Vous plaisantez monsieur Tanner

Un livre sans prétention si ce n’est celle de nous distraire et je trouve cela très bien.
« Paul Tanner, documentariste animalier, menait une existence paisible avant d’hériter de la maison familiale. Décidé à la restaurer du fond en comble, il entreprend des travaux. Tandis qu’il s’échine sur les sols, les corps de métier défilent. Maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous. Tous semblent s’être donné le mot pour lui rendre la vie impossible.
Récit véridique d’un chantier, chronique d’un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains. Une comédie menée par un narrateur qui ressemble fort à son auteur. »
Par moment, le livre m’a paru un peu exagéré, mais si peu quand on pense à la galère que nous font vivre les artisans. C’est bien vrai que quand un vient vous réparer quelque chose, il en casse 5 autour de lui.
Ce livre m’a souvent fait rire.
Je le recommande à tous ceux qui ont fait faire de gros travaux chez eux et plus particulièrement à ceux qui ont en projet d’en faire. Ce livre ne les aidera pas à choisir un artisan (il y en a de sérieux, mais aucun gratuit), mais à mieux se préparer psychologiquement à la future catastrophe. Peut-être.
La Martine
DUBOIS Jean-Paul
Ed. de l’Olivier, 2006, 199 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le démon de minuit

Hervé Bazin (1911-1996), l’auteur de « Vipère au poing », « La tête contre les murs », « Au nom du fils », écrivit ceci sur le tard, en 1983.
J’avais gardé le souvenir d’un imprécateur, fort peu sympathique par ailleurs.
Le démon de minuit, c’est l’histoire de Gérard, 77 ans (mal) marié à deux reprises. Il se retrouve à l’hôpital après un infarctus. Par la suite, il se marie pour la troisième fois, avec une admiratrice comptant 40 ans de moins que lui. La pauvre…
Bof…
Tout cela a fort vieilli (forcément).
Que ceux qui lisent encore Hervé Bazin lèvent le doigt.
Voilà quelqu’un que je vais remiser parmi les semi-classiques.
Amitiés poussiéreuses,
Guy
Hervé Bazin – Poche – 287 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le jeu de la dame

Beth a 8 ans lorsqu’elle découvre les échecs, en « fraude », dans la chaufferie, avec le concierge peu loquace de l’orphelinat où elle vient d’entrer. Sans amies, les échecs deviennent vite toute sa vie. Elle est surdouée et a la grande faculté de voir, d’imaginer, l’échiquier dans son ensemble et les différents coups à jouer ou pas. Dans ce jeu, elle dépasse rapidement son maître qui fait appel à un homme venu de l’extérieur. Elle obtient de sa directrice l’autorisation d’aller se battre dans une autre école de la ville. Elle remporte haut la main tous les tournois. Las ! Les filles étaient droguées avec des petites pilules vertes pour qu’elles ne fassent pas de vagues. Beth avait pris l’habitude de les garder et d’en prendre plusieurs à la fois pour dormir quand elle était angoissée. Jusqu’au jour où elle est prise en flagrant délit de vol de ses fameuses pilules. Interdiction de jouer aux échecs pendant 3 ans. Beth est enfin adoptée et en volant dollar après dollar elle peut s’acheter des livres et un échiquier. Et puis, à 13 ans elle s’inscrit à un concours et le gagne. Son premier argent. Mineure, elle a besoin d’un adulte pour ouvrir un compte. Sa mère adoptive, délaissée par son mari, a besoin d’argent. Elle va devenir son agent et organiser ses voyages, la soutenir quand il le faudra et lui faire découvrir l’alcool.
D’abord ignorée parce que femme, elle va battre tous les champions, un à un jusqu’à l’inquiétant champion russe qui lui faisait si peur.
Un livre sur l’opiniâtreté, le courage, l’intelligence, la supériorité, le pouvoir de concentration, mais aussi les faiblesses d’une femme.
Un livre très positif puisque pendant 10 min je me suis sentie toute puissante, invincible et intelligente. Preuve que le livre m’a plu et que je suis bien rentrée dedans au point de faire un dédoublement de la personnalité.
Las ! Une lettre administrative incompréhensible m’a remise sur les rails. Non ! Je ne suis vraiment pas une surdouée !
La Martine dépitée.
TEVIS Walter
10/18, 1994 (1983), 330 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Spring Breakers

