Vie et destin de Jésus de Nazareth

L’approche de l’auteur consiste à rechercher la vérité sur Jésus dans le contexte culturel juif de l’époque. Elle permet de comprendre qui était Jésus, mais aussi ce que voulaient dire les évangiles, écrits plusieurs décennies après la crucifixion par des personnes ne l’ayant pas connu directement. Les évangélistes ont surinterprété parfois les paroles de celui qu’ils appelaient Christ dans un contexte de consolidation du christianisme. Je ne veux choquer personne en demandant si Jésus était plus juif que chrétien, mais il est évident que la très grande majorité de ses contemporains ne le voyaient pas autrement qu’un juif, certes un peu particulier, mais un juif tout de même.

Concernant la naissance, les habitants de Nazareth voyaient avant tout en Jésus un enfant dont la paternité était douteuse. Cette paternité non établie avait des effets beaucoup plus importants dans les sociétés juives de l’époque que dans la nôtre. L’auteur nous explique que ces enfants, qualifiés de « Mamzer », étaient marginalisés dès leur naissance. Cette marginalité explique sans doute la tendance de Jésus à fréquenter des marginaux et à transgresser les dogmes juifs.

Et pourtant, sans apporter de scoop fracassant, Daniel Marguerat parvient à nous rapprocher encore un peu plus de ce juif hors normes. Car c’est bien dans cette inaccessible proximité avec le Jésus de l’histoire que réside la fascination, bien plus pour moi que dans un zèle dogmatique chrétien outrancier ou dans une tentative de démystification athée. Oui, donner naissance à un enfant tout en étant vierge peut laisser dubitatif, tout comme ressusciter après avoir été crucifié, changer l’eau en vin, marcher sur l’eau ou multiplier les pains. Mais si l’on a pas la foi du charbonnier, comment savoir ce qui s’est effectivement passé dans la vie de cet homme encore révéré 2000 ans après sa mort ?

Y a-t-il, en occident, un personnage au sujet duquel on a autant écrit ? Que reste-t-il a dire sur cet individu irrémédiablement fascinant, même pour le plus convaincu des athées ? Moi, même, j’en ai lu un certain nombre de bouquins sur cette figure indispensable à la compréhension de l’occident. Alors, quoi de nouveau sous le soleil ?

A l’autre bout de la vie du christ, la crucifixion demeure un événement mystérieux. Difficile de savoir exactement ce qui s’est passé. Il y a beaucoup de trous dans les évangiles et les récits se contredisent en partie. Après sa mort, selon les évangiles, Jésus apparaît aux douze. Marguerat retient le concept de « vision ». Dans l’état d’abattement dans lequel ils se trouvaient après la crucifixion, il semble peu probable qu’ils aient pu relever la tête s’ils n’avaient pas acquis la certitude que Jésus était ressuscité. Ce qui s’est passé restera un mystère, mais il s’est forcément passé quelque chose.

La fin du livre, et la vision de Jésus par les autres monothéismes, est particulièrement intéressante. Pour les juifs, Jésus était un hérétique et bien sûr, pas du tout le fils de Dieu. Les musulmans n’acceptent pas non plus sa nature divine, mais le reconnaissent comme un prophète digne de respect, fils de Marie qui est pour eux un personnage beaucoup plus important. Si les musulmans rejettent le christianisme, c’est surtout parce qu’ils considèrent qu’il ne peut y avoir qu’un seul Dieu et que la trinité n’est pas acceptable.

Presque 2000 ans après sa mort, le Jésus dépassionné de l’histoire commence à apparaître. Il y aura d’autres avancées, j’espère, mais la voie tracée par Margerat mérite d’être creusée.

