Les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus

Un petit bijou d’impertinence.
Or donc, Pomponius, philosophe et voyageur romain (au début de ce qui deviendra notre ère), recherche les eaux miraculeuses, ce qui n’est pas exempt d’influence sur sa santé: Flatus fait allusion à flatulence, vieux terme médical désignant certain dérangement intestinal bruyant et malodorant. Ses pas le conduisent à Nazareth, et notre ami se retrouve chargé par le jeune Jésus (oui, celui qui deviendra plus tard qui vous sa vez) de prouver l’innocence de Joseph, son père. Le brave homme est accusé de meurtre. L’enquête permettra de passer à la moulinette (dans le désordre) les Arabes, les juifs, les romains, les grecs, les barbares… Pomponius, ce libre penseur avant la lettre ne croit ni aux dieux ni au diable. Certains passages sont désopilants. Et la fable, bien sûr, n’est pas anodine.
Hors Jésus, Marie, Joseph, certains personnages qui plus tard connaîtront la célébrité, entrent en scène, au grand plaisir du lecteur: Judas, Matthieu, Barabbas, Hérode,
Jean-Baptiste et ses vieux parents. Une façon fort originale de revisiter le Nouveau Testament, pour lecteurs avertis 😉
Amitiés apocryphes,
Guy
Eduardo Mendoza
Points – 218 p.

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Cet instant là

Deux pans de la vie de Thomas Nesbitt, écrivain à succès, s’effondrent lorsque, tour à tour, il divorce et reçoit le journal intime de son amour de jeunesse. Il choisit alors de reconstruire sa vie et d’affronter son passé.
Le livre nous plonge, au-delà de l’histoire personnelle de la séparation d’un homme et d’une femme, dans la séparation du bloc de l’Est et du bloc de l’Ouest, dans ce monde bipolaire d’avant la chute du Mur. Il lève le voile sur les vaines souffrances d’une femme, à cause d’un Mur qu’elle verra s’effondrer. Il existe dans ce livre un lien étroit entre la (dé)construction personnelle des deux personnages centraux – l’auteur et son amour de jeunesse – et l’histoire du Mur de Berlin, symbole de leur vie. L’auteur porte ce mur qui s’est installé entre lui et les autres comme Sisyphe son rocher. Alfred de Vigny a dit que « tout homme a vu le mur qui borne son esprit ». La chute du Mur de Berlin, la recherche de « cet instant-là », le moment de la rupture initiale, sont pour l’auteur autant de clés pour abattre son mur intérieur.

Anne-Laure

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Sigmaringen

« C’est un moment de l’histoire de France qu’on veuille ou non… Ça a existé. Et un jour, on en parlera dans les écoles».

Je ne serais pas aussi affirmatif que Céline et très surpris qu’on en parle un jour dans les écoles. Concernant mes propres souvenirs scolaires, je peux même dire qu’il y a toujours eu un certain flou entre le 6 juin 1944 et le 8 mai 1945. Cependant, pour revenir à l’auteur de « d’un château l’autre », ouvrage dans lequel il raconte ces événements, c’est effectivement un moment de l’histoire de France, mais qu’on oublierait volontiers si cela était possible.

De septembre 1944 à avril 1945 ; le maréchal Pétain et son gouvernement ont investi un château appartenant aux Hohenzollern réquisitionné par les nazis. Ce gouvernement a été suivi dans sa fuite par toute une population française ayant approché de près les milieux collaborationnistes. Comme le château n’était pas dimensionné pour recevoir tout ce monde, les suiveurs ont investi le village de Singmaringen qui n’était guère mieux dimensionné. L’histoire nous est contée par Julius Stein, le majordome des anciens châtelains, contraint de servir les nouveaux venus.

Je connaissais Pierre Assouline comme biographe et non comme romancier, je m’attendais plus à un essai historique qu’à un roman. J’aurais aimé en savoir plus sur cette population du village et aussi savoir qui étaient réellement ces gens. Il y avait des intellectuels, comme Céline, plus ou moins habitués des déjeuners du château, mais il ne devait pas y avoir que ça.

