Sorcières

D’où venaient-elles ? Qui étaient-elles ? Que sont-elles devenues ?

Petit, en regardant « ma sorcière bien-aimée », j’étais loin d’imaginer que la série n’était qu’un reflet de ce que l’Amérique des années 60 considérait comme une sorcière acceptable : une jeune et belle mère de famille se consacrant à l’éducation de ses enfants et au bien-être de son mari, ne faisant usage de ses pouvoirs que pour régler les soucis du quotidien.

Je pensais alors que les vraies sorcières n’existaient que dans les histoires. Plus tard, j’ai cru comprendre que des sorcières avaient été brûlées, mais c’était lointain et je mettais ça dans un package incluant l’inquisition et le Moyen Age. Je la voyais un peu comme la sauvageonne du « Nom de la rose ». Pourtant, cette représentation était aussi fausse que la précédente.

Les sorcières appartiennent au côté obscur de la Renaissance et rejoignent d’autres horreurs comme le début de l’extermination des Indiens et les guerres de religion. On préfère généralement passer tout ça sous silence pour magnifier le génie « humaniste » qui allait, aux dires de beaucoup, permettre à l’occident de sortir de l’obscurantisme médiéval. Difficile de savoir combien de sorcières ont été brûlées, mais elles le furent principalement aux XVIe et XVIIe siècles.

La renaissance transforme les sociétés occidentales et impose un mode de pensée rationnelle. Les mathématiques s’imposent aux croyances surnaturelles. L’homme devient le centre du monde et se détache de la nature dont il devient le maître absolu. On établit des normes, on calibre et étiquette tout, en particulier des normes sociales.

L’homme, dans la tête d’un Européen du XVIe siècle, ne désigne pas l’humanité dans son ensemble, mais bien le « mâle ». Dès lors, la question de la place de la femme dans la société se pose et la femme au comportement social non acceptable devient une sorcière.

Mona Chollet voit trois grandes caractéristiques attribuables à la sorcière et fait le parallèle avec ce qu’elles sont devenues aujourd’hui : la sorcière est une femme âgée vivant seule et sans enfant.

La volonté de vivre sans homme confère à la sorcière deux attributs : le chat noir qui lui tient compagnie d’une part et le balai (allez savoir pourquoi 😊) d’autre part.

En ce qui concerne l’absence d’enfants, la renaissance ne connaissait pas nos contraceptifs, mais n’était pas moins confrontée à ces problèmes. Les contes regorgent d’histoires d’enfants abandonnés. Il est évident que les paysans pauvres n’avaient pas les moyens d’élever 7 ou 8 enfants. Je n’ose imaginer les avortements de l’époque et il est évident qu’il y a eu des infanticides.

La troisième caractéristique est celle qui a sans doute la dent la plus dure : la situation de la femme n’ayant plus l’âge de procréer. Tout comme dans Blanche Neige, la sorcière est souvent vieille. Qu’il s’agisse des propos de Yann Moix sur les femmes de plus de 50 ans ou des déchaînements haineux contre Brigitte Macron, l’occident semble avoir encore du mal à leur donner une place.

Bref, ce livre est un remède salutaire pour toutes les femmes qui se sentiraient un peu sorcières…et pour les hommes qui les aiment.

