Confessions d’un jeune romancier

Umberto Eco, entre autres auteur du « nom de la Rose » qui nous a quittés en 2016, était avant tout sémiologue, essayiste et accessoirement romancier (6 romans écrits entre 1982 et 201). Dans cet ouvrage publié en France peu de temps après sa mort, il revient sur son métier d’écrivain.

Ce bouquin, acheté à Strasbourg il y a plus d’un an, traînait patiemment sur le coin de ma table basse, attendant que je daigne m’intéresser à lui et, comme par hasard (serait-ce crédible dans un roman ?), je me suis décidé à l’ouvrir alors même que je me posais des questions concernant la distinction entre l’écriture fictionnelle (romans, nouvelles,…) et non fictionnelle (essais, chroniques, critiques…).

Eco disserte longuement sur la question de l’émotion qu’un personnage de fiction peut faire naître chez nous alors même que nous savons bien qu’il n’a pas d’existence réelle. L’auteur s’arrête à la distorsion entre le personnage fictif et son environnement. Si j’ai bien compris, cette distorsion, par la magie du romancier, nous ferait partager une situation dramatique et réveillerait chez nous une réaction émotive. Analysant ensuite l’écriture non fictionnelle, l’auteur relève que la réalité étant de toute façon impossible à reproduire, ces écrits ne se distinguent pas profondément de la fiction.

L’ouvrage est un pêle-mêle, rassemblant textes et idées que j’avais pour certains lus par ailleurs. J’ai bien aimé ce qu’il dit sur la « contrainte » qui, à partir d’un certain stade d’avancement du roman, va guider l’auteur : la logique et la recherche de cohérence finissant par prendre alors le pas sur la spontanéité imaginative.

Il  évoque à peine ce que j’appelle l’ « incohérence constructive » qui est pourtant pour moi une source majeure de progression dans la construction de l’intrigue :

J’ai écrit au chapitre I que Robert était brun et au chapitre II qu’il était blond parce que je ne me souvenais pas de la couleur de ses cheveux. À la relecture, je peux bien entendu harmoniser la couleur, mais aussi me demander s’il ne serait pas possible d’exploiter dans l’intrigue le changement de couleur de cheveux de Robert.

Ce qu’il dit sur la religion me déçoit. Franchement, j’attendais mieux de celui qui a été ma référence intellectuelle suprême depuis mon adolescence, lui qui était mon maître Yoda en littérature. J’ai enfin compris pourquoi certains athées, qui ont érigé en dogme l’inexistence de Dieu, sont incapables d’imaginer que les croyants peuvent faire un usage pragmatique de leur religion et accepter l’existence de celle des autres sans pour autant se renier.

La disparition physique du maître m’a bouleversé, l’effritement de sa pensée me révolte.

Édouard

2016

Le livre de poche

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