L’intrigue romanesque n’est pas exceptionnelle, mais se laisse lire.
S’il n’a ni le style du docteur Destouches, ni vécu personnellement les événements, ni le même genre de fréquentations j’espère, le romancier est nettement plus compréhensible que l’auteur de « d’un château l’autre ». Je lui fais totalement confiance pour ce qui concerne la rigueur historique et il joint d’ailleurs à son roman une volumineuse biographie qui fera taire les sceptiques…il y a tout de même quelque chose d’un peu convenu dans ce roman qui me gène, une vision compassée, très manichéenne: les vrais méchants étaient au château ; les pauvres français du village crevaient de faim et le gentil docteur Destouches les soignait ; je veux bien, mais qu’est ce qu’ils faisaient là ? Pourquoi n’étaient ils pas restés chez eux en France ? En tant qu’historien, on peut toujours se cacher derrière des faits, mais en tant que romancier, il ne faut pas essayer d’échapper à sa propre subjectivité, à prendre parti, à « mettre sa peau sur la table » comme disait Céline, sous peine d’être perçu comme un auteur fade. S’il y a deux choses qu’on ne peut reprocher à Céline, c’est d’être lisse et fade.

« D’un château l’autre » est une longue vocifération derrière laquelle on devine quelques bribes de vérité. Dans le roman d’Assouline, on a une vérité romancée sur papier musique qui semble poursuivre un objectif essentiellement consensuel et plaire à un lectorat qui toujours divisé sur le sens à donner à ces faits . Bref, j’ai été déçu de ne trouver qu’un roman moyen là où j’attendais un livre d’histoire. Serait- il encore trop tôt pour tout dire sur Sigmaringen ?

Pierre Assouline
Gallimard
2013

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Le rêve du Celte

Roman ou biographie?
Le lecteur découvre Roger Casement, Irlandais de naissance, un homme passionné et intègre.

Né en 1864, il assistera à l’exploitation  de l’Afrique et de l’Amérique du Sud par les puissances européennes.
Il est envoyé  par le gouvernement britannique comme diplomate au Congo récemment confié à Léopold II, le roi des Belges. En compagnie de Stanley, il y fera un voyage d’exploration, et il en reviendra terrifié par les exactions de l’occupant belge.
Son compte rendu, lors de son retour en Angleterre, provoquera une onde de choc, et fera de lui un quasi-héros national.
Envoyé en Amazonie, il découvrira une autre situation d’exploitation coloniale. Il en perdra la santé.

Irlandais dans l’âme, il finira sa vie en prenant le parti de l’ armée de libération irlandaise. Au point de trahir l’Angleterre en demandant l’aide des Allemands (cela se passe pendant la Première Guerre mondiale).
Arrêté et jugé pour haute trahison, il est  pendu en avril 1916.
Son homosexualité n’est certes pas étrangère à l’échec de son recours en grâce.
Cent ans plus tard, l’Irlande du Nord reste une épine dans le pied de la Grande-Bretagne.

Vargas Llosa réussit le portrait nuancé d’un homme victime de ses emballements.
Son empathie avec les exploités est décrite avec beaucoup de réalisme.
Comme dans ‘La fête au bouc’ décrivant la fin de Trujillo en République Dominicaine, les chapitres alternent le passé et le présent. Cela ralentit un peu l’action, mais cela permet un éclairage beaucoup plus contrasté du personnage.

Amitiés irlandaises,

Guy.

Mario Vargas Llosa – Folio – 526 p.

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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

 

Le jour de ses 100 ans, Allan Karlsson décide de s’évader de sa maison de retraite.

Très bonne accroche, 20 premières pages à pleurer de rire, 100 premières pages vraiment sympa. Les 400 qui suivent sont lourdes, peu crédibles, sans intérêt et la fin ne rachète rien.

Le plan du roman se divise en deux intrigues qui se développent parallèlement.

La première, axée sur le présent, commence en fanfare, on pense à Paasilinna et d’ailleurs, Jonasson site le finlandais à un moment comme pour dire : « non, non, je ne suis pas une version suédoise de l’auteur du lièvre de Vatanen ». Ceci dit, je me souviens d’avoir lu un roman de Paasilinna il y a une bonne quinzaine d’années dans lequel une vieille décidait de s’échapper dans la nature avec son chien (je n’ai pas retrouvé le titre sur internet, si un lecteur de cet article le connaît, je suis preneur).

