Start-up

Trouvé ceci dans « À mots découverts » du toujours spirituel Alain Rey

Plusieurs auditrices et quelques auditeurs se préoccupent du vocabulaire d’Internet, qui devient de plus en plus incontournable, comme on dit, mais qui nous asperge d’un franglais indiscret.
L’une des questions qui revient le plus souvent, à côté des e-mails qu’on aime traduire en courriels, à la québécoise, est celle du remplacement possible de start-up. Ces jeunes sociétés avides de profit et qui se développent avec une rapidité impressionnante ont paresseusement conservé dans notre langue si accueillante leur désignation américaine. Nous connaissions déjà quelques mots issus du verbe anglais to start, qui signifie « partir, démarrer », par exemple le starter des automobiles et celui des stades, ou encore la starting gate des champs de courses. Start-up, que vous pouvez toujours prononcer « startupe » pour montrer que vous savez l’écrire, ne veut pas dire grand-chose de précis. Le vocabulaire des affaires et de la finance américaines utilisait le mot bien avant les « nouvelles technologies » et la « nouvelle économie » (qui ne peut être qu’une new economy…) à propos de sociétés pétrolières à développement rapide. Aucune idée de jeunesse ni de croissance, comme dans le gracieux « jeune pousse » que l’Administration française favorise, mais simplement un démarrage rapide.
Il semble que la Bourse suggère aux Français des idées botaniques et jardinières, puisque l’une de mes correspondantes me suggère par une carte postale exotique et charmante le mot turion. Ce latinisme de botaniste existe en effet depuis le XVIe siècle et signifie justement « jeune pousse » ; il est bref, sonore, mais un peu rare et précieux. Il évoque, parmi les végétaux, les bourgeons de ce qui va devenir succulent, l’asperge. Si le ou la start-up – grand inconvénient de l’anglicisme, le genre flottant – est, à son démarrage, un turion, il ou elle pourra devenir une grande asperge, ce qui n’est pas forcément la gloire. Décidément, ce turion latin serait plus goûteux et plus ironique que la banale start-up franglaise.

Comment se porte votre turion, mes jeunes amis?

Guy.

L’homme inquiet

La dernière enquête du commissaire Kurt Wallander, parue en 2009.
L’homme inquiet, c’est le commissaire âgé de 60 ans, et c’est l’auteur qui à l’époque se savait atteint d’un cancer. Il est mort en 2015.
Les derniers livres de Mankell sont beaucoup teintés par l’angoisse de l’âge et de la maladie, comme Les chaussures italiennes et Les bottes suédoises.

Il enquête ici sur la disparition du beau-père de sa fille Linda, un ancien officier de la marine suédoise, avec qui Wallander avait échangé quelques souvenirs
de la guerre froide. L’enquête se corse quand la femme de l’officier est retrouvée morte…
La qualité du livre ne tient pas tant à l’intrigue qu’à la justesse des rapports de Wallander avec sa fille, son beau-fils, son chien (hé oui), ses collègues.
La rencontre avec son ex-épouse Mona, la visite d’une ancienne fiancée-amie atteinte d’une maladie incurable, tout cela n’est guère réjouissant, mais cela
sonne juste. L’homme inquiet lui-même est menacé par le diabète et la démence.
L’histoire se passe en été, les orages se multiplient dans et autour du commissaire.
Un très beau livre-testament.

Amitiés anxieuses,

Guy.

Henning Mankell
Seuil Policier
551 p.