L’avenir du complot

« Ta descendance sera aussi nombreuse que les étoiles du ciel ». La promesse divine faite à Abraham dans le livre de la genèse devait être bien séduisante il y a trois mille ans, le soir au coin du feu, alors même que la question de la survie des communautés humaines restait un souci permanent.
Cette prédiction a aujourd’hui un goût plus amer, alors même que la population mondiale approche les huit milliards. Quel avenir offre-t-on aux enfants ? Les ressources de la planète s’épuisent et l’activité humaine a des conséquences désastreuses sur le climat. Elles mettent déjà en danger la survie de l’humanité. La conviction que nous sommes trop nombreux sur Terre fait son chemin.
Que faire ? Changer le système ? Tout le monde en parle, mais on voit bien que dans qu’il n’y aura pas de cataclysme majeur, il ne se passera pas grand-chose. Mais alors, doit-on éliminer physiquement une partie de l’humanité ? Doit-on stériliser les populations ? Qui s’en chargera ? La crise du COVID aura permis aux complotistes d’apporter une réponse : un groupe de super méchants a décidé d’exterminer une partie de l’humanité. Pour ce faire, ils ont fait courir le bruit qu’une pandémie avait envahi la planète ou (selon un autre scénario), ils ont créé et répandu volontairement le virus. Tout ça pour pouvoir diffuser un « pseudo vaccin » produit par leur acolyte, « Big Pharma », destiné à faire aboutir leur projet. Loin de protéger du COVID, ce « vaccin » est meurtrier. Il provoque, sinon la mort du vacciné a plus ou moins long terme, une stérilisation le privant de descendance. De plus il modifie l’ADN des individus traités.
Ces croyances sont présentes un peu partout dans le monde et expliquent en partie la difficile diffusion du vaccin en Afrique. Aujourd’hui, alors même que la progression de la vaccination correspond à l’affaissement de la pandémie, en l’absence de surmortalité massive liée à la vaccination et alors qu’aucun impact sur la natalité n’est constaté, la croyance bat de l’aile et le nombre des adeptes s’effondre.
Revoilà donc l’humanité confrontée à ses angoisses. Que faire pour lutter contre la surpopulation mondiale ?
Pour écrire ce texte, j’ai lu ce qui était dit sur le site complotiste « ripostelaïque ». J’ai été frappé par un article qui concluait que finalement, cette entreprise d’extermination mondiale était un moindre mal au regard de ce qui se serait passé si elle n’avait pas eu lieu.
Aussi effroyable qu’elle puisse paraître, cette croyance avait finalement un caractère rassurant. Elle permettait à tous ceux qui y adhéraient de s’exonérer de toute responsabilité dans la lutte contre la surpopulation.
Exister et faire des enfants a un impact économique et écologique sur la société. S’il devait y avoir une prise de conscience mondiale au sortir de la pandémie, ce devrait être celle-là. Accepter que le groupe exterminateur de gros méchants n’existe pas. Accepter que personne ne procède à une exécution de masse qui résoudra le problème de la surpopulation mondiale. Accepter que nous ayons tous notre part de responsabilité, volontaire ou non, dans les bouleversements planétaires qui s’annoncent.
Heureusement, ceux qui ont écrit la genèse manquaient de données fiables. L’humanité se stabilisera peut-être naturellement à un seuil au-delà duquel la vie sur Terre ne sera plus possible et/ou, contrainte par les circonstances, arrivera-t-elle à mettre en place un autre système économique.
Édouard