L’intrigue parallèle raconte le siècle de l’aïeul. Les débuts dans la vie du jeune Allan sont potables, mais après, ça devient vraiment n’importe quoi. Ce qui rend Allan sympathique au début, c’est son comportement tout à fait imprévisible. Il devient assez rapidement une espèce de Forest Gump, expert en explosif, qui croise tous les grands de ce monde : Franco, Churchill, Mao, Truman…qui, évidemment, le trouvent génial et deviennent ses grands amis en trois coups de cuillère à pot. Tous ses « grands » personnages n’ont aucune profondeur et semblent complètement interchangeables. Au bout d’un moment, flanqué du demi-frère quasi demeuré d’Einstein qui lui sert de faire valoir, Allan prend de l’envergure et commence à devenir une sorte d’Indiana Jones, mâtiné de MacGyver. On pouvait s’y attendre, il finira en James Bond.

Vous l’avez compris, les deux intrigues se rejoignent au bout de 500 pages, mais finalement, tout ça aurait pu faire 1000 ou 1500 pages. Il n’y a pas de réelle progression, c’est une succession de sketches. Allan a soi-disant 100 ans, mais il aurait pu en avoir 80 ou 70. Aucune réflexion sur la vieillesse, il semble immortel. Vous me direz que vu sa carrière, rien d’étonnant qu’il finisse en Highlander. Un roman qui a sans doute beaucoup fait rêver dans les maisons de retraite, mais qui pour moi, ne présente pas un grand intérêt (peut être que je suis trop jeune, il faudra que je pense à le relire dans 60 ans). Si ça permet à certaines personnes âgées de s’évader, pourquoi pas, mais je trouve que c’est un peu prendre les vieux pour des débiles.

Finalement, le coffret de Noël aux éditions Pocket, recouvert d’une feutrine qui lui donne une texture de charentaise, est le meilleur résumé qu’on puisse faire de l’ouvrage.

Edouard

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HHhH

Prix Goncourt du premier roman (2010)
L’attentat contre Reinhardt Heydrich le 27 mai 1942 à Prague.
Les deux auteurs: des parachutistes, un Tchèque et un Slovaque, entraînés en Angleterre.
Heynrich: la bête blonde, le boucher de Prague, un des concepteurs de la ‘Solution finale’ avec Eichmann.
Le titre du livre: Himmlers Hirn heisst Heydrich (le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich).
Du très beau monde, comme on peut le constater.
L’histoire est vraie (tous les protagonistes y ont laissé leur peau, des centaines d’otages tchèques également), mais le livre est présenté comme un roman. À de nombreuses reprises, l’auteur se laisse emporter par son sujet.
J’ai eu par moments de la peine à rester dans l’histoire. L’auteur emploie la technique du ‘slow motion’ de façon trop appuyée. Le livre doit être pris comme un hommage à des hommes jeunes opposés à une machine inhumaine.
Personne à l’époque ne connaissait l’issue de cette guerre démoniaque.
Merci à ceux qui ont contribué à la mener à bon terme.
Allez voir sur Google des photos de Reinhardt Heydrich: édifiant.
Amitiés opprimées,
Guy
Laurent Binet – Grasset – 441 p.

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Prodigieuses créatures

 

« La foudre m’a frappée toute ma vie. Mais une seule fois pour de vrai. »
« Dans les années 1810, à Lume Regis, sur la côte du Dorser battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » qui remettent en question les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d’un milieu modeste se heurte à la communauté scientifique, exclusivement composée d’hommes. Elle trouve une alliée en Elizabeth Philpot, vieille fille intelligente et acerbe qui l’accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double de rivalité, elle reste, face à l’hostilité générale, leur meilleure arme. »
Avant d’écrire un livre, cette auteur part d’un fait réel et se documente à fond sur son sujet. C’est ce que j’aime en plus de son écriture fluide, dynamique, avec quelques mots savants ou techniques, mais toujours expliqués. L’auteur ne nous saoule jamais de paroles ou de mots inutiles.
Les deux premiers livres que j’ai lus abordaient des sujets que j’aimais. Je ne peux en dire autant pour les fossiles, ces vieilles choses plus ou moins uniformes, voire informes et souvent tronquées. Difficile pour moi d’imaginer que ce furent ces êtres vivants. Et pourtant cette histoire m’a encore passionnée. Il faut dire que la vie des femmes au XIXe siècle, les castes, les préceptes, la religion très peu éclairée par le « siècle des Lumières » meublent aussi richement l’histoire que celle des fossiles.
Un livre à lire jusqu’à la page des remerciements.
La Martine
CHEVALIER Tracy
Folio, 2013 (2009), 419 p.

