1Q84

Un authentique envoûtement, et il y a trois livres 😉
Le monde magique de l’auteur japonais prend le lecteur en otage dès les premières pages.
Aomamé prend un taxi à Tokyo, elle se trouve prise dans un monumental embouteillage sur une autoroute urbaine, et finit par quitter le taxi, pour se retrouver dans un monde ‘différent’. Un nouveau genre est né: le roman de rétrocipation, puisque cela se passe en 1984. La référence au livre de Orwell est revendiquée. Et le Q du titre fait appel à la Question du pourquoi des agissements humains.
Parallèlement à la Quête d’Aomamé, le lecteur fait la connaissance de Tengo, mathématicien génial et romancier à la recherche de son identité.
Une série de personnages complète le tableau de chapitre en chapitre, alternativement consacré aux découvertes de Aomamé et de Tengo. Au bout des 548 pages, ils ne sont pas encore rencontrés, mais cette rencontre DOIT avoir lieu, c’est sûr.
Les références musicales et littéraires occidentales foisonnent, et pourtant le lecteur est entraîné dans un environnement oriental, avec son raffinement, et sa cruauté.
Un travail d’orfèvre, comme la peinture sur la porcelaine japonaise réalisée sur un bateau en pleine mer, afin d’éviter la poussière sur l’unique poil de soie du pinceau.
Amitiés sayonara,
Guy
Haruki Marukami – 10/18 – 548 p.

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Une fois deux

Séduit par une critique parue dans Lire, où l’on parle d’un cocktail à base de Georges Perec, Anna Gavalda, et Michel Houellebecq,
je me suis englué dans un invraisemblable galimatias, non pas cocktail, mais bouillie rance pour chats.
Senta rencontre Thomas dans un café de Kreusberg, à Berlin.
Coup de foudre immédiat, suivi d’une plongée dans le stupre et la fornication.
Pas de quoi fouetter un chat.
Mais le livre tourne au cauchemar quand l’auteure se perd dans des digressions à propos d’informatique (Thomas est ingénieur système), en passant par des comparaisons stylistiques théâtrales et picturales.
La dénommée Senta semble passablement givrée.
L’hallucination devient complète lors de la description de l’urinothérapie, que je n’aurai pas le mauvais goût de décrire ici. Le coup de grâce: deux pages sur le quickie.
Ne me considérant pas comme un type bégueule, je me demande si notre monde ne vire pas à la décadence complète? L’humour désopilant annoncé ne m’a pas fait rire une seule seconde.
Amitiés pisse-vinaigre,
Guy.
Iris Hanika – Poche – 285 p.

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Et puis, Paulette

Ferdinand, retraité, s’ennuie tout seul dans sa ferme. Il est veuf (et sans regret), son fils et sa famille sont partis habiter la ville d’à côté, au-dessus du restaurant qu’ils tiennent. Le couple ne va pas bien.
La voisine de Ferdinand, Marceline, a des problèmes avec le toit de sa maison qui menace de s’effondrer. Ferdinand l’héberge, mais en tout bien, tout honneur. Son copain d’enfance se retrouve veuf et se laisse mourir. Il va s’installer à la ferme. Notre trio ne reste pas seul longtemps. Vont s’y rajouter deux vieilles dames (Hortense et Simone) puis une étudiante infirmière (Muriel) et un étudiant en agriculture (Kim). Le tout, joyeusement égayé par les Lulus, les deux petits enfants de Ferdinand.
Bien évidemment tout le monde est un rien parano, mais s’entend à merveille, les tâches sont partagées et tous ont meilleure santé grâce aux produits naturels du potager. Une vraie crèche de Noël !
Et puis, Paulette ??? Pour savoir, il faut arriver jusqu’à la fin. Je ne dirais rien même sous la torture.
Un livre gentillet, plein de bonnes attentions, de bonnes actions, très guimauve et bonbon rose, mais très mal écrit : argot, verlan, régionalisme, gros mots et accent berrichon. Et dire que l’auteur est principalement écrivain pour la jeunesse. Moun Diou !!!
Moui ! Bauf ! C’est comme l’homéopathie : si ça fait pod’ bien, ça fait pod’mal.
Ça occupe, mais ce n’est pas le livre à amener sur une île déserte
La Martine mitigée
Barbara CONSTANTINE

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En vieillissant les hommes pleurent

