Ai-je écrit « c’était ça ou mourir » ?

Ce  blog a maintenant un peu plus de 16 ans. Cet article est le 695ème publié. Comme tous les autres, il est totalement libre de droit et ne fait donc l’objet d’aucune protection juridique. Aussi, il est bien possible qu’il ait été picoré par des collégiens, lycéens, étudiants, journalistes… en mal d’inspiration. Comme dirait Rambo : « c’est pas ma guerre ».

IL a été alimenté principalement par moi avec l’aide précieuse de Guy et Martine au cours des premières années. Pendant longtemps, sa consultation a été relativement modeste et principalement française. A titre d’exemple, en 2025, j’ai eu 917 consultations sur l’année dont 437 pour la France suivie par les États-Unis (286) et 30 autres pays, partout dans le monde, dont la Chine en 7ème position avec 12 connexions.

En 2026, je vois une augmentation forte. J’en suis à 1934 consultations et nous ne sommes pas encore en octobre. Autre phénomène, la France n’est plus qu’en troisième position (257 connexions). Les autres places du podium sont maintenant détenues par les États-Unis (1020) et la Chine (283).

Dois-je comprendre que la popularité de mon blog explose aux États-Unis et en Chine ? Ce serait séduisant de le penser, mais j’imagine autre chose. On le sait, pour être efficaces, les algorithmes des agents conversationnels d’intelligence artificielle de type ChatGPT sont alimentés par des quantités phénoménales de données avant de pouvoir être efficaces. Aussi, j’ai bien peur qu’au lieu d’une popularité soudaine, les données de mon Blog alimentent aujourd’hui des algorithmes aux États-Unis et en Chine.

Il serait donc possible que mon style soit identifié comme un style typique d’une intelligence artificielle puisqu’il a été à la base de l’alimentation des agents conversationnels.

Dès lors, un outil comme Pangram, utilisé pour déterminer que le livre de Thélyson Orélien avait été produit par une intelligence artificielle, pourrait déterminer qu’un de mes textes est une intelligence artificielle.

L’affaire « C’était ça ou mourir » est passionnante et pose beaucoup de questions, la principale étant de savoir quels sont les paramètres qui permettent à Pangram de déclarer qu’un texte est ou non une IA. Autrement dit, quels sont les fondements de l’algorithme ? On voit bien qu’il y a un trou dans la raquette et un problème de transparence des algorithmes.

Et dans l’hypothèse où « C’était ça ou mourir » serait bien une IA et où mes articles auraient été intégrés dans les algorithmes il y a bien plus longtemps que je le pensais, il y a peut être un peu de moi dans le livre de Thélyson Orélien. Il serait peut-être temps que je pense aux droits d’auteur.

Edouard

Quel avenir pour les Etats-Unis ?

Qu’est ce qui se passait dans la tête de Trump quand il a parlé de l’annexion du Groenland ? Y croyait-il vraiment ? Faisait-il du buzz pour sa base MAGA qui ne voyait pas l’absurdité des enjeux géopolitiques d’une telle décision ? Toujours est-il qu’il n’a pas fait rire à Copenhague.

Cette déclaration aura finalement fait prendre conscience à l’Europe de sa vulnérabilité, découlant de sa double dépendance.

Dépendance par rapport à la Russie d’abord. Au bout de quatre ans de guerre, l’Europe continue à nourrir la Russie, faute de pouvoir s’en passer et par là même l’aide à poursuivre sa guerre en Ukraine tout en armant l’Ukraine.

Dépendance militaire par ailleurs vis-à-vis des Etats-Unis qui la soumet à son bon vouloir.

Peut-être pourrait on regarder autrement la fin de la guerre froide. Et si, loin de s’effondrer après la chute du mur de Berlin, l’URSS ne s’était pas partagée l’Europe avec les Etats-Unis.

En bon assureur, les Etats-Unis protégeaient les européens tant qu’il ne se passait rien et tentent aujourd’hui de se dérober alors que l’Europe a besoin d’eux. Ils n’ont que mépris face à l’impuissance de leur (ex ?) assuré.

En 35 ans, les deux anciennes puissances ont pris du plomb dans l’aile. La Russie ne retrouvera pas la puissance de l’URSS et ne peut que retarder l’effritement de l’ex-empire en usant son héritage.

