Sommeil

Il ne se passe strictement rien dans ce petit bijou minimaliste.
Une jeune femme de 30 ans n’arrive pas à dormir pendant 17 jours. Comme elle ne ressent aucune fatigue, elle passe ses nuits à relire Anna Karénine de Tolstoï. L’angoisse monte à chaque page, et cela se termine dans un état voisin de la schizophrénie.
Le papier glacé et les très belles illustrations en noir et blanc renforcent l’impression de malaise du lecteur.
Je lève mon chapeau nippon, et n’aurai de cesse de lire ‘Kafka sur le rivage’ du même auteur, qui traîne depuis des mois dans ma bibliothèque.

Amitiés sidérées,

Guy

 

Haruki Murakami

10/18

94 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Edition et Tanguy

« On ne publie pas un premier roman » m’avait dit l’écrivain Hervé Mestron qui animait un atelier d’écriture auquel je participais il y a deux ans et demi, alors même que j’étais très loin de m’imaginer que j’allais pouvoir un jour terminer le mien.
Il avait prononcé cette phrase avec un sourire énigmatique, les yeux dans le vague comme si cette phrase avait matérialisé un hologramme visible de lui seul, surgi du plus profond de sa mémoire.
Je comprends aujourd’hui un peu mieux ce regard et sans doute le comprendrais je encore mieux dans quelques années.
Un premier roman, même s’il n’a rien d’autobiographique, est un chalutier qui prend la mer pour la première fois, faisant remonter à la surface les poissons de l’inconscient : des poissons magnifiques, des poissons comiques, des poissons sans panache, des poissons qu’on aurait voulu oublier, des poissons effrayants, des poissons non identifiables.
Difficile de prendre du recul dans ces conditions. Ce que je cherche dans l’édition, c’est peut-être le moyen de figer cette pêche…pour passer à autre chose.
Il est vrai qu’Hergé corrigeait ses albums à chaque nouvelle réédition, mais bon, quand c’est publié, il est quand même plus difficile de retoucher.
En septembre 2010, j’avais un peu peur de laisser mes premiers relecteurs poser leurs yeux sur mon roman. Aujourd’hui, j’ai envie qu’il vive sa vie sans moi.
Y arriverai-je? Serais-je comme ces vieux flics qui, dans les polars, refusent d’oublier une enquête qu’ils n’ont pas su résoudre ?
Je ne sais pas. Je vais en tout cas faire le nécessaire pour qu’il trouve une maison qui veuille bien s’en occuper et si je n’y arrive pas, je ne vais pas le laisser me pourrir la vie. Il restera à la maison et, s’il a des frères et sœurs qui eux, trouvent une maison, je lui apprendrai à ne pas être jaloux.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le livre de Dave

Londres est détruit par un énorme déluge. Cinq siècles plus tard, une nouvelle civilisation tente de survivre dans une Angleterre exsangue. Sa spiritualité repose sur les délires de Dave Rudman, un chauffeur de taxi d’avant le déluge, qui a la bonne idée de sauver ses théories en les enterrant dans le jardin de son ex-épouse. Raciste, misogyne, misanthrope, il rêve d’une société basée sur la séparation totale entre hommes et femmes, avec l’exploitation des plus faibles, l’application de la torture et de la peine de mort, et autres joyeusetés.
Cette fable repose sur une idée séduisante: peut-on baser une civilisation sur les élucubrations d’un vrai ou d’un faux prophète? La critique de l’Inquisition de sinistres mémoires (il y a 500 ans…) côtoie celle des intégrismes de tout poil, ceux d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Certaines fulgurances n’empêchent pas de nombreuses longueurs.
Je n’ai aucun préjugé contre les chauffeurs de taxi, mais sait-on jamais ?

Amitiés averties,

Guy.

Will Self -Points- 625 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Les voisins d’à côté

Les Langley partent pour une semaine de vacances. Dereck vient dire au revoir à son copain Adam et fait semblant de partir tout en se laissant enfermer dans la maison. Pendant une semaine, il sera tranquille avec sa petite amie. Las ! Les Langley reviennent dans l’heure ; la maman avait mal au ventre. Même pas le temps de décharger la voiture et ils se font tous tuer. Si Dereck n’a pas tout vu, il a tout entendu. Pas question d’en parler à la police, il se ferait enguirlander par son père.

