
J’avais 13 ans quand « casser la voix » est sortie. Je n’étais pas fan mais difficile d’y échapper quand j’accompagnais ma mère au supermarché. On se moquait pas mal de lui. Il est sorti de l’ombre en même temps que Florent Pagny. Les plus tout jeunes se souviendront du sketch des inconnus.
13 ans, c’est un âge auquel on commence à regarder les filles sans savoir du tout comment s’y prendre. Alors, quand je voyais à la télé toutes ses filles hystériques agitant leurs briquets aux concerts de Bruel, j’étais forcément impressionné. J’imaginais sa vie sexuelle un peu comme celle du Fonzy d’« happy Days » qui n’avait qu’à claquer des doigts pour qu’elles tombent dans ses bras. Bref, j’étais sans doute un peu jaloux de la vie amoureuse du chanteur qui n’existait que dans mon imagination.
Beaucoup de filles à l’époque ont dû fantasmer sur Bruel. Certaines d’entre elles ont peut-être couché avec lui. Certainement pas toutes.
C’était une époque encore très masculiniste aussi les années 90. Bien entendu le viol existait mais embrasser une fille en forçant un peu était considéré comme viril et valorisant pour un homme (souvenez vous d’Han Solo embrassant la princesse Leia).
J’ai vieilli et j’essaie aujourd’hui de me mettre dans la tête de Bruel à l’époque. Toute cette couverture médiatique lui est sans doute montée à la tête. Peut-être s’est-il lui-même convaincu que toutes les femmes étaient folles de lui et qu’aucune d’entre elles ne pouvait lui résister. A-t-il violé celles qui ne voulaient pas ? Les juges jugeront. Il y a aussi des chances qu’il ait commis des viols sans en être pleinement conscient : « si elles me résistent, c’est pour la forme. Elles sont forcément consentantes puisqu’il est clair pour tout le monde que je suis irrésistible ».
Les années ont passées et on est arrivé à Me Too. Me Too a été un avertissement pour les hommes mais a certainement aussi fait réfléchir beaucoup de femmes.
Si les délais de prescription sont si longs (20 ans pour les femmes majeures au moment des faits est 30 ans pour les mineures), c’est que décider d’une poursuite prends du temps mais réaliser ce qui s’est réellement passé en prend aussi.
Patrick Bruel est sans doute plus vulnérable aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Une plainte déposée en pleine Bruel-mania aurait certainement eu moins de chance d’être entendue. L’approche de la prescription fait aussi prendre conscience à ces femmes que les crimes dont elles ont été victimes pourraient bien ne jamais être reconnus et que l’auteur des crimes pourrait bien ne jamais être puni.
La culpabilité de Bruel n’est donc pas impossible. Laissons la justice faire son travail. Mais il faudra aussi se décider un jour à faire le procès des années 80-90.
Edouard
