Jacques, frère de Jésus

 

Qui était donc ce mystérieux personnage appelé à plusieurs reprises « frère du seigneur » dans le Nouveau Testament ?

La découverte en 2002 d’un ossuaire portant l’inscription « Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus » fit son petit effet, même si les experts purent être rapidement assurés du caractère douteux de l’authenticité de l’inscription.

Antoine Bernheim soutient que Jacques était bien le fils de Marie et Joseph, s’opposant à la thèse de l’Église, fidèle à la démonstration de Saint Jérôme qui en faisait un cousin du Christ. Ce qui est en cause, on l’aura compris, c’est le dogme de la virginité perpétuelle de Marie. Heureusement pour le lecteur, l’ouvrage ne se limite pas à des débats généalogiques. Jacques méritait mieux, son histoire est passionnante.

Tout comme les épisodes IV, V, VI et I, II, III de la saga Star Wars, les textes canoniques qui décrivent les premiers temps de la chrétienté (Actes des apôtres, épîtres de Paul…) ont été écrits avant les évangiles contant la vie du christ. Alors même que la présence de Jacques est très forte dans l’histoire des premières communautés, au moins égale à celle de Pierre, il n’apparaît qu’allusivement dans les évangiles, pas même en tant qu’individu, mais seulement comme membre de la famille de Jésus. À cet effet, les évangiles insistent bien sur la distance prise par le Christ avec sa famille.

Les premières communautés chrétiennes, essentiellement composées de juifs, eurent très rapidement à trancher la question de leur ouverture aux gentils (non juifs). Alors que les partisans de Jacques, les judéo-chrétiens, plaidaient pour la fidélité à la loi juive tout en tolérant la présence des gentils, ceux de Paul, les pagano-chrétiens, défendaient au contraire une position se distinguant très nettement de la religion originelle.

On le sait, l’histoire du christianisme a très largement favorisé les pagano-chrétiens et le choix des évangiles canoniques, dû sans doute à leur valeur historique et théologique, fut certainement aussi motivé par le fait qu’ils servaient l’approche pagano-chrétienne.

La mort de Jacques et la chute de Jérusalem en 70 portèrent un coup fatal aux judéo-chrétiens. Ils devinrent rapidement minoritaires sans disparaître totalement puisqu’on retrouve ici et là leurs traces au cours des premiers siècles de notre ère. Rejetées d’une part par les juifs et d’autre part par les pagano-chrétiens, ces communautés étaient condamnées à l’extinction. L’histoire leur donnera cependant une postérité inattendue 600 ans plus tard. Leur influence sur le Coran semble en effet aujourd’hui évidente pour les exégètes.

Édouard

Pierre-Antoine Bernheim

Albin Michel

1996/2003