Quatre copines décident d’aller faire un « spring break » en Floride, c’est-à-dire d’aller s’éclater pour fêter la fin des cours. Comme elles n’ont pas de fric, elles décident de braquer un petit commerce.
Le début de « spring breakers » fait penser à « Thelma et Louise » façon teen-movie. Cependant, cette impression laisse rapidement place à autre chose.
Arrivées sur place, elles vivent en bikini et se mêlent à une foule d’ados qui dansent, boivent et se droguent à longueur de journée.
Sans trop savoir pourquoi, elles sont embarquées par les flics mais rapidement libérées par un «gangsta» qui paie leur caution.
Les « gangstas », pour ceux qui ont oublié, c’est ces grands blacks des clips qui passaient en boucle sur MTV dans les années 90. Ils avaient des manteaux de fourrure, des chapeaux, des dents en or et des grosses bagouses ; comme Picsou, ils nageaient dans le fric et un troupeau de bimbos surexcitées leur tournait autour; ils prenaient des airs supérieurs tout en prohibant un pistolet automatique et en caressant un pitbull. Vous vous souvenez maintenant ?
Bon, le « gangsta » qui prend les filles sous son aile n’est pas bien méchant. Un peu paumé, il est surtout dans la représentation et à part se la péter, il ne fait pas grand-chose.
Les gamines sont là pour s’amuser et dans un premier temps, elles acceptent leur rôle d’objet sexuel, le seul que ce milieu très phallocrate leur propose. L’une d’entre elles se lasse rapidement. Une seconde s’en va aussi après avoir pris une balle dans le bras. Les deux qui restent sont bien décidées à faire durer le clip jusqu’au bout et plongent dans l’ultra violence, comme les filles de « Boulevard de la mort ». Toutefois, chez Tarantino, cette violence, dirigée contre un serial-killer, semblait légitime alors que là, la violence est gratuite : on reste dans la représentation, dans le « happening » : on se dit qu’elles vont se faire filmer et mettre leurs exploits sur YouTube, histoire d’épater les copines.
Sont-elles des femen ? C’est bien possible. Souhaitent-elles instaurer une domination féminine en créant un univers ultra-violent inversé ? Peut-être, mais elles ne semblent pas avoir de revendications bien précises. Ce qui semble clair par contre, c’est qu’en 20 ans, le genre « gangsta » a pris du plomb dans l’aile.
Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le blé en herbe

Une lecture recommandée du bout des lèvres par nos maîtres spirituels.
Parue d’abord sous forme de feuilleton – en 1923 – la publication fut interrompue à la suite des protestations des lecteurs. L’histoire de Vica (nom latin de la pervenche) et de
Philippe se passe en Bretagne pendant les vacances d’été. Ils ont 15 et 16 ans. Ils sont promis l’un à
l’autre. Une ‘dame en blanc’ séduira Philippe et lui fera découvrir les plaisirs de la chair…
Ce roman naturaliste sent bon la mer. Il déborde des couleurs de la fin de l’été. Colette semble y avoir mis beaucoup d’elle-même. Elle fut l’initiatrice de son beau-fils, Bertrand de Jouvenel. Pas étonnant que les censeurs aient levé le sourcil.
Une grande dame de la littérature française.
Amitiés sensuelles,
Guy
Colette – Poche

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Syngué-Sabour

Dans l’Afghanistan de la guerre et des talibans, des bombardements et de la folie meurtrière des mollahs, une jeune femme tente de survivre avec ses deux filles.
Son mari, qui a reçu une balle dans la nuque, est plongé dans un coma profond. Après avoir placé ses filles chez une tante qui habite de l’autre côté de la ville, elle revient chaque jour veiller son époux qu’elle maintient en vie avec un sérum improvisé.

L’actrice et jeune et belle et l’on ne peut s’empêcher en la voyant de faire le lien avec la photo de Sharbat Gula, la jeune Afghane aux yeux verts qui avait fait la une de National Géographic et le tour de la planète au milieu des années 80 et qui a été retrouvée il y a quelques années, les traits tirés, les yeux délavés, le regard durci, mais toujours reconnaissable.

Syngué-Sabour, « la pierre de patience », selon une légende afghane, est une pierre magique qui, après avoir reçu tous les secrets d’une personne, éclate en libérant par là même de tous ses maux celui ou celle qui s’est confié à elle. Je ne sais pas de quand date cette légende, mais elle renvoie étrangement à l’essence de la démarche psychanalytique. Freud avait-il des origines afghanes ?

