Astérix et la transitalique

Afin de mettre en valeur la qualité de l’entretien des voies romaines, le sénateur Bifidus Lactus décide d’organiser une course de chars à travers la péninsule italienne rassemblant des concurrents venus des quatre coins de l’empire. Astérix et Obélix sont à la fête.

Une fois de plus, apparaissent sur la couverture en gros caractères, les noms de « R.Goscinny » (décédé en 1977) et « A.Uderzo » (retiré des aventures d’Astérix depuis « Astérix chez les Pictes). En dessous, en plus petit, les noms des réels auteurs « Jean-Yves Ferri » et « Didier Conrad ». Sur la page de garde, il est bien précisé que « Goscinny et Uderzo présentent une aventure d’Astérix ». Cela va donc beaucoup plus loin qu’une filiation. Les réels auteurs ne revendiquent pas un « à la manière de… » ou un « avec les personnages de… », mais prétendent incarner les démiurges originels.

Pari réussi. L’album « Astérix et la transitalique » n’est peut-être pas aussi bon que « le papyrus de César », mais incontestablement bien meilleur qu’ « Astérix chez les Pictes ». Les pages traditionnelles « quelques Gaulois » ainsi que la carte de France avec la loupe sur le petit village d’Armorique n’apparaissent plus. Les puristes s’en désoleront peut être, mais pas moi. Il faut je pense que l’Esprit des créateurs évolue quelque peu pour ne pas qu’Asterix perdre son âme. Le contexte national et international n’a plus rien à voir avec celui des années 60 et une ouverture s’impose. Très bien cette « Foire Itinérante de l’Artisanat Celte (FIAC) » (je n’avais même pas remarqué l’allusion à la première lecture) à Vannes. Il y a donc un quotidien de nos héros qui ne se cantonne pas au village, à la chasse aux sangliers dans la forêt et aux bagarres avec les Romains des camps retranchés. C’est rassurant.

L’intrigue n’est pas trop mal non plus, elle ne renvoie pas à l’actualité immédiate comme dans le Papyrus, mais explore une contrée dans laquelle il est vrai que les deux inséparables gaulois ne s’étaient jamais aventurés. De la péninsule italienne, ces derniers ne connaissant que Rome. Bien entendu, les anachronismes pleuvent et c’est toujours ce qui a fait le charme de la série. Ceci étant dit, c’est intéressant historiquement de voir que Rome n’était pas la péninsule italienne et que les habitants du Latium avaient des modes de vie semblables à ceux des Gaulois.

Les gags sont bien dosés avec les gros gags visuels qui ne sont pas trop nombreux, les jeux de mots bien appuyés avec explications pour que tout le monde puisse comprendre et les gags plus subtils que les plus jeunes auront du mal à comprendre comme ce personnage qui parle de « proposition qu’on ne pourra pas refuser » ou cet autre pour lequel « Capri, c’est fini ».

Pour terminer, merci aux petits clins d’œil pour les fans comme la présence discrète du chef du bateau pirate et de sa vigie Baba (qui avait fait l’objet d’une polémique lors de la sortie du « papyrus de César » et qui, comme il se doit, ne prononce toujours pas les « R »). ou celle d’un des Helvètes de mon album favori.  J’attends les prochaines aventures avec impatience.

Édouard

L’affreux Pastis de la rue des Merles

Un vol de bijoux et un assassinat sont commis le même Jour à Rome dans un immeuble de la rue des Merles. Le commissaire Ingravallo enquête.

J’avais acheté ce livre au début des années 90 parce qu’un des personnages de la saga Malaussène de Daniel Pennac en parlait tout le temps. Après plusieurs tentatives, j’avais jeté l’éponge, tant le style me semblait impropre à la consommation. C’est rare que je ne termine pas un livre, je déteste ça. Généralement, les livres non terminés me hantent, mais celui-là, j’avais fini par l’oublier…jusqu’à ce qu’on m’en parle il y a un mois. C’est alors que je me suis rendu compte avec stupeur que « l’affreux Pastis de la rue des Merles » était toujours dans ma bibliothèque, qu’il m’avait suivi ni vu ni connu dans tous mes déplacements depuis 25 ans. J’ai décidé d’en finir une bonne fois pour toutes.

