Kyoko

J’avoue ne pas trop aimer ce qui est japonais. À part les jardins si zen et si bien alignés, je trouve les films ou les livres un peu trop violents, même si les images sont belles.

C’est donc du bout des doigts que j’ai pris ce livre puisque la 4e de couverture disait : « Murakami a voulu écrire un roman sans drogue, sans violence et sans sexe, sur la renaissance et l’espoir. »

Ouf, c’était vrai !

Kyoko est orpheline à 4 ans. Élevée par sa tante et son oncle, pour aller à l’école, elle passe devant le grillage en fil de fer barbelé d’une base militaire américaine. Elle se sent enfermée (« le grillage de barbelés que je portais en moi en permanence. ») et n’arrive pas à être heureuse.

A 8 ans, elle fait la connaissance d’un G. I. qui lui apprend à danser les danses latino. C’est ainsi qu’elle trouve un exutoire pour s’évader du quotidien et l’encourager à continuer. Ses études terminées, elle passe son permis poids lourd et travaille jusqu’à ce qu’elle ait la somme nécessaire pour faire le voyage à New York, revoir José, lui dire merci et danser avec lui.

À 21 ans, elle arrive à N. Y. Elle commence par se faire arnaquer par un chauffeur de limousine « super stretch » (???)

Kyoko est un ange, une brise légère, un papillon, toujours souriante, gracieuse, etc. Elle séduit tous ceux qu’elle croise dans sa quête de José.

Le chauffeur, Ralph, qui n’est pas si mauvais bougre que ça va même l’aider.

Oh, son José, elle va le retrouver, mais dans quel état : phase finale du sida, il a perdu la mémoire et ne se souvient pas de Kyoko. Il vit des rêves qu’il a inventés pour embellir sa vie. Il ne se rappelle que sa jeunesse à Miami et sa maman qu’il voudrait revoir. Qu’à cela ne tienne Kyoko va l’y conduire en minibus aménagé. Moult péripéties l’attendent. Mais stop !

Tous les personnages qu’elle rencontre ont eu des problèmes enfant (orphelins, immigrés, victimes du racisme…) voire, en ont encore. Tout pour faire un livre glauque. Et non ! Le miracle de l’écriture est là, à chaque page.

Cette histoire est racontée par plusieurs narrateurs ; un par chapitre.

Un premier raconte une scène, le deuxième raconte la même scène, mais en parle autrement en rajoutant des détails qu’il n’y avait pas dans la première narration. Répétition ? Pas vraiment, non ! « Tastignouse » comme je suis, vous pensez bien que je n’allais pas accepter de lire 2 ou 3 fois la même histoire sans broncher. Tout le talent de l’auteur est là, dans sa façon de changer de personnage, de ton et de langage. On ne peut détester aucun des personnages, quoiqu’il ait fait. Dans le livre, personne n’aime José. Il n’y a que Kyoko. D’un récit à l’autre, nous arrivons à connaître son histoire, à comprendre pourquoi il mentait et à vouloir le voir arriver à Miami. Même la fin n’est pas triste et rebondit dans le positif, l’avenir. C’est le miracle Kyoko, jolie jeune fille gracile, aérienne, qui sait ce qu’elle veut et ne déroge pas au but qu’elle s’est donné.

« Kyoko est une fable sur l’espoir et la renaissance. »

« J’ai compris que le futur, c’est être en route vers quelque chose. »

Mais attention ! Il y a Murakami et Murakami. Ne vous trompez pas !

Il dit lui même :

« Dans ce roman-ci, il n’y a ni sexe, ni sadomasochisme, ni drogue, ni guerre. Depuis l’œuvre de mes débuts, ces éléments ont été des motifs récurrents, utilisés comme moyens d’éclater ma conscience de soi, mais dans ce roman, c’était inutile. »

Uffa !!! J’ai choisi le bon !

J’ai la même sensation de bonheur qu’après « une odeur de gingembre » … alors que ça n’a rien à voir, que c’est totalement différent, que… sais pas ! Et je ne cherche surtout pas à savoir !!!! Des fois que ça me gâcherait le plaisir… Ah non alors !!!

