Dublin

Je ne gardais de mon premier passage à Dublin que l’image splendide de la bibliothèque de Trinity College. Le souvenir de mon second passage, quelques années plus tard, est bien meilleur. Toutefois il s’inscrivait dans le cadre d’un road movie camping/pubs/Guinness entre potes à travers le pays qui ne m’avait pas permis de m’imprégner pleinement de l’esprit de la ville. Ceci dit, je garde de ce second voyage le goût du charme incomparable des pubs irlandais, bien plus palpable dans les villages isolés du Connemara que dans la capitale, même s’il est possible d’en retrouver un zest en s’écartant un peu du centre.

L’animal n’est pas d’abord facile, à commencer par son nom. Créée par les Vikings au IXe siècle, « Dubh Linn » signifierait « bassin aux eaux noires ». Mais que penser alors de l’ »Eblana » citée par Ptolémée au IIe siècle ? La vérité est ailleurs, dans la crypte de St. Michan’s qui aurait inspiré l’univers de Dracula, dans la simplicité des habitants, dans la rusticité du Irish Stew, dans l’âpreté de la Guiness, dans les cris des mouettes qui retentissent très loin du Liffey.

Swift, Stoker, Wilde, Shaw, Joyce, Beckett…Dublin est la ville du « livre », en tant qu’outil de création, en tant que diffuseur d’imaginaire et de savoir. Le « livre », c’est bien entendu la bibliothèque du Trinity collège mais ausi le livre de Kells, joyaux de l’enluminure médiévale, sans oublier la richesse éblouissante de la Beaty library. Mais Dublin est aussi une ville d’inspiration littéraire avec ses restes de folklore celtique que l’on trouve ici et là, ses paysans affamés du XIXe siècle immortalisés au « famine Memorial » et qui monteront à bord du Jeanie Johnston pour traverser l’Atlantique et changer le destin de l’Amérique du Nord.

Dublin est une ville pauvre. La pauvreté est visible dans la vétusté des immeubles et dans le regard des SDF, mais elle fait aussi partie du Folklore. C’est celle que rappellent les pains des pauvres exposés à Saint Ann’s Church, celle de Molly Malone, personnage populaire écossais adopté par les Irlandais (le 13 juin est la journée Molly Malone) et chanté par U2, The Dubliners et Sinéad O’Connor.

Dublin, c’est aussi une religion catholique longtemps en résistance, c’est cette longue lutte contre l’occupant anglais qui ne trouvera une issue qu’au XXe siècle. La république d’Irlande n’existe que depuis 1949, Dublin est à ce titre une jeune capitale. Les travaux importants engagés pour l’agrandissement du réseau de tramway témoignent de cette vivacité. Le centre dédié à la révolution irlandaise a ouvert ces portes en avril, permettant ainsi de tourner une page, de poursuivre sur de nouvelles bases. Quand on fait entrer l’histoire dans les musées, c’est qu’on commence à avoir peur d’oublier et donc, que le passé ne nous obsède plus. « The Spire », cette aiguille de 120 mètres de haut, construite en 2003 à l’emplacement d’une statue de Nelson dynamitée par l’IRA en 1966 est le symbole de cette Irlande en devenir. L’histoire n’est pas terminée et le casse-tête du statut de l’Irlande du Nord dans la mise en œuvre du Brexit pourrait bien aboutir à une réunification de l’île. Une affaire à suivre…

 

Edouard

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