Edition et tailleur

Le 8 février, je pensais avoir eu toutes les réponses. Pourtant, hier, j’en ai reçu une nouvelle que je n’attendais plus. Du coup, j’espère à nouveau, mais sans trop y croire, avoir une réponse de la maison qui ne répond que si elle décide d’éditer (on peut toujours rêver).
La réponse était encore un refus, mais très poli, un refus bien élevé. Comme les autres, il me proposait à la fin de venir reprendre mon manuscrit sur place.
Pour les autres, je ne l’avais pas fait. Pour le premier, parce qu’il me l’avait renvoyé sans que je lui demande rien. Pour le second, parce qu’il me donnait l’ordre de venir le chercher et que je n’aime pas les ordres. Pour les autres, j’y avais pensé, mais n’était pas plus motivé que ça.
Il se trouve qu’aujourd’hui, je ne bossais pas. La maison en question n’est pas très loin de chez moi. À 15 heures, je me pointe donc au lieu dit. Un peu intimidé, je me dirige vers l’accueil et présente mon courrier. À voix basse, je dis à l’hôtesse que je viens chercher mon manuscrit.
– Quel était le titre de votre roman ?
Un quart de seconde, je pense qu’elle est bien indiscrète et que je ne dévoile pas le titre à la première venue. Un quart de seconde plus, tard, je réalise que je suis dans une maison d’édition et que si je ne lui donne pas le titre, elle ne pourra rien faire pour moi. Je décide donc de lui donner.
Elle décroche le téléphone, prononce quelques mots, raccroche et s’adresse à nouveau à moi.
– Attendez ici, on va venir vous l’apporter.
Je me retrouve donc assis à côté d’un mec, peut être un peu plus jeune que moi, qui, lui aussi semble attendre son heure.
15 minutes plus tard, une quinquagénaire en tailleur arrive et me tend la main.
– Je suis à vous dans deux minutes, dit-elle avant de disparaître à nouveau.
Cool ! Je vais être reçu par quelqu’un. Je me tourne vers mon voisin pour lui faire part de ma satisfaction. Il me regarde sans rien dire.
Une minute plus tard, la quinquagénaire revient et s’excuse platement. Elle était venue pour mon voisin et pas pour moi. Ils se dirigent tous deux vers l’ascenseur et se font dévorer par une cage impitoyable. Avant que la porte ne se referme, je croise le regard de mon énigmatique voisin.
Je suis maintenant seul avec l’hôtesse. À peine ai-je eu le temps de réaliser ce qui m’était arrivé que déboule une petite jeune, un peu boulotte avec des grosses lunettes, un sourire jusqu’aux oreilles et mon manuscrit. Je l’attrape et elle s’évapore immédiatement.
En sortant, j’ai le sentiment d’avoir passé une demi-heure dans un film de Jacques Tati.
Bon, je ne suis pas encore au niveau de la quinquagénaire en tailleur. Et au-dessus, quoi d’autre ? La sexagénaire en cuir ? L’octogénaire en peignoir de bain ? La centenaire avec des bottes en caoutchouc ? Rien que pour voir ça, il ne faut pas que je m’arrête d’écrire.

Edouard

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