La Martine flottante, un sourire aux lèvres.

MURAKAMI Ryû R
Picquier Poche, 2000 (1995), 228 p.

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Ouest

Une photo ancienne, une autre à la une des journaux. Ça alors, c’est le même chien !!!

De là part une histoire de garde-chasse et de son baron de maître, de 1848 (environ) à Napoléon III.

Le garde-chasse a des idées bien arrêtées sur la place qu’il doit tenir et le maître est bien pervers. Il ne sait pas tenir son rang.

Faut-il en déduire qu’il s’agit d’un livre sur le rapport maître/valet, comme je l’ai lu ? Pourquoi pas ! Encore que tous les maîtres ne tuaient pas leurs maîtresses en « jouant ». Et que tous les valets ne séquestraient pas forcément leur patron. Rapport de chantage mutuel serait plus juste.

Le baron, un peu halluciné tout de même, se disait révolutionnaire et s’était pris d’une violente passion pour Victor Hugo qu’il voulait kidnapper à Guernesey et ramener en France pour le mettre à la tête du pays, en se servant de son garde chasse pour les « basses manœuvres ».

L’écriture est bizarre (comme je l’avais lu, aussi). Pensées, narration et dialogues sont à la suite sans tiret. Il faut avoir envie de démêler l’écheveau. Un rien pénible.

Ah oui, vers la fin, il y a un suspense terrrrrrible. En gardant son baron en « résidence surveillée », le garde-chasse se trouve prisonnier aussi puisqu’il ne peut aller à la chasse avec sa meute. La folie monte. Aaaaah !

Victor Hugo l’a échappé belle ! Moi pas et je l’ai lu jusqu’au bout (en diagonale, quand même.)

Livre Inter 2007. (?) D’ailleurs, l’auteur accumule les prix. (France télévision, Académie du Maine, Culture et Bibliothèque, etc.)

La Martine qui, elle, accumule les navets.
François Vallejo
Viviane Hamy, 2006
267p

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Histoires de comédies musicales

12 mai 2012, 20h15, métro Bonne-Nouvelle. Le Grand Rex est bien l’endroit où j’ai vu « 2001 odyssée de l’espace » il y a …un certain nombre d’années. Je n’y étais pas retourné depuis. Lieu grandiose pour spectacles grandioses. Ce soir, c’est « comédies musicales » chantées par les chœurs de France. Une première pour moi qui suis super nul en comédies musicales. C’est pas trop mon truc à la base : des gens qui s’agitent à la radio sur des airs rabâchés des milliers de fois, des paroles simplistes… Mais il se trouve qu’une collègue de bureau fait partie des chœurs et que je me suis engagé à venir l’écouter.
J’arrive dans l’immense salle de spectacle. Le rideau se lève sur 200 choristes (hommes et femmes) habillés en blanc. Au milieu, un petit orchestre composé de 6 musiciens donne une touche jazzy à l’ensemble.
J’essaie de trouver ma choriste, pense l’avoir vue en bas à droite avant de me rendre compte que ce n’est pas elle. Finalement, je la repère au fond à gauche. En même temps, j’essaie de mémoriser des noms et des titres qu’égraine le monsieur loyal de la soirée et qui me parlent plus ou moins : « Show boat », « Porgy and Bess », « Gershwin »…
Ah ! « West side story ». Je connais, ça. « Maria, Maria… », « I feel Pretty… ». Oui, oui, ça me rappelle des vieux 45 tours et des vacances chez mes grands parents.
Et puis, petit à petit, je lâche prise, me laisse envoûter par la musique, les voix, la chorégraphie, les mouvements de ce grand puzzle mouvant de 200 pièces blanches qu’un jeu d’éclairages fait changer de couleur. Le rideau tombe à la fin de « let the sunshine » : c’est l’entracte.
Avec, la deuxième partie, je suis plus en terrain connu, mais finalement, connu ou pas connu je m’en fous pas mal. Le risque, serait plutôt le trop connu : « Starmania », «Notre dame de Paris », « Roméo et Juliette »…mais finalement, tout passe grâce à des medleys bien montés, quelques arrangements vocaux (pour « quand on arrive en ville » en particulier) et une très bonne articulation des chorégraphies et des lumières.
Je dois reconnaître que « les rois du monde » dans ces conditions, c’est quand même autre chose qu’à travers les ondes d’une radio ou au milieu des rayons d’un supermarché.
C’est quand la prochaine comédie musicale ?