Les Etats-Unis sont aussi fragilisés. Ils gardent la première marche du podium mais sont talonnés par de nouveaux acteurs : la Chine mais aussi l’Inde et le Brésil.

Et l’Europe ? A-t-elle aujourd’hui d’autre choix que de s’affirmer ? Peut-elle encore jouer la carte du nationalisme comme elle a fait pendant 35 ans en se voilant la face pour ne pas se rendre compte de sa double dépendance ?

Et les Etats-Unis, que deviendront ils quand ils ne seront plus à la tête du monde libre et qu’ils ne seront plus la première puissance économique mondiale ? Un Etat Voyou ? Celui des Trump des Vance et des Rubio, un far-ouest sans foi ni loi, isolé du reste du monde ? Bien entendu, derrière le « make américa great again », se cache l’angoisse d’un déclassement géopolitique.

Il y a 25 ans, à New York, quelques mois avant les attentats du World Trade Center, je me souviens avoir choqué un américain en lui disant que les Etats-Unis étaient notre ennemi.  J’avais ajouté « économiquement » pour rendre le message moins violent… nous y voilà.

Tout ça va prendre du temps et l’indépendance de l’Europe ne se fera pas d’un claquement de doigts. Les successeurs de Trump seront peut-être aussi moins caricaturaux.

Toujours est-il que la prise de conscience est maintenant irréversible. Quelque chose est en marche.

Edouard

Quelle « grandeur » pour les « Etats-Unis » ?

Dans l’acronyme MAGA, il y a le mot « great » qui renvoie à une idée de grandeur et le mot « again » qui semble renvoyer à une grandeur perdue qu’il faut retrouver.

Pour moi, la grandeur des Etats-Unis, ce serait l’après-guerre, dans les années 60 en particulier, alors même qu’ils étaient un phare pour l’occident. Je vois sa puissance culminer au début des années 90 avec la chute de l’URSS et son déclin commencer après le 11 septembre 2001.

La puissance américaine n’est plus au XXIe siècle sur l’échiquier géopolitique, celle qu’elle était dans la deuxième moitié du siècle précédent. Les États-Unis doivent maintenant composer avec d’autres acteurs comme l’Union européenne et surtout la Chine. Par ailleurs, le « Sud global » n’est plus le tiers monde, un groupement de pays sous-développés ou en voie de développement dont le seul horizon serait de parvenir à s’approprier le modèle politico-économique occidental.

 Le « Sud global » est au contraire aujourd’hui constitué d’États qui proposent des schémas de développement alternatifs au duo « démocratie/libéralisme » érigé en dogme depuis la chute du mur de Berlin.

Toutefois, le comportement de Donald Trump ne semble pas indiquer que l’acronyme MAGA renvoie à la grandeur américaine des décennies 1945-1990, mais à une période bien antérieure.

Je vois deux signes en particulier :

– Tout d’abord les droits de Douane hallucinants qui renvoient clairement à une politique isolationniste mise en place à la fin du XIXe siècle ;

– Ensuite la volonté colonialiste (Canada, Groenland…) qui renvoie à la conquête de l’Ouest en laissant supposer l’existence de territoires vierges que les États-Unis auraient le droit de s’approprier. Il y a tout de même une certaine lucidité derrière les choix géographiques. Trump a bien compris qu’avec le réchauffement climatique, l’arctique pourrait bien devenir prochainement le nouveau point d’équilibre du Monde.

Donc, le « great » renverrait plutôt aux États-Unis de l’après-guerre de sécession, aux États-Unis du Wild West Show de Buffalo Bill mis en place en 1870, à un temps où le Ku Klux Klan faisait trembler les Afro-Américains à peine libérés de l’esclavage. Ces États-Unis, c’est aussi ceux décrits dans « naissance d’une nation » en 1915, le premier long métrage de l’histoire du cinéma.

Bref, loin de renvoyer à une puissance géopolitique, le mot « great » semble plutôt renvoyer au bien-être d’un âge d’or perdu et largement fantasmé.

Pour moi, la réélection de Trump a été la réaction un peu désespérée d’une super puissance qui se sent déclassée dans un Monde dans lequel elle ne trouve plus sa place. Donald fait rêver sa base, mais le réveil risque d’être douloureux.

