Tintin et les forces obscures

La place de l’étrange et du bizarre dans les aventures de Tintin, dans la vie d’Hergé et plus généralement dans l’Histoire.

Dans notre Monde dominé par la science et la raison, l’obscur est tout ce qui est à la périphérie ou en dehors du cadre conventionnel de compréhension de la nature, sans lequel il serait difficile de nous orienter.

Pas simple de faire une synthèse de tous ces phénomènes. Heureusement, les aventures du très rationnel reporter sont ici l’occasion de faire un point de situation en 11 tableaux des aspects les plus saillants de l’obscurité.

On distingue plusieurs familles. Tout d’abord, les phénomènes qui tendent à être rattrapés par la science : le rêve avec la découverte du sommeil paradoxal, l’hypnose avec le développement de l’imagerie cérébrale. Il y a ceux qui narguent la science avec la voyance qui n’a bien entendu aucun fondement scientifique, mais qui n’en a pas moins la dent dure et la télépathie qui laisse perplexe, en partie à cause de la communication entre les vrais jumeaux. Il y a ensuite les phénomènes qui répondent à des modes, comme la radiesthésie dans les années 30 et les extraterrestres dans les années 5o. Après, il y a ces croyances : superstitions, mysticisme, paranormal, qui nous impressionnent tous à divers degrés, car nous sommes heureusement tentés d’imaginer qu’il y a autre chose que la vérité scientifique conventionnelle, des choses qu’elle n’a pas encore expliquées ou des choses qu’elle n’expliquera jamais, qui sont d’un autre ordre. Bref, tout ce qui est peu palpable et qui répond à notre irrésistible besoin d’évasion.

Restent deux tableaux : le premier regroupe ceux qui profitent du système, de la crédulité de l’individu, de son besoin de reconnaissance, de son besoin d’intégration ; de ceux qui n’hésitent pas à maquiller la science pour la rendre surnaturelle ; je veux bien entendu parler des sectes et autres sociétés secrètes, très abondantes dans l’œuvre d’Hergé.

Pour finir, il y a la folie, notion qui, entre « Tintin au pays des soviets » et « Tintin et l’alph-art » a fait l’objet d’une révolution copernicienne grandement liée à l’apparition des neuroleptiques dans les années 50. La folie n’est plus aujourd’hui dans la langue française qu’un adjectif qualifiant un acte inconsidéré. Pour le reste, on parle de maladie mentale.
Dans l’univers manichéen d’Hergé, il y a le gentil, le méchant et le fou. Pour le lecteur de 7 ans qui a besoin de repaires, ce triptyque simpliste est largement suffisant. Dans les 70 années qui vont suivre, il aura bien le temps de comprendre que les choses ne sont pas si simples et, arrivé à l’âge de péremption du lectorat de Tintin, il retrouvera dans ses aventures, avec tendresse et émotion, l’innocence de ses 7 ans.

Cet ouvrage est donc un très bon cru que je conseille en priorité à tous ceux qui, comme moi, ont un background culturel qui a été forgé à partir des aventures du reporter à la houppe.

Edouard

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