Dernière nuit à Twisted River

Le magicien John Irving a encore frappé. Pourtant cette histoire de draveurs (flotteurs de bois) dans le nord des USA commence plutôt lourdement. Dominic le cuistot, et son fils Danny, 12 ans, s’occupent de la popote des bûcherons. Leur ami Ketchum, braconnier, grande gueule et coeur d’or, les protège dans ce monde impitoyable (!). La mise en train est assez longuette. Dès l’exil du père et du fils au Canada, le livre monte en puissance, pour se terminer en feu d’artifice. On connaît le goût de Irving pour les ours. On connaît son talent pour la description de scènes baroques (Le monde selon Garp, une prière pour Owen…). Ici, l’on assiste à l’atterrissage d’une parachutiste nue dans une auge à cochons. Danny la surnommera ‘Tombe du ciel’, et elle finira par jouer un rôle dans sa vie d’écrivain. John Irving a peu connu son père. L’amour d’un père pour son fils est un thème récurrent dans ses livres. Il semble avoir mis beaucoup de lui-même dans celui-ci.

Amitiés braconnières,

Guy

 Seuil 562 p.

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Kyoko

J’avoue ne pas trop aimer ce qui est japonais. À part les jardins si zen et si bien alignés, je trouve les films ou les livres un peu trop violents, même si les images sont belles.

C’est donc du bout des doigts que j’ai pris ce livre puisque la 4e de couverture disait : « Murakami a voulu écrire un roman sans drogue, sans violence et sans sexe, sur la renaissance et l’espoir. »

Ouf, c’était vrai !

Kyoko est orpheline à 4 ans. Élevée par sa tante et son oncle, pour aller à l’école, elle passe devant le grillage en fil de fer barbelé d’une base militaire américaine. Elle se sent enfermée (« le grillage de barbelés que je portais en moi en permanence. ») et n’arrive pas à être heureuse.

A 8 ans, elle fait la connaissance d’un G. I. qui lui apprend à danser les danses latino. C’est ainsi qu’elle trouve un exutoire pour s’évader du quotidien et l’encourager à continuer. Ses études terminées, elle passe son permis poids lourd et travaille jusqu’à ce qu’elle ait la somme nécessaire pour faire le voyage à New York, revoir José, lui dire merci et danser avec lui.

À 21 ans, elle arrive à N. Y. Elle commence par se faire arnaquer par un chauffeur de limousine « super stretch » (???)

Kyoko est un ange, une brise légère, un papillon, toujours souriante, gracieuse, etc. Elle séduit tous ceux qu’elle croise dans sa quête de José.

Le chauffeur, Ralph, qui n’est pas si mauvais bougre que ça va même l’aider.

Oh, son José, elle va le retrouver, mais dans quel état : phase finale du sida, il a perdu la mémoire et ne se souvient pas de Kyoko. Il vit des rêves qu’il a inventés pour embellir sa vie. Il ne se rappelle que sa jeunesse à Miami et sa maman qu’il voudrait revoir. Qu’à cela ne tienne Kyoko va l’y conduire en minibus aménagé. Moult péripéties l’attendent. Mais stop !

Tous les personnages qu’elle rencontre ont eu des problèmes enfant (orphelins, immigrés, victimes du racisme…) voire, en ont encore. Tout pour faire un livre glauque. Et non ! Le miracle de l’écriture est là, à chaque page.

Cette histoire est racontée par plusieurs narrateurs ; un par chapitre.

Un premier raconte une scène, le deuxième raconte la même scène, mais en parle autrement en rajoutant des détails qu’il n’y avait pas dans la première narration. Répétition ? Pas vraiment, non ! « Tastignouse » comme je suis, vous pensez bien que je n’allais pas accepter de lire 2 ou 3 fois la même histoire sans broncher. Tout le talent de l’auteur est là, dans sa façon de changer de personnage, de ton et de langage. On ne peut détester aucun des personnages, quoiqu’il ait fait. Dans le livre, personne n’aime José. Il n’y a que Kyoko. D’un récit à l’autre, nous arrivons à connaître son histoire, à comprendre pourquoi il mentait et à vouloir le voir arriver à Miami. Même la fin n’est pas triste et rebondit dans le positif, l’avenir. C’est le miracle Kyoko, jolie jeune fille gracile, aérienne, qui sait ce qu’elle veut et ne déroge pas au but qu’elle s’est donné.

« Kyoko est une fable sur l’espoir et la renaissance. »

« J’ai compris que le futur, c’est être en route vers quelque chose. »

Mais attention ! Il y a Murakami et Murakami. Ne vous trompez pas !