Si personne n’a rien vu, rien entendu, ils ont tous un indice qui pourrait amener la police plus directement au criminel. Mais bien sûr, ils ne le font pas et s’enlisent dans un tas d’imbroglio.

Dereck est arrêté et son père mène son enquête. Son épouse (à gifler) prend le contre-pied de tout ce qu’il fait et lui met des bâtons dans les roues. Et pour cause, elle aussi à son petit secret.

De rebondissements en agressions diverses, de personnages nouveaux en nouveaux meurtres (fallait ben les remplir ces 520 p. !) nous arrivons au meurtre final et à l’arrestation de l’assassin. Uffa !!!

Je n’ai rien sauté et j’ai été jusqu’au bout.

Ce n’est pas un si mauvais polar que ça ! 2 ou 3 rebondissements m’ont même surprise. Je crois qu’à force de lire des polars je finis par avoir une impression de « déjà vu ». Je me demande si trop d’action ne nuit pas à l’histoire racontée.

La Martine

BARCLAY Lindwood
Les voisins d’à côté
J’ai lu, 2012, (2008), 520 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Bellini et le démon

« Fils d’un brillant avocat, le détective Remo Bellini doit résoudre deux affaires insolites : retrouver un manuscrit inédit de Dashiell Hammett et le meurtrier de la belle Silvia, assassinée dans les toilettes de son collège. »

Dans la 1re enquête, juste au moment où Bellini retrouve le possesseur du manuscrit (que de dollars gaspillés pour 3 fois rien !!!), sa chef prend sa place pour recevoir les honneurs.

Dépité et ronchon, Bellini repart à la case départ, c’est-à-dire au bureau de Sao Paulo. Mais là…

Commence la 2e partie avec l’arrivée d’une gironde journaliste qui va rendre sa virilité à Bellini (Hé oui ! Lui aussi a eu coquette en berne. Comme il est jeune, pas besoin de Viagra. Galla à suffit à lui faire rebrandir sont étendard) et l’entraîner dans l’affaire de la jeune fille assassinée. En fait, il en rêvait depuis le début.

Deux affaires résolues avec brio, action, dérision.

Bellini pratique aisément l’autodérision ce qui rend ses problèmes amusants et l’enquête pétulante, entraînante, démoniaque.

La Martine

BELLOTTO Tony
Acte Sud, 2007 (1997), 298 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

L’imprévisible

Anne-Catherine Hugues (épouse du Hugues qui s’est tiré avec une soprano dans « Victoria Hall ») convoque Guido Gianotti, professeur d’histoire de l’Art à la retraite pour estimer « une croûte » dont elle veut se débarrasser.

Ladite croûte n’est autre que le couvercle d’un tableau de Bronzino.

Et nous voilà voyageant dans la peinture du XVIe siècle florentin sous Cosme 1er. Une enquête rondement menée qui m’a passionnée.

Las ! L’entre filets m’a paru bien triste et obsessionnel.

Le Guido commence à ressentir la faiblesse de l’âge et voit sa coquette sur alternateur. Rien ne nous est épargné de sa honte, de son martyre et de ses rêves libidineux.

Il doit prendre du Viagra pour « satisfaire » la Catherine. (Plus jeune que lui, évidemment) Il passe de 2 à 4 pilules et de vie à trépas. Une valve… Une histoire de coeur !!! Pas d’amour ! Où alors, d’amour propre, d’orgueil !

Pfffffff ! Dur, dur les problèmes des vieux mecs qui ne savent pas passer à autre chose !!!

Faut-il vraiment s’obstiner à en péter une durite ? !

La Martine lessivée

ARDITI Metin
Babel, Acte Sud, 2006, 204 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Cosmopolis

Eric Packer, golden boy de 28 ans, déambule en limousine dans Manhattan à la recherche d’un coiffeur.

Si David Cronenberg, le pape du film poisseux, a décidé d’arracher Robert Pattinson aux crocs de la sirupeuse saga Twilight, ce n’est pas un hasard. S’il n’incarne plus Edward, le vampire bio romantique, le nouveau personnage campé par Pattinson n’en est pas très éloigné. Le moins perspicace des cinéphiles l’aura perçu, ne serait-ce que du fait qu’il ne semble pas avoir été démaquillé en quittant la série.