Daniel Marguerat

Seuil

2019

Édouard

Un ami Facebook

Je ne peux pas dire qu’à la fac, c’était vraiment un ami. Cependant, son sourire, sa voix apaisante et son regard bienveillant me suffisaient pour dire « lui, il est sympa », sans que je le connaisse vraiment.
Et puis, on s’est retrouvé bien des années après sur Facebook je ne me souviens plus très bien comment.
En fait, c’est Daech qui nous a rapprochés. À partir des attentats de Charlie Hebdo, j’ai commencé à écrire pas mal d’articles sur l’islamisme et l’islam en général. Mohamed les likait et/ou les commentait. Au printemps, après avoir bien débattu sur « les djihadistes sont-ils musulmans ? », il m’a dit « en te lisant, je me dis que le dialogue est possible ». Alors on a décidé de se rencontrer en live pour dialoguer.
C’est comme ça qu’on s’est retrouvé deux mois plus tard au tournesol. Ne me dites pas que vous ne connaissez pas le tournesol. C’est pour moi le bar des bons souvenirs du côté d’Edgar Quinet dans le quartier Montparnasse. Je n’y vais plus beaucoup, mais à chaque fois, je sais qu’il sera le théâtre d’une rencontre dont je me souviendrai longtemps.
Mohamed n’avait pas beaucoup changé depuis la fac. Il avait fait le même DESS que moi l’année d’après alors des souvenirs en commun, on en avait. Il s’était marié et avait deux enfants.
Rapidement, on a comme prévu embrayé sur la religion. Moi et mon éducation catholique, lui et son éducation musulmane, c’était un moment fort. Mohamed n’était pas un djihadiste, on a pris chacun une pinte et il m’a avoué que ça lui arrivait de manger du porc. Il m’a dit aussi avoir pris conscience qu’il était musulman la première fois qu’on l’avait traité de sale arabe quand il était enfant. Ceci dit, il ne rejetait pas pour autant ses racines musulmanes et algériennes. C’était donc un moment fort, un moment où tout semble possible, où tu te persuades que les gesticulations de Deach n’étaient en fait qu’une mascarade aussi macabre que pitoyable et qu’il n’y a pas d’autre issue que le dialogue entre religions.
La semaine dernière, Mohamed a eu une crise cardiaque. C’est Leila, son épouse, qui l’a annoncé sur Facebook.
Bien sûr, j’ai été choqué, je me suis senti jeté à terre et j’ai même entendu mon inconscient me dire : « Le pot du tournesol, c’était un rêve, un mirage. C’est un truc qui n’existe pas dans la vraie vie. Les religions sont faites pour se combattre, pas pour se comprendre ».
Heureusement, je me suis relevé. Je sais qu’il y a d’autres porteurs de lumière dans le monde musulman. Nous ne pourrons plus débattre ensemble Mohamed, nous ne pourrons plus continuer à guerroyer contre l’obscurantisme, mais maintenant, je le ferai aussi un peu pour toi.

Édouard

De la Perse à l’Iran : 2500 ans d’histoire

L’image de l’Iran s’est forgée dans mon enfance par le biais de la guerre Iran-Irak à laquelle je ne comprenais rien du tout, mais qui était évoquée chaque soir au JT. L’Iran, c’était aussi l’ayatollah Kohmeini qui me faisait peur avec sa longue barbe. « Ayatollah » est un mot sympathique pour un enfant, le genre qu’il n’oublie pas. Aujourd’hui, l’image de l’Iran véhiculée par les médias n’est guère meilleure, celle d’une république islamiste essayant par tous les moyens de s’approprier la puissance nucléaire.
La Perse, j’en avais aussi entendu parler, mais ça, c’était avant, dans l’antiquité. Un peuple jamais présenté positivement. Il y avait bien les lettres persanes de Montesquieu, mais quel rapport avec l’Iran ? Marjane Satrapi dans les années 2000 aurait dû me mettre la puce à l’oreille avec son « Persepolis ».
Et Zarathoustra ? Ben oui, j’avais entendu parler du livre de Nietzsche en philo. Cependant, jamais je n’avais fait le lien avec la Perse, et encore moins avec l’Iran. On ne crie pas sur tous les toits que le zoroastrisme est la religion monothéiste la plus ancienne du monde qui a largement influencé les religions du livre. Les juifs, libérés de leur situation d’exilés à Babylone par l’empereur perse, Cyrus, n’ont pu ignorer l’existence de cette religion universaliste.
Il faut dire qu’il ne reste aujourd’hui plus grand-chose de l’ex-Empire perse qui s’étendait entre la Grèce et l’Inde à son apogée. Nombre des républiques en « stan » (Tadjikistan, Afghanistan…) de l’ex-URSS en faisaient partie.
L’occident médiéval doit beaucoup à la Perse et en particulier à ses savants qui lui apporteront entre autres le « 0 » inventé en Inde. Sans ce puits de science apporté par les musulmans bien souvent perses et chiites, la renaissance européenne aurait bien eu du mal à voir le jour.
Le chiisme aussi j’en avais entendu parler, sans toutefois savoir ce qui le distinguait vraiment du sunnisme. Bien que très majoritaire, le sunnisme, avec sa structure peu hiérarchisée et prônant une application littérale du Coran montre aujourd’hui sa fragilité qui permet à des organisations comme Deach, d’utiliser l’islam à des fins criminelles. Le clergé hiérarchisé du chiisme et la place importante qu’il donne à l’interprétation des textes sembleraient mieux convenir à un islam mondialisé.
Ardavan Amir-Aslani, l’auteur de cet essai, ne cache pas que son objectif de réhabiliter l’image de l’Iran et de sa culture millénaire, de ce pays qui a transformé l’islam, bien plus que celui-ci ne l’a transformé. Dans un monde caractérisé par un affrontement tectonique des grands ensembles économiques dans lequel la Chine et l’Inde progressent sans cesse, l’Iran aura certainement un rôle de tampon à jouer entre orient et occident. Donald Trump, en usant à outrance des pires clichés occidentaux, est peut-être son meilleur ennemi.
Édouard
Éditions l’Archipel
Mars 2018

