Le déluge

Il est d’usage que des textes de la genèse soient lus dans l’Église catholique à l’occasion de la vigile pascale à commencer par le récit de la création du monde.

Mouais, à part quelques fous furieux du Middle West, plus personne n’imagine aujourd’hui que le monde a été créé en sept jours et s’agissant de l’idée divine de rendre l’homme maître de la nature, était-ce vraiment une bonne idée ?

De leur côté, les juifs sont en pleine Pessah commémorant le passage de la mer rouge par les Hébreux poursuivis par l’armée de pharaon.

Tout comme le récit de l’exode, le déluge évoque le passage d’un monde à un autre qui ne sera plus jamais comme avant, mais les aventures de Noé sont beaucoup plus proches de nous dans la mesure où il s’agit d’une destruction de l’humanité.

Certes, il y aura beaucoup plus de survivants que dans le récit biblique et les animaux ne sont pas concernés, mais ce qui est frappant, c’est la volonté destructrice de Dieu.

Dans le récit babylonien, c’était le vacarme des hommes qui importunait les dieux. Dans la genèse qui s’en est inspirée, c’est leurs pêchés qui provoquent la colère de YHVH.

Rares sont ceux qui oseraient avancer que le coronavirus est un châtiment divin. Pourtant, on sait que la pandémie balaye un monde fou mû par le souci du profit et ignorant la mort.

Le monde d’hier devra-t-il seulement panser ses blessures pour reprendre de plus belle ou un Nouveau Monde devra-t-il naître ? Il n’a fallu que quelques semaines au coronavirus pour arrêter un libéralisme sans tête alors même que tout le monde croyait que c’était impossible.

Si ce nouveau déluge n’est pas un châtiment divin, sans doute devrait-on le prendre comme un signe.

L’orage semble s’être un peu calmé en Europe même si la décrue est encore faible. Le virus ravage désormais les États-Unis qui, ironiquement, avaient fait le choix de mépriser la nature. Ceux-là mêmes qui avaient fini par nous convaincre, à force d’effets spéciaux, qu’ils assureraient toujours notre protection ne semblent même pas capables de se protéger eux-mêmes. Le colosse aux pieds d’argile dont parlait Renaud en 2001 s’est définitivement effondré.

Dans quelques mois, tout cela sera terminé. Il nous reste encore un peu de temps pour imaginer le monde de demain, pour qu’il ne soit pas qu’une résurrection à peine éraflée du monde d’hier, repartant de plus belle jusqu’à la prochaine catastrophe qui sera peut-être encore plus meurtrière que celle-ci.

Si nous ne faisons rien, les vendeurs de paradis artificiels reviendront inexorablement pour nous faire acheter ce dont nous n’avons pas besoin.

Cessons de nous lamenter du confinement, le temps presse. L’avenir sera ce qu’on en fera, ne le gâchons pas, ce serait trop bête.

Édouard

La croix et le croissant

Le choc des civilisations a-t -il eut lieu ? Je parle de la rencontre entre l’islam et la chrétienté, la toute première, celle des origines. J’avais été séduit par le quatrième de couverture et c’est dans l’espoir d’y voir plus clair que j’ai fait l’acquisition de l’ouvrage. Le résultat est mitigé.

Plus qu’un roman historique, je dirais que c’est un livre d’histoire écrit de manière romanesque. Cette forme plaisante au démarrage s’essouffle au bout d’un moment et j’ai eu l’impression qu’il reprenait toujours les mêmes schémas. Elle dégage au final une impression de décrépitude qui est très déplaisante.

La contextualisation historique reste cependant intéressante. La sortie des musulmans de la péninsule arabique correspond à un contexte très particulier pour la chrétienté.

À l’Est, les deux grandes puissances impérialistes qu’étaient la Perse et l’Empire romain d’Orient s’essoufflaient. L’auteur évoque rapidement cette émergence de hordes guerrières issues d’un territoire d’où personne n’aurait pu imaginer voir sortir autre chose que deux Bédouins et trois dromadaires. On se plaît à imaginer la stupeur des quelques guetteurs byzantins du haut de leurs tours, habitués à l’ennui et à scruter en vain le désert depuis des décennies.