Espérons que l’Amérique de demain redeviendra le gardien des valeurs qui ont fait sa grandeur. On pourrait déjà rappeler aux électeurs de Trump que la statue de la Liberté est arrivée dans le port de New York en 1886.

Edouard

Les impossibles victoires russes

Les mois se suivent et se ressemblent : la prise d’un village par les Russes, la destruction d’un centre d’hydrocarbure par les Ukrainiens et des morts, des morts, toujours des morts. On voit bien que quelque chose bouge, mais rien de décisif. On finit par se lasser aussi de ce paysage monotone. Il y a bien l’arrivée des F16, mais personne ne semble imaginer que cela puisse changer quoi que ce soit.

Et puis, il y a l’été et la plage, les barbecues entre amis, les JO, le feuilleton de la vie politique française qui reprendra le lendemain des JO. Alors l’Ukraine… c’est toujours pas terminé ?

Il n’y a en définitive qu’une façon de battre les Russes : l’épuisement pour que le pays s’écroule de lui-même, comme en 1990. Comme un joueur de jackpot accro à la guerre, Poutine dépense toujours plus : il sent que le vent va tourner, il a presque gagné, c’est tout comme s’il avait gagné… et quand il sera à poil, les négociations pourront commencer.

Cela peut prendre du temps. Il ne faut pas que l’Ukraine s’épuise la première, d’où une aide homéopathique des alliés occidentaux pour que les Ukrainiens tiennent, mais aussi pour que la Russie ne perde pas espoir de l’emporter et qu’elle continue à dépenser encore et toujours… c’est presque bon, on va y arriver !! L’aide des Occidentaux ne peut cependant qu’être homéopathique parce qu’ils savent que plus la Russie se sentira acculée, moins elle sera contrôlable avec un risque d’utilisation de l’arme nucléaire.    

Pris par son élan, Poutine n’a peut-être plus conscience que sa course est autodestructrice et quand bien même, il ne peut plus s’arrêter. L’économie russe ne tient plus que par la guerre, elle s’effondrera après, il le sait.

Certains experts en géopolitique savent peut-être comment tout ça va se terminer. J’en doute. En tout cas, les JO montrent que la vie planétaire peut très bien continuer sans la Russie. Ils sont tous là, on les a vus dans leurs bateaux sur la Seine, lors de cette interminable litanie étatique à l’occasion de l’ouverture des JO.

Les copains de Vladimir sont là aussi et en particulier la Chine et la Corée du Nord. Ils auraient pu dire, « si Vladimir n’est pas invité, on vient pas », mais ils ne l’ont pas fait. On sent que c’est plutôt « désolé mon pote, on te racontera ».

Tout le monde aura remarqué le coude à coude entre la Chine et les États-Unis en tête du tableau des médailles. La Russie n’est pas visible, normale, la guerre froide est terminée et la Chine doit se consoler de l’absence de cet ex-grand frère. On ne parle plus non plus des athlètes russes et biélorusses qui devaient participer aux JO sous bannière neutre.

Et pendant ce temps, Vladimir mise encore et toujours, espérant en vain que les trois Zelenski s’afficheront sur le bandit manchot.

En définitive, personne ne semble s’apercevoir de l’absence des Russes aux JO et c’est sans doute un coup énorme porté à Poutine, condamné à l’indifférence mondiale, enlisé dans une guerre hors d’âge. Les soldats russes vont-ils enfin se demander pour qui ils se battent et pour qui ils se font tuer ? Qui sait ?

La prestation de Philippe Katherine lors de la cérémonie d’ouverture était volontairement ridicule. On aime ou on n’aime pas, mais en tout cas, tout le monde l’a remarqué (en particulier en Chine et au Japon). Il a peut-être fait des envieux à Moscou.

Édouard

Et Poutine créa l’Ukraine

Pendant très longtemps, je n’ai pas eu connaissance de l’Ukraine. Plus tard, j’ai cru comprendre que c’était une région de la Russie.