Mona Chollet

La découverte/Zones

2018 Édouard

La religion des gilets jaunes

On a beaucoup glosé depuis trois mois sur l’origine du mouvement. Il est vrai que dans les premières semaines, il était un peu difficile d’y voir clair, mais aujourd’hui, certaines constantes révèlent sa nature.
Quelqu’un disait sur Facebook que les gilets jaunes ne sont pas un mouvement social et je pense que cette personne a raison, c’est un mouvement « asocial », au sens d’ « apolitique » en retenant la signification première du mot renvoyant à la vie dans la cité.
Le mouvement ne veut pas mettre en place une autre société, ni même détruire notre société actuelle qui le mériterait bien pourtant. C’est en fait le principe de société en général qu’ils rejettent. Ils nient que sans structures, sans organisation et sans représentation, la vie en société est impossible… sauf sur Facebook.
On a cherché en vain de les rapprocher d’autres mouvements sociaux (jacqueries, sans-culottes, communards, soixante-huitards…) pour conclure qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce totalement inédite. C’est peut-être le cas ou alors, on a pas cherché où il fallait.
En cherchant dans les archives de l’inquisition, on aurait peut-être trouvé la trace d’un mouvement hérétique rejetant la société dans ses fondements les plus élémentaires.
Parler de secte est très péjoratif en France et je n’ai pas connaissance de dérive sectaire chez les gilets jaunes même si on sent une certaine calcification idéologique. Parler d’hérésie au XXIe siècle est passé de mode. C’est pourquoi, faute de mieux, je parlerai de « religion ».
Pas besoin de dieux pour faire une religion. Trois éléments suffisent :
– Tout d’abord, des adeptes pourvus de signes leur permettant de se reconnaître. Le « gilet jaune » tient une place centrale dans ce mouvement qui se désigne par ce signe distinctif, comme si les chrétiens s’auto désignaient « les croix » ou les musulmans, « les croissants ».
– Ensuite, des dogmes : des croyances, des divinités, du surnaturel…. Il s’agit de règles qui s’écartent significativement des normes sociales. Ces règles forgent l’identité du mouvement et, pour cette raison, sont farouchement défendues par les adeptes. On a beaucoup parlé de l’importance du complotisme chez les gilets jaunes, mais sans aller jusque-là, il s’avère que le rejet de toute forme de structure, d’organisation et de représentation défie les lois les plus élémentaires de la sociologie et de l’ethnologie.
– Troisième et dernier élément, les rituels. Ces rituels sont indispensables pour permettre aux adeptes de se retrouver et d’entretenir ensemble le dogme. Dans les premiers temps du mouvement, il y avait deux rituels très différents qui semblaient d’ailleurs répondre à deux philosophies différentes : les ronds-points et les manifestations. Les manifestations semblent aujourd’hui constituer le principal rituel.
Les religions permettaient aux pauvres de supporter le quotidien, leur donnaient l’espoir sans lequel il leur était impossible de vivre. Dans une France totalement sécularisée, les gilets jaunes font peut-être renaître l’essence de la religion.

Édouard

Illuminati

Comment une société secrète autrichienne ayant eu à peine une dizaine d’années d’existence peu avant la Révolution française a-t-elle pu devenir une usine à fantasmes complotistes au XXIe siècle ?
Philippe Liénard est franc-maçon et écrit des livres sur la franc-maçonnerie. Je n’avais jamais vu un livre typographiquement aussi dégueulasse : les coquilles et fautes d’orthographe sont légion. Le livre comporte aussi de grosses erreurs historiques et culturelles : confusion entre 1er empire et 1re république, référence à « Georges Orwell, auteur du roman 1987 » (il faut le faire) …
Sur le fond, c’est moins pire. Même s’il n’écrit pas très bien, l’auteur semble relativement sérieux. Les sociétés secrètes n’existent que par leurs structures hiérarchisées, leurs rituels et leurs adeptes. Les longues descriptions des grades sont pour le moins rasantes. À l’inverse, sa condamnation à la fin de l’ouvrage des petites escroqueries complotistes qui pullulent sur le WEB est salutaire.
Ce qui m’a le plus intéressé dans cet ouvrage est la distinction qu’il fait entre lucifériens et satanistes.
Satan, c’est clairement le mal : meurtre, viol, inceste, torture… et tout ce qu’une société considère comme tel à une époque donnée.
Lucifer est plus complexe. Étymologiquement, son nom signifie « porteur de lumière », une signification très noble pour moi, loin d’être associée au mal tel que je l’imagine. Lucifer est un ange déchu. Comme Prométhée dans la mythologie grecque, Lucifer est celui qui donne aux hommes les moyens lui permettant de s’élever au-dessus de la divinité. Dans l’histoire de la chrétienté, les hérésies et tous les systèmes de pensée jugés comme étranger au dogme de l’Église devaient craindre les flammes de l’enfer.
Le XVIIIe siècle aura été celui de l’affrontement à mort de l’Église et de Lucifer, par le biais des lumières, l’âge d’or des sociétés secrètes, des francs-maçons et autres Illuminati et se matérialisera dans la Révolution française et l’indépendance des États-Unis. Toute pensée un peu originale continue aujourd’hui à susciter la méfiance dans certaines communautés chrétiennes. Au sein de l’Eglise, les jésuites ont longtemps senti le soufre… jusqu’à ce qu’un jésuite arrive au Vatican.
Au XXIe siècle, le débat n’est plus le même. Le nouvel ordre mondial ourdi par le complot judéomaçonnique et dirigé par les Illuminati est un fantasme typique d’un village planétaire en quête de sens et terrorisé par son avenir. Les Illuminati sont en nous. Soyons tous responsables, car nous sommes les seuls maîtres à bord.