À l’Ouest, et en particulier dans le royaume des Francs puisque c’est surtout de celui-ci dont il est question, la dynastie mérovingienne s’essouffle également. Les Pépinides, une dynastie de maires du palais attend son heure en tissant la légende des rois fainéants afin d’accélérer l’agonie des Mérovingiens. Charles Martel qui en est issu et qui fondera la dynastie carolingienne s’illustrera à Poitiers en arrêtant la progression arabe. Ces derniers auront sans doute ainsi contribué involontairement à accélérer l’ascension des Carolingiens.

Pour François Taillandier, le fameux choc de 732 n’a rien eu de spectaculaire. Charles Martel y a affronté une armée qui, après avoir traversé l’Afrique du Nord d’est en ouest et remonté la péninsule ibérique, n’était peut-être plus que l’ombre d’elle-même en arrivant à Poitiers.

Bon, voilà, c’est indéniablement intéressant tout ça, mais il m’est resté un goût de cendre, une frustration et d’inachevé, quelque chose qui aurait dû être écrit et qui a été oublié, ou qu’on n’a pas voulu écrire, sans que je puisse dire précisément de quoi il s’agit. C’est possible aussi que la mouture initiale ait été très retravaillée pour pouvoir satisfaire les exigences de l’éditeur et qu’il n’en reste qu’un très vague parfum donnant une allure étrange à l’ensemble.

Une lecture édifiante et importante donc, pour tous ceux qui veulent avoir des repères historiques, mais qui m’a déçue.

Édouard

La croix et le croissant

François Taillandier

Éditions Mon Poche

2019

Vie et destin de Jésus de Nazareth

L’approche de l’auteur consiste à rechercher la vérité sur Jésus dans le contexte culturel juif de l’époque. Elle permet de comprendre qui était Jésus, mais aussi ce que voulaient dire les évangiles, écrits plusieurs décennies après la crucifixion par des personnes ne l’ayant pas connu directement. Les évangélistes ont surinterprété parfois les paroles de celui qu’ils appelaient Christ dans un contexte de consolidation du christianisme. Je ne veux choquer personne en demandant si Jésus était plus juif que chrétien, mais il est évident que la très grande majorité de ses contemporains ne le voyaient pas autrement qu’un juif, certes un peu particulier, mais un juif tout de même.

Concernant la naissance, les habitants de Nazareth voyaient avant tout en Jésus un enfant dont la paternité était douteuse. Cette paternité non établie avait des effets beaucoup plus importants dans les sociétés juives de l’époque que dans la nôtre. L’auteur nous explique que ces enfants, qualifiés de « Mamzer », étaient marginalisés dès leur naissance. Cette marginalité explique sans doute la tendance de Jésus à fréquenter des marginaux et à transgresser les dogmes juifs.

Et pourtant, sans apporter de scoop fracassant, Daniel Marguerat parvient à nous rapprocher encore un peu plus de ce juif hors normes. Car c’est bien dans cette inaccessible proximité avec le Jésus de l’histoire que réside la fascination, bien plus pour moi que dans un zèle dogmatique chrétien outrancier ou dans une tentative de démystification athée. Oui, donner naissance à un enfant tout en étant vierge peut laisser dubitatif, tout comme ressusciter après avoir été crucifié, changer l’eau en vin, marcher sur l’eau ou multiplier les pains. Mais si l’on a pas la foi du charbonnier, comment savoir ce qui s’est effectivement passé dans la vie de cet homme encore révéré 2000 ans après sa mort ?

Y a-t-il, en occident, un personnage au sujet duquel on a autant écrit ? Que reste-t-il a dire sur cet individu irrémédiablement fascinant, même pour le plus convaincu des athées ? Moi, même, j’en ai lu un certain nombre de bouquins sur cette figure indispensable à la compréhension de l’occident. Alors, quoi de nouveau sous le soleil ?

A l’autre bout de la vie du christ, la crucifixion demeure un événement mystérieux. Difficile de savoir exactement ce qui s’est passé. Il y a beaucoup de trous dans les évangiles et les récits se contredisent en partie. Après sa mort, selon les évangiles, Jésus apparaît aux douze. Marguerat retient le concept de « vision ». Dans l’état d’abattement dans lequel ils se trouvaient après la crucifixion, il semble peu probable qu’ils aient pu relever la tête s’ils n’avaient pas acquis la certitude que Jésus était ressuscité. Ce qui s’est passé restera un mystère, mais il s’est forcément passé quelque chose.

