Kate à l’assaut du Castle

Si j’écrivais un jour mes mémoires, je pourrais écrire un chapitre entier sur la deuxième chaîne. Mon enfance s’est articulée autour de RécréA2, cela fait 27 ans que je me réveille avec William Leymergie, je suis un inconditionnel de « N’oubliez pas les paroles » et j’ai même suivi les aventures exotiques et délicieusement régressives de « Rani ». Il n’y a guère qu’avec « Nicolas le Floch » que j’ai du mal. C’est sans doute l’exception qui confirme la règle.

Je n’étonnerai donc personne en avouant que je suis fan de « Castle » : la série policière du lundi soir un poil surréaliste avec une flic super sexy (le lieutenant Kate Becket) accompagnée d’un écrivain « toutou » (Richard Castle) qui se promène sur les scènes de crime avec un gilet pare-balles sur lequel on peut lire l’inscription « Writer ».

Deux ressorts principaux dans la série :
– Le mystère du meurtre de la mère de Becket ;
– La relation entre Becket et Castle.

Cela faisait un moment qu’on savait qu’il y aurait forcément un lien entre les deux thématiques et que le dénouement de l’une conditionnerait celui de l’autre. Restait à savoir quand et comment ? Il eut été tentant pour le réalisateur de faire durer éternellement le petit-jeu à la « Tom et Jerry » de Richard et Kate. Si Tom avait dévoré Jerry, Hanna Barbera aurait nécessairement dû mettre la clef sous la porte. À ma connaissance, la relation entre John Steed et Emma Peel, les héros mythiques de « chapeau melon et bottes de cuire » n’a jamais vraiment évolué (a l’époque, c’est vrai que je ne donnais pas autant d’importance à ces aspects du scénario).

Toutefois, imperceptiblement, au fil des épisodes, on sentait une progression du lien qui unissait Richard et Kate. Peu à peu, la « conclusion » est apparue comme étant incontournable.

Mais alors, s’ils sortent ensemble, que va devenir la série ? Pourra-t-elle survivre aux ébats de la superflic et de l’écrivain ?

Ce soir, le dernier épisode de la saison trois était diffusé à l’heure habituelle. Je l’ai attendu sans trop croire à un dénouement. J’ai été bluffé. Tout à explosé en même temps en un gigantesque feu d’artifice. Les meurtriers de la mère de Becket sont apparus en pleine lumière et Castle s’est enfin décidé à déclarer sa flamme.

Le dernier plan de l’épisode peut laisser penser que tout est fini. Heureusement, Télérama a mangé la grenouille en annonçant une saison quatre pour septembre.
Toutefois, rien ne sera plus comme avant : le capitaine Montgomery est mort et Tom va dévorer Jerry. Et si Télérama s’était trompé ?

Edouard

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Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Mikael Blomkvist, reporter chez Millenium, un grand journal d’investigation suédois, est temporairement mis au tapis par un homme d’affaires auquel il s’est attaqué. Un soutien inattendu va lui arriver du nord du pays. Henrik Vanger lui apportera les éléments qui lui permettront de refaire surface s’il accepte d’enquêter sur la disparition de sa nièce. Dans ses recherches, Blomkvist sera assisté par une hackeuse : Lisbeth Salander.

Moins de trois ans après la première adaptation cinématographique de la saga de Stieg Larsson (publiée entre 2005 et 2007), David Fincher propose sa version du premier volet de la trilogie. On pouvait reprocher à l’adaptation très nordique de Niels Arden Oplev un manque de moyens, une fidélité peut-être un peu trop appuyée au roman original et une certaine lenteur dans l’action.

Fincher prend ses aises. On sent en effet plus de moyens et peut être une plus grande maîtrise du scénario.
Le titre en anglais est « The girl with a dragoon tatoo ». Le personnage principal pour le réalisateur américain n’est donc plus Mikael Blomkvist, mais Lisbeth Salander.

Rooney Mara fait ce qu’elle peut, mais trois obstacles l’empêchent de monter sur la première place du podium.

Le scénario d’abord. Larsson avait fait le choix de ménager son importance (dans le premier volet), ce qui la mettait en valeur sans trop l’exposer. En la poussant au-devant de la scène, Fincher lui met d’emblée la barre très haute.

