Un bisou pour Lili

 

Vis-à-vis de la recherche du temps perdu, je suis comme un plongeur acrobatique qui regarde la piscine d’en haut et qui pense « ah ouais, c’est haut quand même ». Je multiplie donc les préliminaires avant d’aborder les mots célébrissimes : « longtemps je me suis couché de bonne heure ». C’est dans ce contexte qu’est arrivé le mail de Carole, rencontrée il y a quelques années dans un atelier d’écriture, annonçant la publication d’ « un bisou pour Lili », son premier livre, dans la catégorie 2-5 ans, traitant notamment de l’épineuse question du baiser maternel du soir. Mon sang n’a fait qu’un tour : « voilà un ouvrage qui m’aidera certainement à mieux comprendre l’élément originel du mastodonte proustien ».

Lili est une adorable petite souris (bravo à Charlie Pop pour les illustrations) qui passe sa première soirée sans ses parents, qui la font garder par sa tante Olga.
Terrible angoisse chez la petite fille : comment le rituel bain, pyjama, repas, histoire, bisou, dodo, va-t-il pouvoir se dérouler en l’absence des chefs d’orchestre habituels ? Heureusement, la tante Olga est là pour lui donner des outils lui permettant de répondre à cette question.

Le bain : bien joué le coup du chat qui mange les petites souris sales. Lili, qui, comme tous les enfants, aime avoir peur, mais pas trop, adore la mise en scène et se frotte aussi vite qu’elle peut.
Le pyjama : c’est Lili elle-même qui va le mettre, comme une grande.
Le repas : trop forte la tante Olga, bonne idée de faire participer Lili à la préparation du dîner. Des frites de gruyère, ce n’est pas super diététique, mais bon, c’est une petite souris, on va dire que ça passe.
L’histoire : « le rat qui avait peur des souris ». Génial cette peur inversée juste avant de plonger dans les bras de Morphée. Comme ça, pas de cauchemar, traversée fingers in the nose du pays des rêves.
Le bisou : il y a d’abord le bisou d’Olga. Lili l’aime bien Olga, mais ce n’est pas sa maman, et encore moins son papa. Elle est un peu triste. Que faire ? Olga a deux atouts dans sa manche, des bisous en papier dessinés par les parents de Lili. Sans doute Olga avait elle été briefée pour ne les sortir qu’en cas de besoin. Choix cornélien pour la tante qui doit évaluer en quelques secondes si la petite fille est ou non prête à aborder la nuit sans le sésame de ses parents. Lili sent peut-être aussi quelque chose et exagère un peu son besoin. Peut-être même que sa maman lui avait parlé d’une ultime surprise. Quoi qu’il en soit, Olga craque et sort ses jokers.

Si Proust avait eu une tante Olga, il n’aurait peut-être jamais écrit « la recherche du temps perdu ».
Carole Bauvers-Charlie Pop
Larousse jeunesse
2013

Edouard

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