La fin du livre, et la vision de Jésus par les autres monothéismes, est particulièrement intéressante. Pour les juifs, Jésus était un hérétique et bien sûr, pas du tout le fils de Dieu. Les musulmans n’acceptent pas non plus sa nature divine, mais le reconnaissent comme un prophète digne de respect, fils de Marie qui est pour eux un personnage beaucoup plus important. Si les musulmans rejettent le christianisme, c’est surtout parce qu’ils considèrent qu’il ne peut y avoir qu’un seul Dieu et que la trinité n’est pas acceptable.

Presque 2000 ans après sa mort, le Jésus dépassionné de l’histoire commence à apparaître. Il y aura d’autres avancées, j’espère, mais la voie tracée par Marguerat mérite d’être creusée.

Daniel Marguerat

Seuil

2019

Édouard

Selon saint Marc

Fond et forme du plus ancien des évangiles.
Petit rappel : le Nouveau Testament est constitué de quatre évangiles. Les trois premiers de Marc, Matthieu et Luc sont dits « synoptiques » et semblent se référer à une source commune. Celui de Jean, beaucoup plus mystique, est très différent et sera écrit postérieurement.
Le succès du christianisme est lié à la personne de Jésus bien entendu, aux voyages de Saint-Paul, mais aussi aux évangiles qui seront de véritables best-sellers.
Un évangile ne se contente pas d’énumérer une succession d’événements. Sa structure obéit à une logique qui vise à transmettre un message à un public déterminé. Son but est de convaincre et d’inviter le lecteur à la conversion. Ainsi, si saint Matthieu multiplie dans son évangile les références à la tradition juive, c’est parce qu’il s’adresse en premier lieu à des juifs. À l’inverse, ces références n’auraient aucun intérêt pour Marc qui s’adresse à des Romains, elles pourraient même être contre-productives.
Le printemps dernier, est sorti un très beau film sur « Marie-Madeleine ». Jésus, incarné par Joaquin Phoenix, y apparaissait comme une sorte de guérisseur et son apparence physique était très éloignée de la représentation habituelle du Christ. Pourtant, ce personnage paraîtrait très crédible pour l’évangile de Marc.
L’ouvrage est construit comme un roman d’action. Les scènes très construites, parfois violentes, les pouvoirs extraordinaires de guérisseur et d’exorciste de Jésus, sa capacité à marcher sur l’eau, à calmer la tempête, à multiplier les pains… voilà ce qui impressionne les romains et qui peut les faire adhérer au projet chrétien. Les Romains voient alors un genre de « demi-dieu » dans le personnage de Jésus, une sorte d’ « Hercule » ou d’« Achille ».
Lorsqu’il ne guérit pas les malades, Jésus s’isole avec ses disciples, souvent en barque. Et là, Sandro Veronesi éclaire un point qui m’obscurcit la tête depuis 30 ans. Pourquoi Léonard Cohen raconte-t-il dans « Suzanne » que Jésus était un marin (and Jesus was a sailor when he walked upon the water…) ? Effectivement, si tout le monde a retenu que Jésus marchait sur l’eau, peu de gens ont remarqué qu’il passait aussi beaucoup de temps dans une barque.
Une scène de l’évangile de Marc qui m’a particulièrement marqué et fait penser à « game of thrones » est celle du miracle raté. Peu avant Pâques, Jésus dit qu’il a faim. Il tend le bras vers les branches d’un figuier, mais ne trouve pas de fruit. C’est normal, la figue est un fruit d’automne, ça n’a pas changé depuis 2000 ans. Sauf que Jésus se met en colère et maudit le pauvre figuier qu’il retrouve tout ratatiné le lendemain. On ne sait pas vraiment ce qui s’est passé. On dirait qu’il y a eu un bug dans les super pouvoirs du demi-dieu, mais que ça a quand même un peu marché pour la malédiction. Les apôtres n’osent rien dire. Ce que je retiens, c’est que placer cette scène juste avant l’entrée dans Jérusalem, annonce le déclin que le Christ va vivre pendant sa passion. Du point de vue de la construction littéraire, c’est génial.

