Mon amie Nane

Georges Bernanos restera toujours pour moi un auteur un peu hermétique, mais je sais maintenant au moins de qui il veut parler dans les premières lignes de « Sous le soleil de Satan » quand il dit « Voici l’heure qu’aima P.J Toulet… ».
Paul-Jean Toulet est né à Pau en 1867, mais il a aussi vécu à l’île Maurice et à Alger. C’est sans doute cette connaissance de l’étranger qui donne à « Mon amie Nane » une saveur un peu exotique qui fait penser aux BD d’Hugo Pratt.

Nane était une « demi-mondaine », comme on disait alors ou une « horizontale » comme on disait au XIXe siècle. Aujourd’hui, les plus méchants diraient que c’était une « poule de luxe ». Les plus compréhensifs, que c’était tout simplement une « femme libérée » et Marc Lavoine lui trouverait bien entendu les yeux revolver.
Nane était une « demi-mondaine » plus légère que fatale. Aujourd’hui, on la trouverait même un peu « blonde ».

Son histoire nous est racontée par l’un de ses amants qui nous fait part, non sans humour, du charme, mais aussi des inconvénients de cette relation évanescente.

En fait, l’histoire importe peu, car Paul-Jean Toulet, avant d’être un romancier, est un grand poète. Son style est si fluide et si pétillant qu’on se laisse submerger par l’enchevêtrement des mots et des phrases sans vraiment prendre le temps d’essayer de suivre le fil de l’intrigue.

Je me souviendrai cependant de la fin de « Mon amie-Nane » qui, comme beaucoup d’histoires de courtisanes, se termine par le mariage de Nane. Le dernier échange épistolaire, d’une grande profondeur, entre Nane et l’amant-narrateur nous oblige à revoir toute leur liaison sous un jour nouveau.

Bref, Paul-Jean Toulet est un grand écrivain qui a marqué la littérature française, et spécialement celle du début du XXe siècle, au même titre que des auteurs comme Proust et Céline. À ce titre, les efforts fournis par Jean d’Ormesson, depuis les années 80, pour faire redécouvrir cet écrivain d’une incroyable modernité sont pleinement justifiés.

Edouard

Mon amie Nane
Paul-Jean Toulet
1905

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Une réflexion sur “Mon amie Nane

  1. Mon Nane, mon Nane 17 août 2010 / 16 h 15 min

    Formidable, un article sur lequel on peut tomber indifféremment grâce à une recherche sur Bernanos ou sur Marc Lavoine!
    L’auteur de l’article cherche clairement à ratisser large pour attirer de nouveaux lecteurs, il cite même Proust (Marcel), Ormesson (Jean), Pratt (Hugo), Céline (Céline) et l’île (Maurice).

    Mais diantre, Toulet aurait donc sa place entre Proust et Céline, rien de moins ? Un homme ayant entretenu correspondance avec Debussy ne saurait certes manquer de susciter la curiosité… a-t-il toutefois plus de tenue que Mr Louÿs ? Peut-on jeter un oeil à sa prose sans perdre pied et âme? Bref, tout-cela est-il bien moral?

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