Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison

Encore une folle équipée dans la Laponie chère au cœur d’Arto.
Ce n’est jamais la même histoire, ni vraiment le même paysage.
Cette fois-ci, « L’inspecteur principal Jalmari Jyllänketo est envoyé par la Sécurité nationale finlandaise dans l’ouest de la Laponie. Alors que des rumeurs font état de mystérieuses disparitions, il doit enquêter sur un ancien kolkhoze reconverti en une florissante exploitation agricole ; les mines de fer sont devenues des champignonnières ; les terres marécageuses, des potagers bio. »
Jalmari, devenu pour l’occasion contrôleur en agriculture biologique, s’habitue très bien à l’ambiance familiale de l’étang aux Rennes. Plutôt d’un caractère accommodant, il est vite adopté et restera au-delà de sa mission, en envoyant de faux rapports et en devenant pourvoyeurs de main-d’œuvre « spéciale » pour la mine qui n’est, en fait qu’un camp de concentration pour gens peu recommandables. Une autre façon de voir la justice et la réinsertion dans la vie sociale des délinquants.
Si je veux bien me donner la peine de réfléchir, je reconnais que l’histoire n’est pas du tout morale. Encore que… toutes les idées ne soient pas mauvaises. mais… trop fatiguée pour réfléchir.
Encore un Paasilinna qui ne m’a pas déçu et m’a bien changé les idées.
La Martine
PAASILINNA Arto
Folio, 2012 (Denoël 2010 – 1998), 376 p.

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Une odyssée américaine

Après quelques années comme prof de lettres, Cliff décide de s’occuper d’une ferme au Michigan. Sa femme le quitte au bout de 25 ans de vie commune,et il décide de faire le tour des États-Unis en voiture.
Il emporte un puzzle avec lequel jouait son petit frère ,et qui représente les cinquante états de la nation. Lors de chaque passage d’un état à un autre, il jette la pièce correspondante par la fenêtre de sa voiture.
Pendant la première semaine, il est accompagné par une de ses anciennes élèves plutôt givrée et nymphomane. Cela tombe bien au début, puisque lui est du genre chaud lapin.
Son road-movie lui fera rencontrer une série de personnages folkloriques, dans des paysages à couper le souffle. Et son voyage se terminera par un espoir de réconciliation avec l’épouse infidèle.
Tout cela raconté avec paillardise, et une santé de conquérant des grands espaces.
Voilà un auteur qui a du souffle
Amitiés de grande prairie,
Guy.
Jim Harrison – J’ai lu – 284 p.

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L’amour dure trois ans

Beigbeder écrit des chroniques incisives dans la revue Lire. J’avais apprécié ‘Premier bilan après l’apocalypse’, parfaitement subjectif et plein de mauvaise foi assumée. Au vu de ce roman, il semble meilleur critique que romancier.
Même si un critique l’a comparé à un ‘Musset fin de siècle’… L’histoire en bref: Marc est quitté par Anne, et il conquiert Alice. C’est tout? Ben oui.
Beaucoup de bons mots. La deuxième partie de cette édition est consacrée au scénario du film.
Extrait:
MARC (en voix off)
Je faisais exprès de marcher lentement pour pouvoir penser à elle plus longtemps.
Il se fait doubler par une très vieille dame qui promène son chien.
LA VIEILLE DAME
Pauvre con!
Musset??
Amitiés galipettes,
Guy.

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La délicatesse

Une histoire d’amour qui peut paraître très nunuche : un mec et une nana se rencontrent par hasard et, le hasard faisant bien les choses, vivent un amour sans nuages, sans dispute, sans rien que l’entente, l’osmose et la délicatesse. Nathalie et son 2e amour, pareil, même bonheur malgré le désaveu des autres qui trouvent Markus insignifiant. C’est plutôt rare pour que se soit totalement irréel.

Je ne vois pas pourquoi dédaigner une bulle de tendresse.

Tout est dans l’écriture : simple, limpide, imagée, des dialogues en langage parlé, mais biens, pas vulgaires, beaucoup d’humour ET plein de délicatesse. J’ai bien aimé les chapitres intermédiaires qui apportent un détail supplémentaire au chapitre précédent ; détails souvent amusants, sans aucun intérêt, complètement décalés qui amènent un sourire aux lèvres.