Édouard

Philippe Liénard
Jourdan
2018

La femme de l’ombre

1943, à Reykjavik, les cadavres d’un noyé et d’un homme sauvagement exécuté sont retrouvés par la police alors même que de jeunes femmes disparaissent.
Deuxième volet de la saga des ombres, plus « roman noir » que le premier, la notion de justice est plus nuancée. Quand l’histoire et la politique s’en mêlent apparaissent des condamnés qui auraient mérité de ne pas l’être et des salopards qui passent entre les mailles. On retrouve les deux enquêteurs, le militaire Thorson et le flic Flovent. Il est toujours questions des frictions entre islandais et américain, mais cela atteint des proportions plus dramatiques que dans le premier volume. Mêmes histoires d’Islandaises « dans la situation », c’est-à-dire en couple avec des soldats anglais et américains.
Pas beaucoup de référence à l’évolution du conflit mondial et en particulier à la bataille de Stalingrad de 1942 qui sera pourtant un tournant majeur. On sent que le conflit est loin et que l’Islande est surtout alors une base avancée pour les Américains et une base arrière pour les Anglais. On parle des Allemands comme une menace fantôme. L’idéologie nazie est présente, mais presque effacée, à travers l’évocation, comme dans le premier volume de la société Thulé. Je n’en avais jamais entendu parler et j’invite vivement les lecteurs de cette critique à aller lire l’article de Wikipédia. Cette société, créée en 1918, soutenait un certain nombre de thèses sur les Aryens, l’antisémitisme et la supériorité de la race nordique qui seront reprises par les nazis. Toutefois, l’approche de Thulé était beaucoup plus occultiste et ésotérique. Le lien entre Thulé et le nazisme divise encore aujourd’hui les historiens, mais à souvent était utilisée par les romanciers et cinéastes pour donner un visage démoniaque au nazisme, en particulier dans la BD Hellboy et dans son adaptation cinématographique réalisée par Guillermo Del Toro. Alors que la société Thulé faisait encore rêver quelques vétérans islandais, désireux de voir leur peuple comme le dernier vestige de la race aryenne ancestrale, leurs enfants et petits enfants adhéreront plutôt aux thèses nazies.
Encore une fois, l’idéologie nazie apparaît plus comme la cristallisation des peurs et des croyances de l’époque que comme l’invention d’un génie du mal hypnotisant les foules comme le docteur Mabuse de Fritz Lang.
Encore un portrait de femme bien travaillé, celui d’une femme ordinaire, prise dans la tourmente de la passion et de l’histoire, le genre de personnage pour tragédies grecques. Évocation aussi de l’homosexualité, vivement réprimée à l’époque et contrainte à la clandestinité.
Bref, l’ordre de lecture des deux premiers volumes n’a aucune importance, il s’agit de variantes autour de thématiques semblables. J’attends bien entendu le troisième et dernier volet « passage des ombres » que je devrais pouvoir me procurer le 3 mai (cf. site de la FNAC).
À SUIVRE…

Édouard

Arnaldur Indridason

2017
Métailié

La disparition de Josef Mengele

34 ans de cavale pour l’ange noir de la mort d’Auschwitz, responsable des crimes les plus abominables du IIIe Reich.

Cet ouvrage a reçu le prix Renaudot 2017. Incontestablement, Olivier Guez est un écrivain d’envergure et nous tient en halène tout au long d’un livre qui se dévore en quelques heures.

