Le vieux canard et la mer

La sortie au cinéma d’un dessin animé hollywoodien mettant en scène un mérou à pois, espèce endémique vivant au large d’un petit îlot africain oublié de tous, provoque une réaction en chaîne au niveau international. Canardo, flanqué de son neveu Marcel, est missionné par l’accorte duchesse du Belgembourg pour dénouer l’écheveau.

Le barbu aux bottes noires avait oublié cette BD dans ma liste. J’ai donc pris la résolution d’en faire moi-même l’acquisition.

Prenant le contre-pied du huis clos forestier de l’année dernière, Sokal nous plonge cette année dans les mécanismes kafkaïens de la mondialisation. Magnifique scénario, c’est du cousu main, un travail d’horlogerie.

Tout semble aujourd’hui pouvoir provoquer une réaction en chaîne aux conséquences aussi imprévisibles que spectaculaires. Notre monde est comme ces bulles géantes que font naître les acrobates sur les places de nos villes en été. Elles font leur petit effet avant de disparaître pour laisser place à une autre. Plus personne ne se souviendra de la bulle précédente. Un clou chasse l’autre. Hier Dieudonné, aujourd’hui Julie Gayet, et demain ? « Puisque rien ne dure vraiment » disait Michel Berger en 83, en pleine guerre froide, à une époque sans téléphone portable, sans internet, sans Facebook, sans interconnexion permanente de tous au Tout. Qu’est ce qu’il dirait aujourd’hui ? Qu’est ce qu’il dirait de ce monde qui n’est plus qu’une succession d’instantanéités, du règne de l’éphémère mondialisé ?

Je vieillis, c’est certain, tout comme Canardo et comme Sokal qui fêtera ses 60 ans cette année. J’ai mis un certain temps à comprendre le rapport entre le titre le scénario. Il faut dire que je ne me souvenais plus très bien du roman d’Hemingway, mais la couverture et Wikipédia étaient là pour me rappeler cette histoire de décalage entre la vision du monde d’un vieil homme, en l’occurrence Canardo, les yeux fatigués, encore plus las que d’habitude et celle d’un petit jeune qui pète le feu, en l’occurrence : Marcel. Alors que Canardo se fatigue à essayer de se repositionner maladroitement dans un univers en perpétuel mouvement, Marcel y gambade sans vraiment comprendre les gesticulations de son oncle. Comme Obélix, il est tombé dans la potion magique dès sa naissance et il voit un boulevard là où son oncle voit une forêt vierge. Marcel est l’incarnation même de ce monde, il n’a pas besoin d’essayer de le comprendre.

« Le vieux canard et la mer » pourrait être le pendant de « L’Amerzone », publié il y a 15 ans. Dans ce volume, Canardo avait le rôle du jeune et Valembois, enfermé dans ses souvenirs, celui du vieux. Comme le lieutenant Drogo du « désert des Tartares », c’est maintenant à Canardo de passer le relais.

Espérons que ces réflexions sur la vieillesse ne cachent pas de pensées plus sombres de l’auteur. L’un des privilèges de notre monde, c’est qu’on est vieux de plus en plus tard et 60 ans, c’est jeune ! Longue vie à Canardo ! Longue vie à Sokal (pensons à lui le 28 juin) !

Edouard

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