Il dit lui même :

« Dans ce roman-ci, il n’y a ni sexe, ni sadomasochisme, ni drogue, ni guerre. Depuis l’œuvre de mes débuts, ces éléments ont été des motifs récurrents, utilisés comme moyens d’éclater ma conscience de soi, mais dans ce roman, c’était inutile. »

Uffa !!! J’ai choisi le bon !

J’ai la même sensation de bonheur qu’après « une odeur de gingembre » … alors que ça n’a rien à voir, que c’est totalement différent, que… sais pas ! Et je ne cherche surtout pas à savoir !!!! Des fois que ça me gâcherait le plaisir… Ah non alors !!!

La Martine flottante, un sourire aux lèvres.

MURAKAMI Ryû R
Picquier Poche, 2000 (1995), 228 p.

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Ouest

Une photo ancienne, une autre à la une des journaux. Ça alors, c’est le même chien !!!

De là part une histoire de garde-chasse et de son baron de maître, de 1848 (environ) à Napoléon III.

Le garde-chasse a des idées bien arrêtées sur la place qu’il doit tenir et le maître est bien pervers. Il ne sait pas tenir son rang.

Faut-il en déduire qu’il s’agit d’un livre sur le rapport maître/valet, comme je l’ai lu ? Pourquoi pas ! Encore que tous les maîtres ne tuaient pas leurs maîtresses en « jouant ». Et que tous les valets ne séquestraient pas forcément leur patron. Rapport de chantage mutuel serait plus juste.

Le baron, un peu halluciné tout de même, se disait révolutionnaire et s’était pris d’une violente passion pour Victor Hugo qu’il voulait kidnapper à Guernesey et ramener en France pour le mettre à la tête du pays, en se servant de son garde chasse pour les « basses manœuvres ».

L’écriture est bizarre (comme je l’avais lu, aussi). Pensées, narration et dialogues sont à la suite sans tiret. Il faut avoir envie de démêler l’écheveau. Un rien pénible.

Ah oui, vers la fin, il y a un suspense terrrrrrible. En gardant son baron en « résidence surveillée », le garde-chasse se trouve prisonnier aussi puisqu’il ne peut aller à la chasse avec sa meute. La folie monte. Aaaaah !

Victor Hugo l’a échappé belle ! Moi pas et je l’ai lu jusqu’au bout (en diagonale, quand même.)

Livre Inter 2007. (?) D’ailleurs, l’auteur accumule les prix. (France télévision, Académie du Maine, Culture et Bibliothèque, etc.)

La Martine qui, elle, accumule les navets.
François Vallejo
Viviane Hamy, 2006
267p

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Solaire

2000-2005-2009, trois années de la vie de Michael Beard, prix Nobel de physique, quinquagénaire bedonnant à la vie privée compliquée.

La toile de fond du développement durable sert les aventures tragi-comiques du personnage; emporté parsa célébrité; emporté par ses maîtresses; traqué par un ex-amant d’une de ses ex-femmes envoyé à tort en prison; traqué par le père d’un de ses ex-fan/élève, mort dans des circonstances…originales et qui l’accuse d’avoir outrageusement exploité son fils en lui mettant aux trousses une armée d’avocats; traqué enfin par la maladie.

Beard ne s’avoue pas vaincu, mais devient de plus en plus philosophe à mesure que le temps passe.

« Solaire » est une réflexion douce-amère sur le vieillissement, sur cette accumulation d’événements disparates qui, avec le temps, finissent inévitablement par prendre sens et qui font ce qu’on appelle une vie : une sorte de « voyage au bout de la nuit » du XXIe siècle.

« Solaire » est aussi une réflexion sur l’environnement, sur la véritable action de l’homme sur le réchauffement climatique. Après l’enthousiasme en 2000 viendra la difficulté d’exécution en 2005 pour que finalement en 2009, le doute s’installe. « Et si on s’était trompé ? », demande à Beard, l’un de ses proches collaborateurs.

Finalement, ce qui fait le charme de ce livre, c’est aussi la combinaison des deux éléments. L’histoire d’un homme qui veut sauver la planète, mais qui n’arrive pas à y voir clair dans sa propre existence.

Bref, un très beau livre teinté d’un humour très noir. Je retiendrai une phrase de ce livre, une phrase prononcée au début dans des circonstances très particulières. Sur le moment, elle prête à rire tant elle semble idiote ; mais à la fin, elle prend une signification étrange : « Finalement, les ours blancs sont plus dangereux morts que vivants ».