Daniel Craig ensuite. J’avais un peu du mal à imaginer celui qui incarne en ce moment James Bond à l’écran dans le rôle de Blomkvist. Craig a beau faire tout ce qu’il peut pour s’effacer, on ne peut s’empêcher de lui trouver un air de 007. Pour couronner le tout, le générique très sophistiqué du début semble un copier/coller de ceux qui introduisent chacune des aventures du célèbre espion britannique.

L’ombre de Noomi Rapace enfin. La Lisbeth de l’adaptation de 2009 avait un charme animal extraordinaire, proche de celui de Milla Jojovitch dans le Cinquième élément.
Rooney Mara, en dépit de l’immense dragon tatoué sur son corps et de ses nombreux piercings, semble plus sage. Dans certaines prises, je lui ai trouvé des faux airs de Julia Roberts et avec la perruque blonde qu’elle porte à la fin, elle m’a fait penser à Mélanie Laurent.

Globalement, la version de Fincher reste tout de même un très bon divertissement. Pour la suite, j’aimerais bien qu’il réalise la scène de l’ouragan décrite par Larsson au début du deuxième tome. Peut-être faute de moyens, le réalisateur de 2009 l’avait escamotée.

Edouard

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L’hermine était pourpre

L’épouse d’un avocat est sauvagement assassinée. Bien évidemment, le mari a des problèmes donc, il devient le suspect N° 1 pour le juge, mais ses collègues ne l’entendent pas comme ça. Police, bâtonnier et avocats mènent l’enquête. (Beaucoup de monde pour pas grand-chose !)

Un polar bien français, bien gentillet et plein de prétentions qui survole un tas de sujets : la police, la justice et l’injustice, la bavure, l’information qui manipule, les manifs et comment les juguler après que les voitures ont flambé, les roms, le vélo, etc. Beaucoup de poudre aux yeux pour une enquête tirée par les cheveux et cousue de fils blancs.

Bien évidemment, l’auteur ne casse du sucre sur personne ce qui lui a permis d’obtenir le « Prix du Quai des Orfèvres 2012 » (tiré en novembre 2011).

Un livre très policé. Trop pour moi. Il en devient naïf et insipide.

À lire quand on ne veut pas réfléchir, pour se préparer au sommeil, par exemple.

L’hermine était pourpre
Pierre BORROMEE
Fayard, 2011, 378 p.
La Martine somnolente

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Deux sœurs pour un roi (Philippa GREGORY)

« Introduite au palais de Westminster, à l’âge de 14 ans, Marie Boleyn séduit le roi Henri VIII auquel elle donnera deux enfants. D’abord éblouie par le souverain, elle comprend qu’elle sert d’appât au milieu des complots dynastiques. Quand l’intérêt du roi pour elle s’émousse, Anne est chargée de le séduire à son tour.

Désir, haine, ambitions, trahisons. Se déroulant sur quinze ans, cette fresque historique, racontée à la première personne par Marie Boleyn, dépeint les rivalités au sein de la dynastie des Tudor. Une histoire qui se terminera dans le sang. »

« Véracité des dialogues et souci du détail propulsent le lecteur jusque dans les appartements privés de Henri VIII. » The Times.

Compte tenu de ce que l’on sait exactement de cette époque et de ces deux dames (fort peu de choses, quelques suppositions), il est évident que pour remplir 660 pages, il a fallu beaucoup d’imagination et de cancans.

Le livre commence, continue et finit dans le sang. (Beaucoup de fausses couches). Ces dames passaient leur temps en bal, repas, chasse (tout gibier), frivolités, messes, broderie et perfidies.

Quant à la traduction, elle tient des mots croisés et des mots muets. Un petit boulot supplémentaire. J’adore !

Pour les amateurs du genre ! Il se laisse lire.

La Martine

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Ô DINGOS, Ô CHATEAUX !

Un architecte raté et néanmoins chanceux organise le faux enlèvement de son neveu en employant une nurse un peu fêlée, à sa sortie d’un hôpital psychiatrique.

Après « le petit bleu de la côte ouest », il y a deux ans et « la position du tireur couché » l’année dernière, Tardi collabore pour la troisième fois avec Jean-Patrick Manchette.