L’avenir appartient aux musulmanes

Elle se tenait droite au milieu de ce champ d’ail qui surlignait d’un trais vert fluo l’aridité des falaises de Bandiagara. Le pays Dogon, ce paradis préservé de la brutalité occidentale dont on m’avait parlé, l’un des derniers havres de paix de notre planète.
Lorsqu’elle nous vit, elle se mit à faire des signes en s’approchant. On finit par comprendre ce qu’elle voulait. Elle avait une grosse conjonctivite et avait besoin de collyre pour ses yeux.
Ça se passait en 2005 et se fût une révélation. On m’aurait menti ou peut-être que le tiers-mo,dismebéat ambiant des années 80 se mentait à lui-même. Certes, l’homme blanc avait industrialisé l’esclavage, pillé les richesses de l’Afrique, avait contraint le continent à épouser des frontières et une religion qui ne lui appartenait pas, mais n’était-ce que cela ? Était-ce si indispensable de préserver les « merveilleux » indigènes de notre dévastatrice civilisation, les maintenir où ils étaient, sans leur demander leur avis ? Cette bienveillance naïve qui imaginait s’opposer au colonialisme en conservait en fait ce que le petit blanc des colonies avait sans doute de pire : la condescendance.
L’islam, religion des indigènes, obéit aux mêmes règles. Au moins autant que l’islamophobie, la bienveillance naïve et condescendante fait le lit de l’islamisme qui séduira tous ceux qui se sentent méprisés et mis à l’écart de la société. Certes, nos aînés ont perdu les colonies, mais ont continué à considérer les immigrés comme des indigènes.
J’ai pu donner du sens au choc provoqué par l’épisode de la femme Dogon quelque temps après sa rencontre en discutant avec des jeunes maliens au chômage et un guide à Tombouctou : l’homme blanc avait aussi apporté la prise de conscience de possibilités d’un « mieux-être », de possibilités inouïes permettant de vivre plus longtemps et dans de meilleures conditions et ça, de l’aborigène au cheyenne en passant par le pygmée et l’esquimau, personne n’est contre.
Le discours convenu en France concernant l’islam s’attache à la condition de la femme, on parle de burqa et des talibans, mais ce sont d’autres cultures. On ne parle jamais de la musulmane de la rue, celle qui vit en France au XXIe siècle et qui s’efforce de conjuguer les exigences de sa religion, le poids de la société et les possibilités d’épanouissement personnel qu’elle offre.
Pourquoi n’en parle-t-on jamais ? Parce qu’elle est trop bête pour comprendre que sa religion l’oppresse ? Parce que ces charmantes indigènes qu’il faut préserver ne voient pas le mal, ne comprennent pas toutes ces histoires d’émancipation que les Françaises de souche construisent depuis 50 ans ?
Personne n’échappe aux sirènes du « mieux-être », les islamistes le savent et leur combat ne peut être que d’arrière garde. La peur de l’invasion musulmane est souvent évoquée sur les réseaux sociaux. L’histoire de l’islam qui dévore l’occident est celle de la grenouille qui dévore le bœuf, mais qui, en définitive, finit par ressembler plus à un bœuf qu’à une grenouille. Les musulmanes chercheront forcément ce mieux-être pour elles et pour leurs enfants et si l’islam s’y oppose, elles changeront l’islam.