Les plaines d’Ukraine étaient à peine évoquées par Gilbert Bécaud en 1964 quand il chantait « Nathalie », chanson que j’ai entendue pour la première fois en 1997, lors de la sortie du film « on connait la chanson ». Dans les années 2000, des amis m’ont fait connaître Andreï Kourkov : première fois que j’entendais parler d’un romancier ukrainien. Et puis il y a eu la révolution orange en 2004 avec Ioulia Timochenko et ses tresses qui me faisaient un peu penser à la princesse Leia. Ensuite, en 2014, ce fût l’annexion de la Crimée à laquelle l’occident ne semblait prêter qu’une attention distraite.

Un peu faible, tout ça, pour faire un Etat.

Le réel acte créateur de l’Ukraine, pour moi, c’est le refus de Volodymyr Zelensky, quelques jours après l’invasion Russe, de se faire exfiltrer par les américains. C’est là que tout a basculé, que les occidentaux ont enfin compris que l’Ukraine était un Etat et que les américains, en particulier, ont compris tout l’intérêt qu’ils avaient à investir militairement en Ukraine pour faire oublier leur piètre performance afghane tout en matant la Russie et en se faisant une place au soleil en Europe de l’est.

C’est à ce moment-là que moi aussi, j’ai compris que les ukrainiens constituaient une véritable nation. Par la suite, je me suis documenté et j’ai appris que cette zone géographique avait une histoire, distincte de celle de la Russie : tampon entre l’empire russe, l’empire ottoman et le royaume de Pologne et de Lituanie ; carrefour religieux également avec les tatars musulmans, les chrétiens orthodoxes et les uniates catholiques. J’ai aussi appris que c’était d’Ukraine que venaient les fameux cosaques zaporogues, plus précisément originaires de Zaporijia. Remontant encore plus loin, j’ai découvert que c’était là qu’étaient arrivés des vikings au moyen-âge, sur le territoire autrefois occupé par les Khazars, mystérieux royaume de confession juive.

Il y a incontestablement de la matière pour donner une identité à ce pays mais sans l’invasion Russe, cette histoire serait sans doutes encore aujourd’hui perdue dans les archives du temps.

Et maintenant, plus d’un an après le début du conflit, alors que personne ne se risquerait à donner un pronostic, on entrevoit tout de même quelques signes. L’incertitude principale réside en fait dans la définition précise des frontières de l’Ukraine à l’est. Pour le reste, le divorce est maintenant Irrémédiable entre l’Ukraine et la Russie. L’affaiblissement et l’isolement durable de la Russie ne laisse pas beaucoup de doutes avec une dépendance accrue vis-à-vis de la Chine. L’Union Européenne sortira aussi renforcée avec, j’espère, l’élaboration d’une défense européenne s’articulant avec l’OTAN. Affaiblissement relatif de l’Allemagne aussi, au détriment de la Pologne comme nouvelle puissance militaire. Et enfin, accélération de la transition énergétique de l’Europe pour atteindre une autonomie.

Une fois n’est pas coutume, l’avenir semble moins sombre que l’actualité. Rêvons un peu d’horizon en attendant la suite.

Edouard

Goodbye Poutine

Alors que les Russes qui ont aujourd’hui moins de 30 ans ne connaissent l’URSS qu’à travers les propos de leurs aînés, Vladimir Poutine, ancien du KGB qui aura 70 ans cette année, déclare la guerre à l’Ukraine qu’il voit s’éloigner de son champ de contrôle.

30 ans sont donc passés. Les ex-pays de l’Est ont intégré l’OTAN et l’Union européenne et les pays tampons entre la Russie et la zone OTAN/UE lorgnent l’ouest. C’est un peu trop pour Poutine qui craint de voir son empire amputé une fois de plus. Cela explique a priori pourquoi il prend les devants et attaque l’Ukraine avant qu’elle ne bascule définitivement à l’ouest.

Tout cela peut paraître bien désuet. Le monde a bien changé en 30 ans. Dans l’immédiat, le comportement paranoïaque du président russe aura en tout cas permis de faire revivre l’ardeur d’un ancien volcan qu’on croyait éteint (merci, Jacques Brel) : l’OTAN et par là même, le leadership militaire américain.

Également vestige de la guerre froide, l’OTAN justifie son existence par l’agressivité potentielle ou réelle de la Russie. L’organisation se justifie également par l’absence de force militaire unifiée au sein de l’Europe, suffisamment forte pour pouvoir s’opposer à la Russie.