Bref, chaque jour, après avoir traversé la ville en burqa et slalomé entre les balles perdues, elle se raconte. À partir de là, je pense que cette histoire parlera beaucoup plus aux spectatrices qu’aux spectateurs.

Après beaucoup d’hésitations, donc, elle se décide à dire ce qu’elle a sur le cœur. Petit à petit, elle se libère des paroles convenues du quotidien. Petit à petit, la glace se craquelle et les mots remontent à la surface : ses désirs, ses peurs, ses frustrations, ses angoisses. Elle finit par livrer à son mari comateux tout ce qu’elle n’aurait jamais osé lui dire s’il avait été valide, tout ce qu’elle ne lui aurait pas dit par respect des traditions, mais aussi de peur de blesser un homme qu’elle admire et qu’elle aime à sa façon.

Je ne raconterais pas les détails du dernier volet de cette histoire et vous ne saurez pas si la pierre éclate.

Je peux tout de même vous dire que le film se ferme sur le sourire rayonnant de la jeune femme, enfin libérée.

Une très belle histoire donc. Je pense cependant que beaucoup d’hommes iront en traînant les pieds pour faire plaisir à leur conjointe…parce qu’elles le valent bien.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Deux petits pas sur le sable mouillé

Une histoire vraie, sordide, racontée par la mère.
Loïc et Anne-Dauphine forment un couple heureux. Ils ont deux enfants, un garçon, Gaspard, 4 ans et une fille, Thaïs, 2 ans et un 3e enfant à venir. Famille aisée, bourgeoise et catholique.
Et la tuile. Thaïs est atteinte de « leucodystrophie métachromatique », une maladie orpheline, et va mourir. La mère, en accord avec son mari, décide d’ « ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie. » C’est beau et bien dit comme tout dans ce livre.
La 2e fille, Azylis est, elle aussi, atteinte de la même maladie, mais grâce à une transfusion pourra être, en partie, sauvée.
Ce livre est bien écrit, mais m’a gêné.
La mère passe par des phases de profond désespoir et reprend espoir en voyant des miracles partout. On sent bien qu’elle est accro à sa religion.
Elle trouve des faux fuyants à chaque phase de détérioration de Thaïs et s’accroche à des détails qui me paraissent exagérés. Comment une enfant de 3 ans, paralysée, sourde, muette, aveugle et shootée à la morphine peut-elle exprimer de l’amour, de la joie ou de la sympathie à quelqu’un ?
L’amour de la mère est-ce Marie Imbert ou Anne-Dauphine ?
Je rends un hommage à la solidarité, au bénévolat qui s’est développé et organisé autour de cette famille.
La Martine pas convaincue
JULLIAND Anne-Dauphine
Les Arènes, 2011, 228 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

1Q84

Un authentique envoûtement, et il y a trois livres 😉
Le monde magique de l’auteur japonais prend le lecteur en otage dès les premières pages.
Aomamé prend un taxi à Tokyo, elle se trouve prise dans un monumental embouteillage sur une autoroute urbaine, et finit par quitter le taxi, pour se retrouver dans un monde ‘différent’. Un nouveau genre est né: le roman de rétrocipation, puisque cela se passe en 1984. La référence au livre de Orwell est revendiquée. Et le Q du titre fait appel à la Question du pourquoi des agissements humains.
Parallèlement à la Quête d’Aomamé, le lecteur fait la connaissance de Tengo, mathématicien génial et romancier à la recherche de son identité.
Une série de personnages complète le tableau de chapitre en chapitre, alternativement consacré aux découvertes de Aomamé et de Tengo. Au bout des 548 pages, ils ne sont pas encore rencontrés, mais cette rencontre DOIT avoir lieu, c’est sûr.
Les références musicales et littéraires occidentales foisonnent, et pourtant le lecteur est entraîné dans un environnement oriental, avec son raffinement, et sa cruauté.
Un travail d’orfèvre, comme la peinture sur la porcelaine japonaise réalisée sur un bateau en pleine mer, afin d’éviter la poussière sur l’unique poil de soie du pinceau.
Amitiés sayonara,
Guy
Haruki Marukami – 10/18 – 548 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Au-delà du street art

Au musée de la Poste en ce moment et jusqu’au 30 mars.