Édouard

Soumission

En 2022, en France, un parti islamiste arrive au pouvoir.
J’avais adoré « les particules élémentaires ». Je ne suis souvent pas d’accord avec lui, mais il a un style, il lance des pistes intéressantes… Je connaissais ses positions islamophobes et je m’attendais donc au pire en ouvrant « soumission ». Un genre d’ouvrage à la Céline dans lequel le mot « musulman » aurait remplacé le mot « juif ». Je resterai sur ma faim, son éditeur l’a peut-être encouragé à mettre de l’eau dans son vin. Pour tout dire, j’ai un peu l’impression d’être passé à côté, comme si j’avais lu sans imprimer. Sur le fond, au lieu de Céline, ce serait plutôt du Proust pour son caractère snob, prétentieux et mondain, la beauté de l’écriture et la finesse psychologique en moins. Je ne comprends pas trop non plus l’intérêt d’étaler tous les détails de la misérable vie sexuelle du personnage principal à part pour dire « ne vous inquiétez pas, tonton Houellebecq est là, y aura du crado pour tout le monde ».
Y faut dire que faire de la politique fiction, c’est un peu comme la roulette russe avec toutes les balles dans le barillet. Le livre ayant été publié en 2016, Houellebecq prédisait la réélection d’Hollande avec un second tour Hollande/Le Pen. À sa décharge, il faut reconnaître que les dernières élections ont été riches en rebondissements. Difficile de prédire la défection d’Hollande, le lynchage de Fillon, la percée spectaculaire de Macron et la pitoyable prestation de Marine Le Pen lors du débat de l’entre-deux tours. J’imagine mal cependant l’élection en France d’un président appartenant à un parti qui se réclame ouvertement d’une appartenance religieuse particulière. Cela serait sans doute possible dans d’autres démocraties occidentales comme le Canada et la Belgique. Là où il avait vu juste, c’est sur l’essoufflement de la bipolarité droite/gauche, quoi qu’après un an, il est difficile de faire un jugement tranché concernant la révolution opérée par LREM. Aujourd’hui, seul Mélenchon semble s’être relevé.
L’intrigue se déroule essentiellement dans les arcannes du milieu universitaire, l’éducation étant devenu la préoccupation numéro un du nouveau gouvernement.
La « soumission », c’est tout ce qu’on devine du nouveau statut de la femme et la remise en cause de tout ce qui a été fait depuis 50 ans en France pour asseoir l’égalité des sexes. L’un des protagonistes évoque « histoire d’O », le classique de la littérature érotique publié en 1952 et écrit par Dominique Haury (alias Pauline Réage) pour Jean Paulhan dont elle était amoureuse, dans lequel la « soumission » quasi masochiste de la femme tient une place majeure.
Je ne pense pas que l’on puisse réduire l’islam à la place de la femme dans la société même si cette confrontation entre les valeurs revendiquées par Daesh et celles défendues par l’occident est la plus médiatisée et la plus compréhensible par tous.
Les mouvements « me too » et « balance ton porc » de 2017 n’ont pas désigné de religions particulières, mais des comportements masculins qui s’apparentaient à une situation de « soumission », ce qui prouve bien que l’islam n’a pas le monopole de la soumission.

Édouard

Michel Houellebecq
2016
J’ai lu

Les djihadistes sont-ils musulmans ?

Moi aussi j’y ai cru à la diaspora des soldats de l’État islamique. Alors que celui-ci est moribond et condamné à la disparition à plus ou moins brève échéance, les « soldats » continuent à agir avec des moyens rudimentaires il est vrai, mais d’une efficacité médiatique incontestable.
Ces meurtriers s’intéressent-ils réellement à l’islam ? Ont-ils lu le coran ? Savent-ils lire et interpréter les sourates ? Je doute que cela les intéresse vraiment et que pour beaucoup d’entre eux, être musulman se limite à hurler « Allahu akbar » avec un couteau dans la main.
En ce début d’année, lassé de ne pouvoir m’immiscer dans les discussions de mes collègues, n’ayant jamais vu un seul épisode de « Game of thrones », j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et je me suis enfilé les sept saisons. Comme beaucoup, je me suis laissé séduire. Ce que j’aime, c’est le dosage très fin que la série fait du surnaturel qui monte peu à peu en puissance, cet usage de la magie qui ne marche pas toujours. Par contre, j’ai été frappé par la représentation ultraviolente et grotesque du pouvoir : on destitue, on égorge, on décapite, on émascule de manière impulsive pour un oui ou pour un non. Je pense que cet absolutisme dans l’ultra violence a largement fait le succès de la série qui nous permet de libérer nos instincts sadiques.
Heureusement, la plupart des gens, une fois la série terminée, redeviennent des citoyens normaux. Il existe cependant aujourd’hui un réseau international permettant à ceux qui le veulent de donner libre cours à leur haine de la société, à leur goût pour l’ultra violence. Une organisation qui permet à chacun d’accéder à une reconnaissance, quels que soient l’origine sociale et le niveau d’étude, permettant à tout un chacun de devenir un Lannister ou un Targaryen : Daesh. J’avais beaucoup ironisé quand l’EI avait revendiqué la fusillade de Las Vegas, mais ce que je n’avais pas alors compris, c’est que l’acte violent, sans doute bien plus que le message islamiste, justifie la revendication.
Je ne suis pas en train de démontrer que le djihadisme n’a rien à voir avec l’islam. Je sais bien qu’il y a en France des imams qui endoctrinent les jeunes. Je sais aussi que le succès de Daesh en France est largement dû au fait que les populations fragilisées qui pourront fournir des djihadistes en herbe sont bien souvent d’origines musulmanes. Je comprends aussi l’Histoire et la rancœur vis-à-vis de l’occident qu’elle a pu faire naître dans le monde musulman.
Les zonards évoqués par Starmania et les punks de Mad Max des années 80 ont fini par disparaître. Toute époque connaît ses groupuscules violents. Daesh est plus la créature de la mondialisation et d’internet que du Coran et, de ce fait, il est bien plus impressionnant que des groupuscules isolés. Que pouvons-nous faire ? Je pense qu’il y a un travail sur eux-mêmes que doivent poursuivre les musulmans, un travail de lutte contre l’exclusion que doit poursuivre la société, mais qu’il restera toujours une part d’impuissance que seul le temps saura résoudre. Dans quelques années, le djihadisme sera devenu « has been ». Peut-être l’est-il déjà. La société créera peut-être autre chose de plus violent, de plus fédérateur. On verra bien…ou pas si on à la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.
Le chien aboie, la caravane passe.
Édouard