Edouard

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Bruxelles

La gare du Nord tout d’abord, puis le Thalys. 1h15 pour arriver à la gare du Midi. Je vais rendre visite à un vieux copain. Mon guide indique que lorsque l’on est invité chez des Bruxellois, il faut apporter du chocolat. Passage obligé donc chez Marcolini. Première bière de la journée à la terrasse d’un café dans le quartier des Sablons en regardant les vieux Belges qui semblent tous surgis d’albums d’Hergé. Il faut dire que j’en ai eu des images : du graffiti le plus vulgaire aux murs qui sont de véritables planches, toute la ville est peinturlurée.

Flânerie autour de la Grand-Place et du Mannekenpis. Le journal « Le soir » se passionne pour la campagne électorale française et se moque de l’interdiction de la publication des résultats avant 20h que le pays tente d’imposer à ses voisins.

En fin d’après-midi, le canal Charleroi dégage une ambiance à la Simenon. En chemin, je tombe sur la sculpture d’un chien qui lève la patte. Le chien du Mannekenpis ? Vient ensuite une affiche signalant la fermeture d’un musée d’art moderne…en 1970 et la photo d’un club de danse sur laquelle s’égayent pattes d’éléphant, cheveux longs et chemises à fleurs. Un peu plus loin, une affichette collée en bas de la vitre d’un magasin de déguisement « non merci, j’ai déjà ri ! ». Pas de doute, on est bien au pays du surréalisme.

Retour aux sources. Le marché de la « place du jeu de balle » n’est-il pas celui où Tintin à acheté la Licorne ? Vieux meubles, objets non identifiables par milliers, masques et statuettes africaines, coffres au trésor, épées et sabres en tout genre, mauvaises copies et tableaux volés, renards que les Bruxelloises ne portent plus depuis des décennies : tout l’univers du reporter à la houppe semble ici rassemblé.

Et ce vieil homme qui donne à manger aux pigeons non loin du marché, je l’ai déjà vu, c’est certain, mais je ne sais plus dans quel album.

Je n’arriverai pas à revenir à la réalité. Pourvu que je ne me réveille pas !! Je me réfugie au musée Magritte, ouvert il y a trois ans. Peut-être mieux que tout autre, il aura su dessiner et théoriser la belgitude.

Après Magritte, je compte sur le centre belge de la Bande dessinée pour prolonger le combat. Il fait beau et les Bruxellois profitent du bleu du ciel qui n’est pas toujours au rendez-vous. Un jeune homme fabrique des bulles de savon géantes…c’est donc bien ici que l’on fabrique les phylactères. En arrivant, je retrouve la statue de Gaston auquel je n’ai pas donné de nouvelles depuis mon dernier passage, il y a de cela une quinzaine d’années, mais qui ne semble pas m’en vouloir. Refroidi par la foule, j’opte pour la librairie et achète un album.

Et puis, mon portable sonne. C’est mon vieux copain. C’est quand même pour le voir que je suis venu à la base. On se voit pour le déjeuner, on ira manger des moules-frites.

Edouard

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Ame rouge

Au début des années 50, alors même que la chasse aux sorcières se met en place, que l’URSS n’a pas encore la bombe atomique et que les cendres de la Deuxième Guerre mondiale fument encore, Blacksad se porte au secours d’un vieil ami au passé trouble.