L’exposition commence dans la queue. J’arrive un peu tard et tombe nez à nez avec un pompier chargé de clôturer la file d’attente. Je me sens un peu vieux au milieu de ces grappes d’étudiants. Pas de looks particulièrement originaux pour les filles. Pour les garçons, quelques vêtements amples, chapeaux et barbiches. Quelques effluves de bière et de cannabis achèvent d’identifier les grappes.

Je m’intéresse au « street art » depuis quelque temps. Comme pour l’art contemporain, j’apprécie sa capacité à repousser les limites.

Les artistes exposés sont souvent comme moi issus de la génération Giscard. Politiquement peu revendicatifs, ils se dissocient à cet égard de leurs aînés (quelques-uns sont exposés). Ce qu’ils recherchent, c’est une « touch », une identité qui les fera sortir du lot. En gros, la police de caractère importe plus que le texte.

C’est un paradoxe de vouloir enfermer le « street art » dans un musée, mais de nombreuses vidéos disséminées tout au long de l’exposition permettent de nous mettre en situation.

Qui sont les street artistes d’aujourd’hui ?

Leurs outils restent les mêmes que ceux de leurs aînés : pochoirs, bombes …

Leur graphisme est souvent hyperexpressif et se distingue à ce titre complètement de l’imaginaire des artistes contemporains.

Les sources d’inspiration des œuvres exposées proviennent souvent de l’univers ludique des années 80 : univers des BD, du rubik’s cube ou de space invaders revisités avec beaucoup d’originalité. Des références plus modernes encore comme cette suite graphique autour des « messages d’erreurs ». Mais plus généralement, les street artistes traquent leurs sujets dans tous les recoins de nos sociétés industrielles.

Outils, graphismes, sources d’inspiration…il manque un élément capital pour identifier le street artiste : le support.

Murs, bois, béton, métal, verre…ils s’expriment en tous lieux et en tout temps et mettent en valeur le support sur lequel ils s’expriment, leur imagination n’a pas de limite et ils transforment ainsi sans vergogne l’image de la ville, que ce soit sur un terrain vague, un wagon abandonné, une boîte aux lettres ou une poignée de porte. Tout est art dans la ville selon les street artistes, ils ne sont là que pour le souligner.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Les enfants de cendres

Enfin un TRÈS BON polar !!! (ou thriller, si vous préférez…)
Le train Göteborg/Stockholm s’arrête 10 min dans une petite gare pour défaut de signalisation : arrêt imprévu. Puisque Lilian dort, Sara décide de descendre du train, sans réveiller sa fille pour téléphoner. Une jeune femme lui demande son aide pour remonter son chien malade par l’escalator. Pendant ce temps, le train repart. Le contrôleur est prévenu et surveille du coin de l’œil la fillette. Il s’absente 3 minutes et quand il revient, plus de fillette. Il ne reste que ses chaussures rouges. La mère rejoint Stockholm en taxi et apprend la mauvaise nouvelle.
La police pense automatiquement au père puisque Sara et Gabriel sont séparés. Ils sont confortés dans cette idée puisque le père est introuvable.
Le lendemain, Sara reçoit un colis avec les vêtements de sa fille et ses cheveux et puis, Lilian est retrouvée, nue, propre, désinfectée avec une inscription sur le front : « indésirable ». L’autopsie révélera qu’elle n’a pas été violentée et que seule, une piqûre mortelle d’insuline a été faite à la base du crâne. Le hic, c’est que son corps a été retrouvé devant l’hôpital d’Umeå. Pourquoi si loin ? Comment un père peut-il faire ça à sa fille ? S’il voulait punir la mère pourquoi s’en prendre à sa fille ?
Les inspecteurs Alex et Peder, sûrs de leur suspect, n’écoutent pas Fredrika qui, elle, penche pour enquêter sur la femme au chien.
Un bébé est kidnappé, le processus est le même, mais en plus rapide. Son corps est retrouvé dans la salle de bain d’un couple de retraités.
Nouvelles questions : quel est le rapport entre les deux enfants, les deux mères, les deux lieux ??? Pourquoi l’assassin accélère-t-il ?
Il y a longtemps que je n’avais lu un polar aussi bien fait avec un suspense dilué au fur et à mesure, augmentant jusqu’au bouquet final. Les fausses pistes ne manquent pas. Les personnages sont bien faits, bien étudiés, leurs histoires intimes ne sont pas trop lourdes. Tout était intéressant.
Pour un premier roman, c’est un coup de maître !
La Martine sublimée
OHLSSON Kristina
J’ai lu, 2012 (2009), 445 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.