Helsinki

Dans la mesure où il n’existe pas de guide Hachette dans la collection « un grand week-end à », je me suis rabattu sur le « petit futé » dont je ne suis pas entièrement satisfait. À ce titre, je remercie l’internaute d’avoir précisé sur le Web qu’il fallait prendre le T3 pour se rendre au « Sibelius monument ». Il faut aller tout au bout de la ligne et marcher un peu après. C’est à gauche, à droite, enfin, je visualise plus très bien… le mieux est de rentrer dans GoogleMaps l’adresse donnée par le guide. C’est incroyable comme cette application révolutionne le concept du tourisme. En lieu et place d’un être humain qui va essayer de se rendre indispensable, on a maintenant avec nous une sorte de cyborg qui nous donne la direction à prendre.

Et on peut même lui parler! J’ai d’abord pensé qu’il se foutait de ma gueule en me disant que j’étais à l’emplacement de l’église du Temppeliaukio alors même que je ne voyais sous mes pieds qu’un champ de lave en plein milieu de la ville. J’ai fini par penser que je devais être sur le toit d’une sorte de bunker. En descendant, j’ai un peu hésité à entrer dans ce qui me semblait être l’accès à un parking. La découverte de ce temple luthérien creusé dans la roche aura été en grand moment.

Il faut dire que les Finlandais n’en mettent pas des couches pour identifier les lieux touristiques. Protestantisme oblige, l’austérité est la règle. Cette recherche de l’épure, du minimalisme, se retrouve bien entendu aussi dans le design finlandais. À Stockholm, je l’avais plutôt vu comme un art de vivre domestique permettant de faire face à un climat pour le moins hostile. Ici, le design semble plus répondre à une quête intérieure visant à s’extraire du réel. Pas étonnant que le jeu vidéo fleurisse dans ce pays et qu’ « Angry Birds » y ait vu le jour. Cette recherche de l’épure fait un peu penser au zen, comme ces coussins en forme de galets amoncelés dans la chapelle du silence, sorte de mug en bois gigantesque construit en 2012. D’ailleurs, les Moumines, personnages à l’allure d’hippopotames des neiges qui semblent tout droit sortis d’un dessin animé de Miyasaki font un malheur au Japon.

Cette discrétion institutionnalisée n’est sans doute pas sans lien avec la situation géopolitique  de ce pays, pris en tenaille entre les deux grandes puissances que sont la Russie et la Suède, comme le rappellent la cathédrale orthodoxe Uspenski et la cathédrale luthérienne Tuomiokirkko qui semblent se regarder en chiens de faïence.

La Finlande, comme bon nombre de pays européens coincés entre plusieurs empires, a dû construire son identité à la force du poignet. Le finnois en constitue bien entendu un élément majeur ainsi que le Kalevala, recueil de mythes et légendes locales publié en 1835. Son indépendance ne date que de 1917 et son appartenance à l’Union européenne est bien entendu aussi un gage de stabilité. Malheureusement, les empires sont aujourd’hui moins géographiques  qu’économiques et industriels, en témoigne les difficultés du « miracle  finlandais » Nokia  mis en péril par Microsoft et Androïde qui menacent aujourd’hui 600 emplois en France (affaire à suivre le 2 octobre).

Édouard

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