Le goût indigeste des 20 premières pages de l’époque m’est revenu tel quel, mais, ayant élargi ma gamme de lecture depuis les années 90, j’ai décidé de poursuivre. Dans la catégorie des romans policiers incompréhensibles, mais pas si mal en définitive. J’ai lu il y a quelque temps « Vice caché » de Thomas Pynchon qui m’a fait comprendre qu’on pouvait trouver autre chose dans un polar qu’un classique « who done it ? ». Cependant, nous ne sommes plus ici dans les communautés hippies du Los Angeles de 1969, mais 40 ans plus tôt à Rome, ce qui fait que 95% des références m’ont échappées (je n’ai retenu que celles relatives à Mussolini et aux fascistes). L’orthographe est très approximative, en particulier dans les dialogues, ce qui nuit beaucoup à la compréhension globale de l’intrigue. Cela est sans doute plus sympa à entendre. Les Italiens, ou ceux qui connaissent mieux l’Italie que moi trouveront certainement une saveur particulière dans cette diversité d’accents, mais moi, j’avais l’impression d’être perdu au beau milieu d’un élevage de volailles, essayant péniblement de trouver un sens à tout ça. À partir de la page 200, j’ai pris la décision de laisser tomber toute tentative de compréhension et de me laisser porter par les mots. Chez Celine, c’est une musique. Chez Pynchon, c’est une odeur. Chez Gadda, c’est un goût, celui d’une espèce de potée paysanne peu digeste, mais qui tient au corps, avec quelques rares bons morceaux particulièrement réalistes qui donnent un peu de couleur à l’ensemble.

J’ai tout de même compris qu’on retrouvait les bijoux cachés dans un panier rempli de noix, que plusieurs chapitres se passaient dans la campagne romaine et qu’au bout des 317 pages, on ne savait toujours pas qui était l’assassin. Ou alors, je n’ai pas compris, ce qui est fort probable. Avis à la population : moi, Édouard, actuellement à Paris, j’invite tous ceux et toutes celles qui ont lu l’affreux Pastis de la rue des Merles et qui ont compris quelque chose, à prendre contact avec moi. Je veux bien qu’on m’explique un peu ce qu’il y avait dans la potée.

Carlo Emilo Gadda

1957. Point ed.1983

Zdouard

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La classe Eco

Mon cher Umberto,
Je n’avais pas lu beaucoup de livres de toi : le nom de la Rose au collège, le pendule de Foucault au lycée que j’avais un peu lu pour faire style et puis, plus récemment, Baudolino.
La nouvelle de ta disparition il y a 2 heures a inondé mon corps d’un froid qui ne me quitte plus. Je ne pensais pas tous les jours à toi et c’est aujourd’hui que je réalise combien tu étais important pour moi.
La découverte à 15 ans de Guillaume de Baskerville combattant l’obscurantisme médiéval a été une révélation et bien plus encore, la naissance d’une vocation : c’est lui que je voulais être et c’est toujours lui que je veux être.
Tu étais pour moi une sorte de frère Guillaume, un élément essentiel autour duquel l’univers tournait, comme le pendule de Foucault. Tu étais un phare pour moi, pourquoi t’es-tu éteint ? Où aller maintenant, quel chemin suivre ?
Il y a d’autres gardiens du temple heureusement, mais beaucoup de marchands aussi et les défenseurs acharnés de la liberté de penser ne sont pas innombrables. Il faudra faire sans toi, trouver un nouveau phare et aider les jeunes générations à tracer leur route. Tu me fais vieillir Umberto, ou peut-être me fais tu seulement prendre conscience que je ne suis plus l’adolescent fasciné par l’intelligence de Guillaume de Baskerville.
Tu me manqueras mais je sais aussi que tout ce que tu as créé est immortel, tu nous a laissé tous les outils qui nous aideront à trouver notre voie.
Merci
Edouard

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Giotto

 

– Allo, je vais voir l’expo Giotto au Louvre, ça te branche ?

