Patchword

L’écrivain est-il réellement le démiurge tout-puissant fantasmé par l’imaginaire collectif ?

À côté de l’auteur, il y a parfois un ou plusieurs nègres, un mentor, des relecteurs qui donnent des conseils plus ou moins avisés. Ensuite, il y a le dialogue avec l’éditeur qui entrave encore un peu plus la liberté de l’auteur. Enfin, il y a les lecteurs et les critiques qui s’approprient à leur façon l’ouvrage.

Bref, l’auteur démiurge prendra beaucoup de coups lorsqu’il sort de l’ombre et qu’un livre a par définition vocation à échapper à son auteur.

Le « patchword » va beaucoup plus loin. Vous ne trouverez pas le mot dans le dictionnaire puisqu’il a été adopté à l’unanimité par mon atelier d’écriture il y a quelques mois. Avec le « patchword », la multipaternité du roman est revendiquée d’emblée. Ce n’est pas un recueil de nouvelles, mais bien une intrigue unique avec des scènes rédigées par différents auteurs (une scène peut être elle aussi rédigée par plusieurs auteurs). La difficulté, vous l’aurez deviné, est de préserver la cohérence de l’ensemble tout en respectant le style et la spontanéité de chacun. Ce n’est pas forcément facile et c’est là tout l’intérêt de l’exercice. Merci aussi à l’informatique. Sans adresse collective gmail, sans « drive » et sans fichier Excel tenant à jour l’avancée du plan détaillé, l’entreprise n’aurait peut-être pas été possible.

Partis à 9, nous avons terminé à 6. Il faut aussi tenir compte d’un 7e élément indispensable : le modérateur (en l’occurrence, l’animatrice de l’atelier). Pas besoin d’être tous des Victor Hugo : tout le monde doit trouver sa place. Cependant, il est bon qu’un ou deux membres de l’atelier aient quelques connaissances techniques concernant la construction de l’intrigue.

Bref, l’objet final intitulé « meurtres cousus main » (le choix du titre n’a pas été une mince affaire et nous avons finalement opté pour le consensus mou) me semble pas trop mal, mais nous attendons avec impatience le retour des lecteurs. Nous ne sommes pas passés par un processus éditorial. Seulement une centaine d’exemplaires ont été tirés à compte d’auteur.

Si le concept vous intéresse, une lecture publique partielle de l’ouvrage sera effectuée

Le 13 juin à 19h00 à la librairie « la 25e heure », 8 place du général Beuret, Mo Vaugirard (ligne 12), Paris XVe

Édouard