Solaire
Ian McEwan
Gallimard
2011

Edouard

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Histoire d’une vie

Une autre façon de voir la Shoa. Erwin a 7 ans quand commence la guerre. Il passe d’une enfance choyée au ghetto, les camps, la fuite dans la forêt, puis camp de transit et direction Israël.

C’est par les sensations, les odeurs et la contemplation qu’il nous raconte son long cheminement vers l’âge adulte.

Sa mère a été assassinée dans le ghetto. Il a fait une longue marche avec son père pour arriver dans le camp puis ils sont séparés. En 1941, il réussit à s’enfuir et vit dans la forêt. L’hiver, il travaille dans de petites fermes, souvent battu et mal nourri. Il se referme de plus en plus sur lui-même. Tout est dans les sens, plus dans la parole. Il a énormément de mal à s’intégrer en Israël. Il parle l’allemand, langue de ses parents, le ruthène, celle de la femme de ménage et le yiddish de ses grands-parents pratiquants. Il ne se reconnaît en rien dans cette nouvelle langue ; l’Israélien et il a du mal à l’apprendre. C’est ainsi qu’il deviendra l’un des plus grands écrivains israéliens. Pour quelqu’un qui a du mal à parler et du mal à apprendre l’hébreu, il a quand même écrit une quarantaine de livres et a obtenu le Prix Médicis pour celui-ci.

« Les pages qui suivent sont des fragments de mémoire et de contemplation. La mémoire est fuyante et sélective, elle produit ce qu’elle choisit. La mémoire, tout comme le rêve saisit dans le flux épais des évènements certains détails, parfois insignifiants, les emmagasine et les fait remonter à la surface à un moment précis. »

Beaucoup de non-dits, des faits anodins, des répétitions, mais il avait entre 7 et 13 ans pendant la guerre. C’est très bien qu’il n’ait pas « traduit » en adulte ses souvenirs et n’en ait pas fait un mur des lamentations.

La Martine

APPELFELD Aharon
Ed. de l’Olivier, 2004 (1999), 238 p.

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Il faut tuer Chateaubriand

Journaliste, écrivain, mais surtout homme politique (je l’ai connu comme maire de Toulouse), j’ai longtemps hésité à lire du Baudis.

Ces romans n’ont rien d’exceptionnel ; une histoire sur fond d’Histoire, mais ils font passer un bon moment.

Il y a longtemps, j’avais lu « Raimond le cathare » et « La conjuration » qui nous promenait dans les croisades. Avec « Il faut tuer Chateaubriand ! » nous voilà sous Napoléon et la conquête de l’Égypte.

« En quelques lignes, dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem, Chateaubriand raconte un étrange épisode : il essuie une salve de coups de feu alors qu’il descend le Nil en felouque. A-t-on cherché à tuer Chateaubriand et pourquoi ? À partir de cette mention fugace, Dominique Baudis échafaude un extraordinaire roman d’aventures autour des soldats perdus de l’Expédition d’Égypte. »

Déodat Dureau, enfant trouvé, élevé par un cordonnier de Toulouse après quelques aventures se retrouve esclave sous Méhémet-Ali et sous le nom d’Abdallah de Toulouse. Avec Ibrahim de Tarascon, Sélim d’Avignon, Youssouf de Picardie, Gamal de Rodez, Anouar de Carcassonne, ils deviennent les « Français du Pacha » et font la guerre pour lui. Cet à ce moment là que Chateaubriand débarque au Caire, reçu chez Abdallah et qu’il sèmera la panique.

Pas étonnant que M. Baudis ait été Président de l’Institut du Monde arabe et ait participé à nombre de commissions avec les pays du Mashrek. Il y a longtemps que c’est un spécialiste du sujet si j’en juge d’après ses livres.

Ses personnages sont toujours hauts en couleur et leurs aventures toujours très prenantes. On s’y croirait !!!

La Martine

BAUDIS Dominique
Grasset, 2003, 311 p.

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Paradis inhabité

« À ma naissance, mes parents ne s’aimaient plus. Cristina, ma sœur aînée, était alors une peste. Quant à mes frères, Jéronimo et Fabian, jumeaux boutonneux, ils se moquaient pas mal de moi. Aussi, les premières années de ma vie furent-elles solitaires. »

C’est ainsi que commence l’histoire d’Adri (Adriana). Elle n’est pas consciente de sa solitude, mais l’exprime par des rêves, des visions qu’elle est seule à voir. Elle a l’impression que personne ne la comprend et que personne ne l’aime jusqu’au jour où elle rencontre un jeune garçon, seul, lui aussi et lui aussi, élevé par un domestique, Gavri (Gavrila). Nous sommes en Espagne, à Madrid, dans un milieu bourgeois, conservateur et religieux, donc très rigide et à la veille de la guerre civile.

