D’un château l’autre

Si j’ai voulu lire « d’un château l’autre », c’est pour essayer de comprendre comment l’anarchiste antimilitariste du « voyage au bout de la nuit » avait pu finir la Deuxième Guerre mondiale, entouré d’officiers nazis et de la fine fleur de la collaboration française.
J’en serai pour mes frais. Céline ne donne pas vraiment de réponse à la question que lui pose Laval dans le dernier quart du livre : « Mais vous là, docteur, pourquoi êtes vous là ?…Pourquoi à Siegmaringen ?… On me dit que vous vous plaignez beaucoup… »

Ça…pour se plaindre, on peut dire qu’il sait y faire. On peut même dire que « d’un château l’autre » n’est qu’une interminable plainte : plainte insupportable du fond de son cabinet désert de Meudon et de sa prison de Copenhague, suintante de racisme et d’antisémitisme ; plainte inaudible et quasi surnaturelle depuis sa chambre à Sigmaringen ; plainte apaisée enfin, teintée d’humour et d’autodérision lorsque, calmé, il se retrouve chez lui avec sa femme et ses animaux.

Pour ceux qui ne connaissent pas Céline, la lecture de « d’un château l’autre » risque de devenir très rapidement indigeste. Mieux vaut pour eux aborder l’auteur avec « casse-pipe » et « voyage au bout de la nuit » qui sont plus accessibles.
En fait, le plaisir issu de la lecture de ce livre ne vient qu’une fois celui-ci terminé. Ce plaisir, c’est une « impression » extrêmement profonde et durable.
Les phrases avec un verbe, un sujet, un complément se comptent sur les doigts de la main et toutes sont liées entre elles par les trois petits points qui sont la marque de fabrique de l’écrivain.
Céline ne s’intéresse pas au récit en lui-même, mais seulement à l’ « impression » que son lecteur peut en retirer.

C’est sans doute cet impressionnisme littéraire qui fait dire à beaucoup que Céline est, après Proust, l’auteur français le plus original et le plus génial du XXe siècle.
Edouard
D’un château l’autre
Céline
Folio, éd. 2003
1re éd. Gallimard 1957
440p. , 6.27€
Le 01/03/12

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Ce qui était perdu

Au début des années 80, Kate est une petite fille d’une dizaine d’années, gentille, discrète et qui marche plutôt bien en classe. Au lieu de passer son temps libre avec les autres enfants de son âge, elle préfère jouer les détectives avec Mickey, son singe en peluche et Adrian, un ado un peu paumé.

Seule ou avec Adrian, elle passe de longues heures dans les rues de Birmingham et dans Green Oaks, un grand centre commercial qui vient de s’ouvrir dans la cité anglaise.

Un beau jour, Kate disparaît de la circulation alors même qu’elle errait dans Green Oaks. Vingt ans plus tard, un concours de circonstances fait rejaillir des souvenirs enfouis dans la mémoire d’un certain nombre de personnes qui, à l’époque, avaient été témoins du fait divers.

La première partie du livre fait un peu penser à « La vie devant soi » d’Émile Ajar. On est émerveillé et un peu inquiet par la maturité et l’imagination de Kate qui ne semble pas tout à fait réelle.

La seconde partie est une réflexion un peu désespérée sur la solitude des grandes villes. Catherine O’Flynn décortique le cœur de personnages qui s’évitent, se croisent ou tentent de se rapprocher sans vraiment se toucher.

De l’ensemble, il ressort une légende urbaine belle et mélancolique et une critique désabusée du monde d’aujourd’hui.

Dans la tradition de Dickens auquel elle fait d’ailleurs allusion, la romancière nous dépeint aussi l’Angleterre d’en bas avec ses espoirs, ses craintes, ses peurs et toute son irrationalité.

Bref, un très beau livre.

Charles

Ce qui était perdu
Catherine O’Flynn
Jacqueline Chambon, 2009

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