Une famille dans les années 61.
Albert, le père, tourné vers le passé, travaille chez Michelin et comme agriculteur le reste du temps. Il se sent vieux et las.
Suzanne, la mère, 13 ans de moins que son mari, femme au foyer qu’elle cherche à moderniser, qui rêve de quitter la ferme pour un appartement à Clermont.
Henri, le fils aîné qui ne veut pas reprendre la ferme et a fait des études d’ingénieur hydraulique. Pour l’instant, il fait la guerre d’Algérie.
Gilles, le petit dernier, 10 ans qui lit beaucoup sans trop comprendre ce qu’il lit. En ce moment, c’est Eugénie Grandet qu’il avale.
Et puis, il y a la mère d’Albert, qui perd la tête dans son fauteuil roulant. C’est sa belle fille qui la soigne. Mais aussi la sœur d’Albert qui a l’âge de sa femme, qu’Albert a élevée comme sa fille et qu’il aime jalousement – contrairement à sa femme…
Un jour, Suzanne achète une télévision pour voir son fils à Cinq Colonnes à la Une ; un reportage sur la guerre d’Algérie.
Eux qui pensaient que tout allait bien, réalisent que c’est aussi grave et risqué que celle de 14 et de 40.
Un livre de plus sur la nostalgie ! ? Pas vraiment.
« Réflexion sur la modernité et le passage à la société de consommation. »
Pour moi, une très belle étude psychologique des personnages.
Le point manquant est dû à un essai final sur la ligne Maginot. Une obsession de l’auteur, un écrit délirant dont je n’ai pas compris le but.
C’est le « petit » Gilles, l’ex nul en orthographe, qui la raconte à ses élèves de l’université, à la veille de la retraite. (???)
Et Henri, alors ???
La Martine
SEIGLE Jean-Luc
Flammarion, 2012, 216 p. + 28 P.

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Une étoile aux cheveux noirs

« Au portes de l’automne, un homme entreprend un lent voyage à mobylette à travers la France, d’un port de Bretagne jusqu’à Grenoble. Au bout de la route, sa mère. Sera-t-elle là pour lui ouvrir la porte ? Descendue d’un bateau à Marseille dans les années cinquante, une valise à la main et de l’autre un enfant, elle va subir, à 84 ans, un dernier déracinement. L’appartement dans lequel elle vit depuis quarante ans, au huitième étage d’une cité, doit être rasé et tous ses souvenirs emportés dans des cartons.
Le long de ces mille kilomètres, le fils remonte le cours de l’histoire de sa mère. L’enfance confisquée, les premiers taudis lors de l’arrivée en France, le racisme, mais aussi les parfums épicés de sa cuisine, l’amour porté à ses quatorze enfants.
À cette mère illettrée, dépossédée dès l’enfance de son destin, Ahmed Kalouaz écrit une lettre bouleversante et pudique. Après l’évocation de son père dans « Avec tes mains », il poursuit l’exploration de sa mémoire familiale, semblable à celle de nombreux Français descendants d’immigrés. »
Une très belle écriture, simple, pour un texte intimiste, pudique, entrecoupé de descriptions de paysages sans longueur. Tout est dit en quelques lignes ; les questions qu’il se pose et celles qu’il ne pourra pas poser. Il n’y a rien à sauter, à jeter. J’ai tout consommé avec délice. Probablement à cause des « Français descendants d’immigrés. »
La Martine
KALOUAZ Ahmed
Ed. du Rouergue, 2011, 108 p.

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Les Queues de Kallinaos

Ce roman est supposé être « un codicille – on serait presque tenté d’écrire « codicille » – au testament de Charles Robert Darwin, rendu public le 1er janvier 1980″. Notre cher Charles pensait qu’il fallait un siècle pour que l’aventure qu’il vécut à l’âge de 18 ans (en 1827) puisse être acceptée. Il suppose que les progrès des sciences naturelles et de la biologie permettront de justifier « une expérience amoureuse inavouable. »
Notre jeune Charles est kidnappé (saoul comme une bourrique) et embarqué de force sur un bateau militaire qui va faire la guerre aux Turcs.
Après la victoire des Anglais, ordre est donné de régaler tout le monde au rhum. Darwin, plutôt gringalet et efféminé, ne tient pas l’alcool et tombe de la proue en allant faire ses besoins. Il est repêché par des marins grecs qui le débarquent, à sa demande, sur l’île presque déserte de Kallinaos.
Et là, horreur ! Il ne voit que des statues et des personnes nanties d’appendice caudal. Reçu et soigné par le Lord, propriétaire de l’île, Charles à l’impression de perdre la raison. Tout le monde trouve normal de porter une queue et s’étonne du fait que Charles n’en soit pas muni. Aurait-il des mœurs que la morale réprouve ? Le voilà bien en peine de donner une explication honorable. La suite est assez (aussi) farfelue, mais chut !
« On nous a aussi reproché d’avoir la plume un tantinet légère, et le qualificatif de Choderlos de Laclos nous poursuit comme une flatteuse, mais légèrement abusive rengaine.» H. M.
De Choderlos, il a l’écriture (sublimes imparfaits du subjonctif) et le sous-entendu licencieux. C’est plein de double sens délicieux.
« Un régal d’inconvenances, d’élégance et d’humour. »
Une friandise à ne mettre que dans des mains averties !
Guy, je pense très fort à toi.
La Martine qui ne voit plus le panache blanc, caudal et frétillant de sa chienne de la même façon…
MONTEILHET Hubert
Les Queues de Kallinaos
Phébus, 1990, 232 p.