Après la défaite, nombreux sont les nazis qui viennent chercher fortune et peut être même un nouvel espoir dans l’Argentine de Perὁn. Mengele fait partie du lot. Malheureusement pour eux, le rêve péroniste s’achève en 52. Alors même que les rescapés nazis se retrouvent sans protecteur, la chasse s’organise, en particulier au sein du MOSSAD créé en 49, service de renseignement du jeune État d’Israël. Les attitudes divergent chez les anciens SS. Il y a ceux comme Mengele qui se réfugient dans l’anonymat et la clandestinité et ceux qui ne peuvent se résoudre à la défaite comme Eichmann. Les deux hommes se détestent. En 1956, « nuit et brouillard » d’Alain Resnais dévoile au monde entier l’horreur des camps. Quatre ans plus tard, le MOSSAD capture Eichmann qui sera exécuté en 1962 à Jérusalem.

Mengele se terre, rongé par la peur, sans d’ailleurs se demander si on le cherche toujours. Il est devenu un mythe du mal absolu, comme les méchants de James Bond. Le MOSSAD a d’autres chats à fouetter et en 1967, la guerre des Six Jours contre l’Égypte éclate.

Terré au fond de son trou, entretenu au Brésil par un couple de Hongrois qui demande à sa famille le prix fort pour assurer sa protection, Josef Mengele voit avec stupeur le monde se transformer pour peu à peu l’oublier. C’est un fossile vivant. Plus personne ne veut plus entendre parler de lui, qu’il soit vivant ou mort.

Le procès de Mengele aurait pourtant fait du bruit. Eichmann était une figure politique, Mengele était un exécutant, un élément clef du processus d’extermination. Auschwitz n’était pas qu’un camp de la mort, il s’insérait dans un tissu économique avec ses rouages de production et ses partenaires commerciaux. Nombreux étaient certainement ceux qui pensaient que Mengele était finalement très bien dans son trou. Dévoré par la maladie et de peur d’être démasqué, refuse tous soins.

Finalement, en 1985, alors que sort « Shoah » de Lanzmann à l’occasion des 40 ans de la libération d’Auschwitz, on se met, en vain, à sa recherche. Et pour cause, il est déjà mort depuis 6 ans, secret précieusement gardé par tous ceux qui avaient assuré sa protection, en premier lieu sa famille qui dirige la florissante entreprise « Mengele » d’outillage agricole. Elle commencera alors à s’étioler, mais ne s’éteindra définitivement qu’en 2011. Son fils décide de prendre le nom de sa femme. Un nom est mort, vive l’Histoire !

Édouard

Olivier Guez

Grasset

2017

Sur la route

Road movie de Sal et Dean dans les États-Unis d’après guerre.

Les juifs ont la Thora, les musulmans le Coran, la beat generation a eu « sur la route ».

À en croire les médias, on se demande si cette géneration n’était pas un ramassis de machos violents homophobes et pédophiles. Pourtant, il semblait bien joli dans mon enfance au début des années 80, le ciel de la révolution sexuelle avec toutes ses couleurs et toutes ses paillettes, avant que les nuages du SIDA ne viennent l’obscurcir.

C’est donc tout d’abord pour revenir aux sources de cette génération que je me suis plongé dans la lecture de « sur la route ». Sexe, drogue et Jazz sont effectivement les trois piliers des activités de Sal et Dean lorsqu’ils ne sont pas sur les routes. Les filles sont toutes faciles (au début en tout cas) et les protagonistes ne semblent pas particulièrement apprécier les homosexuels. MLF devait être un courant parallèle. À aucun moment, la contraception n’est évoquée et les deux gars sont totalement irresponsables, comme il se doit.

Je me suis bien ennuyé pendant la première moitié, peut-être parce que je cherchais à tout prix à dégager la thématique sexuelle de cette lecture. Et puis, à force de m’ennuyer, j’ai fini par abandonner cette recherche et c’est là que la vraie profondeur a commencé à apparaître. Bien plus que le sexe, le thème principal de « sur la route » semble être l’amitié démesurée entre Sal et Dean qui ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. C’est cette relation fusionnelle dont par Georges Bernanos dans « journal d’un curé de campagne » quand il dit « je comprends maintenant que l’amitié peut éclater entre deux êtres avec ce caractère de brusquerie, de violence que les gens du monde ne reconnaissent volontiers  qu’à la révélation de l’amour ». Croit-on encore à l’amitié aujourd’hui ? En tout cas, on en parle jamais.