Édouard

Sandro Veronesi
Grasset
2018

Illuminati

Comment une société secrète autrichienne ayant eu à peine une dizaine d’années d’existence peu avant la Révolution française a-t-elle pu devenir une usine à fantasmes complotistes au XXIe siècle ?
Philippe Liénard est franc-maçon et écrit des livres sur la franc-maçonnerie. Je n’avais jamais vu un livre typographiquement aussi dégueulasse : les coquilles et fautes d’orthographe sont légion. Le livre comporte aussi de grosses erreurs historiques et culturelles : confusion entre 1er empire et 1re république, référence à « Georges Orwell, auteur du roman 1987 » (il faut le faire) …
Sur le fond, c’est moins pire. Même s’il n’écrit pas très bien, l’auteur semble relativement sérieux. Les sociétés secrètes n’existent que par leurs structures hiérarchisées, leurs rituels et leurs adeptes. Les longues descriptions des grades sont pour le moins rasantes. À l’inverse, sa condamnation à la fin de l’ouvrage des petites escroqueries complotistes qui pullulent sur le WEB est salutaire.
Ce qui m’a le plus intéressé dans cet ouvrage est la distinction qu’il fait entre lucifériens et satanistes.
Satan, c’est clairement le mal : meurtre, viol, inceste, torture… et tout ce qu’une société considère comme tel à une époque donnée.
Lucifer est plus complexe. Étymologiquement, son nom signifie « porteur de lumière », une signification très noble pour moi, loin d’être associée au mal tel que je l’imagine. Lucifer est un ange déchu. Comme Prométhée dans la mythologie grecque, Lucifer est celui qui donne aux hommes les moyens lui permettant de s’élever au-dessus de la divinité. Dans l’histoire de la chrétienté, les hérésies et tous les systèmes de pensée jugés comme étranger au dogme de l’Église devaient craindre les flammes de l’enfer.
Le XVIIIe siècle aura été celui de l’affrontement à mort de l’Église et de Lucifer, par le biais des lumières, l’âge d’or des sociétés secrètes, des francs-maçons et autres Illuminati et se matérialisera dans la Révolution française et l’indépendance des États-Unis. Toute pensée un peu originale continue aujourd’hui à susciter la méfiance dans certaines communautés chrétiennes. Au sein de l’Eglise, les jésuites ont longtemps senti le soufre… jusqu’à ce qu’un jésuite arrive au Vatican.
Au XXIe siècle, le débat n’est plus le même. Le nouvel ordre mondial ourdi par le complot judéomaçonnique et dirigé par les Illuminati est un fantasme typique d’un village planétaire en quête de sens et terrorisé par son avenir. Les Illuminati sont en nous. Soyons tous responsables, car nous sommes les seuls maîtres à bord.

Édouard

Philippe Liénard
Jourdan
2018

Un ami Facebook

Je ne peux pas dire qu’à la fac, c’était vraiment un ami. Cependant, son sourire, sa voix apaisante et son regard bienveillant me suffisaient pour dire « lui, il est sympa », sans que je le connaisse vraiment.
Et puis, on s’est retrouvé bien des années après sur Facebook je ne me souviens plus très bien comment.
En fait, c’est Daech qui nous a rapprochés. À partir des attentats de Charlie Hebdo, j’ai commencé à écrire pas mal d’articles sur l’islamisme et l’islam en général. Mohamed les likait et/ou les commentait. Au printemps, après avoir bien débattu sur « les djihadistes sont-ils musulmans ? », il m’a dit « en te lisant, je me dis que le dialogue est possible ». Alors on a décidé de se rencontrer en live pour dialoguer.
C’est comme ça qu’on s’est retrouvé deux mois plus tard au tournesol. Ne me dites pas que vous ne connaissez pas le tournesol. C’est pour moi le bar des bons souvenirs du côté d’Edgar Quinet dans le quartier Montparnasse. Je n’y vais plus beaucoup, mais à chaque fois, je sais qu’il sera le théâtre d’une rencontre dont je me souviendrai longtemps.
Mohamed n’avait pas beaucoup changé depuis la fac. Il avait fait le même DESS que moi l’année d’après alors des souvenirs en commun, on en avait. Il s’était marié et avait deux enfants.
Rapidement, on a comme prévu embrayé sur la religion. Moi et mon éducation catholique, lui et son éducation musulmane, c’était un moment fort. Mohamed n’était pas un djihadiste, on a pris chacun une pinte et il m’a avoué que ça lui arrivait de manger du porc. Il m’a dit aussi avoir pris conscience qu’il était musulman la première fois qu’on l’avait traité de sale arabe quand il était enfant. Ceci dit, il ne rejetait pas pour autant ses racines musulmanes et algériennes. C’était donc un moment fort, un moment où tout semble possible, où tu te persuades que les gesticulations de Deach n’étaient en fait qu’une mascarade aussi macabre que pitoyable et qu’il n’y a pas d’autre issue que le dialogue entre religions.
La semaine dernière, Mohamed a eu une crise cardiaque. C’est Leila, son épouse, qui l’a annoncé sur Facebook.
Bien sûr, j’ai été choqué, je me suis senti jeté à terre et j’ai même entendu mon inconscient me dire : « Le pot du tournesol, c’était un rêve, un mirage. C’est un truc qui n’existe pas dans la vraie vie. Les religions sont faites pour se combattre, pas pour se comprendre ».
Heureusement, je me suis relevé. Je sais qu’il y a d’autres porteurs de lumière dans le monde musulman. Nous ne pourrons plus débattre ensemble Mohamed, nous ne pourrons plus continuer à guerroyer contre l’obscurantisme, mais maintenant, je le ferai aussi un peu pour toi.