Un album par an ? Peut être que le créateur d’Adèle Blanc-Sec n’a pas besoin de plus pour gagner sa vie. Le dessinateur qui me fascina il y a 17 ans avec « tous des monstres » serait-il devenu un papy du dessin français, un peu comme Sempé ? Un cadeau de Noël type ? Je suis tenté de le croire.

« ô dingos, ô châteaux » est le moins bien des trois volets. Côté scénario, une petite intro nous informe qu’il s’agit du premier roman de Manchette. Effectivement, le scénario est nettement moins bien celui des deux albums précédents. On y trouve toutefois les thèmes chers à l’écrivain qui révolutionneront le roman noir français : l’humanisation des tueurs derrière lesquels se cachent les vraies ordures, le poids écrasant du déterminisme social, la tendresse des fous…mais à un état encore embryonnaire.

La première partie de la dégustation de mon Tardi annuel fut donc un peu décevante.
Toutefois, la réelle déception n’arriva que dans un deuxième temps lorsque, laissant tomber le scénario, je me suis concentré sur le graphisme. Aucune innovation. Les plans et les personnages m’ont semblé dramatiquement familiers. Ce cocker en pierre, on le voyait pas déjà dans « casse-pipe à la nation » ? Ce tueur, n’est-ce pas Brindavoine ? La nurse, n’est-ce pas l’héroïne de « la débauche » ? L’espèce de No man’s land biscornu me fait penser à « jeux pour mourir ». Le gamin…je sais plus où je l’ai vu, mais il me dit quelque chose. En voyant les cheveux colorisés des héros sur la couverture, j’avais espéré une nouveauté graphique, mais je resterai sur ma faim.

Suis-je trop vieux ? Ai-je trop mangé de Tardi ? Certainement. Je ne peux qu’encourager ceux qui ne connaissent pas encore ce dessinateur extraordinaire à le découvrir. Pour les fans…

Finalement, peut-être que l’imperfection du scénario à un côté vintage qui fait revivre les imperfections foutraques des premiers albums. Je vais le relire une troisième fois…

Ô dingos, ô châteaux
Manchette-Tardi
2011

Edouard

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Le comte de Monte-Kindle

Saint Nicolas m’a apporté une tablette de lecture Kindle, et je me suis empressé de faire un essai avec l’histoire d’Edmond Dantès, téléchargée sur le site http://www.ebooksgratuits.com(chaudement recommandé: des centaines d’œuvres classiques libres de droits, donc légalement téléchargeables).
Le positif: encombrement réduit, facilité d’emploi enfantine, disponibilité en tout lieu (même dans un bain – attention à l’immersion du gadget).
Le négatif: importance d’un bon éclairage extérieur (pas de lecture clandestine sous les couvertures), caractères plutôt petits, retours en arrière demandant une dextérité de pianiste, absence de l’odeur et du contact du papier, difficulté de prendre des notes au vol.
Bilan légèrement positif, donc. Mais je ne crois pas que la tablette deviendra mon mode de lecture favori.
Selon mon expérience, la lecture sur écran est plus fatigante que sur le papier.
Que vivent donc les bons vieux livres, compagnons irremplaçables.
Belle fin d’année à tous.

Guy

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Stefan Zweig, l’ami blessé

Bona Dominique, Grasset, 2010, 460 p. + 8 de photos

Quand on veut « paraître » avoir une grande culture, il est de « bon ton » d’avoir lu Zweig. « Il faut » avoir lu tous les « classiques » des « intellectuels », bien évidemment « philosophes » puisqu’ils témoignent d’une époque qui n’existe plus, mais qui « devrait » nous servir d’expérience.
Vous venez de lire, entre guillemets, un échantillon des mots qui me hérissent.
Je suis tombée par hasard sur sa biographie. Voilà une bonne occasion de découvrir le bonhomme et de comprendre mes réticences.

De la légèreté à la mort.

