Quelle défaite pour la Russie ?

Il y a deux ans, avec « les impossibles victoires Russes », je pariais sur une guerre d’usure et sur le fait que la défaite Russe ne pourrait se traduire que par un effondrement de l’armée et/ou de l’économie.

Deux ans plus tard, on y est toujours.

Une victoire de la Russie aurait consisté à mettre un « Loukachenko » à Kiev, aux ordres de Poutine. Il y a deux ans, ce n’était déjà plus possible et ça l’est de moins en moins. Cela fait longtemps que la guerre est perdue pour Poutine et le seul moyen de nier la défaite est de la poursuivre. Le tracé exact de la frontière ukrainienne à l’est ne changera pas grand-chose. Il est vrai que plus l’empiètement de la Russie sur l’Ukraine sera important, moins l’humiliation sera grande mais l’humiliation sera là de toute façon : l’Ukraine est perdue.

Depuis deux ans, il y a eu la réélection de Trump et le retrait partiel des Etats-Unis. Je ne suis pas certain que ce désengagement soit une bonne chose pour les Etats-Unis qui perd son leadership en Europe. En tout cas, c’est une très bonne chose pour l’Europe de la défense qui se réveille enfin. Un autre que Trump aurait fini par le faire, peut-être avec un comportement moins grotesque mais le résultat aurait été le même.

Et puis, la guerre a aussi changé de nature. Dans une guerre traditionnelle, la puissance Russe était écrasante mais on ne gagne plus la guerre avec des missiles et des avions, encore moins avec des hommes. La guerre d’Ukraine se gagnera avec des satellites, des drones et avec l’IA. Non seulement l’Europe de la défense se met en place mais l’Ukraine devient également une puissance militaire « nouvelle génération ». Elle attaque désormais la Russie en profondeur et est à même de précipiter sa chute en exploitant son talon d’Achille : son gigantisme qui rend la protection intégrale de son territoire impossible.

Par ailleurs, privée de Starlink, la Russie s’essouffle et de jour en jour, les gains territoriaux potentiels de la Russie s’érodent.

Dans cette configuration, Poutine fait la seule chose qu’il est en mesure de faire : poursuivre le combat et quand bien même il aurait voulu y mettre fin…

Ce qui lui fait peur n’est pas la guerre qui lui permet de camper la posture avantageuse du chef de guerre. Le pire, c’est l’après. Je ne parle pas seulement de son cas personnel qui aura de quoi inquiéter. Un coup d’état pour mettre un autre Poutine à la place ne changera pas grand-chose pour l’Europe. L’autonomie de l’Ukraine fera jurisprudence dans tout l’empire. Déjà, la Moldavie et l’Arménie regardent vers l’Europe. Qui d’autre ? La Géorgie ? La Biélorussie, Loukachenko ne restera pas éternellement au pouvoir ? Et que penser des autres républiques du Caucase et d’Asie ? Non, vraiment, la seule solution pour Poutine est de continuer la guerre, jusqu’à ce que cela ne soit plus possible.

Edouard