Poker Daesh

Quel lien le comptable retraité asocial et shooté aux jeux d’argent Stephen Craig Paddock aurait-il pu avoir avec Daesh ? Tout le monde sait bien que les fusillades aux États-Unis ont été très fréquentes ces dernières décennies et n’ont eu qu’un effet très limité sur un peuple qui s’accroche à sa liberté de port d’arme comme une bernique sur son rocher.

Les revendications de l’État islamique dont la crédibilité avait commencé à s’émousser après l’attentat de Nice semblent aujourd’hui sombrer dans le ridicule, d’autant plus qu’une fois de plus, l’EI n’apporte aucune preuve pour étayer ses dires.

Faut-il en conclure que Daesh a perdu la tête et que sa comm n’est plus qu’un grand n’importe quoi ?

Je n’ai bien entendu pas la réponse, mais je pense que Daesh, très affaibli sur le terrain, a abandonné son rêve de conquête idéologique de l’occident. Si la revendication de la fusillade de Las Vegas fait sourire chez nous, elle a sans doute un sens ailleurs.

Les habitants d’autres contrées qui n’ont pas le même fond culturel que l’occident seront ainsi moins sensibles à l’improbabilité de la revendication, mais c’est plutôt a une autre catégorie qui n’est jamais évoquée par les médias que je pense : la population Daesh. Quels individus constituent l’État islamique ? N’est-ce qu’une armée, que des kamikazes, que des réseaux financiers occultes ? Je pense que c’est aussi une population diffuse, pauvre, n’ayant aucun accès à la culture, qui adhère plus ou moins à ses thématiques et à ses valeurs. Une population qui se nourrit certainement aussi d’une certaine hostilité vis-à-vis de la culture occidentale.

En 2005, un jeune guide, à Tombouctou, m’avait expliqué que ses parents allaient probablement l’envoyer à l’école coranique parce qu’ils n’avaient pas les moyens de l’envoyer au lycée à Bamako. Dans la capitale malienne, j’avais été frappé de voir des jeunes dans la rue arborer des tee-shirts à l’effigie de Ben Laden qui avait su faire des États-Unis l’archétype du mal.

Un attentat à Las Vegas pourrait ainsi apparaître comme un mini 11 septembre et avoir un impact non négligeable sur ces populations d’autant plus que la ville du jeu constitue une symbolique forte pour qui voudrait dénoncer un archétype du vice absolu. Cela ne m’étonnerait pas que l’on retrouve des références à Las Vegas dans la propagande de Daesh, bien antérieures à la fusillade d’aujourd’hui.

Pour résumer, il semblerait que l’EI cherche plus aujourd’hui à galvaniser ses troupes qu’a poursuivre son rêve de conquête. Cette politique de communication reste un pari bien fragile pour Daesh, dans un Monde dans lequel l’accès minimum à la culture rencontre de moins en moins d’obstacles, même chez les plus pauvres.

Un État islamique replié sur lui-même et s’abandonnant aux paris…c’est vrai que vu sous cet angle, il y a une certaine ressemblance avec Stephen Craig Paddock.

Édouard