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Avant la dernière ligne droite

L’auteur est un des enfants d’un militaire qui a fini par devenir général.
La vie de garnison, en Afrique, les grands espaces, les copains…

Le livre.
Fugue alors qu’il n’est pas majeur. Son père lui envoie les gendarmes. Il finit par rentrer du Brésil.
Et c’est le début d’une vie d’aventures et d’explorations. Depuis sa tendre jeunesse, Patrice veut écrire. Il veut aussi voyager. Il sera donc écrivain-aventurier. Comme Tintin. Âgé actuellement de 57 ans, il présente toujours comme un gamin.
Les points forts: on se demande comment un seul homme a pu réaliser tout ce qui se passe dans ce livre. Il est Corse, et alors?
Un point faible: qu’avait-il besoin d’aller faire le coup de feu contre les Soviétiques en Afghanistan? Parce que papa n’avait jamais tenu un fusil?

Un livre pour ceux qui aiment les aventures de cow-boys.
Je vais relire Tintin.

Amitiés galopantes,

Guy

Patrice Franceschi – Arthaud – 549 p

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Tonbo

Voilà un petit livre rafraîchissant et sans violence ! Ouf !
Nobu, poussé à la démission par une grande entreprise japonaise, fonde un Juku, établissement de cours privés du soir. Son épouse, infirmière, veut fonder une chorale. Un ancien élève de son père vient le voir et lui raconte ce qu’il s’est passé réellement avant que le père de Nobu se suicide.
Petite histoire d’une famille avec deux enfants qui vit son bonheur au jour le jour et se souvient sans dramatiser du passé.
J’ai beaucoup aimé l’écriture japonaise (zen et hyper polie) qui nous raconte cette histoire avec des détails fleuris.
Je me demande comment font les Japonais pour se relever de tout.
Un livre très positif.
L’auteur, né au Japon, vit à Montréal depuis 1991 d’où une édition franco-canadienne.
SHIMAZAKI Aki
Leméac/Actes Sud, 2010, 135 p.
La Martine béate.

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Cléa

Quatrième volet du magnifique ‘Quatuor d’Alexandrie’.
Tous les personnages des trois livres précédents vont s’y retrouver, au début de la Deuxième Guerre mondiale.
Cette guerre est présente en toile de fond, mais plus aiguillon qu’étouffoir.
En relisant mes commentaires des autres livres, je constate une montée en puissance de l’histoire.
Un véritable tour de force.
De plus – rien n’est encore perdu – je me suis mis à apprécier la vraie poésie d’une prose colorée et chatoyante.
Alexandrie vit littéralement entre les pages, et donne l’envie d’aller y admirer la mer, et de flâner dans la rue Fouad.
Ceci me donne l’idée de poser une question à mes amis lecteurs:
Tout comme ce Quatuor me donne le désir de découvrir la ville d’Alexandrie, comme Kafka m’a fait visiter Prague, ou Paul Auster New York, quels liens proposeriez-vous entre un auteur et une ville?
Amitiés exploratrices,
Guy
Lawrence Durrell
Poche – 447 p.

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Des mules et des hommes

Harry Crews (1935-2012) a surtout écrit des romans noirs.
Ici, il raconte son enfance pendant la Grande Dépression. Le sud de la Géorgie est une région misérable. La violence et l’ignorance y font la loi. La magie également, et la solidarité chez des paysans manquant de tout.
Le petit garçon connaîtra la maladie, et souffrira de l’alcoolisme de son père.
Je n’ai pas été totalement convaincu par ce récit misérabiliste, et par le style argotique.

Amitiés deep south,

Guy.

Harry Crews – Folio – 295 p.

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