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Guerre et Paix

Expérience intéressante que la relecture de ce classique des classiques, après celle de mon adolescence, il y a une bonne cinquantaine d’années (!)
Dans mes souvenirs, il y avait Natacha, bien évidemment influencée par l’image de la sublime Audrey Hepburn.
Il y avait cette immense épopée dans la Russie du début du 19e siècle.
Lisez Guerre et Paix, imprégnez-vous de ce monument.
Contrairement à mes souvenirs, Natacha m’est apparue comme une enfant gâtée, immature et névrosée.
Parmi tous personnages du livre, Tolstoï semble vouer une affection particulière à Pierre Besoukhov, le géant débonnaire totalement perdu dans un monde qu’il ne comprend pas.
Beaucoup de militaires, dont peu de sympathiques. Dans cette optique, le monde a peu changé.
Même impression à la fin du livre: l’épilogue, avec des considérations historiques oiseuses, m’a permis un exercice de lecture rapide bienvenu.
Amitiés napoléoniennes,
Guy
Léon Tolstoï

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La Dame à la Licorne

« Cette histoire est pure fiction. Elle repose sur de raisonnables hypothèses concernant les tapisseries de La Dame à la Licorne. On ne sait pas à quelle date précise la situer, même si les vêtements des femmes et les techniques de tapisserie les font, sans doute, remonter à la fin du XVe siècle. Nous ne savons pas non plus à qui l’on en doit l’exécution, même si la facture et la technique donnent à croire que l’atelier devait être dans le Nord, sans doute Bruxelles, dont les mille-fleurs étaient alors une spécialité. »
Ce livre est à lire jusqu’à la page « notes et remerciements ». L’auteur s’est très bien documentée sur le sujet ce qui nous vaut une histoire très intéressante sur les techniques de tissage, comment étaient faite les couleurs, comment choisir le bon fil, ce que l’on mangeait à l’époque, l’ameublement, les coutumes, les mœurs, etc.
Quelques histoires d’amour agrémentent la narration… mais ne gênent pas et n’occultent pas la peinture et le tissage.
De cet auteur, j’avais lu « La jeune fille à la perle » qui parlait de Wermeer.
Mêmes soins apportés aux recherches, à l’écriture et c’est avec facilité et délice que j’ai lu TOUT ce livre.
La Martine émerveillée.
CHEVALIER Tracy
Folio 2011 (2003), 359 p.

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La double vie d’Anna Song

« Ce roman est pour partie inspiré d’une affaire réelle, celle de la pianiste Joyce Hatto. Plusieurs des coupures de presse (fictives) qui rythment le texte (tout aussi fictif) sont ponctuées de clin d’oeil à celles véritablement suscitées par ce scandale qui a éclaté en 2007 ».
Celle d’une pianiste et de son mari qui ont falsifié des enregistrements pour les mettre à son nom. Le trucage est très bien expliqué dans le livre.
La très belle histoire d’amour nous est racontée par le mari, avec, intercalés, les différents articles de presse dithyrambiques au début puis de plus en plus sévères et soupçonneux.
Passe pour les revues people, mais pas pour des revues de musique classique huppées !
Las ! Les très nombreuses répétitions font remplissage et ont gâché une grande partie mon plaisir.
En fait, ce livre ne vaut que pour le dernier chapitre tout bonnement renversant. J’ai cru que j’avais la berlue. J’ai donc relu la fin et, non !, pas la berlue hallucination ? Rêve ? Là, oui, j’ai été bluffée et admirative.
Moralité : patientez jusqu’à la fin. Le reste est à lire en diagonale, en sautant les redites. J’ai bien aimé aussi les passages sur le Viet Nam et ses légendes.
Autre avantage : pas besoin d’une Loupe pour le lire ; l’écriture est énorme.
Martine
TRAN HUY Minh
Ed. de la Loupe, 2010, 270 p.

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