Ce livre a été très critiqué. Tout le monde attendait monts et merveilles, un ovni, à cause des 10 prix littéraires qu’il a eus. C’est justement pour sa simplicité et sa part de rêve impossible que je l’ai aimé, mais surtout pour l’humour.

Un livre à lire au second degré.

La Martine, le sourire aux lèvres

FOENKINOS David
Folio, 2012 (Gallimard 2009), 210 p.

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Une passion indienne

Une histoire tirée d’un fait réel : celle de la 5e épouse du Maharajah de K., une Espagnole de 16 ans, Anita Delgado Briones, de son mariage en 1908 à 1925, fin du rêve.

À cette époque les Indes sont sous « influence » anglaise. Nous voyageons du XXe siècle débutant, au Moyen-âge indien par ses traditions.

Anita a du mal à se faire à son nouveau pays, car elle est rejetée par les Anglais et la famille du maharajah (dont les 4 précédentes épouses). Elle n’est pas intégrée à la purdah et vit sous un autre toit avec son mari qui fait tout son possible pour l’imposer. Elle y mène une vie de fêtes et de petites responsabilités ; savoir recevoir, étudier la préséance pour ne pas faire de gaffe, être toujours belle et afficher les colifichets offerts par son mari (énormes émeraudes, perles, rubis, etc.). Pour mieux s’adapter, elle apprend l’anglais et l’ourdou qui lui permet de discuter avec ses paysans et domestiques.

La belle vie, les fastes, autant en Inde qu’en Europe où ils se rendent souvent … et les retours de bâton.

Un livre intéressant, très bien documenté qui nous fait découvrir une Inde aussi romantique que cruelle. Nous voyons apparaître un certain Gandhi et dans l’épilogue, la chute des anglais et celle des Maharadjahs.

Une belle histoire d’amour avec le fils du Maharadjah qui fit scandale en Angleterre à l’époque, mais surtout une page sur l’Inde et ses traditions.

La princesse Martine qui redescend de l’échelle.
MORO Javier

Une passion indienne

Point, 2012 (R. Laffont 2006 – (2005)), 436 p + photos.

Traduction : Bernadette Andréota

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Schmitt ! À mes souhaits !

Ne comptez pas sur moi pour éreinter E.E S. D’aucuns disent qu’il écrit un bon livre sur 2 ou 3. Il faut croire que je ne suis tombée que sur les bons. La collection « Le cycle de l’invisible » semble me réussir. (J’ai déjà lu « Oscar et la dame rose » et « l’évangile selon Pilate », c’est tout.)
On voit bien que E. E S a fait de la philosophie et qu’il a reçu la Lumière dans le désert (tiens, comme l’autre…) Ses livres posent des questions existentielles auxquelles il répond par « amour, humanisme, tolérance », mais dans un style léger, irréel et plein d’humour.
Mme Ming (dame pipi made in china) qui a créé 10 enfants (dont une légitime selon la loi chinoise) qu’elle aime avec générosité et qui le lui rendront bien lorsqu’elle fêtera son anniversaire à l’hôpital. Le français qui achète en Chine m’est apparu bien bourgeois et bien lâche, tout d’un coup.
Heureusement, il se rachète à la fin, grâce à la morale de Mme Ming
Et monsieur Ibrahim qui va adopter Moïse, le petit juif, et va lui apporter le bonheur et la paix en le faisant tourner chez les derviches pour qu’il se débarrasse de sa haine. Il lui apprendra à sourire et en fera son héritier.
C’est pas beau, ça ? Ça ne vous émeut pas ? Moi, ça me chavire !
Je veux être gentille, souriante, chasser ma haine en tournant sur moi-même, tolérante, humaine et, enfin !, croire à quelque chose.
C’est comme les résolutions du 1er de l’an. On se sent meilleur d’avoir pris de bonnes décisions bien saines et… on oublie. En refermant le livre, on se sent bien. Voilà un auteur qui aide à dormir sans cauchemar.
Je suppose que c’est par humanisme (et non par réalisme) qu’il est devenu Belge, il y a quelques années…

Martine

SCHMITT Eric-Emmanuel
Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus
Albin Michel, 2012, 115 p.
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
Poche, 2012 (Albin Michel 2001), 75 p.