– Giotto ? Euh…OK.

Je ne l’avais pas vu depuis un certain temps et si ç’avait été une rétrospective Annie Cordy, je pense que j’y serai allé aussi.
Dans la ligne 12, il y avait un SDF qui avait l’air vraiment désespéré. Tout en le regardant, j’essayais de me souvenir qui était Giotto : un peintre italien de la renaissance ou un peu avant, mais impossible de mettre un tableau sur ce nom.

Bon, il est à cheval entre le XIVe et le XVe siècle, je n’étais pas très loin au regard de la renaissance italienne.

La pièce était plutôt petite et contenait une vingtaine d’œuvres religieuses pour la plupart. Giotto est surtout connu pour ses tableaux de la vie de Saint François : « Ah oui d’accord, c’est lui Giotto ». Je ne suis pas particulièrement sensible à ce genre de peinture, je ne connais pas non plus très bien l’Italie ni l’époque. Quand je vois saint François qui donne à manger aux canards, je pense « C’est saint François qui donne à manger aux canards » et j’ai du mal à m’émerveiller. Au bout d’un quart d’heure, j’en ai eu marre et je l’ai laissé seul : il semblait vraiment très absorbé.

En l’attendant à l’extérieur, je regardais les gens qui faisaient la queue, je me demandais combien d’entre eux allaient voir l’expo par pur snobisme, histoire de ce la péter un peu en société « je suis allé voir Giotto au Louvre, c’était fooormiiidaaaable ! », diraient ils en tenant une coupe de champagne et en levant un petit doigt. Il y avait aussi dans la queue un prêtre en col romain « ah oui, là, d’accord. Lui, il doit certainement ressentir quelque chose ».

Finalement, je sortais de cette expo avec un sentiment de frustration ; jaloux de tous ces gens qui éprouvaient peut-être des sensations que j’étais moi-même incapable d’éprouver.
Lorsqu’il sortit enfin, le regard pleinement satisfait, il m’expliqua qu’il connaissait très bien l’Italie. Sans doute aussi est-il un peu plus mystique que moi.

Bref, si vous aimez Giotto, allez voir Giotto. Sinon, vous risquez de vous emmerder. Mais peut-être que l’expo vous réservera une bonne surprise. Peut-être aurez-vous une révélation, comme Saint Paul sur le chemin de Damas, comme Claudel à Notre Dame. En tout cas, moi je n’ai rien ressenti. Je suis peut-être trop cartésien.

Edouard

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La mort à Venise

Un écrivain vieillissant se rend à Venise, et tombe sous le charme d’un éphèbe de 14 ans qui séjourne dans le même hôtel que lui. Une épidémie de choléra règne en ville et finira par emporter le vieux poète.
Me souvenant du film homonyme de Visconti avec la musique lancinante de Mahler, j’ai retrouvé le même pouvoir hypnotique chez Thomas Mann.
Par moment – misère – le style ferait penser à Marcel Proust. Le style de Thomas Mann est tarabiscoté, les phrases sont malgré tout suffisamment brèves pour ne pas en avoir oublié le début quand on arrive au bout.
Tout cela est fort beau, par moments (emm…) ennuyeux.
La deuxième histoire se passe dans un sanatorium, et raconte la maladie d’une pianiste vivant avec un rustre en essayant de se convaincre qu’elle est heureuse. Un fort beau cas d’hystérie, qui se terminera mal.
La troisième histoire finit près d’un cimetière.
Trois nouvelles donc, pas très folichonnes, qui ne me donnent pas trop envie de lire la montagne Magique, un énorme boulet du même Thomas Mann.
Amitiés essoufflées,
Guy
Thomas Mann
Poche – 189 p.

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