Mais l’OTAN n’est-elle pas devenue un boulet pour les États-Unis ? En agressant l’Ukraine, la Russie n’oblige-t-elle pas les Américains à porter leur attention sur l’Europe alors même qu’ils ne considèrent plus depuis longtemps l’océan Atlantique comme un axe stratégique majeur.

Comme chacun sait, les États-Unis n’ont aujourd’hui d’yeux que pour la Chine, en passe de devenir la plus grande puissance mondiale et par là même, pour la zone pacifique (voir le traité Aukus signé en septembre dernier).

Qu’adviendra-t-il si la Chine décide d’envahir Taïwan ? Les Américains pourront-ils être sur les deux fronts ? Assistera-t-on au commencement d’une troisième guerre mondiale ?

N’est-il pas temps d’admettre que l’OTAN est aujourd’hui devenue un cadre anachronique ? N’est-il pas temps de laisser à l’Union européenne le soin d’assurer sa propre défense en mettant en place une vraie armée européenne ?

Jusqu’à maintenant, le statu quo était de règle. d’une part, la volonté des Européens d’assurer seuls leur propre défense restait faible. D’autre part, la possibilité offerte aux États-Unis de garder via l’OTAN un contrôle sur des alliés devenus également des concurrents économiques présentait un certain intérêt.

L’histoire ne devrait cependant pas permettre éternellement à l’Union européenne et aux États-Unis de se satisfaire de l’ambiguïté confortable de l’OTAN. Les choses sont peut-être en train de changer, espérons qu’il n’est pas trop tard.

Vladimir Poutine restera peut-être dans l’histoire comme l’homme qui aura mis définitivement fin à la guerre froide.

Édouard Latour

Encres de Chine

Une écrivaine dissidente est retrouvée morte. Yu, l’adjoint de l’inspecteur Chen, mène l’enquête, suivi de loin par son supérieur.

J’ai été très perturbé dans ma lecture par la dernière version de Windows que je n’ai d’ailleurs toujours pas réussi à installer sur mon PC. Lisant entre les différentes et laborieuses étapes du téléchargement, j’avoue que j’ai eu du mal à m’accrocher à l’intrigue.

La qualité du roman ne m’a d’emblée pas semblé à la hauteur des espoirs que j’avais pu nourrir à la lecture de « Visa pour Shanghai », mais c’est vrai qu’on y retrouve en revanche une certaine authenticité que la dimension trop américanisée du précédent opus fragilisait. Les fans retrouveront donc leurs lots de poèmes et de récits culinaires.

« Encre de Chine » s’intéresse moins à la politique qu’à la « Chine d’en bas » qui, toute populaire qu’elle était, n’en a pas moins souffert du maoïsme que les couches supérieures. D’une certaine manière, « encres de Chine » est un polar social qui insiste beaucoup sur la vétusté de la vie à Shanghai dans la première moitié des années 90 qui s’oppose à la montée de l’enrichissement du pays et à son ouverture au capitalisme. Même pour Chen qui semble maintenant dans les hautes sphères de la société, l’arrivée d’une chaudière semble un événement extraordinaire.

Yu est plus proche du petit peuple. Il se débat encore et toujours avec ses problèmes de logement. Il commence aussi à jalouser un peu son supérieur qui lui laisse faire tout le boulot pour récolter in fine les lauriers.

Chen semble peu s’intéresser à cette enquête, à la mort de cette écrivaine médiocre et aux motivations très terre à terre du meurtrier. On ne tue plus pour l’idéologie communiste dans les années 90, mais pour des préoccupations bassement matérielles : le décor a bien changé, mais les comportements restent les mêmes.

Chen semble lui aussi soucieux de se trouver des sources de revenus complémentaires et est plongé dans des travaux de traduction qui lui ont été confiés par Gu. Gu représente l’antichambre des Triades et tend maintenant à s’imposer sur Li, le secrétaire du parti qu’on ne voit presque plus. Gu est étrangement bien intentionné à l’égard de Chen : il lui donne une secrétaire, lui offre une chaudière, paie les soins médicaux pour sa mère, l’aide à résoudre l’enquête… Chen ne semble toutefois pas avoir le sentiment de se faire acheter et apparaît maintenant résigné à se laisser porter par les événements et par cette nouvelle Chine en quête d’identité.

