en dehors des enquêtes d’Erlendur et je n’ai pas été déçu du voyage. J’ai été aussi attiré par la photo de couverture en noir et blanc chez points. Une femme allongée sur le dos, vue en contre-plongée, une cigarette allumée dans la bouche. La chemise est ouverte et ses bras sont relevés au-dessus de sa tête. Sous un de ses yeux clos, une tâche étrange. En dehors de la chemise, elle ne porte rien, mais son corps n’est qu’une esquisse vaporeuse de laquelle se dégage à peine la courbe des seins.

Que les fans d’Indridason se rassurent, on retrouve les dadas de l’auteur et même une référence à Erlendur au détour d’une phrase. Toujours cette obsession pour les disparitions et les accidents maquillés. Il faut dire qu’avec tous ces volcans et ses gorges tapissées d’aiguilles de lave refroidies, il doit être tentant pour un tueur d’y pousser ni vu ni connu sa victime.

Le texte est beau et l’écriture très noire, assez chaude aussi. En même temps, une histoire de femme fatale sans érotisme, c’est un peu euh…comme un lapin sans oreilles.

Une femme fatale, c’est une femme qui dispose d’un pouvoir de séduction démesuré, un pouvoir quasi surnaturel sur les hommes et souvent aussi sur les femmes. Un pouvoir avec lequel elle dévore le monde, mais un pouvoir qui la dévore aussi. Souvent, les pouvoirs de la femme fatale sont trop grands pour elle, elle n’arrive à les maîtriser que par intermittence. Le reste du temps, ils la dépassent. Bettý se débrouille pas trop mal. Comme dans la bouche de toutes les femmes fatales, le mot « vérité » n’a aucun sens dans la bouche de Bettý. Ses paroles, comme tout le reste, ne sont que des charmes évanescents, un chaos sans autre logique que celle de l’instant. Ses victimes, lorsqu’elles ne meurent pas, sont, comme il se doit, tellement fascinées par son aura qu’elles ne peuvent la haïr. Jusqu’à leur dernier souffle, elles se persuaderont que derrière ce masque maléfique, se cache un petit animal effarouché et prisonnier d’une méchante sorcière qu’ils sont seuls à pouvoir libérer. Et moi, pauvre diable, je tombe toujours dans le panneau . Je ne peux me résoudre à l’existence de la méchanceté pure, je me dis que ce n’est pas possible, qu’il doit forcément y avoir une explication.

Les sirènes, Circé, Lilith, Salomé, Morgane, Mata Hari , Jessica Rabbit, Bettý…Indridason se pose en digne maillon de cette chaîne qui prend sa source dans les tréfonds de l’humanité et qui, espérons-le, ne cessera jamais de s’allonger.

Edouard

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