Eric est un vampire des temps modernes. Arrivé en haut de l’échelle sociale, au bout du rêve américain, il a le monde à ses pieds, mais n’a plus goût à rien.

Les deux premiers tiers du film se passent à l’intérieur de sa limousine blindée et insonorisée décorée comme un jeu vidéo.
Le golden boy ne bouge presque pas et parle beaucoup. Quelques hommes lui rendent visite et beaucoup de femmes plus ou moins tarifées parmi lesquelles on reconnaîtra notre Juliette Binoche nationale dans un rôle à contre-pied de celui de la femme exemplaire qu’elle campe habituellement…les fans risquent d’être choqués.

Mais le sexe, pas plus que les discussions autour du yuan, pas plus que les des deux ascenseurs qu’il s’est fait installer pour se rendre dans son bureau, ne semble à même de le ranimer. S’est donc un vampire rassasié qu’on voit petit à petit se déliter psychologiquement. On pense à « la grande bouffe » et à l’ « envie d’avoir envie » de Johnny.

En arrivant chez son coiffeur, un père spirituel qui vit dans un quartier chaud de la grande pomme, il décide de se passer des services de son garde du corps pour aller au-devant de tueurs potentiels.

La dernière scène est du concentré de Cronenberg. Une tension lancinante et écœurante entre un meurtrier qui n’a pas le courage de passer à l’acte et une victime qui semble espérer trouver dans la mort le délice d’une ultime sensation.

Cosmopolis est une variante visqueuse et psychologique de Margin Call, film actuellement sur les écrans sur le cynisme d’une banque d’affaires à l’origine de la crise des subprimes. On sent qu’Hollywood a un peu la gueule de bois ces derniers temps.

Bref, un film qui vous retourne l’estomac, au propre comme au figuré. Un film que je ne regrette pas d’avoir vu, mais que je ne conseillerai qu’aux fans de Cronenberg.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Leporello

Comment peut-on, diantre, « MASSACRER » de façon aussi éhontée le sublime opéra, Don Giovanni de M. Amédée Mozart !!!??? Un de mes préférés ! La puriste s’étouffe.

. Oui, mais de rire !

Beppo Rello qui fut le serviteur de M. Giovanni pendant 14 ans remet les choses au point. Ce Da Ponte n’y connaissait rien. En premier lieu il a fait un raccourci sur le nom du serviteur en l’appelant Leporello.

Ensuite, dans l’air du catalogue il lui fait dire : « E in Spania, mille e tre »

Si vous calculez bien, la chose n’est pas possible. A raison de 2 h par femme, compte tenu du temps passé en voyage ou les semaines au lit à soigner « les glorieuses blessures de Vénus » (tréponème) ce n’est pas possible. Tout a été exagéré.

Le Commandeur, un vieil imbécile, n’était pas une statue. L’épée de M. Giovanni l’avait bien transpercé de part en part, mais il s’en était remis et jouait depuis les fantômes. Un fantôme ayant un bon appétit qui s’empiffre au fameux dîner et s’aide de 2 bouteilles de Tokay pour le faire descendre. Quant à Melle Elvire c’était une « redoutable pécore », complètement dérangée par son besoin absolu de vengeance. Elle fera tuer par 2 assassins de métier Don Giovanni qui l’avait déflorée . Bien entendu, personne ne l’a su puisque pour ne pas aller en prison, Leporello l’a lavé et habillé de frais en laissant croire à une crise cardiaque, mais en mourant il a poussé le même cri que dans l’opéra. Aaaaaaaaah !

Au fil des pages, nous rencontrerons d’autres personnages célèbres dont le fameux M. Maisonneuve, autrement dit, en italien, Casanova.

M. Jean Dutourd, de l’Académie française, est un fameux écrivain qui a oublié d’être ennuyeux tout en pratiquant le français du XVIIIe siècle.

Relisez le livret de Don Giovanni après ça. !!!

La Martine chantante… « La ci darem la mano »

Tiens, j’entends le crapaud ! Il va pleuvoir !