L’année dernière, j’avais été déçu par le personnage de Blacksad, le détective à la tête de chat, mais charmé par le graphisme de Juanjo Guarnido. Je viens de renouveler l’expérience avec « Âme rouge », troisième opus d’une série qui en comporte maintenant 5.

Le dessin et les couleurs restent un ravissement et on comprend tout en voyant indiqué au dos de la BD que les auteurs ont écrit sur « l’histoire des aquarelles ». Il y a à côté du scénario, des histoires qui se voient, plus qu’elles ne se racontent, comme celle, au début de l’album, du manège de deux prostituées autour du portefeuille d’une vieille tortue. On peut aussi saluer l’astuce qui consiste à inscrire un épilogue imagé après le mot « fin », sur la face intérieure du quatrième de couverture où des dockers australiens (échidnés, kangourou, koala, ornithorynque, forcément) regardent interdits le contenu d’un étrange colis.

Pas grand-chose à dire sur le détective qui se fond pas trop mal dans le décore des fivties. L’année dernière, je l’avais comparé à Canardo et critiqué le manque d’incarnation du chat-noir. Depuis, j’ai été légèrement déçu par le dernier album de Sokal… Blacksad est « noir »,
il a un passé difficile et est peut-être victime de sa grandeur d’âme. Bref, il devient un personnage intéressant.

Ma réserve serait aujourd’hui à rechercher du côté du scénario. Autant, celui de « quelque part entre les ombres » était simpliste, voire inexistant, autant celui d’ « âme rouge » est particulièrement compliqué. Trop ? Ce n’est qu’a la fin de la première lecture que j’ai compris l’ancrage historique aidé par Wikipédia qui m’a apporté un certain nombre d’éléments sur une période de l’histoire que je n’ai pas connue et qui ne m’intéresse pas beaucoup. Ce n’est qu’ à la fin d’une deuxième lecture que j’ai enfin compris le récit.

Le problème d’une telle complexité de scénario, c’est qu’a trop le regarder on en voit les failles : petites incohérences et grandes invraisemblances.

Mes réserves sont donc plus pour Canales que pour Guarnido. Quoi qu’il en soit, me voilà conquis par la série et je vais m’empresser de me procurer les autres albums.

Edouard

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Solaire

2000-2005-2009, trois années de la vie de Michael Beard, prix Nobel de physique, quinquagénaire bedonnant à la vie privée compliquée.

La toile de fond du développement durable sert les aventures tragi-comiques du personnage; emporté parsa célébrité; emporté par ses maîtresses; traqué par un ex-amant d’une de ses ex-femmes envoyé à tort en prison; traqué par le père d’un de ses ex-fan/élève, mort dans des circonstances…originales et qui l’accuse d’avoir outrageusement exploité son fils en lui mettant aux trousses une armée d’avocats; traqué enfin par la maladie.

Beard ne s’avoue pas vaincu, mais devient de plus en plus philosophe à mesure que le temps passe.

« Solaire » est une réflexion douce-amère sur le vieillissement, sur cette accumulation d’événements disparates qui, avec le temps, finissent inévitablement par prendre sens et qui font ce qu’on appelle une vie : une sorte de « voyage au bout de la nuit » du XXIe siècle.

« Solaire » est aussi une réflexion sur l’environnement, sur la véritable action de l’homme sur le réchauffement climatique. Après l’enthousiasme en 2000 viendra la difficulté d’exécution en 2005 pour que finalement en 2009, le doute s’installe. « Et si on s’était trompé ? », demande à Beard, l’un de ses proches collaborateurs.

Finalement, ce qui fait le charme de ce livre, c’est aussi la combinaison des deux éléments. L’histoire d’un homme qui veut sauver la planète, mais qui n’arrive pas à y voir clair dans sa propre existence.

Bref, un très beau livre teinté d’un humour très noir. Je retiendrai une phrase de ce livre, une phrase prononcée au début dans des circonstances très particulières. Sur le moment, elle prête à rire tant elle semble idiote ; mais à la fin, elle prend une signification étrange : « Finalement, les ours blancs sont plus dangereux morts que vivants ».