« Sur la route », c’est aussi une ode aux États-Unis que les deux amis traversent d’est en ouest et du nord au sud un nombre incalculable de fois et à toutes ces petites villes du Middle West dont on ne parle jamais. C’est bien entendu aussi un hommage à la voiture devenue l’égal du cheval au XIXe siècle, dans la conquête de l’ouest du XXe.

Et puis, il y a la route, cette fuite permanente face à la société, aux responsabilités, au monde du travail, au vieillissement…bref, à l’âge adulte qui finira fatalement par les rattraper. La route, c’est aussi la quête du « it », terme emprunté au jazz, mais qui renvoie plus généralement à la recherche de l’extase, de l’expérience sensuelle. Sal se mariera, Dean se mariera trois fois, divorcera deux fois et finira par vivre avec sa deuxième femme. Leurs épouses verront d’un mauvais œil cette amitié exclusive. Elle finira par se rompre. La beat generation était jeune et voulait reconstruire un monde ruiné par la Seconde Guerre mondiale, Kerouac leur a apporté une mythologie.

Jacques Kerouac

Folio 1972 (1re édition en 1960)

Edouard

Balance ta chienne

Je veux tout d’abord saluer l’excellent article de Libération critiquant « balancetonporc ». Le harcèlement est une pratique qu’il faut punir et condamner, mais aucun sexe ne doit être stigmatisé. Des hommes sont aussi victimes de harcèlement, d’agression ou de viol. Cette pratique existe certainement aussi dans des rapports homosexuels.

Quand j’étais jeune, on parlait de « promotion canapé », on en parlait en souriant, c’était une chose admise qui existait. On ne pensait pas à l’époque à la violence qui pouvait parfois se cacher derrière ces pratiques et qui doit à juste titre être condamnée.

La violence sexuelle ne faisait pas partie des priorités de l’esprit de 68. Il s’agissait surtout de « libération » et de « jouissance ». Oui, mais pour lequel des partenaires ? Peut-être y avait-il dans les années 70 des comportements sociétaux que les femmes acceptaient parce que c’était l’air du temps et qu’elles considèrent aujourd’hui comme du harcèlement et de l’agressivité.

Élève à l’école de la république laïque et mixte des années 80, je n’ai jamais eu aucun questionnement concernant l’égalité d’accès des hommes et des femmes aux études et au monde du travail. Je n’ai eu que tardivement conscience d’être arrivé juste après la bataille de l’égalité des sexes gagnée à la force du poignet par les femmes.

La pratique de la « promotion canapé » est vieille comme le Monde. Je pense en particulier à toutes ces mères sous l’ancien régime qui s’empressaient de mettre leurs filles dans le lit du roi pour obtenir tet ou tel privilège. Dans une société dans laquelle les femmes n’avaient aucun droit, je peux comprendre que le monnayage des faveurs sexuelles pouvait être le seul moyen leur permettant de se hisser socialement et je ne blâme personne.

Je ne sais pas ce qu’il faut penser aujourd’hui de la « promotion canapé » dans un monde où les femmes peuvent, il me semble, aussi bien réussir par leurs talents que les hommes sans avoir à coucher.

Combien d’hommes et de femmes ont-ils utilisé leurs charmes pour obtenir ce qu’ils voulaient ? Combien d’hommes et de femmes naïfs sont tombés dans le panneau, ont cru au grand amour, se sont fait larguer une fois le privilège convoité obtenu et ont sombré dans la dépression ?

S’il revient aux hommes de balancer les porcs qui sommeillent en eux, c’est aussi aux femmes de se débarrasser de la part de chienne qui sommeille en elles. Ce n’est qu’à ce prix qu’on se débarrassera de pratiques qui n’avaient lieu d’être que dans des sociétés sexuellement inégalitaires. C’est à ce moment que l’on pourra se focaliser sur les vrais harceleurs(ses) qui doivent être condamnés et punis.

Édouard