Une grande mélancolie se dégage du roman, peut être que cela reflète aussi des préoccupations plus personnelles de l’auteur.

Édouard

Points

2006

Visa pour Shanghai

Le cadavre d’un homme criblé de coups de hache est retrouvé dans un parc à Shanghai. Au même moment, l’inspecteur Chen doit accueillir une policière américaine venue chercher et protéger l’épouse d’un homme vivant aux États-Unis amené à témoigner en justice contre une Triade.

Pour ce qui concerne la construction de l’intrigue, il n’y a pas photo avec « mort d’une héroïne rouge ». Rebondissements, enquêtes croisées, action… tous les ingrédients du polar à l’occidentale sont là. Xiaolong remercie de nombreux amis et son éditeur. Son humilité l’honore de prime abord. Il a écouté les conseils et c’est très bien. Voilà un écrivain qui ne nous fait pas croire qu’il est sorti tout casqué de la cuisse de Jupiter.

Sur le fond, un gros doute tout de même concernant l’usage du téléphone portable en 1991. En France, il ne me semble pas qu’il ait été utilisé à grande échelle avant les années 95-96 (je me souviens d’avoir envoyé un message sur un Tatoo en 96). C’est très possible qu’il ait été utilisé pus tôt aux États-Unis et encore plus tôt par la police…mais en Chine ! Enfin, je ne sais pas, toujours est-il que cette histoire de portable m’a perturbé. C’est là que je vois que je vieillis. Pour les lecteurs nés dans les années 90 ; le téléphone portable a toujours existé et ils ne voient pas où est le problème.

Sinon, comme dans le premier opus, on parle beaucoup de bouffe. Il y a de la poésie aussi, toujours beaucoup de citations, mais moins. C’est pas trop mon truc la poésie, mais bon, passons. Par contre, il n’y a plus une pointe d’érotisme, on est dans la guimauve dégoulinante et pour le moins écœurante. L’éditeur a peut-être pensé que le lectorat, généralement constitué de femmes jeunes, devait apprécier des niaiseries du genre « leurs mains se frôlèrent et ils échangèrent un regard furtifs. Elle lui sourit ». Donc, exit les descriptions limite hard de « mort d’une héroïne rouge ».

Le poids du politique passe ici au second plan, derrière les Triades et les scènes d’action. C’est un peu dommage. Le secrétaire du parti Li apparaît de plus en plus comme un vieux gâteux. Quelques années plus tard, le communisme commencera à rentrer dans le folklore, on trouvera des petits livres rouges sur les étals des marchés aux puces, coincés entre une poupée Barbie débraillée et un petit chat en porcelaine qui lève la patte.

Finalement, Xiaolong est comme la Chine d’aujourd’hui. Avec l’appropriation des canons occidentaux, c’est aussi une certaine naïveté et une certaine fraîcheur pour le moins attachantes qui s’en vont. Espérons qu’il ne finira pas par vendre son âme aux Yankees et qu’il restera toujours un chinois, certes d’outre-mer (« le chinois d’outre-mer » est le surnom d’un personnage récurant de la série), mais un Chinois tout de même.

Édouard

Points

2004

Mort d’une héroïne rouge

En 1990, à Shanghai, le corps d’une  icône du parti est retrouvé dans un canal. L’inspecteur Chen enquête.

À cette époque, le monde communiste tremble. Tandis que l’URSS s’effondre, sur la place Tiananmen de Pekin en 1989, les autorités chinoises ont montré que l’héritage de Mao demeurait malgré l’ouverture du pays à l’économie de marché initiée par Deng Xiaoping et alors que les Chinois n’en finissent pas de panser les plaies de la révolution culturelle.

Qiu Xiaolong est arrivé aux États-Unis en 88. Les parallèles entre l’auteur et l’inspecteur Chen sont évidents : même âge et goût immodéré pour la poésie. Qiu Xiaolong soutiendra en 1996 une thèse sur le poète américain T.S Eliot. La poésie chinoise classique est présente dans tout le roman, beaucoup de citations et un parfum de sensualité imprègnent le récit, allant d’une certaine mièvrerie à un érotisme beaucoup plus prononcé. Il est beaucoup question aussi des saveurs de la table : un plat de chat et de serpent devient ainsi par la magie de la poésie une lutte du lion et du dragon.