Édouard

Le sexe des prêtres

J’avais lu avec attention la lettre ouverte de Nancy Huston au pape François publiée en août 2018 dans le monde. J’ai une grande admiration pour l’écrivain et je ne saurais trop conseiller à ceux qui ne la connaissent pas, la lecture d’« instrument des ténèbres ». Il n’en reste pas moins que sa plaidoirie et l’association qu’elle faisait entre « mariage des prêtres » et « pédophilie » m’avaient laissé dubitatif.
En tant que catholique, je ne serai pas du tout opposé au mariage des prêtres et je prendrai plutôt ça comme une avancée réelle. Un certain nombre de prêtres, sans être pédophiles ont une vie sexuelle, sont en couple ou même mariés (civilement, bien entendu). Officialiser les choses pourrait pallier une certaine hypocrisie. Il n’en reste pas moins que de nombreux prêtres, conformément à leurs engagements, restent célibataires. Je pense que le choix de ne pas avoir de vie sexuelle est très mal accepté par notre société de consommation et que le combat contre le célibat s’inscrit plutôt dans une thématique « libération sexuelle ».
Quoi qu’il en soit, je ne pense pas qu’une telle réforme au sein de l’Église catholique permettrait de résoudre le problème de la pédophilie. Je pense par contre qu’elle suscitera peut-être plus de vocations chez des jeunes qui voient le célibat comme les premiers chrétiens non juifs voyaient la circoncision.
À mon sens, il faut voir le problème autrement et tenter de comprendre le phénomène de la pédophilie qui concerne tous les cercles dans lesquels des adultes sont amenés à côtoyer des jeunes sur lesquels ils exercent une autorité. On ne parle jamais dans les médias de tous ces profs envoyés discrètement dans les rectorats par l’éducation nationale, ni des familles dans lesquelles ces comportements ont parfois cours, ce qui prouve en passant que la vie conjugale n’est en rien un vaccin contre la pédophilie.
Donc, le mariage des prêtres, pourquoi pas, mais il permettrait certainement plus de flatter les ego des hérauts de la révolution sexuelle que de prévenir la pédophilie.
À mon sens, l’action salutaire que j’espère engagera François serait d’accentuer le système répressif, de mettre en place une tolérance zéro qui concernerait non seulement les auteurs d’actes criminels, mais aussi la hiérarchie qui les couvre, car c’est bien là qu’est le problème : bien souvent, tout le monde est au courant des agissements au sein de la hiérarchie ecclésiastique, mais l’omerta justifiée par la crainte que les agissements puissent rejaillir sur l’institution permet de faire taire les victimes et parfois même les auteurs (cf tu ne parleras point). Bien souvent, ces faits sont aussi couverts par les familles des victimes qui culpabiliseraient à l’idée de salir la religion.
Je pense que ces agissements existaient depuis longtemps dans l’Église, mais on n’avait pas la même approche de la pédophilie et l’institution était plus puissante. La criminalisation de la pédophilie est assez récente. Dans les années 70, on pouvait se prévaloir dans un livre de pratiques sexuelles avec des petits garçons de 5 ans sans que personne n’y voit une monstruosité. Je ne suis pas certain qu’il y ait aujourd’hui un accroissement des actes pédophiles au sein de l’Église, mais bien plutôt que la chappe de plomb qui a tenu pendant des siècles explose partout. La dénonciation publique de ces crimes est sans doute le premier et le plus puissant outil de lutte contre la pédophilie au sein de l’Église catholique.
Édouard