Solaire
Ian McEwan
Gallimard
2011

Edouard

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Histoire d’une vie

Une autre façon de voir la Shoa. Erwin a 7 ans quand commence la guerre. Il passe d’une enfance choyée au ghetto, les camps, la fuite dans la forêt, puis camp de transit et direction Israël.

C’est par les sensations, les odeurs et la contemplation qu’il nous raconte son long cheminement vers l’âge adulte.

Sa mère a été assassinée dans le ghetto. Il a fait une longue marche avec son père pour arriver dans le camp puis ils sont séparés. En 1941, il réussit à s’enfuir et vit dans la forêt. L’hiver, il travaille dans de petites fermes, souvent battu et mal nourri. Il se referme de plus en plus sur lui-même. Tout est dans les sens, plus dans la parole. Il a énormément de mal à s’intégrer en Israël. Il parle l’allemand, langue de ses parents, le ruthène, celle de la femme de ménage et le yiddish de ses grands-parents pratiquants. Il ne se reconnaît en rien dans cette nouvelle langue ; l’Israélien et il a du mal à l’apprendre. C’est ainsi qu’il deviendra l’un des plus grands écrivains israéliens. Pour quelqu’un qui a du mal à parler et du mal à apprendre l’hébreu, il a quand même écrit une quarantaine de livres et a obtenu le Prix Médicis pour celui-ci.

« Les pages qui suivent sont des fragments de mémoire et de contemplation. La mémoire est fuyante et sélective, elle produit ce qu’elle choisit. La mémoire, tout comme le rêve saisit dans le flux épais des évènements certains détails, parfois insignifiants, les emmagasine et les fait remonter à la surface à un moment précis. »

Beaucoup de non-dits, des faits anodins, des répétitions, mais il avait entre 7 et 13 ans pendant la guerre. C’est très bien qu’il n’ait pas « traduit » en adulte ses souvenirs et n’en ait pas fait un mur des lamentations.

La Martine

APPELFELD Aharon
Ed. de l’Olivier, 2004 (1999), 238 p.

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Il faut tuer Chateaubriand

Journaliste, écrivain, mais surtout homme politique (je l’ai connu comme maire de Toulouse), j’ai longtemps hésité à lire du Baudis.

Ces romans n’ont rien d’exceptionnel ; une histoire sur fond d’Histoire, mais ils font passer un bon moment.

Il y a longtemps, j’avais lu « Raimond le cathare » et « La conjuration » qui nous promenait dans les croisades. Avec « Il faut tuer Chateaubriand ! » nous voilà sous Napoléon et la conquête de l’Égypte.

« En quelques lignes, dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem, Chateaubriand raconte un étrange épisode : il essuie une salve de coups de feu alors qu’il descend le Nil en felouque. A-t-on cherché à tuer Chateaubriand et pourquoi ? À partir de cette mention fugace, Dominique Baudis échafaude un extraordinaire roman d’aventures autour des soldats perdus de l’Expédition d’Égypte. »

Déodat Dureau, enfant trouvé, élevé par un cordonnier de Toulouse après quelques aventures se retrouve esclave sous Méhémet-Ali et sous le nom d’Abdallah de Toulouse. Avec Ibrahim de Tarascon, Sélim d’Avignon, Youssouf de Picardie, Gamal de Rodez, Anouar de Carcassonne, ils deviennent les « Français du Pacha » et font la guerre pour lui. Cet à ce moment là que Chateaubriand débarque au Caire, reçu chez Abdallah et qu’il sèmera la panique.

Pas étonnant que M. Baudis ait été Président de l’Institut du Monde arabe et ait participé à nombre de commissions avec les pays du Mashrek. Il y a longtemps que c’est un spécialiste du sujet si j’en juge d’après ses livres.

Ses personnages sont toujours hauts en couleur et leurs aventures toujours très prenantes. On s’y croirait !!!

La Martine

BAUDIS Dominique
Grasset, 2003, 311 p.

