A l’ombre des jeunes filles en fleurs

1- Autour de madame Swann

Le temps passe, Odette a fini par épouser Charles, mariage sans doute lié à la naissance de leur fille Gilberte. Les parents de Marcel, toujours aussi réticents à fréquenter les Swann, s’assouplissent cependant par l’entremise de M. de Norpoix, un ami commun. Le narrateur va enfin pouvoir entrer dans l’intimité de Gilberte et par là même accéder à un milieu qu’il ne connaissait qu’en rêve et dans lequel il retrouve notamment l’écrivain Bergotte.

Tout ça pour ça. C’est peu dire que l’œuvre de Proust est mal adaptée au lecteur du XXIe siècle. Je me suis posé des questions concernant la longueur des phrases et sur le fait qu’on ne pouvait que difficilement les suivre de bout en bout. Passé les trois premières lignes, on perd inévitablement un peu le fil général de la phrase de laquelle on ne retiendra plus que quelques impressions, des sentiments, des odeurs, des couleurs… C’est beau quand il parle d’objets ou de lieux ; c’est intéressant quand il parle de personnes et même parfois comique, mais ça devient vite insupportable quand il parle de lui. En l’occurrence, les interminables séquences dans lesquelles il décortique ses sentiments pour Gilberte sont très peu digestes. Il ne se passe rien entre les deux ados, on ne sait pas ce qu’ils se disent et à peine qu’ils se voient. D’ailleurs, ce qui intéresse le narrateur n’est pas tant Gilberte que les sentiments qu’il éprouve pour elle.

2- Nom de pays : Le pays

Le narrateur passe l’été à Balbec en Bretagne avec sa grand-mère et Françoise, leur gouvernante. De nouveaux personnages apparaissent et Marcel poursuit son intégration dans le Monde : madame de Villeparisis, ses neveux Charlus et Saint-Loup, le peintre Elstir qui lui permet d’entrer en contact avec Albertine, l’une des figures principales de la recherche, d’abord noyée dans un groupe de « jeunes filles » duquel elle se détache petit à petit.

A l’ombre des jeunes filles en fleurs a bien failli s’ajouter au nombre de mes lectures inachevées. Il faut trouver le temps et les circonstances pour se plonger dans la peau du narrateur, dans son hyper sensibilité, pour ressentir ce qu’il ressent et pour remonter le temps avec lui. Mais lorsque les circonstances sont réunies, l’expérience est saisissante.

J’aime bien Albertine, très différente de Gilberte, beaucoup moins sophistiquée, moins chipie, plus nature. Toujours plongé dans ses émotions, Marcel navigue, émerveillé au milieu du groupe de jeunes filles, les regardant comme des œuvres d’art, comme des statues vivantes, fasciné par la voix de l’une, par le regard d’une autre, par le sourire d’une troisième. Il flotte dans ce petit monde qui le berce et on devine en toile de fond les efforts d’Albertine qui cherche à attirer son attention. J’ai pas mal pensé à l’Antoine Doisnel de Truffaut et beaucoup à « Guillaume et les garçons à table » de Guillaume Gallienne. L’homosexualité de Proust est un fait acquis, mais on le sent ici plutôt asexué, noyé dans sa sensibilité. Il finit tout de même par essayer d’embrasser Albertine qui a bien entendu tout manigancé et lui reproche ses ardeurs en prenant des airs offusqués. Pris à l’hameçon, notre Marcel est amoureux à l’heure où il est sur le point de passer du côté de Guermantes.

Edouard

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