L’intrigue policière n’est pas bien compliquée. La vie de « travailleuse exemplaire de la nation », un titre qui fleure bon les années Mao, n’est pas facile et c’est un pléonasme de parler de « double vie » dans ces conditions. Pas d’énormes rebondissements, pas de fausses pistes, tout l’intérêt du roman réside dans la description de la Chine contemporaine et dans la confrontation entre la justice poursuivie par Chen et la logique du parti qui cherche avant tout à préserver son intégrité.

Les entraves du parti sont nombreuses. L’inspecteur Chen, qui s’entête à faire éclater la justice, est étroitement surveillé et régulièrement rappelé à l’ordre. Lorsque le coupable, le mobile et les preuves sont là, le régime continue à hésiter. On est loin de la logique classique du roman policier occidental et du « who done it ?». Ici, l’essentiel est de savoir dans quelle mesure la découverte par l’opinion publique des circonstances de la mort de Guan pourra éviter de ternir l’image du parti ou, si cela est possible,  contribuer à redorer son blason. Je ne sais pas s’il est possible de traduire « séparation des pouvoirs » en chinois. Dès lors, on hésite, on fait lanterner Chen, on attend un événement extérieur qui devrait apporter une solution et qui ne viendra pas, on se réunit…

Et puis, on ne sait trop comment, une solution est finalement trouvée. Comme la réalité est embarrassante et qu’on ne veut pas trop en dire, on trouve une procédure pénale pour le moins originale et une qualification juridique des faits bien communiste qui ne révélera rien sur le fond, du genre « mode de vie décadent sous l’influence de l’idéologie bourgeoise occidentale ». Finalement, la politique, est-ce autre chose que de la poésie ?

Édouard

Points

2001

Pékin

– Rien n’est écrit en anglais ;

– C’est pas vrai autour des sites touristiques, dans les aéroports, dans les distributeurs automatiques… ;

– Les taxis ne parlent pas anglais ;

– C’est vrai quoique je pense que les jeunes chauffeurs parleront tous anglais d’ici quelques années. Pour prendre un taxi, il faut avoir un papier sur lequel l’adresse est écrite en mandarin ;

– Il est impossible de se déplacer dans Pékin pour un Occidental.

– Faux. Le métro de Pékin est très facile d’utilisation. Les noms des stations sont tous écrits en chinois et en Alphabet latin. Les écrans pour prendre les tickets ont aussi tous une interface en anglais. Ce dont il faut avoir conscience, c’est que Pékin est une ville immense et que l’écart entre deux stations de métro est dans le meilleur des cas comparable à celui existant à Paris entre deux stations de RER. Les métros sont très sûrs. On fait passer les sacs aux rayons X et si vous avez une bouteille d’eau, on vous fait signe d’en boire pour être certain que c’est bien de l’eau (si vous n’avez pas soif, buvez quand même).

On ne peut tout de même pas aller partout en métro et pour « la grande muraille », il faudra s’immiscer dans un groupe. Ensuite, c’est tout de même un autre univers culturel et il est bien de faire au moins une visite guidée : la cité interdite par exemple (il y a des guides francophones à Pékin qu’on peut prendre pour une ou plusieurs visites ponctuelles).

– Il est impossible de conduire.

– Vrai, à moins que vous soyez habitué à la conduite chinoise. La difficulté ne vient pas seulement du fait que tous les panneaux sont écrits en chinois, mais surtout que la conduite est « sportive » : on double par la droite, par la gauche…tout le monde veut être le premier. En observant en France le comportement des Chinois à la caisse dans les supérettes, vous aurez une idée de leur manière de conduire.

Bref, si vous êtes allergiques aux visites groupées et que vous faites le choix de visiter la ville seul, attendez-vous à avoir à surmonter un peu plus d’obstacles que dans une ville occidentale. Choisissez bien votre guide : très satisfait du « lonely planet » pour ma part, qui vous donnera des conseils précieux :

– Il y a beaucoup de toilettes publiques à Pékin, mais jamais de PQ à l’intérieur.

– Vrai !

Édouard