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Les oreilles de Buster

Le titre ne m’a pas paru engageant. J’hésitais. Les critiques étaient bonnes, alors…

L’importance du titre se comprend mieux en lisant le livre…

Voilà un résumé difficile à faire sans dévoiler les surprises qui s’échelonnent au fil du récit et nous amènent à la fin qui m’a laissée « comme un rond de flan »…

Éva a reçu comme cadeau d’anniversaire d’une de ses petites filles, un journal avec, sur la couverture, un bouquet de roses. Elle qui n’a jamais voulu se confier va se mettre à écrire « ses mémoires ».

Éva est une passionnée des roses et plus particulièrement celles, précieuses, qu’elle cultive, avec amour, dans son jardin.

Au fil de ses confidences, nous comprendrons pourquoi. Elle nous raconte son enfance, ses rares amies, son grand amour, tout en nous parlant de sa vie actuelle avec Swen. Un savant mélange en noir et blanc ; le bien et le mal.

« J’avais sept ans quand j’ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j’ai finalement mis mon projet à exécution. »

Nous voilà prévenus dès le début.

Nous avons beau savoir les tenants et les aboutissants, la fin n’en est pas moins surprenante… Aaaah !

Tous les personnages sont bien décrits, très vivants et la mère « si belle et si blonde » est à tuer dès le début. Pour cela, j’ai dû patienter jusqu’à la fin sans m’ennuyer une seconde et sans sauter une ligne. Il y a beaucoup de faits, en apparence, anodins qui rendent le livre intimiste, facile et agréable à lire. Ces petits soucis « lambda » rendent « l’amère pilule » plus facile à avaler.

« Un délicieux mélange de candeur et de perversion. » Exact !!!

La Martine qui ne regrette pas ses sous !
ERNESTAM Maria

GAÏA Éditions, 2011 (2006), 412 p. (Traduction : Esther Sermage)

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Parle leur de batailles, de rois et d’éléphants

Un conte typiquement oriental écrit par un français de Niort, né en 1972, qui a fait des études d’arabe et de persan, qu’il enseigne à l’Université autonome de Barcelone, plus de longs séjours au Moyen-Orient. Tout cela suffit à faire un prix Goncourt des lycéens. (2010) Il en faut peu ; juste un peu de magie et une belle écriture sans surcharge.
« Puisque ce sont des enfants, parle-leur de batailles et de rois, de chevaux, de diables, d’éléphants et d’anges, mais n’omets pas de leur parler d’amour et de choses semblables. » (Kipling)
Et l’auteur nous parle d’amours. Amour de l’art, de la beauté, des autres (tous sexes confondus), du travail bien fait, mais aussi de l’orgueil, de la tyrannie, de la jalousie, etc., et de l’Empire ottoman au temps de sa splendeur quand Michelangelo s’y était réfugié pour construire un pont entre les deux rives du Bosphore (des preuves, mais pas de certitude.), de l’Italie sous Laurent le magnifique et Jules II, de. Je ne vais pas réécrire ce livre que j’ai lu 2 fois plutôt qu’une.
Une écriture au style « précis et ciselé comme une pièce d’orfèvrerie » ; un conte entre rêve et réalité qui m’a entraînée dans son sillage avec émerveillement.
La Martine sous le charme
ENARDS Mathias
Actes Sud, 2010, 154 p.

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L’écume des jours

Les amours de Colin et Chloé, racontées par un poète
de 26 ans, fou de la vie et du jazz.
Un livre bourré d’inventivité , de burlesque, de
tragique. Le monde magique de Vian se plie au vécu
des héros. Chaque page révèle une surprise. La langue,
manifestement héritée du surréalisme, emporte le
lecteur dans un monde de sons et d’odeurs.
Le ton est donné dès les premières pages: « il était
presque toujours de bonne humeur, le reste du temps il
dormait ». « …À l’intérieur de son thorax, ça lui
faisait comme une musique militaire allemande, où on
n’entend que la grosse caisse. » « On tombait dans un
couloir obscur qui sentait la religion ».
Les allusions à Jean-Sol Partre abondent. Avec humour
et admiration.
Néologismes et mots-valises à foison. (J’ai retenu le
docteur et sa trousse à doctoriser). Et les parents
sont des ‘relatifs’.
Un enchantement, dans tous les sens du mot…
Amitiés surréalistes,
Guy

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Des gens très bien

Alexandre Jardin, le Richard Virenque de la littérature française, dénonce son grand-père.

