Le meunier hurlant

Gunnar (surnommé Nanar) Huttunen s’installe comme meunier dans un petit village du nord de la Finlande. Quelle idée saugrenue que de vider sa bourse en rachetant un moulin à eau totalement délabré? Tantôt clown et imitateur de génie, tantôt accablé de désespoir, lunatique et dépressif, hurlant à la lune pour calmer son angoisse, homme libre avant tout, Huttunen se fait des ennemis. Le médecin du village fera le nécessaire pour le faire enfermer à l’asile voisin. D’où Nanar trouvera le moyen de sortir, avant de mener une vie de Robinson du Nord aussi rustique que réjouissante.

L’anticonformiste Arto Paasilinna nous livre les aventures d’un homme libre. La bataille béatifique d’un homme seul contre tous, dont la seule erreur sur cette terre est sa revendication tonitruante pour un droit à la différence.

Amitiés vagabondes,

Guy.

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Les deux sœurs

L’histoire commence par les fariboles de l’aïeul qui fut un des favoris de la grande Catherine de Russie. Pour ses bons et loyaux services il a eu une paire de boucles d’oreilles en diamant et un traité, rédigé de la propre main de sa célèbre dulcinée : « De l’art d’aimer et d’être aimé ». Nous en avons des extraits répétés tout le long du livre, voire l’intégralité, peut-être. Comme j’ai sauté…

D’héritier en héritier, les « joyaux de la couronne » (le traité étant le plus précieux) sont partagés entre deux sœurs. Émouvante description de l’amour que ces deux sœurs se portent d’autant plus qu’elles sont totalement différentes. Le tout se passant sous la belle époque de la Russie blanche et rouge. Donc, fuite éperdue du comte Zadonski et de sa famille.

Famille partagée en deux ; le père et la fille aînée tournés vers l’avenir, la mère et la nunuche cadette soupirant de nostalgie.

Ah ça, pour bouger ça bouge. Nous voyons du paysage et mon cher désert.

Je me demande si je n’adore pas le désert parce que je ne le connais pas. Il est des rêves qu’il vaut mieux ne pas réaliser.

À part certaines descriptions, je me suis ennuyée comme un rat mort.

Les histoires d’amour sublime me laissent de marbre et me pompent grave.

Mais pour les amateurs, c’est un très beau roman d’amour.
FÉDOROVSKI Vladimir R Fév.-12

Feryane, 2004 (1997), 454 p.
La Martine

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Le cas Sneijder

Encore un roman qui vise juste. Depuis de nombreuses années, Jean-Paul Dubois (Une vie française, Monsieur Tanner…), régale ses lecteurs avec des personnages déjantés et pittoresques.
Seul rescapé d’un accident d’ascenseur (!), Paul Sneijder fait le bilan de sa vie. Marié à une femme flambeuse, flambante et surtout alcoolique, il se retrouve veuf , avec une fille qu’il adore. Remarié avec la prénommée Anna, il devient le père de deux jumeaux (il les appelle les univitellins) qui restent pour lui de parfaits étrangers. Sa femme est envoyée à Montréal pour son travail, et c’est là qu’aura lieu l’accident. Après un coma prolongé, il est victime de crises d’angoisse, et se voit obligé d’accepter un travail de ‘dog walker’ (littéralement promeneur de chiens), au grand dam de son épouse, qui aimerait le voir occuper des fonctions plus prestigieuses. On rencontre une série de personnages hilarants, la grande ville est décrite comme une mangeuse d’hommes, et l’histoire ne se terminera pas bien pour ce marginal déraciné.
Comme dans chacun de ses livres, l’auteur montre les points où notre société fait mal. Désabusé et mélancolique, il amuse par son regard inattendu sur le monde. On sort du livre ébloui et incollable sur la technique des ascenseurs.

Amitiés élevées,

Guy.

Jean-Paul Dubois – Ed. Olivier – 218 p.

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Le comte de Monte Cristo

Lu avec kindle : http://www.ebooksgratuits.com/

Je n’ai pas le souvenir que l’on m’a conseillé la lecture de ce chef-d’œuvre quand j’étais gamin. Cette histoire de vengeance n’est en effet pas très politiquement correcte.

