Selon saint Marc

Fond et forme du plus ancien des évangiles.
Petit rappel : le Nouveau Testament est constitué de quatre évangiles. Les trois premiers de Marc, Matthieu et Luc sont dits « synoptiques » et semblent se référer à une source commune. Celui de Jean, beaucoup plus mystique, est très différent et sera écrit postérieurement.
Le succès du christianisme est lié à la personne de Jésus bien entendu, aux voyages de Saint-Paul, mais aussi aux évangiles qui seront de véritables best-sellers.
Un évangile ne se contente pas d’énumérer une succession d’événements. Sa structure obéit à une logique qui vise à transmettre un message à un public déterminé. Son but est de convaincre et d’inviter le lecteur à la conversion. Ainsi, si saint Matthieu multiplie dans son évangile les références à la tradition juive, c’est parce qu’il s’adresse en premier lieu à des juifs. À l’inverse, ces références n’auraient aucun intérêt pour Marc qui s’adresse à des Romains, elles pourraient même être contre-productives.
Le printemps dernier, est sorti un très beau film sur « Marie-Madeleine ». Jésus, incarné par Joaquin Phoenix, y apparaissait comme une sorte de guérisseur et son apparence physique était très éloignée de la représentation habituelle du Christ. Pourtant, ce personnage paraîtrait très crédible pour l’évangile de Marc.
L’ouvrage est construit comme un roman d’action. Les scènes très construites, parfois violentes, les pouvoirs extraordinaires de guérisseur et d’exorciste de Jésus, sa capacité à marcher sur l’eau, à calmer la tempête, à multiplier les pains… voilà ce qui impressionne les romains et qui peut les faire adhérer au projet chrétien. Les Romains voient alors un genre de « demi-dieu » dans le personnage de Jésus, une sorte d’ « Hercule » ou d’« Achille ».
Lorsqu’il ne guérit pas les malades, Jésus s’isole avec ses disciples, souvent en barque. Et là, Sandro Veronesi éclaire un point qui m’obscurcit la tête depuis 30 ans. Pourquoi Léonard Cohen raconte-t-il dans « Suzanne » que Jésus était un marin (and Jesus was a sailor when he walked upon the water…) ? Effectivement, si tout le monde a retenu que Jésus marchait sur l’eau, peu de gens ont remarqué qu’il passait aussi beaucoup de temps dans une barque.
Une scène de l’évangile de Marc qui m’a particulièrement marqué et fait penser à « game of thrones » est celle du miracle raté. Peu avant Pâques, Jésus dit qu’il a faim. Il tend le bras vers les branches d’un figuier, mais ne trouve pas de fruit. C’est normal, la figue est un fruit d’automne, ça n’a pas changé depuis 2000 ans. Sauf que Jésus se met en colère et maudit le pauvre figuier qu’il retrouve tout ratatiné le lendemain. On ne sait pas vraiment ce qui s’est passé. On dirait qu’il y a eu un bug dans les super pouvoirs du demi-dieu, mais que ça a quand même un peu marché pour la malédiction. Les apôtres n’osent rien dire. Ce que je retiens, c’est que placer cette scène juste avant l’entrée dans Jérusalem, annonce le déclin que le Christ va vivre pendant sa passion. Du point de vue de la construction littéraire, c’est génial.

Édouard

Sandro Veronesi
Grasset
2018

Lire!

L’émission Apostrophes eut ses heures de gloire de 1975 à 1990.
Bernard Pivot est resté une figure populaire. Académicien Goncourt, il continue ses activités
littéraires.
Avec sa fille Cécile, il nous raconte son amour des livres, avec des photos drôles ou émouvantes.
Un livre à feuilleter avec tendresse, indispensable pour les amoureux de la lecture.
Vous est-il déjà arrivé de vous trouver en présence d’un lecteur ou d’une lectrice, que ce soit dans un train ou un lieu public? La curiosité ne vous pousse-t-elle pas à lire au moins le titre du livre?
Eh bien, posez-lui la question. L’inconnu(e) s’empressera de vous montrer la page de couverture.

Extrait:
« Les gens qui lisent sont moins cons que les autres, c’est une chose entendue. Cela ne signifie pas que les lecteurs de littérature ne comptent pas d’imbéciles et qu’il n’y a pas de brillantes personnalités chez les non-lecteurs. Mais, en gros, ça s’entend, ça se voit, ça se renifle, les personnes qui lisent sont plus ouvertes, plus captivantes, mieux armées dans la vie que les personnes qui dédaignent les livres. »

Amitiés confraternelles!

Guy.

Bernard Pivot et sa fille Cécile Pivot
Flammarion – 191 p.