Jean Jardin, dit « le nain jaune » était chef de cabinet de Pierre Laval les 16 et 17 juillet 1942, jour de la rafle du Vel d’hiv. Cet affreux collabo a réussi se faufiler entre les mailles pas très serrées de l’épuration et a eu la bonne idée de passer l’arme à gauche en 1976, coupant ainsi l’herbe sous les pieds de ceux qui auraient pu le traîner devant un tribunal.
Peu après la disparition de son douteux papa, Pascal Jardin, le père d’Alexandre, tentera de réhabiliter son géniteur par le biais d’un roman qui aura un certain succès à l’époque : la guerre à 9 ans.

Lorsque « des gens très bien » est sorti au début de l’année, je lisais « le Zubial » : surnom affectueux qu’Alexandre donnait à un super-papa très peu crédible. À l’époque, je m’étais bouché les oreilles pour ne pas être influencé par le tsunami médiatique qui avait suivi la publication de son dernier roman.
Aujourd’hui, je me demande si le fils d’Alexandre Jardin ne fera pas dans trente ans le procès du Zubial.

« On m’aurait menti !? » aurait pu être le titre de cet ouvrage, tant il dégouline de naïveté.
Pendant les 200 premières pages, l’auteur parle du lourd silence qui a suivi la guerre et qui a masqué les activités vichystes de son aïeul. Il y a tout de même quelque chose d’intéressant dans ce silence qui a dû se perpétuer au long des décennies 50 et 60. Un silence auquel le rejeton de la génération Giscard que je suis n’avait jamais pensé.

L’écrivain se focalise ensuite sur les fondements de l’idéologie nazie et sur sa dimension antisémite. Il met le doigt sur le décalage entre l’antisémitisme des années 40 et sa conception actuelle : un sujet glissant que traitera peut-être un jour un historien courageux/suicidaire. Jardin, pour sa part, se garde bien de tirer toutes conclusions de ce constat.

« Des gens très bien », faute de présenter un quelconque intérêt littéraire, aurait donc pu présenter un intérêt sociologique. Toutefois, l’auteur dérape quand il fait un amalgame entre islamisme et nazisme : une comparaison simpliste et historiquement fausse.
À cause de son nom, Alexandre Jardin refuse de se rendre en Israël. Il ferait peut-être bien d’y aller…

Edouard
Fini de rire.
Alexandre, auteur comique, règle ses comptes avec Jean, son grand-père.
Jean Jardin était le chef de cabinet de Laval. La rafle du Vél d’Hiv, c’est lui.
Cette page très noire de l’histoire de France est racontée en long et en large dans ce livre-brûlot. Comme dans toute démonstration, les répétitions finissent par lasser le lecteur. Espérons que l’effet cathartique permettra au jeune auteur de continuer une carrière littéraire fertile.
Il est frappant de constater que plusieurs écrivains de cette génération éprouvent le besoin de laver leur linge sale, ou du moins d’exposer sur la place publique leurs déboires familiaux. Exemples:
Didier Van Cauwelaert (°1960) raconte dans ‘Le père adopté’ les angoisses et les affabulations de son père.
Emmanuel Carrère (°1957) revient dans ses livres sur ses rapports conflictuels avec sa mère, Hélène Carrère d’Encausse.
Alexandre Jardin (°1965) parle de son père comme d’un menteur talentueux. Pascal Jardin était le père d’Alexandre. Il eut beaucoup de succès avec ‘Le nain jaune’, un portrait enthousiaste du collabo Jean Jardin. Voilà une famille où l’on ne fait pas qu’échanger des politesses.
Amitiés transgénérationnelles,
Guy
Des gens très bien
Alexandre Jardin
Grasset, 2011
294p.

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