Le Brexit n’a pas eu lieu

On nous rappelle souvent que les mensonges de Boris Johnson on fait passer le Brexit. Si les britanniques avaient été massivement pro-européens, les effets du bus du clown aux cheveux en bataille n’auraient sans doute pas suffis pour faire passer le Brexit. Leurs dirigeants qui ont attribué l’ensemble des maux des britanniques à l’Union Européenne pendant des décennies sont bien plus responsables. Si le Brexit avait été rejeté à 51/49, certes le Royaume-Uni serait resté dans l’Union Européenne mais l’europhobie outre-manche aurait a minima demeuré et ce serait sans doute amplifiée.

Le Brexit était un pari. Boris Johnson le savait certainement. Le résultat dix ans plus tard n’est pas à la hauteur de ce qu’il avait annoncé mais pas aussi catastrophique qu’on aurait pu l’imaginer.

On a peu parlé il y a 10 ans des raisons profondes du désamour des britanniques pour l’Union européenne. Lors d’un référendum, les personnes choisissent plus avec leur cœur qu’avec leur tête, d’autant plus que les informations dont ils disposent sont contradictoires. Mon avis est que si les britanniques n’aimaient pas l’Union Européenne, c’est qu’ils n’y trouvaient pas leur place. Il y a 10 ans, on ne parlait que du couple franco-allemand et le Royaume-Uni n’occupait qu’une pâle troisième place. Le Royaume qui avait été le centre du monde au XIXème siècle et avait résisté aux nazis ne pouvait voir son appartenance à l’Union Européenne que comme un déclassement.

En définitive, ces 10 ans auront été une longue thérapie pour les Britanniques, les obligeant à faire leur introspection et à réaliser quelle était réellement leur place dans le Monde.

Le Monde n’est d’ailleurs pas resté figé pendant cette décennie. L’épisode du COVID a démontré que l’échelon national n’était pas suffisant pour gérer une crise de ce type. Le retour de Trump au pouvoir aux Etats-Unis leur a fait prendre conscience des limites du rapprochement avec leur partenaire d’outre Atlantique. Mais ce qui a particulièrement changé, c’est la guerre en Ukraine.

Le retrait souhaité des américains a fait renaitre un vieux serpent de mer européen qui a eu bien du mal à sortir la tête de l’eau depuis des décennies : la défense européenne. Le mouvement visant à mettre en place concrètement cette défense semble aujourd’hui irréversible. Dans ce cadre, la présence du Royaume-Uni est indispensable. On ne parle plus du moteur Franco-Allemand aujourd’hui mais de plus en plus du trio Franco-Germano-Britannique comme si le Brexit n’avait pas eu lieu.

Ne nous voilons pas la face, nos voisins n’ont jamais été très europhiles.

Ils sont du genre à demander une salade César sans poulet, n’essayons pas de les faire adhérer au menu. Pas d’inquiétude, ils reviendront manger et on se débrouillera toujours pour leur trouver une place.

Edouard

Bruel brûlé

J’avais 13 ans quand « casser la voix » est sortie. Je n’étais pas fan mais difficile d’y échapper quand j’accompagnais ma mère au supermarché. On se moquait pas mal de lui. Il est sorti de l’ombre en même temps que Florent Pagny. Les plus tout jeunes se souviendront du sketch des inconnus.

13 ans, c’est un âge auquel on commence à regarder les filles sans savoir du tout comment s’y prendre. Alors, quand je voyais à la télé toutes ses filles hystériques agitant leurs briquets aux concerts de Bruel, j’étais forcément impressionné. J’imaginais sa vie sexuelle un peu comme celle du Fonzy d’« happy Days » qui n’avait qu’à claquer des doigts pour qu’elles tombent dans ses bras. Bref, j’étais sans doute un peu jaloux de la vie amoureuse du chanteur qui n’existait que dans mon imagination.

Beaucoup de filles à l’époque ont dû fantasmer sur Bruel. Certaines d’entre elles ont peut-être couché avec lui. Certainement pas toutes.

C’était une époque encore très masculiniste aussi les années 90. Bien entendu le viol existait mais embrasser une fille en forçant un peu était considéré comme viril et valorisant pour un homme (souvenez vous d’Han Solo embrassant la princesse Leia).