1900, Vienne, la valse, les concerts, les théâtres, les bals, les artistes et intellectuels qui se réunissent dans des cafés célèbres, François-Joseph, le père de la nation et sa romantique Sissi ; la belle vie pour les bourgeois et les aristocrates. [Les autres sont occultés.]
Moritz Zweig, riche fabriquant, juif laïque, ne veut qu’une chose, s’intégrer. Il veut être autrichien, mais pas juif. Il faut savoir rester à sa place, ne jamais rien demander, ne pas faire tache ni aucun remous. Tout est dans l’apparence. C’est ainsi qu’il va éduquer ses enfants. Ils doivent devenir des Autrichiens cultivés. L’aîné prendra la suite du père. Comme lui, il est sage, pondéré, réfléchi, stable. Au contraire, son cadet, Stefan, est un enfant très gai, enjoué, mais capable de déprime et de grosses crises de colère. « Neurasthénie », disent les médecins. Étouffé et surchargé de cours, il apprendra à dissimuler ses émotions et à haïr l’autorité.
En 1900, Stefan a 19 ans, le bac en poche et, grâce à sa rente à vie, il vole de ses propres ailes. Pour faire plaisir à ses parents et devenir « Doktor » il s’inscrit en philosophie, la matière qui demande le moins de présence. Il vit la nuit et voyage beaucoup pour approfondir sa culture.
Bien que timide et secret, il va au-devant des autres. [C’est-à-dire, des intellectuels qu’il admire.]
Toute sa vie, ce sera un homme guindé, « aux manières feutrées, au sourire d’exquise courtoisie », enthousiaste pour les autres, semblant ouvert à tous et généreux. [Du moins, dans ses phases euphoriques, car Zweig n’est ni plus ni moins qu’un bipolaire, un maniaco-dépressif, un paranoïaque lucide, comme on dit maintenant.]
Sa lucidité et son hypersensibilité lui permettent de ressentir la souffrance des autres et d’anticiper l’avenir. Dès la guerre de 14, il craint l’Anschluss et le démembrement de son Autriche adorée. Il fait la guerre dans un bureau d’archives, mais ce que ses amis, combattants, écriront, le bouleversera. Il passe 10 jours en Galicie et découvre les ghettos. Ses origines refont surface ce qui le fragilise encore plus.
Les privations des crises d’après-guerre et de 1930 ne le touchent guère financièrement. En 1922 la parution de « Amock » lui offre l’envié statut d’écrivain mondialement connu. [Jusque là, il n’était connu que d’une élite. Ah l’Élite ! …] Il ne comprend pas. Il pense que ses amis sont meilleurs que lui. Il n’en devient que plus riche. Il se dit « privilégié et malheureux de l’être. » [Je le crois sincère, mais grâce à son don de prémonition, il est toujours ailleurs quand les évènements se passent.]
En 1929, « les vieux démons fascistes et révolutionnaires » se réveillent. Il faut être rouge ou noir. [Ah ce « il faut » !] Zweig est apolitique et abstentionniste. L’appartenance à un drapeau, à une idéologie est trop restrictive pour lui. Il se veut « homo pro se » comme Érasme. [La traduction « pour lui-même » ne me plaît pas. Je dirais : fidèle à lui-même. Son idée de monde uni et en paix grâce à la culture est loin d’être égoïste. Utopique, certes, mais pour l’instant, il croit encore à quelque chose.]
En 1933, Hitler arrive, légalement, au pouvoir. Une fois de plus, Zweig pressent le danger et incite sa famille et ses amis à partir (du moins ceux qui sont encore en Autriche). Lui-même hésite à s’arracher à son pays, à ses racines. Ce n’est qu’après la visite de policiers dans son nid d’aigle, son refuge, en haut de Salzburg qu’il part pour Londres. Le grand Zweig, mondialement connu est accueilli à bras ouverts. Ce qui lui permet d’aider moralement, physiquement et financièrement ses amis réfugiés. [Il n’est pas égoïste avec ses amis.]
Après l’Anschluss en mars 1938, il n’est plus qu’un « immigré ennemi ». Si sa première épouse, Friderike, lui avait servi d’infirmière, d’antidépresseur et de bonne à tout faire, la deuxième, Lotte est une femme fragile, asthmatique, effacée, qui l’admire, vit dans son ombre, a 27 ans de moins que lui, mais ne lui est d’aucuns secours. De materné, il paterne. Ce qui le fatigue. [Misogyne ?]
Il lui faudra attendre longtemps son passeport britannique et son visa pour les USA. Là aussi, son accent allemand le désigne comme un ennemi. En août 1941, il s’installe au Brésil. C’est un homme brisé, fatigué et qui ne croit plus à rien. Sa patrie, ses rêves se sont effondrés. Le 21 février 1942, il décide de ne plus rien voir. « À quoi sert de prolonger la vie, quand elle a été incomplètement vécue ? »
[Mon avis est que, refoulé et introverti, Zweig a vécu à travers les autres en prenant toutes les souffrances sur ses épaules. Je ne suis absolument pas persuadée que sa judaïcité en soit la cause.]

