Clés des songes et science des rêves

Une brève histoire de l’interprétation des rêves de l’antiquité à Freud.

Le rêve nocturne est la preuve la plus évidente de l’existence d’une réalité qui échappe au monde sensible. Quelle est cette réalité ?

Dans l’Ancien Testament, il est bien question d’un rêve prémonitoire de Pharaon décrypté par Joseph. Dans le nouveau, c’est par songe que Dieu dissuade les rois mages de revenir voir Hérode  après s’être prosternés devant l’Enfant Jésus.

Les auteurs de cet ouvrage collectif s’intéressent cependant peu à la signification biblique du rêve. L’enquête commence au IIe siècle apr. J.-C., avec un certain Artémidore de Daldis auteur d’une clé des songes qui fera autorité jusqu’à la renaissance, influençant les travaux d’un de ses célèbres contemporains : Galien, qui sera longtemps considéré comme un maître à penser de la médecine.

L’intérêt de l’ouvrage ne réside pas pour moi dans l’interprétation concrète des rêves qui est d’ailleurs peu développée, mais dans la fragilité de la frontière séparant le monde de l’occulte de ce qui ne l’est pas.

Associé à la médecine, le pouvoir curatif de l’interprétation du rêve a pendant longtemps été reconnu. Cependant, la médecine de la fin de l’Empire romain et du moyen âge aura un statut particulier, imprégné d’un parfum vaguement sulfureux frisant avec la magie.

Relégué au rang des superstitions au XVIe siècle, tant par le camp catholique que par celui des protestants, l’interprétation du songe réapparaîtra au XVIIe sous une forme plus littéraire, préfigurant le romantisme du XIXe, l’interprétation du rêve devenant une forme de divertissement à laquelle on feint de croire, un peu comme les horoscopes aujourd’hui.

Les conditions de la reprise de la thématique onirique par Freud dans un siècle épris de voyance et d’occultisme jettent un éclairage intéressant sur le contexte de l’avènement de la psychanalyse. Il y a une volonté manifeste des auteurs d’établir une filiation entre Artémidore et Freud qui aurait redonné un pouvoir curatif au rêve.

Sans vouloir polémiquer sur la valeur curative de la psychanalyse, je trouve dommage qu’un ouvrage sur le rêve publié en 2016 s’arrête aux travaux d’un homme mort en 1939. Rien n’est dit sur les travaux de Michel Jouvet à la fin des années 50 sur le sommeil paradoxal ni sur le rêve télépathique de « Tintin au Tibet ». De telles lacunes me laissent songeur…

Edouard

Clés des songes et sciences des rêves

Collectif sous la direction de Jacqueline Carroy et Juliette Lancel

Les Belles Lettres

2016

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