Le canevas: Edmond Dantès, jeune marin, est arrêté lors du retour de son navire au port de Marseille. Il s’agit d’une dénonciation anonyme. Il sera enfermé pendant 14 ans au château d’If, la forteresse au large de la ville. Son voisin de cellule, l’abbé Faria, lui révèle l’existence d’un trésor faramineux sur l’île de Monte Cristo, au large de la Corse. Edmond arrive à s’évader, et, devenu comte, il se vengera de tous ceux qui l’avaient fait emprisonner.
Une grande variété de crimes, allant de l’arme blanche à l’empoisonnement, en passant par les armes à feu. Des scènes dignes de romans policiers qui n’arriveront que 80 ans plus tard.

Alexandre Dumas père était un auteur prolifique. Certains chapitres ont manifestement été écrits par des ‘nègres’ (lui était métis…). Quand le maître reprend la plume, on se régale.

La moralité? Après tout, on s’en fout.

Amitiés dix-neuvième,

Guy

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Sunset park

Après quelques hésitations, Paul Auster semble avoir retrouvé la forme.

Miles, 28 ans, s’est expatrié en Floride après le décès accidentel de son demi-frère.
Il se sent responsable de cette mort, et fuit tout contact avec sa famille.
Son travail: vider des maisons dont les propriétaires ont été expulsés suite au non-remboursement des subprimes bancaires.
Il tombe amoureux d’une jeune fille d’origine mexicaine. Malheureusement pour lui , elle est
mineure. Victime de chantage, il retourne à New York, où il squatte une maison en compagnie de deux jeunes femmes et de son ami Bing.
Il renouera difficilement avec son père, et son statut de semi-clandestin lui causera de nouveaux déboires.

Ce livre est fort éloigné d’une description optimiste de la société américaine.
On retrouve en filigrane l’intolérance et la violence d’un pays qui se voudrait la plus grande démocratie de notre planète.

Paul Auster partage la vie de Siri Hustvedt, écrivaine également talentueuse et désenchantée. On ne doit pas rire tous les jours dans la famille Auster.

Amitiés paumées,
Guy.

Actes Sud – 317 p.

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Deux sœurs pour un roi (Philippa GREGORY)

« Introduite au palais de Westminster, à l’âge de 14 ans, Marie Boleyn séduit le roi Henri VIII auquel elle donnera deux enfants. D’abord éblouie par le souverain, elle comprend qu’elle sert d’appât au milieu des complots dynastiques. Quand l’intérêt du roi pour elle s’émousse, Anne est chargée de le séduire à son tour.

Désir, haine, ambitions, trahisons. Se déroulant sur quinze ans, cette fresque historique, racontée à la première personne par Marie Boleyn, dépeint les rivalités au sein de la dynastie des Tudor. Une histoire qui se terminera dans le sang. »

« Véracité des dialogues et souci du détail propulsent le lecteur jusque dans les appartements privés de Henri VIII. » The Times.

Compte tenu de ce que l’on sait exactement de cette époque et de ces deux dames (fort peu de choses, quelques suppositions), il est évident que pour remplir 660 pages, il a fallu beaucoup d’imagination et de cancans.

Le livre commence, continue et finit dans le sang. (Beaucoup de fausses couches). Ces dames passaient leur temps en bal, repas, chasse (tout gibier), frivolités, messes, broderie et perfidies.

Quant à la traduction, elle tient des mots croisés et des mots muets. Un petit boulot supplémentaire. J’adore !

Pour les amateurs du genre ! Il se laisse lire.

La Martine

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Drood

1865 : Charles Dickens se trouve dans un train qui s’apprête à franchir un pont. Quelques secondes plus tard, la locomotive déraillera et entraînera dans sa chute la plupart des wagons qui précédent celui de l’écrivain. Dickens apportera son secours aux blessés et descendra au fond du ravin. Il y rencontrera un être aussi étrange que fantomatique qui changera sa destinée : Drood. Wilkie Collins, un proche de Dickens, narrera dans les 850 pages qui suivront, les conséquences de l’accident.

L’écrivain Wilkie Collins, dont je n’avais jamais entendu parler avant d’ouvrir Drood, a bien existé. Son entrée sur Wikipédia est assez bien fournie. Curieusement, elle l’est beaucoup plus que celle de Charles Dickens.

C’est peu dire que Drood est une prouesse littéraire. C’est un véritable festival. Dan Simmons jongle admirablement avec tous les genres et bouscule les codes de la littérature sans les violer pour autant. Il innove même et invente le roman rétrofuturiste puisqu’il est censé être écrit en 1879 pour nous, lecteurs du XXIe siècle.