La biographie :

Zweig disait de lui qu’il était « un écrivain concis et efficace ». Mme Bona rajoute : « Tous ses ouvrages – même les biographies – sont brefs. Ils tiennent parfois en une dizaine de pages. Les nouvelles ne dépasse pas, pour les plus longues, une centaine de pages, les biographies, deux cents ou deux cent cinquante, guère plus. Comme lecteur, Zweig avoue avoir horreur des longueurs – descriptions, portraits trop développés, situations qui n’en finissent pas – et applique à ses propres livres ce dégoût salvateur. Il écrit en homme pressé, réussissant à ne dire que l’essentiel… (p. 227) »
Ce pavé est tout ce que l’on veut sauf ÇA ! La brave dame ayant eu l’amabilité de résumer la plupart des nouvelles et des biographies, je ne me sens plus obligée de le lire.

Lecture fastidieuse, mais assez intéressante d’autant qu’il y a aussi le « pedigree » des amis écrivains et le résumé de certaines de leurs œuvres.

À bientôt, mais dans la rubrique polar !

Martine

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Hergé fils de Tintin

Georges Remi 1907-1983, sa vie et son œuvre racontées par Benoît Peeters, auteur de bandes dessinées.

S’il fallait résumer se récit en un mot, ce serait « scotchant » ; pas seulement à cause du fameux bout de scotch du capitaine Haddock (« vol 714 pour Sidney » ou « Tintin et les Picaros », je ne sais plus) ni à cause du whisky Loch Lomond que le marin barbu affectionne tout particulièrement, mais aussi, et surtout à cause du récit captivant du parcours de l’homme qui organisera sa vie pendant 47 ans autour du jeune reporter.

On suivra les différentes étapes de l’élaboration de l’univers de l’homme à la houppe, album par album : la mise à l’étrier par un prêtre très conservateur, l’abbé Wallez qui se ressentira dans les premières aventures. La rencontre avec Tchang qui changera son univers à partir du « Lotus bleu ». La très controversée « Étoile mystérieuse » écrite en 1942 et qui lui vaudra beaucoup d’ennuis à la libération. L’amour de la comédie humaine de Balzac qui trouve un écho dans « Coke en stock » et « Les bijoux de la Castafiore » ; deux albums entre lesquels se glissera le très introspectif « Tintin au Tibet »…

Et Hergé dans tout ça ? Il évoluera beaucoup au cours de sa vie. Il était influençable, pour le meilleur et pour le pire. Il était un peu transparent, comme Tintin qui ne commencera que très tardivement à prendre du poids avec ses aventures himalayennes. Accablé par son héros, il traversera une longue dépression avant de reprendre le dessus dans les années 60.
Il régnera durant de nombreuses années en maître sur la bande dessinée européenne avant d’être talonné par de nouveaux venus. Pour ne pas que son héros se fasse terrasser par un irréductible Gaulois, Hergé écrira « Vol 714 pour Sidney », album dans lequel il fera partager ses goûts pour le paranormal.

À partir de 1945 et jusqu’à la fin de sa vie, il sera rongé par l’attitude collaborationniste qu’on lui reprochera.

Hergé- Mes dessins n’avaient rien de choquant.

L’Histoire- pas tous, mais quand même quelques-uns, emprunts d’un antisémitisme sans équivoque. Et surtout, des dessins publiés dans un journal qui était aux mains des Allemands. Les gens l’achetaient pour lire les aventures de Tintin.