J’ai vieilli et j’essaie aujourd’hui de me mettre dans la tête de Bruel à l’époque. Toute cette couverture médiatique lui est sans doute montée à la tête. Peut-être s’est-il lui-même convaincu que toutes les femmes étaient folles de lui et qu’aucune d’entre elles ne pouvait lui résister. A-t-il violé celles qui ne voulaient pas ? Les juges jugeront. Il y a aussi des chances qu’il ait commis des viols sans en être pleinement conscient : « si elles me résistent, c’est pour la forme. Elles sont forcément consentantes puisqu’il est clair pour tout le monde que je suis irrésistible ».  

Les années ont passées et on est arrivé à Me Too. Me Too a été un avertissement pour les hommes mais a certainement aussi fait réfléchir beaucoup de femmes.

Si les délais de prescription sont si longs (20 ans pour les femmes majeures au moment des faits est 30 ans pour les mineures), c’est que décider d’une poursuite prends du temps mais réaliser ce qui s’est réellement passé en prend aussi.

Patrick Bruel est sans doute plus vulnérable aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Une plainte déposée en pleine Bruel-mania aurait certainement eu moins de chance d’être entendue. L’approche de la prescription fait aussi prendre conscience à ces femmes que les crimes dont elles ont été victimes pourraient bien ne jamais être reconnus et que l’auteur des crimes pourrait bien ne jamais être puni.

La culpabilité de Bruel n’est donc pas impossible. Laissons la justice faire son travail. Mais il faudra aussi se décider un jour à faire le procès des années 80-90.

Edouard

Quelle défaite pour la Russie ?

Il y a deux ans, avec « les impossibles victoires Russes », je pariais sur une guerre d’usure et sur le fait que la défaite Russe ne pourrait se traduire que par un effondrement de l’armée et/ou de l’économie.

Deux ans plus tard, on y est toujours.

Une victoire de la Russie aurait consisté à mettre un « Loukachenko » à Kiev, aux ordres de Poutine. Il y a deux ans, ce n’était déjà plus possible et ça l’est de moins en moins. Cela fait longtemps que la guerre est perdue pour Poutine et le seul moyen de nier la défaite est de la poursuivre. Le tracé exact de la frontière ukrainienne à l’est ne changera pas grand-chose. Il est vrai que plus l’empiètement de la Russie sur l’Ukraine sera important, moins l’humiliation sera grande mais l’humiliation sera là de toute façon : l’Ukraine est perdue.

Depuis deux ans, il y a eu la réélection de Trump et le retrait partiel des Etats-Unis. Je ne suis pas certain que ce désengagement soit une bonne chose pour les Etats-Unis qui perd son leadership en Europe. En tout cas, c’est une très bonne chose pour l’Europe de la défense qui se réveille enfin. Un autre que Trump aurait fini par le faire, peut-être avec un comportement moins grotesque mais le résultat aurait été le même.

Et puis, la guerre a aussi changé de nature. Dans une guerre traditionnelle, la puissance Russe était écrasante mais on ne gagne plus la guerre avec des missiles et des avions, encore moins avec des hommes. La guerre d’Ukraine se gagnera avec des satellites, des drones et avec l’IA. Non seulement l’Europe de la défense se met en place mais l’Ukraine devient également une puissance militaire « nouvelle génération ». Elle attaque désormais la Russie en profondeur et est à même de précipiter sa chute en exploitant son talon d’Achille : son gigantisme qui rend la protection intégrale de son territoire impossible.

Par ailleurs, privée de Starlink, la Russie s’essouffle et de jour en jour, les gains territoriaux potentiels de la Russie s’érodent.

Dans cette configuration, Poutine fait la seule chose qu’il est en mesure de faire : poursuivre le combat et quand bien même il aurait voulu y mettre fin…

Ce qui lui fait peur n’est pas la guerre qui lui permet de camper la posture avantageuse du chef de guerre. Le pire, c’est l’après. Je ne parle pas seulement de son cas personnel qui aura de quoi inquiéter. Un coup d’état pour mettre un autre Poutine à la place ne changera pas grand-chose pour l’Europe. L’autonomie de l’Ukraine fera jurisprudence dans tout l’empire. Déjà, la Moldavie et l’Arménie regardent vers l’Europe. Qui d’autre ? La Géorgie ? La Biélorussie, Loukachenko ne restera pas éternellement au pouvoir ? Et que penser des autres républiques du Caucase et d’Asie ? Non, vraiment, la seule solution pour Poutine est de continuer la guerre, jusqu’à ce que cela ne soit plus possible.

Edouard