Le livre commence par un tableau assez académique de la société victorienne. Il se poursuit par une descente aux enfers au sens dantesque du terme : bas fonds, crypte, murs suintants, enfants déguenillés, vieillards décharnés, coupe-jarrets, cadavres en décomposition, sectes diaboliques, opium…tous les ingrédients du genre gothique sont là.

Qui est Drood ? Un homme de chair et d’os ? Un génie du mal ? Un magnétiseur fou ? Un ancêtre du docteur Mabuse de Fritz Lang ? Un fantôme ? L’âme du petit peuple de Londres qui vit dans les profondeurs de la capitale, prêt à se révolter à chaque instant (une très brève allusion à la « première internationale » créée à Londres en 1864 est faite) ?

Petit à petit, le narrateur prend le dessus sur les événements qu’il relate. On voit le vrai visage de Wilkie Collins. Drood devient un démon intérieur.

Est-ce Drood qui transforme le « bon vieux Wilkie » en monstre sanguinaire ou est-ce Collins qui crée Drood pour ne pas avoir à assumer sa propre déchéance ?
Quel peut être la place de Drood dans l’esprit d’un personnage rongé par la maladie (la goutte) et l’opium qu’il absorbe de manière immodérée, en particulier sous forme de laudanum ? Quelle crédibilité accorder aux propos d’un narrateur aussi délabré ? La réalité que le lecteur devinera derrière les délires de Collins n’en sera plus que saisissante.

Drood pourrait aussi être l’histoire de l’artiste dépeint par Aznavour dans « je me voyais déjà ». Un écrivain qui enrage de vivre dans l’ombre du maître Dickens. Un écrivain détruit tant par la fascination que par la haine qu’il éprouve pour l’auteur de David Copperfield. Un écrivain convaincu de sa médiocrité et qui espère néanmoins rester dans l’Histoire en s’adressant à des lecteurs du futur.

Drood, c’est en tout cas un livre poignant qui me marquera durablement.

Edouard

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Baudolino

XIIe siècle. Baudolino, conseiller de Fréderic Barbe Rousse, souverain du Saint Empire Romain germanique, raconte ses aventures rocambolesques à Nicétas, un homme rencontré au cours du sac de Constantinople par les croisés.

Difficile de résumer un livre de plus de 660 pages qui est plus une épopée relatant les différents moments de la vie du héros qu’une intrigue très construite du genre de Da Vinci Code ou Millenium. Ce genre de récit, vieux comme l’histoire de la littérature (l’épopée de Gilgamesh : IIe millénaire av JC) n’est plus très à la mode aujourd’hui et il m’a fallu un moment pour m’y habituer. Je me suis aussi rapidement rendu compte que la lecture de l’ouvrage convenait peu au rythme des trajets quotidiens de RER et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles j’ai mis un temps phénoménal à le terminer. Pour déguster ce roman-fleuve, privilégiez les vacances, la plage et l’insouciance au stress quotidien qui convient mieux aux romans rythmés.

L’histoire maintenant. D’un point de vue historique, j’ai beaucoup appris sur l’histoire d’une région de l’Europe qui correspond à la Bavière, la Suisse et le nord de l’Italie. Tout ça, comme dans les romans d’Eco, est raconté dans un style qui mélange érudition et légèreté. Toutefois, contrairement au Pendule de Foucauld et plus encore qu’avec la Nom de la Rose, c’est la légèreté qui prime, frisant ainsi avec la commedia Del Arte.

À partir de la mort de Fréderic, on bifurque dans le fantastique. Le personnage de Baudolino se creuse et nous arrivons petit à petit dans un tableau de Jérôme Bosch, au milieu de personnages fabuleux qui se perdent dans d’interminables querelles théologiques. On bascule ensuite dans l’héroic fantasy avec une menace guerrière couplée d’une belle romance. On quitte à ce moment la théologie pour aborder la philosophie.

Puis on revient au commencement et aux quelques années qui vont suivre, jusqu’à la fin du héros.

Un très beau livre sur un personnage qui a le physique de Sancho Panza et qui pense comme Don Quichotte. Comme dans le roman de Cervantes, l’ouvrage s’articule autour de la notion de vérité. Nous sommes prévenus dès le départ, Baudolino est un menteur. Pourtant, derrière son récit fabuleux, on finit par percevoir quelques accents de vérité, c’est ce qui rend le personnage touchant.

Un grand livre à lire en prenant son temps, un livre qui ne se dévore pas, mais qui vous bouleverse lentement.

