La vie secrète des arbres

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les arbres sans jamais avoir pris le temps de leur demander.
C’est quoi, au fait, la vie ? La langue française permet de donner un double sens au titre. Le premier et probablement celui voulu par l’éditeur renvoie à la « vie cachée des arbres ». En prenant « secrète » comme un verbe, on peut aussi interpréter le titre comme une affirmation : les arbres sont une émanation du vivant.
Peu de gens continuent à croire aujourd’hui que Dieu a créé le Monde en sept jours. Cependant, je pense que la représentation biblique de la nature marque toujours les esprits. La bible fait peu de cas des arbres, contrairement à d’autres cultures et notamment à la mythologie scandinave qui met l’arbre Yggdrasil au centre du monde.
Il est dommage que cet ouvrage n’évoque pas le symbolisme de l’arbre. Celui-ci est ici vu principalement sous un angle biologique. Cela n’en reste pas moins passionnant, tout au moins pendant les cent premières pages : sa durée de vie incroyable, son système de communication avec les autres arbres, ses relations particulières avec les champignons… L’arbre est un être social. Seul, il dépérit rapidement. L’arbre est dépourvu de réseaux neuronaux et les scientifiques n’ont toujours pas compris comment sans neurones, il pouvait mener la vie qu’il mène et en particulier comment il pouvait sentir l’arrivée des saisons.
Les forêts se déplacent aussi, non pas comme les Ents du seigneur des anneaux. Cela prend du temps, beaucoup de temps. Mais du temps, ils en ont. Ils étaient là bien avant nous, avant les dinosaures même, et ils seront certainement toujours là après nous.
Il ne faut cependant pas croire que tout est paisible dans la vie d’un arbre. Il y a bien une forme de sélection naturelle chez les arbres qui n’est pas la même que chez les animaux. Les animaux sont contraints d’absorber d’autres êtres vivants (ou qui l’ont été) pour assurer leur survie. Les arbres, et les plantes en général, fabriquent leur propre nourriture par le biais de la photosynthèse. Le combat pour la vie dans la forêt s’opère donc par la course à la lumière. L’arbre qui pousse plus vite que les autres va leur faire de l’ombre et par là même, ralentir leur croissance. Si ceux-ci ne trouvent pas le moyen de rattraper leur retard, ils se verront contraints d’attendre la mort du vainqueur pour pouvoir poursuivre leur course vers le soleil. Il ne semble pas y avoir d’homicide chez les arbres au sein d’une même espèce. Entre espèces, c’est une autre histoire : les combats entre chênes et hêtres sont sans pitié.
Passé la page 150, j’ai trouvé le récit un peu rasant. Dès lors, je ne saurais trop conseiller au lecteur d’opter pour l’édition illustrée de splendides photos qu’il pourra paisiblement feuilleter tout en regardant par la fenêtre…vivre les arbres.

Édouard

Petter Wohlleben
Les arènes
2017