DUTOURD Jean
Plon, 2007

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Dernière nuit à Twisted River

Le magicien John Irving a encore frappé. Pourtant cette histoire de draveurs (flotteurs de bois) dans le nord des USA commence plutôt lourdement. Dominic le cuistot, et son fils Danny, 12 ans, s’occupent de la popote des bûcherons. Leur ami Ketchum, braconnier, grande gueule et coeur d’or, les protège dans ce monde impitoyable (!). La mise en train est assez longuette. Dès l’exil du père et du fils au Canada, le livre monte en puissance, pour se terminer en feu d’artifice. On connaît le goût de Irving pour les ours. On connaît son talent pour la description de scènes baroques (Le monde selon Garp, une prière pour Owen…). Ici, l’on assiste à l’atterrissage d’une parachutiste nue dans une auge à cochons. Danny la surnommera ‘Tombe du ciel’, et elle finira par jouer un rôle dans sa vie d’écrivain. John Irving a peu connu son père. L’amour d’un père pour son fils est un thème récurrent dans ses livres. Il semble avoir mis beaucoup de lui-même dans celui-ci.

Amitiés braconnières,

Guy

 Seuil 562 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Edition et catch

Huit envois. Sept refus explicites et un implicite. Sur les sept, une réponse négative par mail et six par courrier. Sur les six, cinq refus plus ou moins sympathiques et un refus qui se détache nettement des autres. Que faut-il en penser ?
« Il vous arrivera peut-être de recevoir un courrier négatif accompagné d’une critique, constructive donc précieuse, de votre œuvre. Cet égard, dû au fait que le lecteur professionnel aura détecté un certain nombre de qualités dans votre écriture, doit vous conduire à reprendre votre ouvrage en corrigeant les défauts et scories inséparables de votre inexpérience littéraire. Profitez alors de cette chance pour combler vos lacunes, affiner vos points forts, vous épuiser à lire, vous échiner à écrire. Après plusieurs mois d’efforts, si votre cœur est toujours déterminé, vous pourrez utilement adresser votre nouveau tapuscrit, épuré, au lecteur professionnel qui avait eu la délicatesse de vous aiguiller. L’essentiel étant d’obtenir de sa part de nouvelles critiques. »
Si j’en crois mon guide fétiche, il n’y a pas de doute. Il faut reprendre l’ouvrage. Toutefois, si l’éditeur en question m’a bien fait des remarques positives et négatives, elles ne sont pas particulièrement limpides et je ne suis pas certain de pouvoir bien les interpréter. Mais peut-être qu’en fin de compte, le but de l’éditeur était en premier lieu de m’inviter globalement à retravailler mon texte.
Comment faire ? Tout d’abord, ne pas me précipiter. Il est certain à ce titre que le caractère sibyllin des remarques ne m’aura pas engagé à torcher en deux semaines une nouvelle version.
Seul le temps semble en effet capable de me faire prendre la distance nécessaire. La distance, c’est aussi un travail d’autocritique très fort. Dans cet exercice, l’aide de relecteurs peut aussi s’avérer efficace. Cependant, n’importe qui ne peut pas faire l’affaire. Le relecteur sympa et admiratif n’est pas le bienvenu. À ce niveau, le profil du bon relecteur est le relecteur teigneux, violent, injuste, fourbe, voire torve. Un lecteur impitoyable qui ne laisse rien passer, mais tout de même un lecteur constructif.
Au début de cette chronique, il y a deux ans, fier de la toute première version de mon roman comme un enfant l’est de ses premiers gribouillis, j’avais envoyé mon manuscrit à l’écrivain qui avait présidé un atelier d’écriture auquel j’avais participé quelques mois auparavant. Ca réponse, qui m’avait alors semblée terriblement violente et injuste, m’avait assommé pendant quelques jours. Je reconnais que sans elle, je n’aurai pas eu la volonté de me remettre au travail.
De telles personnalités ne courent cependant pas les rues. Il se trouve que j’ai eu il y a peu des remarques d’une ex-relectrice de scénarios qui va dans le sens de ce que je recherche. Je viens aussi de dénicher deux autres relecteurs qui se vantent d’être particulièrement féroces. À eux de le prouver.
Un seul mot d’ordre pour ces relecteurs « Frappez fort, mais frappez juste !! ».

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.