Texte: Edouard

Illustration: Magali

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Oscar Wilde et le jeu de la mort

Londres, 1892. Oscar Wilde réunit 13 personnes autour d’une table et leur propose une partie de « jeu de la mort ». Pour jouer, chaque participant doit inscrire le nom d’une personne qu’il voudrait voir morte sur un bout de papier. Tous les bouts de papier sont regroupés dans un chapeau. Après, les « victimes » sont retirées une à une du chapeau, le but du jeu étant de retrouver le « meurtrier » correspondant.

Inconditionnels d’Oscar Wilde, des romans policiers « à l’ancienne » et des corporations masculines « so british », ce livre est fait pour vous.

Je ne fais pas partie du lot. Je ne conteste pas que la lecture du roman est agréable ni que les recherches faites par Gyles Brandreth sur la société victorienne sont intéressantes. L’époque est intéressante aussi. C’est un hommage aux années les plus fastueuses de la vie de l’écrivain. Trois ans plus tard, Oscar Wilde sera jugé et condamné pour homosexualité. Sa déchéance se poursuivra pendant plusieurs années et se terminera à Paris où l’auteur mourra en 1900.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Je trouve le caractère « précieux » du style tout comme les aphorismes permanents d’Oscar Wilde un peu écœurants. L’académisme du roman me semble désuet. Tout est lisse, la psychologie des personnages n’est pas très creusée. Pour moi, un roman policier doit être plus qu’un « who done it ? » (qui a fait le coup ?) dont les romans d’Agatha Christie sont l’archétype. Il est vrai que la forme qui évoluera plus tard dans des directions aussi diversifiées que le « Thriller » et le « polar » était encore très académique à l’époque de Wilde. Il faudra attendre des décennies pour que le style « policier » se marie avec la plupart des genres littéraires. Gyles Brandreth respecte visiblement les codes de l’époque et sans doute aussi ceux d’Oscar Wilde qui était un grand théoricien de l’ « esthétisme » en littérature.

Je n’ai donc pas grand-chose à reprocher à cet ouvrage, en dehors du fait qu’il n’est pas ma « cup of tea ».
Oscar Wilde et le jeu de la mort
Gyles Brandreth
10/18
2010

Edouard

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Valentin, une histoire d’amour

IIIe siècle après Jésus Christ, sous le règne de l’empereur Claude II, Théophraste, un médecin renommé d’Alexandrie, décide de prendre sous son aile un jeune apprenti prénommé Valentin. Quelques années plus tard, nous retrouvons Valentin à Rome. Devenu un médecin hors pair, il va s’élever dans la société et, pour le meilleur et pour le pire, va faire la rencontre de Julia, la fille aveugle d’un directeur de prison.

Qui était saint Valentin ? A-t-il existé ? Y a-t-il eu plusieurs individus derrière le saint ? Personne ne le saura jamais.

Du récit peu scientifique relaté 1000 ans après les faits par Jacques de Voragine dans sa « légende dorée », Chet Raymo ne retient que l’époque et la fille aveugle d’un fonctionnaire romain.

Il fait de Valentin un personnage crédible, un libre penseur (un peu trop moderne peut-être) évoluant dans un empire décadent. Il observe avec curiosité la progression rampante du christianisme qui, très peu gênée par les fauves des cirques auxquels ses adeptes sont jetés en pâture, poursuit inexorablement sa course.

Certes, le style n’est pas extraordinaire (la faute du traducteur ?) mais l’action est bien rythmée et l’histoire d’amour est bien belle. Au début, j’ai goûté ce roman comme j’ai goûté à 15 ans les jolis romans d’aventure un peu naïfs de René Barjavel. Mais il ne faut pas s’y tromper. Au-delà du récit épique, il y a toute une réflexion historico-philosophique très intéressante sur l’avènement du christianisme et sur ce qu’à pu être l’existence des premiers saints du calendrier.

Il y a aussi dans l’ouvrage des préoccupations plus contemporaines. Derrière la critique des jeux du cirque, on devine sans peine une mise en garde contre les pouvoirs pervers des médias et, à travers le regard que l’auteur porte sur la société romaine, on perçoit une recherche dépourvue de manichéisme sur les rapports complexes qu’entretiennent « religion », « sagesse » et « fanatisme ».
Un très beau livre à lire seul ou même à deux.
Valentin, une histoire d’amour
Chet Raymo
Belfond
2007

Edouard

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