En 1976, « Tintin et les Picaros », la dernière aventure du reporter, mettra en scène un Tintin très « gauchisé ». Ultime volonté de rédemption ? L’album sera mal accueilli par les milieux de gauche : c’est à Hergé qu’ils en veulent, pas à Tintin.

Hergé, c’est enfin une icône du XXe siècle. Né à la belle époque, il mourra au début des années 80, des suites d’une longue maladie de sang. Peut-être du fait des nombreuses transfusions qu’on lui fit alors subir, il sera victime d’un mal mystérieux qu’on n’appelait pas encore « SIDA ».

Edouard

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Limonov

Limonov –
Emmanuel Carrère – POL – 489 p.
Prix Renaudot 2011
Voilà un auteur qui mûrit à chacune de ses apparitions!
Je n’avais pas aimé du tout son « Adversaire », l’histoire de ce faux médecin qui assassine sa famille au grand complet.
J’avais beaucoup aimé  »D’autres vies que la mienne ».
Et son Limonov fera partie de mon top 5 de cette année.

Pourtant, il s’agit d’un authentique salaud.
Né en 1943 en Ukraine, fils d’un planqué sous la botte stalinienne, il commencera sa percée comme voyou.
Son seul atout: un talent poétique affirmé dès son plus jeune âge. Voilà qui ne laisse aucun Russe indifférent.
Il débarque à Moscou en 1967, et fera immédiatement partie de l’underground de l’époque.
Lassé de son pays, il s’envole pour New York, pour toujours pense-t-il.
Il y connaîtra la misère, et deviendra valet d’un milliardaire. Son expérience sera décrite dans un livre qui ne risque pas d’avoir fait plaisir à son employeur.
Son errance le mène à Paris, où il sera la coqueluche des milieux branchés.
Retour à Moscou, entrée dans la glasnost.
Il fera le coup de feu du côté des Serbes en ex-Yougoslavie.
Il fonde le parti national bolchevik (surnommé nasbol), opposé à tous et à tout.
Quelques années de prison ne le rendent pas plus sage.
Pas plus tard que ce dimanche, on parlait à la radio de son emprisonnement à l’occasion des élections russe.

Une fois de plus, Emmanuel Carrère se montre fasciné par un personnage exceptionnel, plus abject que sympathique.
Ce livre se lit comme un roman d’aventures, se vit comme un western.
Et il donne en prime un superbe survol de l’histoire de la Russie passée de la terreur communiste à la domination de la mafia, Poutine en tête.
Certains portraits au vitriol feront sursauter les ménagères frileuses: le chouchou de l’Occident, Gorbatchev, n’en sort pas indemne. Les manigances de Eltsine valent leur volume de vodka.

Drôle de pays, cette Russie capable du pire comme du meilleur.

Amitiés sibériennes,

Guy

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Porc à l’ananas Martine

Pour bien faire (chic) vous achetez un rôti de porc, vous le saupoudrez de sel, poivre, paprika, huile, vous y ajoutez votre ananas frais coupé en cubes, votre poivron coupé en lamelles et vous mettez au four, un certain temps en le tournant et en l’arrosant souvent…

Voilà qui a paru bien long, compliqué et salissant à la retraitée fainéante que je me plais à être. Donc :

Ingrédients :

 2 Filets de porc coupé en tronçons que vous faites dorer dans un faitout.
 2 poignées de poivrons (que vous avez au préalable lavé, coupés en lamelles et mis au congélateur pour que ça aille plus vite quand vous en avez besoin. Achetés par 4, il y en a pour un moment.)
 1 Boîte d’ananas en morceaux avec le jus. (Moi, j’en mets 2 parce que ce que j’aime dans ce plat, c’est l’ananas au paprika)
 Sel, poivre et 1 c. à soupe de paprika.

Temps de cuisson ??? Euh…, le temps que le jus réduise, mais prenez soin de lâcher, de temps en temps, l’ordinateur pour aller touiller et vérifier le niveau du jus.

Accompagnement : pour moi, c’est frites.
Mais alors, là, excusez du peu, la fainéante se rebelle, épluche ses pommes de terre à la main, les coupe à « l’emporte-pièce » dans n’importe quel sens, les laves à l’eau chaude, les essuient avant de les mettre dans la friteuse.

Martine

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