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Tu ne parleras point

Chapeau bas à LCP. À l’heure où la France entière a les yeux rivés sur des élections dont on ne peut plus dire grand-chose pour cause d’égalité entre les candidats et dont nous connaissons déjà l’issue (au dire des sondages), la chaîne a fait le choix de raconter l’histoire de Pierre-Etienne Albert : moine pédophile aux 57 victimes.

Fin des années 70, une communauté religieuse dans laquelle cohabitent moines, prêtres et familles avec parents et enfants voit le jour : la communauté des béatitudes. Pierre-Etienne, ancien drogué devenu moine, un « saint homme » qui a su se racheter, en devient l’icône :.

La suite, on pense la connaître : une succession d’actes pédophiles couverts de plus en plus difficilement par une hiérarchie ecclésiastique, à mesure que les langues des victimes et des témoins se délient.

Il y a un peu de ça, mais ce qui est sidérant, c’est le témoignage de Pierre-Etienne lui-même.
En le voyant avec sa petite voix aigrelette, presque toujours au bord des larmes, je n’ai pu m’empêcher de penser au Norman Bates de la scène finale de Psychose.
Pierre-Etienne n’essaiera jamais d’échapper à la justice. D’abord, protégé par la communauté, puis par l’évêché, il le sera finalement par le procureur qui décidera de classer l’affaire sans suite. Finalement, il faudra l’intervention du Vatican pour qu’il soit condamné à cinq ans de prison fermes.

Mais dire que Pierre-Etienne a été protégé n’est pas vraiment exact.

En début d’émission, j’ai été un peu surpris par l’attitude du moine qui semblait en vouloir à tous ceux qui lui avaient permis d’échapper à la justice. Avec le témoignage de Muriel, la première femme de la communauté à avoir compris sa pathologie, j’ai commencé à comprendre… Muriel remarquera tout de suite que son comportement avec les enfants n’est pas un comportement d’adulte. Elle ne le traquera pas : il se livrera sans aucune résistance. Chez elle, il trouvera une âme déterminée à le condamner et à l’empêcher de nuire, un luxe que tous semblent lui refuser, au nom de la sauvegarde de l’image de la communauté, au nom du « qu’en-dira-t-on ». Ce n’est donc pas l’un contre l’autre, mais ensemble qu’ils se battront pour que justice soit faite. Dans leur démarche, ils seront aidés par un autre prêtre qui pour cette raison et comme Muriel sera mis au ban de la communauté des béatitudes.

L’histoire de Pierre-Etienne n’est donc pas tant l’histoire d’un monstre que c’elle d’un homme qui a conscience d’une monstruosité qu’on lui demande de taire… tous les crimes ne sont visiblement pas répertoriés dans le Code pénal.

Edouard

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Paradis inhabité

« À ma naissance, mes parents ne s’aimaient plus. Cristina, ma sœur aînée, était alors une peste. Quant à mes frères, Jéronimo et Fabian, jumeaux boutonneux, ils se moquaient pas mal de moi. Aussi, les premières années de ma vie furent-elles solitaires. »

C’est ainsi que commence l’histoire d’Adri (Adriana). Elle n’est pas consciente de sa solitude, mais l’exprime par des rêves, des visions qu’elle est seule à voir. Elle a l’impression que personne ne la comprend et que personne ne l’aime jusqu’au jour où elle rencontre un jeune garçon, seul, lui aussi et lui aussi, élevé par un domestique, Gavri (Gavrila). Nous sommes en Espagne, à Madrid, dans un milieu bourgeois, conservateur et religieux, donc très rigide et à la veille de la guerre civile.

Mais laissons place au rêve, car la jeunesse, c’est comme la licorne, ça ne revient jamais.

J’ai beaucoup aimé ce livre plein de délicatesse, de paillettes, d’anges, de voiles, de nuages, d’or, de lumière et de fuyante licorne.

La Martine… très fleur bleue, en ce moment…

Ana Maria MATUTE

Phébus (domaine étranger) 2011 (2009) 283 p.

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