Mais laissons place au rêve, car la jeunesse, c’est comme la licorne, ça ne revient jamais.

J’ai beaucoup aimé ce livre plein de délicatesse, de paillettes, d’anges, de voiles, de nuages, d’or, de lumière et de fuyante licorne.

La Martine… très fleur bleue, en ce moment…

Ana Maria MATUTE

Phébus (domaine étranger) 2011 (2009) 283 p.

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Disgrâce

Chef d’oeuvre, par le titulaire du Prix Nobel 2003.

Le professeur David Lurie enseigne à l’université du Cap. Âgé de 52 ans, divorcé deux fois, sa vie sexuelle cahotante le satisfait jusqu’au jour où il rencontre et séduit une jeune étudiante, qui l’accusera de harcèlement sexuel. Il démissionne, et se réfugie chez sa fille Lucy, qui dirige une petite ferme au milieu de nulle part. Leur vie à tous deux basculera quand ils seront violemment agressés.
L’Afrique du Sud décrite par Coetzee porte les séquelles de l’apartheid. Les habitants de race blanche paient comptant les erreurs de leurs prédécesseurs. Le dialogue interracial est difficile, sinon impossible. Peu de personnages sympathiques dans ce roman où règne pourtant un humanisme entraînant.

Il y a du Philip Roth dans Coetzee, l’élégance en plus.
Amitiés afrikaners,

Guy.
John Maxwell Coetzee
Points – 273 p.

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Une odeur de gingembre

« En 1903, Mary Mackenzie embarque pour la Chine où elle doit épouser Richard Collinsgworth, l’attaché militaire britannique auquel elle a été promise. Fascinée par la vie de Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d’esprit rapidement désapprouvée par la communauté des Européens. Une liaison avec un officier japonais dont elle attend un enfant la mettra définitivement au ban de la société. Rejetée par son mari, Mary fuira au Japon dans des conditions dramatiques. »

Ouille ! . Ça sent le mélo et l’eau de rose !

« À travers son journal intime, entrecoupé des lettres qu’elle adresse à sa mère restée au pays ou à sa meilleure amie, l’on découvre le passionnant récit de sa survie dans une culture totalement étrangère à laquelle elle réussira à s’intégrer grâce à son courage et à son intelligence. Par la richesse psychologique de son héroïne, l’originalité profonde de son intrigue, sa facture moderne et très maîtrisée, une odeur de gingembre est un roman hors norme. »

Hors norme veut tout et rien dire, mais je ne sais pas expliquer l’engouement que j’ai ressenti pour ce livre dont je n’arrive pas à sortir.

Tout est écrit avec sensibilité, parfois sautant du coq-à-l’âne pour une pensée pleine d’humour, mais surtout avec réalisme. Tout nous est raconté dans le moindre détail et loin de m’ennuyer je me suis attachée à Mary et j’ai eu beaucoup de mal a accepter le point final.

J’ai été intrigué par sa perception, sa compréhension du Japon (un pays dont je ne sais pas grand-chose et qui ne m’attire pas.) C’est là où je me suis rappelé que l’auteur était un homme et qu’il avait grandi au Japon.

Rentrer à ce point dans la peau d’une femme, et surtout son esprit, est une prouesse que je salue.

Texte: La Martine toute chamboulée

Illustration:Magali

WYND Oswald R
Une odeur de gingembre
Folio 2012 (1977), 474 p.

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Se résoudre aux adieux

Voici un garçon fort sympathique semblant avoir beaucoup de succès auprès des dames. Il publie les livres à peu près à la même cadence que Amélie Nothomb. Cette histoire de femme abandonnée envoyant des lettres à son amour perdu m’a semblé plutôt tarabiscotée. Le roman pour midinettes n’est pas loin. À son crédit: sa capacité à vivre dans la peau du personnage principal, ce que l’on appelle l’empathie. Ceci est donné à peu d’hommes (je parle ici des êtres humains de sexe masculin). Pour le reste un livre laissant peu de traces.

Amitiés plume au vent,

Guy.

Se résoudre aux adieux
Philippe Besson
Julliard
188 p.

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